Un an après sa formation, le gouvernement libanais dirigé par Nawaf Salam fait face à un bilan contrasté, marqué par des avancées timides dans la stabilisation économique et des obstacles persistants dans la mise en œuvre des réformes structurelles. La visite du Premier ministre dans les villages du sud du Liban, ce samedi 7 février 2026, illustre les priorités immédiates : évaluer les dommages causés par le conflit de 2023-2024 et mobiliser des fonds pour la reconstruction. Accompagné de responsables militaires et locaux, Salam a parcouru les localités de Dhayra, Yarin et d’autres zones frontalières avec Israël, où des milliers de bâtiments ont été détruits ou endommagés. « Nous lancerons des projets de reconstruction après avoir sécurisé les financements nécessaires », a déclaré le Premier ministre sur place, précisant que 360 millions de dollars ont déjà été obtenus, incluant des prêts de la Banque mondiale et des subventions européennes. Cette inspection intervient alors que le cessez-le-feu avec Israël, prolongé jusqu’au 18 février, reste fragile, avec des violations sporadiques signalées par l’armée libanaise.
La formation du gouvernement Salam, le 8 février 2025, a mis fin à plus de deux ans de vacance exécutive, succédant à un cabinet intérimaire sous Najib Mikati. Nommé par 84 députés sur 128, Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, a été choisi pour sa réputation de réformateur indépendant. Le cabinet de 24 ministres, équilibré entre confessions chrétienne et musulmane, inclut des figures comme Youssef Ragi aux Affaires étrangères et aux Émigrés, et d’autres technocrates chargés de portefeuilles clés tels que les Finances et la Reconstruction. Dès son investiture, Salam a promis une « reconstruction du projet pour le nouveau Liban », en coordination avec le président Joseph Aoun, élu le 9 janvier 2025. « Nous avons gaspillé de nombreuses opportunités pour construire l’État. Assez d’opportunités gaspillées », a-t-il affirmé dans son premier discours, soulignant la nécessité de réformes financières et de l’application intégrale de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU.
Les premiers mois du gouvernement ont été dominés par la gestion des séquelles du conflit avec Israël, qui a causé des milliers de victimes et des dommages estimés à 14 milliards de dollars selon l’évaluation rapide de la Banque mondiale en mars 2025. Le cabinet a rapidement priorisé la reconstruction du sud, avec l’approbation d’un cadre méthodologique pour les travaux en janvier 2026. Des accords bilatéraux, comme celui sur le transfert de prisonniers avec la Syrie, ont été signés lors d’une session du Conseil des ministres le 30 janvier 2026, présidée par le président Aoun et en présence de Salam. Par ailleurs, plus de 500 000 réfugiés syriens ont regagné leur pays en toute sécurité au cours de l’année, allégeant la pression sur les ressources libanaises, selon des rapports officiels.
Des signes de stabilisation économique émergent, bien que précaires.
Une croissance modeste malgré les cicatrices de la crise
L’économie libanaise, qui a connu une contraction cumulée de 40 % depuis 2019, a enregistré une croissance réelle du PIB de 3,5 % en 2025, selon les dernières estimations de la Banque mondiale publiées en janvier 2026. Cette reprise, bien que révisée à la baisse par rapport aux projections initiales de 4,7 %, s’explique par une augmentation de la consommation privée, soutenue par des envois de fonds records et une dollarisation accrue des salaires. Le tourisme a rebondi partiellement, avec une hausse des arrivées malgré les tensions régionales, et le secteur immobilier a repris de l’activité. L’inflation, qui avait atteint des niveaux triple-chiffres, est retombée à deux chiffres pour la première fois depuis le début de la crise, tandis que le taux de change de la livre libanaise s’est stabilisé autour de 89 700 livres pour un dollar depuis fin 2023.
Le gouvernement a adopté le budget 2026 en octobre 2025, marquant un retour à une planification fiscale régulière. Ce budget exclut le service de la dette et met l’accent sur la protection sociale et la transformation numérique des services publics. La Banque mondiale a approuvé 350 millions de dollars de financement en janvier 2026 pour soutenir les populations vulnérables et renforcer les systèmes de protection sociale. « Nous prioriserons les réformes financières, la reconstruction et l’application de la résolution 1701 », a déclaré Salam lors de l’annonce du cabinet, le 8 février 2025. Des progrès ont été faits dans la restructuration du secteur bancaire, avec l’adoption d’une loi sur les écarts financiers en 2025, rompant avec l’immobilisme des administrations précédentes. Le ministre des Finances a insisté sur la protection des droits des déposants, refusant toute annulation des dépôts citoyens dans le cadre de la refonte du système financier.
