lundi, janvier 12, 2026

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Diplomatie en urgence: la semaine où Beyrouth attend Jean-Yves Le Drian et Yazid bin Farhan

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Un rythme de rendez-vous qui dit l’inquiétude

La semaine se construit autour de trois séquences rapprochées. Une réunion est annoncée entre Nawaf Salam et les ambassadeurs du groupe des cinq, qui réunit les États-Unis, la France, l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar. Dans la foulée, le retour à Beyrouth de Jean-Yves Le Drian est attendu. Puis celui de Yazid bin Farhan. La proximité des dates compte autant que les visites elles-mêmes. Elle traduit une volonté de lire la situation en temps réel. Elle traduit aussi une crainte de bascule.

Sur le plan intérieur, ce calendrier pèse immédiatement. Il resserre les marges. Il accélère les arbitrages. Il oblige l’exécutif à parler d’une seule voix. Il oblige aussi à éviter les messages contradictoires. Dans une période de tension au Sud, chaque ambiguïté se paie cher. Elle se paie en confiance. Elle se paie aussi en soutien.

La diplomatie, ici, ne ressemble pas à une routine. Elle ressemble à une gestion de crise. Elle vise d’abord à empêcher une escalade. Elle vise ensuite à consolider l’État. Ce double objectif est visible dans la liste des sujets mis sur la table. Ils sont répétés. Ils se répondent. Ils se verrouillent.

Le paquet qui ne se découpe plus

Les échanges annoncés ne traitent pas les dossiers séparément. Ils les assemblent. La sécurité au Sud revient en premier. Le contrôle exclusif des armes par l’État est cité comme un point structurant. Les élections législatives, et leur tenue à la date prévue, apparaissent comme un impératif. La réforme bancaire et financière, enfin, est présentée comme une preuve de sérieux.

Cette logique de paquet change la relation avec les partenaires. Elle réduit l’espace du “oui, mais”. Elle réduit aussi l’espace des reports. Les capitales ne demandent plus seulement une intention. Elles demandent un calendrier. Elles demandent des actes. Elles demandent des textes votés. Elles demandent un mécanisme de mise en œuvre. Et elles veulent pouvoir mesurer.

Ce paquet crée aussi une tension interne. Une décision sécuritaire touche des équilibres sensibles. Une décision financière touche des intérêts puissants. Une décision électorale touche des stratégies de blocs. Pourtant, tout est mis dans la même enveloppe. Le pays doit avancer sur tout, au même moment.

La conférence de soutien à l’armée, entre promesse et test

L’idée d’une conférence internationale de soutien à l’armée libanaise revient comme un pivot. Elle est présentée comme un objectif concret. Elle doit produire des engagements. Elle doit se traduire en appui matériel. Elle doit aussi donner de l’oxygène à une institution devenue centrale dans l’architecture de l’État.

Une nuance est constante dans les récits. Le rendez-vous ne doit pas être une scène de discours. Il doit être un dispositif utile. Cela impose une préparation serrée. Il faut une liste de besoins. Il faut une hiérarchie. Il faut aussi une méthode de suivi. Sans cela, l’événement se vide. Et il devient un symbole sans effet.

Un calendrier est évoqué autour de la fin février. Il est présenté comme possible, pas comme acquis. Cela signifie que la préparation et la crédibilité compteront. Cela signifie aussi que les partenaires se réservent un droit d’évaluation. La conférence devient alors un miroir. Elle reflète l’état de l’État. Elle reflète aussi l’état du consensus interne.

Jean-Yves Le Drian, ou la visite qui mesure

La visite attendue de Jean-Yves Le Drian est décrite comme une visite de travail. Elle combine une lecture de terrain et une lecture de décision. Un axe revient avec insistance. Il s’agit d’évaluer ce que l’armée a accompli au Sud du Litani. Le terme “évaluer” est important. Il implique une comparaison. Il implique une vérification. Il implique un jugement sur des capacités réelles.

Un autre axe est associé à une étape suivante. Elle est souvent décrite comme une deuxième phase. L’expression pèse, car elle renvoie au contrôle exclusif des armes. Ce dossier est explosif. Il touche au cœur des rapports de force. Il touche aussi au calendrier. Il pose la question du “quand” autant que celle du “quoi”.

La visite place donc l’exécutif devant une bataille de tempo. Aller vite peut fracturer. Aller lentement peut décrédibiliser. Entre les deux, il y a la contrainte matérielle. L’armée avance selon ses moyens. Elle dépend d’un soutien en équipements. Elle dépend aussi d’un financement durable. Et elle dépend enfin d’une couverture politique stable.

