mardi, janvier 13, 2026

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Visite d’Abbas Araghchi au Liban : entre diplomatie prudente et pressions régionales

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Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, est arrivé mardi à Beyrouth dans le cadre d’une visite officielle. Dès son arrivée à l’aéroport, Araghchi a déclaré que son pays respectait les affaires intérieures du Liban : « Nous respectons les affaires internes du Liban et ne nous y ingérons pas ; nous soutenons la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays », a-t-il affirmé. Il a également exprimé l’espoir d’ouvrir un nouveau chapitre dans les relations bilatérales fondé sur le respect mutuel. Il a précisé que sa venue s’inscrivait dans une tournée régionale entamée au Caire et a mis en avant la profondeur historique des liens entre l’Iran et le Liban, affirmant que Téhéran était déterminé à renforcer ces relations.

Un contexte régional bouleversé

La visite d’Araghchi intervient dans un contexte régional marqué par des bouleversements majeurs. D’une part, le Hezbollah, principal allié libanais de l’Iran, est sorti très affaibli d’un conflit de quatorze mois avec Israël. Cette guerre, terminée par un cessez-le-feu négocié par les États-Unis, a causé la mort de plus de 4 000 personnes, déplacé plus d’un million d’habitants, et infligé au pays des destructions évaluées à 11 milliards de dollars selon la Banque mondiale. D’autre part, la chute du régime syrien de Bachar el-Assad en décembre, à la suite d’une offensive de groupes armés opposés à l’influence iranienne, a privé Téhéran d’un allié stratégique et d’un axe logistique essentiel pour le transfert d’armes vers le Hezbollah.

Nouvelles autorités, nouvelle ligne politique

Depuis la fin du conflit, deux figures ont accédé aux plus hautes fonctions de l’État : Joseph Aoun, ancien chef de l’armée, a été élu président de la République, et Nawaf Salam, juriste et diplomate, est devenu Premier ministre. Tous deux ont réaffirmé avec force que seul l’État devait détenir le monopole de l’usage des armes au Liban. Cette position représente un changement notable dans l’équilibre institutionnel, affirmant la volonté du pouvoir central de réduire l’influence armée des groupes politico-militaires comme le Hezbollah.

Une diplomatie iranienne mesurée

Dans ses différents entretiens avec les autorités libanaises, Araghchi a mis l’accent sur le principe de non-ingérence. Lors de sa rencontre avec le président Aoun, ce dernier a souligné que le Liban cherchait à renforcer les relations d’État à État avec l’Iran. Il a rappelé que le dialogue intérieur était la clé pour résoudre les questions internes, et que la reconstruction du pays, en partenariat avec des États frères et amis, restait une priorité nationale. Araghchi a réitéré le soutien de son pays à l’indépendance, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Liban, en insistant sur l’amitié entre les deux peuples.

Dialogue diplomatique ou ligne de tension ?

Un moment fort de la visite a été la rencontre avec le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji. Selon Al-Hadath, Rajji a clairement indiqué qu’aucun financement de la reconstruction ne serait envisageable sans le désarmement du Hezbollah. Il a insisté pour que toute coordination bilatérale passe exclusivement par les institutions étatiques. Selon MTV, Rajji a ajouté que les « aventures militaires » n’avaient pas permis de mettre fin à l’occupation israélienne de certaines zones du sud du Liban, et qu’elles avaient au contraire plongé le pays dans une impasse politique et économique. Araghchi, tout en affirmant que le désarmement du Hezbollah relevait uniquement des Libanais, a reconnu que « la diplomatie seule pourrait ne pas suffire » à résoudre les différends avec Israël.

Réactions des autres responsables libanais

Le président du Parlement, Nabih Berri, a également reçu le ministre iranien. À l’issue de cette entrevue, Araghchi a déclaré à la presse : « Nous aspirons à des relations fondées sur le respect mutuel et la non-ingérence dans les affaires internes ». Il a condamné ce qu’il a appelé « l’occupation par l’entité sioniste » de territoires libanais, affirmant le soutien de l’Iran à tous les efforts diplomatiques du Liban pour recouvrer sa souveraineté sur ces zones, notamment cinq postes frontaliers qu’Israël refuse de céder. Araghchi a aussi proposé que les entreprises iraniennes participent à la reconstruction, si le gouvernement libanais en fait la demande.

Surveillance accrue des flux iraniens

Depuis la fin de la guerre, les autorités libanaises ont pris des mesures strictes pour limiter l’influence iranienne hors cadre étatique. À l’aéroport de Beyrouth, des contrôles renforcés ont été mis en place pour empêcher les transferts financiers en provenance d’Iran à destination du Hezbollah. De plus, les vols commerciaux opérés par des compagnies iraniennes vers Beyrouth ont été suspendus, afin de réduire les canaux non officiels d’acheminement d’aide logistique ou militaire.

Une relation en redéfinition

Malgré les discours de principe sur le respect mutuel, la visite d’Araghchi s’est déroulée dans un climat de méfiance institutionnelle croissante à l’égard de l’influence iranienne au Liban. Les nouveaux dirigeants libanais cherchent à établir une relation bilatérale claire, recentrée sur des échanges institutionnels transparents. De son côté, l’Iran semble opter pour une posture prudente, consciente de la perte de ses leviers régionaux après la chute du régime syrien et la défaite stratégique du Hezbollah.

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Newsdesk Libnanews
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