Ou quand la Raison a raison de la passion des livres.

Le salon Français du Livre 2011 qui s’achève ce dimanche à Beyrouth a été une nouvelle démonstration de la chute vertigineuse de la place de la Langue de Molière au Pays des Cèdres. Outre le fait que la fréquentation a grandement diminuée de l’aveu même d’un bon nombre d’intervenants, il était fort surprenant que le Français approximatif déjà d’un bon nombre de libanais ait été remplacé par de l’arabe, langue toutefois maternelle, l’excuse est toute trouvée, mais aussi par la langue de Shakespeare dans les allées.

Même le marketing n’a pas marché, il est certain que les librairies ont leurs lots de responsabilités, avec un racket.  Simple exemple avec un livre coutant 18 euro sur Amazon, coutait au Salon du Livre 44 Euro. Les signatures des livres, les collectionneurs viennent bien compléter leurs bibliothèques n’étaient pas en restes, certains étaient inconnus du public, désintérêt normal, d’autres signatures plus connues étaient trop habituelles. Il s’agissait de personnes invitées d’années en années. Même les aficionados des Marc Lévy ou Alexandre Najjar ont fini par se lasser de leurs styles, pour ne citer qu’eux. Messieurs les libraires, ne pensez pas à faire du nouveau avec de l’usé jusqu’à la moelle. Pensez aux nouveaux talents et non pas à ceux qui ont les moyens de vous acheter, pensez au long terme et non à scier la branche sur laquelle votre commerce – puisqu’il s’agit d’un commerce pour vous – est assis.

A qui la faute? A un Institut Français du Liban en mal de l’ancienne splendeur de l’ex Mission Culturelle Française dont elle est l’héritière et dont les budgets sont sans cesse diminués? A la localisation au Biel, avec la mafia des valets parkings, qui, si vous ne leur remettez pas votre véhicule, vous obligent à vous exiler loin afin de pouvoir vous garer -sous une pluie battante cette année? Beaucoup ont fait demi-tour. Mais plus encore, on pourrait imputer ce recul à une certaine presse francophone achetée par des politiques et qui s’est coupée de la majorité – silencieuse -, malades des informations ou plutôt des désinformations véhiculées ou à des sites dont le Français n’est qu’une excuse pour recevoir des subventions de l’Ambassade de France!, La culture et la Francophonie est désormais un dégât collatéral au mercantile.

Vous faites du tord, à toutes celles et à tous ceux qui œuvrent pour l’ouverture culturelle libanaise, pour celles et ceux qui travaillent dans le fond et non dans la forme, à celles et à ceux qui ont fait du français, un cheval de bataille, non pas simplement pour une langue mais aussi pour d’autres causes, comme celle d’un certain patrimoine libanais, pour celle d’une certaine ouverture et d’un cosmopolitisme libanais ouvert sur le monde partageant les langues dites indo-européennes. Et pour celles et ceux qui, au travers de la langue française, dénoncent les défis et les troubles que traverse le Liban. Le Français, comprenons le, s’est fait un ennemi, l’ignorance ou l’inculture, chère à ceux qui nous ont manipulé toutes ces dernières décennies et qui tentent aujourd’hui de poursuivre leur funeste tâche.

Il y aurait tant d’autres choses à dire, à dénoncer, mais je préfère clore ce chapitre ici, d’autres vérités n’étant pas faciles à entendre.

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