Affiche du Film Bel Ami
Affiche du Film Bel Ami

Paris, fin du XIXe siècle. Georges Duroy, ancien sous-officier vivant désormais sans-le-sou, broie du noir dans son logis de fortune alors que son esprit vagabonde avec envie dans les grandes réceptions parisiennes. Un soir, il s’en va faire un tour aux Folies Bergères où il rencontre un ancien compagnon d’arme, Charles Forestier, lequel est devenu rédacteur politique au journal La Vie Française. Par pitié, compassion ou esprit de camaraderie, Forestier invite Duroy à dîner chez lui le lendemain soir. Lors du repas, celui-ci fait la connaissance de la femme de son ami, Madeleine Forestier, du couple Rousset dont le mari dirige La Vie Française, ainsi que de Clotilde de Marelle, amie de Mme Forestier. Commence alors l’éclatante ascension sociale de Georges Duroy, héro du film Bel Ami tiré du roman du même titre écrit par le français Guy de Maupassant.

C’est Madeleine Forestier qui confiera à Duroy la clé du succès : « Les personnes les plus importantes à Paris ne sont pas les hommes. Les plus importantes, ce sont leurs femmes ». Et Georges Duroy plaît aux femmes. Engagé à La Vie Française, Bel Ami, ainsi que l’a surnommé la fille de Mme de Marelle, se révèle être un opportuniste qui parvient à grimper l’échelle sociale sur fond de politique coloniale, d’articles peu scrupuleux, de finance et surtout de séduction. Beau et  manipulateur, il s’engage en effet rapidement dans un jeu de charme subtil et féroce avec de riches maîtresses qui lui permettront de parvenir à ses fins dans le dos des hommes. En bref, Bel Ami est l’histoire d’un bel arriviste.

Publiée en 1885, l’histoire avait déjà séduit plus d’un réalisateur parmi lesquels l’Américain Albert Lewin ou l’Autrichien Willi Forst. Cette fois-ci, c’est le duo britannique Declan Donnellan et Nick Ormerod qui a adapté à sa manière cette tranche de vie parisienne. Venant tous deux du monde du théâtre, les réalisateurs semblent entre autres avoir mis l’accent sur les expressions corporelles et faciales, ce langage muet qui en dit pourtant bien plus que des mots. Ainsi, que ce soit lors d’un dîner mondain ou d’une folle nuit dans un cabaret, les scènes sont ponctuées de gros plans révélant une chasse aux regards, capturant un sourire discret, dévoilant un coup d’œil intrigant et sensuel, ou encore trahissant un sentiment profond.

Dans l’ensemble, le film reste relativement fidèle au roman et évoque essentiellement les mêmes thèmes: les femmes, l’argent, le journalisme, la mort, ou encore la politique. Et, comme le texte de Maupassant, l’adaptation cinématographique n’a rien de drôle ; on assiste bien là à un drame que certains contrastes rendent plus fort encore. Dans sa forme comme dans son fond en effet, le film est rythmé par l’alternance d’éléments contraires tels que le changement de cadence et d’ambiance entre les escapades de Duroy aux Folies Bergères et ses visites formelles dans des salons de thés, ou encore comme ce cafard passant devant un Duroy au visage blafard, image obsédante de la pauvreté qui rattrape régulièrement l’homme lors de son ascension vers les sommets sociaux.

Pour leur premier film, les deux réalisateurs ne se sont pas entourés des moindres acteurs : Robert Pattinson fait preuve d’une élégance discrète et d’un charme puissant dans le rôle de Georges Duroy, la splendide Uma Thurman incarne la rusée et séduisante Madeleine Forestier, Christina Ricci devient la fraîche et piquante Clotilde de Marelle, et Kristin Scott Thomas enfin interprète la belle, sage et mûre Virgine Rousset, la femme du patron de Duroy.

Cependant, malgré l’intérêt de l’histoire, l’excitation de Paris et la qualité des acteurs, le film peine à captiver. Dit autrement, la mayonnaise ne prend pas. Pour ceux qui on lu le roman de Maupassant, la sortie de la salle de cinéma s’accompagne d’un petit goût de déception mêlée d’insatisfaction due au sentiment que le film ne rend pas justice au texte original. De plus, les noms français sonnent terriblement faux dans cette production anglophone. Certaines scènes valent tout de même le détour, en particulier les dîners ou réceptions officielles au cours desquels l’hypocrisie de la haute société parisienne est finement pointée du doigt. En somme, Bel Ami offre un bel essai d’adaptation du roman de Maupassant mais dont le résultat est quelque peu longuet à la limite de l’ennuyeux.

Léa Assir