Le temps s’assombri au dessus du Moyen Orient, et il ne s’agit pas des premières pluies levantines auxquelles je fais allusion mais du bras de fer entre Palestiniens et Israéliens pour la reconnaissance d’un état Palestinien devant le Conseil de Sécurité de l’ONU. A l’heure ou j’écris ses quelques lignes, il ne fait aucun doute que cette tentative sera vouée à l’échec en raison de l’utilisation du véto américain et cela aura – sans nul doute – des conséquences fâcheuses pour l’ensemble de la région.

Tout d’abord pourquoi le recours à la ré-internalisation du conflit israélo-palestinien. Cette démarche est à voir dans les échecs successifs de l’application des différents accords israélo-palestiniens et à commencer par Oslo lui-même, pour ne pas évoquer Camp David qui appelait à la reconnaissance à venir d’un état palestinien. Cela n’est guère surprenant puisqu’à l’époque, l’OLP de Yasser Arafat avait choisi de dissocier la question palestinienne des autres dossiers arabes, à savoir la Jordanie, la Syrie et le Liban, pays qui pourtant, ont un large intérêt dans la problématique avec la présence des réfugiés palestiniens. Le Liban avait alors demandé conseil aux négociateurs égyptiens qui étaient présents lors de la signature de Camp David en 1979. Ces derniers avaient fait part d’une méthode de négociation un peu spéciale de leurs homologues israéliens. Ils décrivaient cette méthode comme étant « un pas en avant et 2 pas en arrière », expliquant que grosso modo alors même que les négociations avaient abouti sur un dossier spécifique, ce dernier était de nouveau abordé par l’équipe adverse lors de l’examen d’un autre dossier qui pourtant n’avait aucun lien à voir. En revoyant les échecs successifs de l’application des accords d’Oslo, en passant par la feuille de route de la Quartet puis de l’accord d’Annapoli, on constate que le calendrier des accords signés n’a jamais été respecté et pire encore, le processus de colonisation des territoires palestiniens n’a jamais cessé. Les palestiniens n’ont pas d’autre choix par conséquent que de reconsidérer un processus d’internalisation de la question palestinienne, signifiant la reconnaissance par la communauté internationale des frontières de 1967, changeant le statut juridique de la Cisjordanie, les colons israéliens devenant par conséquent des occupants et les autorités palestiniennes pouvant alors demander le recours aux instances internationales dont le CPI, une légitimation d’un cadre légal international et en premier lieu la remise sur la table des résolutions de l’ONU concernant le conflit israélo-arabe dont la fameuse 194 appelant au retour des réfugiés palestiniens de 1948 en lieu et place au recours à la violence aveugle résultante du désespoir d’un peuple. Cela était dans le meilleur des cas, celui de l’acceptation du 194 état au sein de l’ONU.

Cela ne sera cependant pas le cas. Le refus américain et par conséquent le véto de l’administration Obama à l’acceptation de la Palestine dans le concert des nations mettra fin aux faux-semblants. Les pays occidentaux et les dirigeants arabes acquis à l’Occident voient leur influence fragilisée dans la région. Les Printemps Arabes ont démontré que nul n’est pas à la merci de son peuple et que tous, même les plus sanguinaires risquent d’être renversés. Le Moyen Orient connait de grands bouleversements et le refus américain pourrait provoquer des mouvements populaires de grande ampleur contre leurs alliés.  Souvenons-nous de la chute de Moubarak en Égypte, outre les questions sociales et économiques, les manifestants de la Place Tahrir accusaient l’ancien pharaon d’une proximité trop importante avec Israël -chose qu’on n’a pas trop dit dans les médias internationaux. La Jordanie elle-même, est mal placée avec 60% de la sa population originaire de la Palestine Historique. Quelles sont les alternatives actuelles à ses régimes? On revient aujourd’hui à une situation de tension similaire à celle qui a suivi la création de l’état hébreu dont entre 1948 à 1973, date du déclin et de la défaite des régimes nationalistes laïcs arabes et on assiste aujourd’hui à la montée du nationalisme islamique. La Oumma Islamiya a remplacé la Oumma arabe chère à Nasser.

Il ne s’agit cependant au mieux – si guerre et conflits n’éclatent pas dans l’immédiat – qu’à une course vers l’inévitable conflit à long terme, les projections démocratiques même en Israël tournant en faveur des arabes israéliens à longue échéance. Il convient dans l’intérêt même d Israël de procéder à des échanges territoriaux et de population – par exemple arabes israéliens contre colons – aujourd’hui, même si cette situation a des relents de nettoyage ethniques qui ne sont guère acceptables par la communauté internationale. Cela, cependant, ne résoudra en aucune manière le problème causé par exemple par les réfugiés palestiniens présents dans les autres pays arabes et plus particulièrement au Liban.

L’acceptation d’un état palestinien était donc un moindre mal pour l’ensemble de la région, le refus israélien -Netanhayou étant pris en otage par une frange plus radicale, celle des colons et de son ministre des affaires étrangères –  et américain – Obama étant lui retranché entre ses déclarations paradoxales pour la liberté et l’autodétermination des peuples, ce qui ne compte pas dans le cas palestinien, et le lobby pro-israélien fort aux USA alors qu’il ne manquera pas de vouloir se succéder à lui même l’année prochaine – d’accepter la création d’un état palestinien est donc plus dangereux en terme de confrontation régionale, menant à une nouvelle guerre de civilisation et de religion.

Comments are closed.