Cependant, la pauvreté monétaire a grimpé à 44 % en 2022, dernière donnée disponible, avec une pauvreté multidimensionnelle touchant près des trois quarts de la population, selon l’évaluation de la Banque mondiale en 2024. L’absence d’un programme complet avec le Fonds monétaire international (FMI) entrave l’accès à des aides plus substantielles, malgré des missions récentes du FMI exhortant à des réformes ambitieuses pour corriger les faiblesses structurelles. La dette publique reste en défaut sélectif, et les pertes du conflit 2023-2024, évaluées à 7,2 milliards de dollars en pertes économiques, compliquent la reprise. Le secteur agricole, crucial au sud, a subi 1,2 milliard de dollars de dommages, impactant la sécurité alimentaire avec 23 % de la population en insécurité alimentaire projetée d’ici septembre 2025.
Les défis sécuritaires pèsent sur la souveraineté.
Les efforts pour un monopole étatique sur les armes
Le gouvernement Salam a placé l’extension de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire au cœur de son agenda, conformément à l’accord de Taëf de 1990 et à la résolution 1701. En août 2025, sous pression américaine et saoudienne, le cabinet a approuvé par majorité un plan de désarmement de la milice du Hezbollah d’ici fin 2025, malgré le boycott des ministres chiites d’Amal et du Hezbollah. Ce plan, élaboré par les Forces armées libanaises (LAF), prévoit un déploiement progressif : d’abord au sud du Litani, puis entre le Litani et l’Awali, suivi de Beyrouth, de la Békaa et du reste du pays. « L’armée soumettra un rapport mensuel au cabinet sur ses progrès au sud du Litani », a indiqué Salam en septembre 2025. Le ministre des Affaires étrangères Youssef Ragi a précisé que la première phase serait achevée en trois mois.
Les États-Unis ont alloué 230 millions de dollars pour ces efforts, tandis que l’Arabie saoudite et le Qatar ont promis des investissements dans le sud une fois le désarmement accompli. Cependant, le Hezbollah refuse de coopérer, maintenant son influence malgré sa debilitation post-conflit. Avec seulement cinq ministres sur 24, le bloc Hezbollah-Amal ne dispose plus du tiers bloquant pour vetoer les décisions, mais les tensions persistent. En novembre 2025, le cabinet a salué le plan de l’armée sans fixer de calendrier clair au-delà de la phase initiale. « Le Hezbollah doit devenir un parti politique normal sans branche armée », a affirmé Salam dans une interview récente.
La sécurité frontalière reste précaire, avec des frappes israéliennes sporadiques contre des cibles du Hezbollah en janvier 2026, tuant 21 terroristes au total ce mois-là. Le cessez-le-feu, prolongé sous médiation américaine, exige le retrait israélien des territoires libanais occupés, condition essentielle pour le déploiement complet des LAF. Par ailleurs, le gouvernement a renforcé le contrôle des frontières et la lutte contre le trafic de drogue, mais une approche judiciaire globale fait défaut. Les relations diplomatiques avec les pays arabes s’améliorent progressivement, bien que les liens avec l’Arabie saoudite restent tendus, avec des interdictions de voyage persistantes.
La reconstruction post-conflit teste la résilience du gouvernement.
Mobilisation de fonds et priorités immédiates
Les dommages du conflit 2023-2024, estimés à 6,8 milliards de dollars en destruction physique, nécessitent 11 milliards pour la reconstruction, selon la Banque mondiale. Le sud du Liban, Mount Lebanon et la Békaa sont les plus touchés, avec des infrastructures essentielles comme l’électricité, l’eau et la santé gravement perturbées. Plus de 1,3 million de personnes ont été affectées au pic de la crise, dont 900 000 déplacés internes. Le gouvernement a lancé une plateforme en ligne pour l’enregistrement des expatriés en vue des élections de 2026, et approuvé des accords pour faciliter le retour des réfugiés syriens.
Lors de sa visite du 7 février 2026, Salam a été accueilli par des habitants locaux jetant des confettis, signe d’espoir prudent. « Nous ne permettrons pas que le Liban devienne un champ de bataille par procuration », a-t-il déclaré plus tôt, réaffirmant l’engagement à éviter une escalade régionale. Des discussions avec le secrétaire général du CCG en janvier 2025 ont porté sur le renforcement des relations frère-sœur, tandis qu’une rencontre avec le ministre français des Affaires étrangères le 22 janvier 2026 a salué les progrès sur le monopole des armes. Le FMI, lors d’une mission en septembre 2025, a exhorté à des réformes pour débloquer une aide plus substantielle.
Les élections parlementaires de mai 2026 approchent, avec des dates fixées du 1er au 10 mai pour les expatriés et les citoyens locaux. Le décret 2438, signé par le président Aoun et le ministre de l’Intérieur Ahmad Hajjar le 2 février 2026, ouvre les candidatures du 10 février au 10 mars. Des disputes sur la loi électorale, notamment la représentation de la diaspora, ont forcé l’ajournement d’une session législative, mais Aoun insiste sur le respect des délais. Ces élections pourraient consolider les réformes ou raviver les blocages, particulièrement si les blocs alignés sur le Hezbollah conservent une influence.



