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Joseph Aoun face au piège libanais

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Le chef de l’État dans une séquence de contrainte

Un président placé au centre d’un conflit qui le dépasse

Joseph Aoun se trouve face à une équation dont chaque terme peut affaiblir l’autre. Il doit défendre l’autorité de l’État, obtenir l’arrêt des frappes israéliennes, éviter que le Hezbollah impose seul le rythme militaire, préserver la relation avec Washington, maintenir le lien avec Nabih Berri et empêcher une rupture confessionnelle. Aucun de ces objectifs n’est isolé. Chaque avancée sur un front peut produire une tension sur un autre. Une pression trop forte sur les armes du Hezbollah peut provoquer une crise interne. Une prudence excessive sur ce dossier peut vider la souveraineté de son contenu. Une ouverture diplomatique avec Israël peut être présentée comme une nécessité d’État. Elle peut aussi devenir, si elle est mal encadrée, une accusation de normalisation sous contrainte.

Le piège tient d’abord à cette simultanéité. Le président n’affronte pas une seule crise. Il affronte une crise de frontière, une crise institutionnelle, une crise régionale et une crise de légitimité. La frontière sud reste sous tension malgré le cessez-le-feu. Les négociations attendues avec Israël ne disposent pas encore d’un mandat national clair. Le bras de fer entre les États-Unis et l’Iran pèse sur le calendrier libanais. Le Hezbollah continue de se présenter comme un acteur de défense face aux attaques israéliennes. Dans ce contexte, Joseph Aoun ne peut ni se contenter d’un discours de souveraineté, ni accepter une médiation qui transformerait l’État en simple exécutant d’un agenda extérieur.

Le choix difficile de parler au nom de l’État

La ligne présidentielle repose sur une idée simple: la décision de guerre et de paix doit revenir aux institutions. Ce principe paraît évident dans un État normal. Il devient explosif au Liban, où l’équilibre politique s’est construit pendant des décennies autour d’un compromis instable entre autorité publique, résistance armée, tutelles régionales et arrangements internes. En affirmant que le pays ne peut plus être entraîné dans une guerre sans décision nationale, Joseph Aoun touche au cœur du pouvoir réel. Il ne critique pas seulement une opération ou une déclaration. Il met en cause une mécanique par laquelle un acteur armé peut engager l’ensemble du territoire.

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Cette parole présidentielle modifie la scène intérieure. Elle donne un point d’appui aux forces qui demandent le monopole étatique des armes. Elle rassure des partenaires étrangers qui veulent un interlocuteur officiel capable de s’engager. Elle inquiète, en revanche, les partisans du Hezbollah, qui voient dans ce durcissement un prélude à des concessions exigées par Washington ou Tel-Aviv. Le président doit donc mesurer chaque mot. S’il parle trop peu, il paraît accepter l’impuissance de l’État. S’il parle trop fort, il peut être accusé d’ouvrir un affrontement interne. C’est l’une des dimensions les plus délicates du moment: la souveraineté doit être affirmée sans transformer le débat en épreuve de force civile.

Les armes, sujet central mais impossible à isoler

La position de Nawaf Salam renforce l’axe institutionnel

Nawaf Salam porte une ligne complémentaire à celle de Joseph Aoun. Le Premier ministre insiste sur le fait que les armes doivent être exclusivement entre les mains de l’État libanais et de ses forces légales. Cette formule replace le gouvernement dans une logique classique de souveraineté. Elle signifie que la sécurité nationale ne peut être fragmentée entre plusieurs centres de décision. Elle donne aussi une cohérence à la négociation avec Israël: un gouvernement ne peut garantir durablement un cessez-le-feu que s’il dispose de l’autorité nécessaire sur le terrain. Sinon, tout engagement officiel reste vulnérable à une riposte décidée hors de son contrôle.

Mais cette ligne crée une difficulté immédiate. Le monopole des armes ne se décrète pas dans un communiqué. Il suppose des conditions politiques, militaires et régionales. Il faudrait d’abord que les attaques israéliennes cessent réellement. Il faudrait ensuite que l’armée libanaise soit capable de se déployer sans être placée entre Israël et le Hezbollah. Il faudrait aussi que le Hezbollah accepte une évolution de son rôle, ce qui ne peut pas être obtenu par une injonction extérieure. La position de Nawaf Salam clarifie donc le principe, mais elle ouvre la question de la méthode. Dans le Liban actuel, l’application compte autant que la déclaration.

Le Hezbollah conserve l’argument du terrain

Le Hezbollah répond à cette ligne par l’argument du terrain. Tant que les frappes israéliennes se poursuivent, tant que des villages du Sud sont détruits, tant que des drones ciblent des véhicules et tant que des zones restent sous pression, le parti peut soutenir que ses armes ont encore une fonction défensive. Il présente ses ripostes comme des réponses aux violations du cessez-le-feu et comme un moyen de protéger le pays là où l’État serait trop faible ou trop contraint. Cet argument est politiquement puissant, car il s’appuie sur des faits visibles par les habitants du Sud.

