La famille parle d’une histoire de membres; du couple et au moins d’un enfant. Elle est tantôt simple, subtilement complexe et souvent d’une évidente complicité. Les aïeuls veillent à préserver les leçons du passé et à marquer le territoire mental d’une mémoire collective. L’individu la percevrait comme l’espace des rituels,, un repère sûr ainsi que la  racine première de ses attaches. La vie ensemble serait construite sur une persistante cohabitation, bon gré, malgré, les dépendances, les apprentissages, les démarcations, les mésententes, les oppositions, les crises, les conflits, les tempêtes et les cassures. Les rapports de confiance, le difficile respect des differences respectives à chacun, les complicités latentes, les heureuses retrouvailles, les accords sur tant de désaccords et le front commun face au danger extérieur ne mettent que rarement en question le profond lien d’appartenance à la sécurité du lieu familial, des statuts et de la fonction des rôles. Les identités se forment selon le cours des évolutions personnelles et des aptitudes à glaner le meilleur
pour éviter le pire. L’adulte libanais a énormément privilégié ces caractéristiques, inhérentes à sa vie familiale sans réellement faire évoluer les objectifs de citoyenneté. Ils appartiennent à un processus d’implication plus développé qui adresse; les valeurs communes, les adhérences au droit et aux obligations civiques, le méticuleux respect des diversités culturelles et religieuses… Cependant, le drame que nous vivons par rapport à l’immobilisme de nombreux citoyens face à la continuité des politiques partisanes non conciliatrices et destructurantes, découle de deux gravissimes facteurs de stagnations:
1/Celui qui consiste d’une part à contenir les aspirations des individus dans le cadre  des coutumes, des protections, des opportunités au présent et des projections à l’avenir sous la dépendance et la coupe de certains responsables. Ils favoriseraient le protectorat en décourageant tout passage nécessaire à un stade supérieur d’appartenance à la nation.
2/ Celui de percevoir d’autre part tout changement adapté à un objectif national,  comme une séparation ou un abandon des structures collectives, faute de volontés
suffisamment exigeantes et responsabilisantes pour de nouvelles intégrations autonomes et ouvertes. Elles seraient fidèles certes au patrimoine des contextes multiples sans se substituer au pouvoir de la constitution, des institutions et de la démocratie pour tous. La crédibilité nationale dépendrait non seulement de conjonctures et d’opportunités mais surtout d’adultes en fonctions prêts à regarder leurs familles et leurs communautés comme des richesses et non pas des tutelles absolues. Le choix d’une identité nationale exigerait de continuer à grandir pour accomplir le véritable dessein des familles du Liban. Celui de l’allégeance de tous à ce qui reste de la Nation!

Joe Acoury.