Cette équation explique pourquoi la visite est suivie de près. Elle n’est pas un geste. Elle est un moment d’examen. Elle peut accélérer. Elle peut aussi refroidir. Tout dépend de ce qui est présenté comme réalisations, et comme décisions à venir.

Yazid bin Farhan, ou l’aide sous condition

La venue attendue de Yazid bin Farhan introduit une autre grammaire. Elle parle le langage de la conditionnalité. Le message associé est simple. Le soutien existe, mais il se mérite. Il se prouve. Il s’appuie sur des étapes visibles. Il s’appuie aussi sur une cohérence entre sécurité et réformes.

Deux critères ressortent. Le premier est sécuritaire. Il porte sur la capacité de l’État à contrôler. Il porte aussi sur la trajectoire du dossier des armes. Le second est économique. Il porte sur la gouvernance. Il porte sur la réforme bancaire. Il porte aussi sur la capacité à sortir du flou des pertes et de la responsabilité.

Dans cette approche, l’ordre est inversé. On n’aide pas pour voir si ça bouge. On regarde si ça bouge, puis on aide. Cette méthode a une conséquence politique directe. Elle durcit la pression sur l’exécutif. Elle durcit aussi la pression sur le Parlement. Elle laisse moins de place aux compromis interminables.

Le texte sur l’écart financier, devenu sujet diplomatique

La réforme financière apparaît comme un dossier diplomatique à part entière. La loi sur l’écart financier devient un mot-clé. Elle est associée à la crédibilité. Elle est associée à la stabilité. Elle est aussi associée à la capacité d’un État à dire la vérité sur ses comptes.

Le débat est connu. Un texte complet provoque des résistances. Un texte absent entretient l’arbitraire. C’est dans ce dilemme que la pression s’installe. L’idée qui domine est pragmatique. Un cadre légal imparfait vaut mieux que le vide. Le vide nourrit la peur. Le vide nourrit les arrangements. Et le vide bloque l’investissement.

Ce dossier a une particularité. Il est technique, mais il est politique. Il touche à la répartition des pertes. Il touche aux banques. Il touche aux déposants. Il touche aussi à l’État, et à sa dette. Dès lors, les partenaires le lisent comme un indicateur. Si ce texte avance, d’autres peuvent avancer. S’il bloque, tout bloque.

La reconstruction, ou le test de la gouvernance

L’autre grand dossier, dans cette semaine, est la reconstruction. Un mécanisme doit être discuté en Conseil des ministres. Un prêt de 250 millions de dollars de la Banque mondiale est présenté comme un point de départ. Une conférence de donateurs est aussi évoquée comme un objectif.

La reconstruction, ici, n’est pas seulement un chantier. Elle est un test de gouvernance. Elle oblige à répondre à des questions simples. Qui décide. Qui exécute. Qui contrôle. Quels critères. Quels délais. Quelle transparence. Sans réponses, les promesses restent des slogans.

La doctrine mise en avant est celle de la responsabilité de l’État. Elle insiste sur un point. Les maisons détruites et les terres brûlées ne doivent pas devenir un terrain de captation politique. L’État veut reprendre la main. Il veut éviter que le vide institutionnel soit rempli par d’autres. Cette ligne vise aussi à rassurer les bailleurs. Elle vise à garantir que l’argent ne finance pas des réseaux.

Dans ce cadre, la reconstruction sert de passerelle. Elle relie la société à la diplomatie. Elle relie aussi la sécurité à l’économie. Quand les gens se déplacent, la reconstruction devient urgente. Quand l’aide est conditionnelle, la reconstruction devient un argument. Et quand l’État veut prouver sa présence, la reconstruction devient une vitrine.

Le Sud, les formats de coordination, et la question de l’après-Finul

La semaine diplomatique est aussi traversée par un débat d’architecture. Il porte sur les dispositifs au Sud. Il porte sur un mécanisme de coordination. Il porte aussi sur l’avenir de la Finul. Les récits évoquent plusieurs scénarios. Certains parlent d’une suppression. D’autres d’une marginalisation. D’autres encore d’un renforcement.

Le point clé est le suivant. Un format redistribue le pouvoir. Il fixe la table. Il fixe qui parle. Il fixe qui décide. Il fixe aussi le degré de présence civile et militaire. Quand un mécanisme change, la souveraineté opérationnelle change.