Joseph Aoun se retrouve donc face à une équation circulaire. Pour retirer au Hezbollah l’argument de la résistance, l’État doit obtenir une baisse réelle de la pression israélienne. Mais pour obtenir cette baisse, les médiateurs exigent souvent des garanties sur les armes et sur le contrôle du Sud. Tant que les deux exigences sont simultanées, le président doit avancer sans garantie complète. Il doit convaincre les partenaires étrangers que l’État peut reprendre la main. Il doit convaincre les Libanais que cette reprise ne signifie pas une capitulation devant Israël. Il doit convaincre les habitants du Sud que la souveraineté institutionnelle peut aussi les protéger concrètement.

Washington, soutien indispensable et source de risque

Une médiation qui donne du poids à Baabda

Les États-Unis sont aujourd’hui l’interlocuteur extérieur le plus capable de peser sur le dossier libano-israélien. Washington dispose d’un accès direct à Israël, de moyens de pression militaires et diplomatiques, et d’une capacité à encadrer les négociations. Pour Joseph Aoun, cette médiation est utile. Elle permet de porter les demandes libanaises sur le retrait israélien, le cessez-le-feu, les prisonniers, les points contestés de la ligne bleue et le rôle de l’armée. Sans canal américain, le Liban aurait beaucoup plus de mal à transformer ses plaintes en agenda diplomatique.

Mais l’appui américain a un prix politique. Washington ne se contente pas de transmettre des demandes. L’administration américaine veut accélérer le processus, produire une image diplomatique et obtenir des engagements clairs sur la sécurité d’Israël. L’hypothèse d’une rencontre à Washington entre Joseph Aoun et Benjamin Netanyahou illustre ce risque de mise en scène. Une telle rencontre pourrait donner au président libanais une visibilité internationale et un accès direct au cœur de la médiation. Elle pourrait aussi être utilisée contre lui à l’intérieur, surtout si elle ne s’accompagne pas de garanties tangibles. Dans un pays où la forme diplomatique est aussi sensible que le contenu, une image peut devenir une crise.

Le piège d’un calendrier américain trop rapide

La méthode de Donald Trump repose sur le calendrier court, la pression directe et l’affichage de résultats. Cette méthode peut parfois débloquer des dossiers figés. Elle peut aussi écraser les contraintes internes des pays plus fragiles. Le Liban ne peut pas négocier comme un État disposant d’un consensus national stable. Chaque étape doit tenir compte de Nabih Berri, du Hezbollah, de l’armée, du gouvernement, des équilibres confessionnels, des régions touchées et de la perception arabe. Un calendrier imposé de l’extérieur peut donc produire un effet inverse à celui recherché: au lieu d’accélérer l’accord, il peut durcir les refus.

Joseph Aoun doit donc utiliser Washington sans se laisser enfermer par Washington. Il a besoin de la médiation américaine pour contraindre Israël à discuter. Mais il doit éviter que le Liban apparaisse comme obligé de fournir des concessions avant d’obtenir un arrêt réel des frappes. Le cœur du piège est là. Si le président accepte trop vite un format voulu par la Maison Blanche, il peut perdre une partie de sa base politique. S’il refuse trop nettement, il peut laisser Israël poursuivre ses opérations en affirmant que Beyrouth bloque la diplomatie. La marge présidentielle se réduit entre l’urgence de la protection et la lenteur nécessaire du consensus.

Nabih Berri, verrou ou partenaire obligé

Le refus de la négociation directe

Nabih Berri reste un acteur incontournable. Son refus de la négociation directe avec Israël n’est pas un détail tactique. Il exprime une ligne politique ancienne, nourrie par la mémoire des accords imposés sous pression et par la crainte d’une normalisation non assumée par le pays. Le président du Parlement sait que la forme d’un échange avec Israël peut avoir des conséquences internes considérables. Une réunion, une photo, une déclaration commune ou même une présence symbolique peuvent être interprétées comme un feu vert national. Il ne veut pas offrir cette couverture sans garanties majeures.

Pour Joseph Aoun, cette position est à la fois un obstacle et une protection. Elle complique la construction d’un mandat de négociation. Elle peut ralentir la réponse libanaise à la pression américaine. Mais elle rappelle aussi que tout arrangement durable doit être politiquement acceptable. Un accord conclu contre Berri et contre une partie significative du système ne tiendrait pas longtemps. Il serait attaqué comme une décision présidentielle ou gouvernementale non nationale. Le président doit donc composer avec ce verrou. Il ne peut pas l’ignorer. Il doit tenter de le transformer en garde-fou, en l’intégrant à un cadre indirect, limité, sécurisé et fondé sur des résolutions internationales.

