mardi, janvier 13, 2026

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Liban : une opportunité économique avec le Golfe sous haute tension?

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Le Liban, asphyxié par une crise économique et politique sans précédent, pourrait saisir une nouvelle chance de relance grâce à une initiative diplomatique régionale. Selon Al Joumhouriyat du 27 août 2025, un État membre du Conseil de coopération du Golfe (CCG) envisage de rétablir des liens économiques avec Beyrouth, à condition que l’influence militaire non étatique, notamment celle du Hezbollah, soit significativement réduite. Cette ouverture, bien que prometteuse, s’inscrit dans un contexte régional volatile, marqué par des tensions géopolitiques et des exigences strictes. 

Une économie au bord du précipice

Depuis 2019, le Liban traverse une crise économique cataclysmique, avec une dévaluation de la livre libanaise de plus de 90 % et une contraction du PIB de 40 %, selon la Banque mondiale. L’inflation galopante, le chômage de masse et l’effondrement du système bancaire ont plongé plus de 80 % de la population sous le seuil de pauvreté, d’après un rapport de l’ONU de 2024. Dans ce contexte, l’annonce d’un État du CCG prêt à renouer des liens économiques, rapportée par Al Joumhouriyat le 27 août 2025, représente une opportunité cruciale.

Les monarchies du Golfe, grâce à leurs revenus pétroliers, ont historiquement soutenu le Liban via des investissements, des transferts de fonds de la diaspora et des aides directes. Leur retour pourrait relancer des secteurs clés comme l’agriculture, le commerce ou les infrastructures.

Cependant, cette offre est assortie d’une condition stricte : limiter l’influence militaire non étatique, en particulier celle du Hezbollah. Ce groupe, soutenu par l’Iran, est perçu comme une menace par plusieurs membres du CCG, en raison de son implication dans des conflits régionaux comme la Syrie et le Yémen. Cette exigence s’aligne sur les pressions internationales, notamment de la France et des États-Unis, qui appellent à des réformes structurelles pour stabiliser le Liban.

Quel État du CCG derrière l’initiative ?

L’identité de l’État du CCG n’est pas précisée dans Al Joumhouriyat, mais des indices permettent de formuler des hypothèses. L’Arabie saoudite, leader du CCG, a joué un rôle central au Liban par le passé, notamment via les accords de Taëf de 1989, qui ont mis fin à la guerre civile. Cependant, depuis la crise diplomatique de 2021, provoquée par des propos critiques d’un ministre libanais sur l’intervention saoudienne au Yémen, Riyad a suspendu son aide et interdit les importations libanaises. Un retour saoudien semble improbable sans concessions majeures de Beyrouth, notamment sur le Hezbollah, comme le souligne Al Sharq du 9 avril 2025.

Le Qatar apparaît comme un candidat plus crédible. Doha a maintenu une approche pragmatique, jouant un rôle de médiateur dans des crises régionales, comme entre le Hamas et Israël, selon un rapport de l’IRIS du 28 janvier 2025.

Le Qatar a également organisé une réunion internationale à Doha en 2023 pour discuter de la crise libanaise, avec la participation de la France, des États-Unis, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte, d’après Al Joumhouriyat du 9 avril 2025. Son aide humanitaire, notamment du carburant pour les centrales électriques libanaises, et sa médiation réussie dans des dossiers régionaux, comme la réconciliation avec l’Arabie saoudite en 2021, renforcent sa crédibilité.

Les Émirats arabes unis, bien que de retour dans des relations limitées avec le Liban, restent focalisés sur la lutte contre l’influence iranienne, selon Al Sharq du 9 avril 2025. Le Koweït, Oman et Bahreïn, moins impliqués historiquement, sont moins probables. Le Qatar, par son activisme diplomatique, semble le plus plausible.

Le défi du Hezbollah

La condition de réduire l’influence militaire du Hezbollah constitue un obstacle majeur. Ce groupe, disposant d’un arsenal de plus de 150 000 roquettes selon le ministère français des Affaires étrangères, est à la fois une milice puissante et un acteur politique influent, avec des députés au Parlement et un soutien dans la communauté chiite. Sa légitimité repose sur son rôle de « résistance » face à Israël, particulièrement dans les tensions le long de la Ligne bleue. Le 30 avril 2025, le gouvernement libanais a annoncé un plan pour renforcer le monopole étatique sur les armes, salué par la France, mais sa mise en œuvre reste incertaine, face à l’opposition ferme du Hezbollah, exacerbée par le cessez-le-feu fragile avec Israël du 27 novembre 2024. Toute tentative de désarmement risque de raviver les tensions confessionnelles dans un pays déjà fracturé par la crise économique.

Le soutien de la communauté internationale

La France, partenaire historique du Liban, soutient activement ces initiatives. Selon Al Joumhouriyat du 9 avril 2025, Paris envisage une nouvelle conférence internationale, à l’image de CEDRE en 2018, qui avait promis 11 milliards de dollars, toujours gelés faute de réformes. La France insiste sur l’élection d’un président – vacant depuis octobre 2022 – et sur des réformes économiques, notamment bancaires. Les États-Unis accentuent la pression pour réduire l’influence du Hezbollah, comme l’a déclaré l’émissaire Morgan Ortagus en avril 2025, selon Al Bina’. L’Union européenne renforce ses liens avec le CCG, comme lors du sommet UE-CCG du 16 octobre 2024 à Bruxelles, où la crise libanaise a été discutée, selon Euractiv.

Une opportunité économique stratégique

Un rapprochement avec un État du CCG, probablement le Qatar, pourrait relancer des secteurs clés. Les monarchies du Golfe, représentant 18 % de la production mondiale de pétrole selon Le Monde, disposent de fonds souverains massifs, comme celui du Qatar, estimé à 475 milliards de dollars. Ces ressources pourraient financer des infrastructures, relancer les exportations agricoles – qui représentaient 20 % des exportations libanaises avant 2021 – ou soutenir le secteur énergétique, frappé par les pénuries. Cependant, la corruption endémique et l’exode de 40 % de la population active, selon libnanews.com du 9 avril 2025, découragent les investisseurs. La situation sécuritaire, marquée par des frappes israéliennes comme à Naqoura en juin 2025, reste volatile.

Un équilibre précaire

L’initiative d’un État du CCG, probablement le Qatar, offre au Liban une chance de renouer avec un partenaire économique stratégique. Cependant, la condition de limiter l’influence du Hezbollah place Beyrouth dans une position délicate, entre pressions internationales et risques de conflit interne. Soutenu par la France et les États-Unis, ce rapprochement pourrait amorcer une relance économique, mais sa réussite dépendra de réformes audacieuses et d’une stabilisation politique dans un contexte régional explosif. Le Liban, à la croisée des chemins, doit naviguer avec prudence pour transformer cette opportunité en réalité.

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Newsdesk Libnanews
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