Des contacts avec des responsables onusiens sont évoqués, sur fond d’inquiétude. Une absence de signes clairs de retrait israélien de certains points occupés nourrit l’idée d’une zone tampon. Elle nourrit aussi une tension durable. Dans un tel contexte, la discussion sur l’après-Finul ne reste pas théorique. Elle devient une option examinée.

La dimension française réapparaît ici. Elle se mêle à la question du rôle au Sud. Elle se mêle aussi à la conférence de soutien à l’armée. Une aide à l’armée, une présence au Sud, et une architecture de coordination sont des éléments liés. Ils se renforcent. Ils se contredisent aussi parfois. D’où une bataille d’influence qui se déroule dans la forme, autant que dans le fond.

Le cas Abbas Araghchi, ou l’importance du protocole

Dans ce climat de pression, la question du protocole devient politique. La visite d’Abbas Araghchi est discutée à travers une règle simple. Une visite officielle se fait sur invitation. Elle suit des usages. Elle implique une réciprocité. Elle suppose aussi une clarté sur le cadre.

Un débat apparaît sur la manière dont cette visite a été déclenchée. L’argument de fond est la souveraineté diplomatique. Le pays veut maîtriser son agenda. Il veut éviter que des visites soient interprétées comme des alignements. Il veut aussi éviter que des ambiguïtés compliquent la relation avec d’autres partenaires.

Ce sujet paraît technique. Il ne l’est pas. Dans une phase où l’exécutif cherche du soutien, chaque geste est scruté. Chaque photo est commentée. Chaque timing est interprété. Ainsi, la question de l’invitation devient un langage politique. Elle sert à dire “c’est nous qui décidons”. Elle sert aussi à rassurer.

La diplomatie comme discipline intérieure

Cette semaine d’émissaires agit comme une discipline imposée à l’intérieur. Elle pousse à clarifier. Elle pousse à décider. Elle pousse aussi à coordonner. Dans un pays où les institutions peuvent se contredire, la pression extérieure oblige à la cohérence.

Nawaf Salam se retrouve donc au centre. Il doit porter un message de stabilité. Il doit aussi porter un message de réforme. Et il doit protéger l’espace politique, pour éviter une crise interne pendant une crise externe. Le langage attendu est celui de l’État. Un État qui tient ses élections. Un État qui assume la réforme. Un État qui soutient son armée. Un État qui organise la reconstruction.

La difficulté est connue. Un État ne se répare pas en une semaine. Pourtant, une semaine peut produire des signaux. Elle peut produire un vote. Elle peut produire un calendrier. Elle peut produire un mécanisme. Elle peut produire une liste de besoins de l’armée. Et elle peut produire une méthode de suivi.

Une pression régionale qui réduit le droit à l’erreur

L’arrière-plan régional pèse sur tout le reste. Les menaces autour de l’Iran alimentent une nervosité générale. Elles alimentent aussi des hypothèses de confrontation plus large. Dans ce cadre, le Liban est regardé comme une pièce fragile. Les partenaires veulent limiter les surprises. Ils veulent limiter les débordements.

Plus le contexte régional est instable, plus les exigences augmentent. Les partenaires veulent “verrouiller” ce qui peut l’être. Ils veulent un calendrier électoral respecté. Ils veulent une trajectoire sur le contrôle des armes. Ils veulent une réforme financière crédible. Et ils veulent une reconstruction gérée par l’État.

Cette réduction du droit à l’erreur explique la densité du calendrier. Elle explique aussi le ton de la conditionnalité. Elle explique enfin l’importance accordée à l’armée. Une armée soutenue est une promesse d’ordre. Une armée soutenue est aussi un argument diplomatique.

Ce que la semaine peut déclencher, sans promesse de miracle

Les séquences annoncées peuvent accélérer des décisions. Elles peuvent accélérer la préparation de la conférence de soutien à l’armée. Elles peuvent aussi accélérer le débat sur la loi de l’écart financier. Elles peuvent enfin accélérer la définition d’un mécanisme de reconstruction.

En parallèle, elles peuvent durcir des débats internes. Le dossier du contrôle exclusif des armes peut devenir plus pressant. Le débat sur les formats au Sud peut prendre de l’ampleur. Et la question du protocole, dans les relations régionales, peut rester une ligne sensible.

Les prochains jours sont donc moins un défilé qu’une épreuve de cohérence. La réunion avec le groupe des cinq est annoncée. Les visites de Jean-Yves Le Drian et de Yazid bin Farhan sont attendues. La préparation d’une conférence de soutien à l’armée est évoquée avec un horizon proche. Le mécanisme de reconstruction doit être abordé en Conseil des ministres. La loi sur l’écart financier reste un passage obligé.

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