Accueil A la Une Iznogoud, le lama et l’intello-fasciste

Iznogoud, le lama et l’intello-fasciste

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Pour ne pas gâcher les faux espoirs de mes amis «live et love en attendant que ça me pête dans la gueule», je me suis volontairement isolé du monde corrompu, Comme Boudha sous l’arbre de la sagesse. J’ai même suivi un régime draconien, ne mangeant que de la viande rouge , un seul fruit (le chocolat) mais en grande quantité et évitant tous genres d’herbes et d’orties (communément appelées Kale).

J’ai même, à la naissance du nouveau régime, en me te la voulant jouer bon perdant (j’avais tout misé sur Kahwaji), envoyé des lettres de félicitations (qui sont restées sans réponse) à mes amis aounistes et, aussi, pris grand soin de consoler mes amis FL qui se sentaient obligés de la jouer « victorieux » même si, pour eux, la teuf de Meerab ressemblait beaucoup plus à un Vendredi 13 qu’à une bachelor party.

Lorsque le nouveau ministre de l’énergie a promis de continuer le projet du précédent, j’ai même fait semblant d’y croire, sans me demander s’il s’agissait d’une passation de pouvoir entre le calife et le calife ou d’Iznogoud avec Iznogoud. J’ai même fait semblant de croire que la crise de l’électricité était directement liée à la crise des réfugiés syriens qui, comme tout le monde le sait, sont rentrés au pays avec leurs réfrigérateurs et leur micro-ondes sur le dos. Deux millions de micro-ondes, ça te pompe vachement le jus de l’EDL !

Même que j’ai trouvé mignons les gémissements et plaintes de certains ministres devant le train des mutations, transferts et nominations, accusant le régime de vouloir « tout peindre en orange ». Il faut dire qu’entre le jaune, le bleu pervenche, le vert ou l’orange, il vaut mieux être daltonien que broyer du noir.

Je me satisfaisais même de la solution bien libanaise de se débarrasser des ordures en les laissant naviguer à vau-l’eau vers Chypre, et celle, encore plus grave, de profiter du son du canon couvrant celui de la bêtise humaine, pour faire passer, une deuxième fois, le même projet de taxes douteuses contre lequel tous les libanais se sont révoltés.

Evidemment, tout n’est pas rose (ou orange, comme tu veux). Et, il y a toutes les victimes de balles perdues et trouvées, et celles qui sont tuées pour des questions de priorités de passage. Mais, il ne faut pas se plaindre: au Pérou, tu peux te tuer en faisant une chute du dos d’un lama, pas au Liban! A chaque pays ses risques! Il ne faut pas être mauvaise langue et sous-estimer les efforts qui se font dans ce sens. Il est vrai que les dizaines de joyeux fêtards, accusés d’avoir célébré la remise des diplômes du brevet Libanais à coups de Kalashnikov, et les dizaines d’autres – probablement ayant un lien familial avec les premiers – accusés d’avoir triché au dudit diplôme, n’ont pas été reconnus coupables. Mais, par contre, le système est sans pitié contre les méchants bloggeurs, Twitteurs et Facebookeurs, qui osent critiquer l’intégrité des honnêtes gens qui nous gouvernent.

Oui tout cela, n’a rien de révoltant. Ce qui te reste dans la gorge, c’est les applaudissements stockholmiens et béats de ces dernières semaines et la nouvelle génération d’intello-fascistes qui n’arrivent pas à voir, qu’à quelques rôles inversés près, nous revivons la période 1974-1976, ou, en fait, une version 2.0 de cette période car, contrairement au peuple libanais qui passe de main en main depuis des siècles sans tirer les leçons de ses échecs, ses adversaires, eux, évoluent. Cependant, pour notre chance, Sayyed Hassan a, lui-même, dans son discours d’hier, remis les horloges à l’heure en disant, mot pour mot que l’armée aurait été capable de mener seule la bataille de Qaa, et de la gagner, mais que le problème était dans la décision politique (pas militaire). Une phrase que tout libanais bien-pensant devrait méditer en se souvenant de la mémorable – même si douloureuse – période de 1975-2005, de laquelle il n’a encore tiré aucune leçon.