Le besoin d’un document de principes

La crise montre la nécessité d’un document libanais de principes. Une telle base permettrait de réduire les malentendus entre les trois présidences. Elle devrait préciser que le Liban ne cherche pas une paix politique imposée, mais un arrangement de sécurité garantissant le retrait israélien, l’arrêt des attaques, le retour des prisonniers, le respect de la ligne bleue, la protection des civils et le déploiement de l’armée. Elle devrait aussi fixer la ligne rouge contre toute mise en scène de normalisation sans consensus national. Ce type de texte donnerait à Joseph Aoun un mandat plus solide face à Washington.

Un document de principes aurait une autre fonction: répondre au Hezbollah sans entrer dans une confrontation directe. Il rappellerait que l’État assume la défense de la souveraineté, tout en exigeant des garanties concrètes contre Israël. Il permettrait d’éviter que le débat soit réduit à une alternative brutale entre résistance armée et reddition diplomatique. Le président pourrait ainsi replacer la négociation dans un cadre national. La question ne serait plus de savoir si le Liban cède ou résiste, mais comment il défend ses droits avec les outils de l’État. Cette nuance est essentielle pour sortir du piège.

Le Sud, juge réel de la stratégie présidentielle

Les villages comme test de crédibilité

La stratégie de Joseph Aoun sera jugée d’abord au Sud. Les habitants n’évaluent pas la souveraineté à partir de concepts juridiques. Ils l’évaluent à partir de leur capacité à rentrer chez eux, à rouvrir une école, à cultiver un champ, à circuler sans drone au-dessus de la route et à dormir sans explosion. Tant que les bombardements se poursuivent, toute parole sur le monopole des armes restera contestée par ceux qui voient dans les ripostes du Hezbollah une réponse, même risquée, à une menace immédiate. Pour affirmer l’autorité de l’État, le président doit donc obtenir des résultats visibles sur le terrain.

Les localités touchées par les frappes, les destructions de tunnels, les attaques contre des véhicules et les opérations autour de Bint Jbeil, Qantara, Kafra, Tebnine ou Mansouri rappellent que la trêve n’a pas produit une paix réelle. Le Sud reste un espace où la guerre se poursuit sous une forme fractionnée. Cette réalité donne au président un argument contre Israël, mais elle réduit sa marge face au Hezbollah. Plus la pression israélienne est forte, plus le discours de la résistance conserve un ancrage. La première bataille de Joseph Aoun n’est donc pas seulement politique. Elle consiste à transformer le cessez-le-feu en sécurité vécue.

Les secouristes et l’armée dans la zone de risque

Les attaques ayant touché des secouristes ou des soldats engagés dans des opérations de sauvetage renforcent cette urgence. Elles montrent que la guerre ne vise pas seulement des positions militaires ou des infrastructures soupçonnées d’appartenir au Hezbollah. Elle affecte aussi les chaînes de secours, les patrouilles, les équipes locales et les civils qui dépendent d’elles. Joseph Aoun et Nawaf Salam ont condamné ces attaques, en les présentant comme des violations graves des protections dues aux civils et aux intervenants humanitaires. Mais la condamnation doit être suivie d’un mécanisme, faute de quoi elle reste une parole sans effet.

L’armée libanaise se trouve ici au cœur du piège. Elle est appelée à reprendre un rôle central au Sud. Mais elle ne peut pas être déployée dans une zone où elle serait à la fois exposée aux frappes israéliennes, contestée par le Hezbollah et pressée par Washington de devenir l’instrument du désarmement. Son rôle doit être défini avec précision. Protéger les civils, accompagner le retour, contrôler les zones évacuées, coopérer avec les forces internationales et documenter les violations sont des missions possibles. Entrer dans une confrontation intérieure serait un scénario d’effondrement.

L’avertissement arabe sur le risque interne

Le Caire et la peur d’un choc armée-Hezbollah

Les mises en garde égyptiennes s’inscrivent dans cette logique de prévention. Le message transmis aux responsables libanais insiste sur la nécessité d’obtenir d’abord l’arrêt des opérations israéliennes et de refuser tout scénario qui pousserait l’armée libanaise dans un affrontement avec le Hezbollah. Cette position ne défend pas le statu quo par principe. Elle part d’une lecture du risque. Une confrontation interne sur les armes, menée sous pression extérieure et sans règlement de la menace israélienne, pourrait faire basculer le Liban dans une crise dont personne ne contrôlerait l’issue.

Pour Joseph Aoun, cet avertissement est utile. Il lui permet de résister à une partie des attentes américaines tout en restant dans une logique d’État. Il peut dire que le renforcement de l’armée est indispensable, mais que l’armée doit d’abord protéger la frontière et les citoyens. Il peut refuser que le dossier des armes soit transformé en calendrier militaire imposé. Le président gagne ainsi un appui régional pour une approche graduelle. Cette approche reste difficile à défendre face aux partenaires qui veulent des engagements rapides. Mais elle est sans doute la seule compatible avec la stabilité intérieure.

Riyad et la prévention confessionnelle

La diplomatie saoudienne agit sur un autre registre. Les démarches auprès des autorités religieuses visent à éviter que la crise ne se transforme en fracture sunnite-chiite ou en affrontement entre communautés. Ce choix montre que Riyad lit la séquence libanaise comme un risque de paix civile autant que comme un dossier de souveraineté. Le soutien aux institutions ne suffit pas si la rue se polarise. La critique du Hezbollah, les attaques contre Nawaf Salam, le débat sur les armes et la pression américaine peuvent rapidement prendre une coloration confessionnelle. Le rôle saoudien consiste donc à soutenir l’État tout en appelant à la retenue.

Joseph Aoun a besoin de ce type de soutien. Sa ligne ne peut réussir que si elle échappe à la logique de camp. S’il est perçu comme le président d’un front anti-Hezbollah, son autorité nationale sera réduite. S’il est perçu comme un président hésitant devant le parti, il perdra l’appui de ceux qui attendent une restauration de l’État. L’équilibre est étroit. Le soutien arabe peut lui offrir une couverture, mais il doit rester assez large pour ne pas devenir une pression communautaire. La paix civile n’est pas un slogan dans cette crise. Elle est une condition de toute stratégie.

Le précédent du 17 mai et la mémoire du piège

Un accord imposé ne survit pas longtemps

Le débat actuel réactive le souvenir de l’accord du 17 mai 1983. Ce précédent est souvent utilisé pour avertir contre un arrangement avec Israël conclu sous pression extérieure et sans consensus national. La comparaison n’est pas parfaite, car le contexte régional, les institutions et les rapports de force ont changé. Mais elle garde une force politique. Elle rappelle qu’un texte peut être signé puis devenir ingouvernable si une partie importante du pays le rejette. Au Liban, la légalité formelle ne suffit pas toujours à produire la légitimité politique.

Joseph Aoun doit donc éviter l’image d’un président qui accepterait une solution écrite ailleurs. Sa stratégie doit montrer que toute négociation part des intérêts libanais: retrait israélien, sécurité des civils, retour de l’armée, refus du fait accompli territorial et protection de la paix civile. Si ces éléments sont absents, le souvenir des accords passés deviendra une arme contre lui. Ses adversaires pourront l’accuser de répéter une erreur historique. Ses soutiens eux-mêmes auront du mal à défendre une démarche sans résultats tangibles.

Les résolutions internationales comme abri utile

La référence aux résolutions internationales, notamment celles liées au retrait israélien et au cadre du Sud, offre une sortie possible. Elle permet de présenter la démarche non comme une négociation politique de paix, mais comme un arrangement de sécurité conforme à des textes déjà reconnus. Cette différence peut aider Joseph Aoun à rassembler. Elle rassure ceux qui refusent la normalisation, tout en donnant aux partenaires étrangers un cadre de travail. Elle permet aussi de recentrer le débat sur des obligations précises: retrait, cessation des attaques, respect de la souveraineté et rôle de l’armée.

Ce choix ne règle pas tout. Les textes internationaux ont souvent été invoqués sans être pleinement appliqués. Mais ils offrent un langage commun. Dans un pays divisé, le langage compte. Parler de résolutions, de trêve, de mécanisme de vérification et de déploiement de l’armée est moins explosif que parler de paix bilatérale ou de face-à-face politique. Joseph Aoun peut utiliser ce cadre pour gagner du temps, réduire les accusations de normalisation et exiger des garanties. Le temps n’est pas une solution en soi, mais il peut éviter une décision précipitée.

La fracture institutionnelle comme menace directe

Trois présidences, trois contraintes

La réunion reportée entre Joseph Aoun, Nabih Berri et Nawaf Salam illustre la difficulté de produire une seule ligne nationale. Le président doit représenter l’État et gérer le lien avec Washington. Le Premier ministre doit porter la décision gouvernementale, notamment sur le monopole des armes et les conséquences sociales de la guerre. Le président du Parlement doit préserver l’équilibre politique et empêcher une couverture implicite de la négociation directe. Ces trois fonctions ne s’opposent pas mécaniquement, mais elles ne répondent pas aux mêmes contraintes.

Si les trois présidences ne parviennent pas à s’entendre, le Liban apparaîtra divisé au moment le plus dangereux. Washington pourra traiter séparément avec la présidence et le gouvernement. Le Hezbollah pourra dénoncer un processus non consensuel. Israël pourra exploiter les divergences pour poursuivre ses opérations en affirmant qu’il n’existe pas d’interlocuteur fiable. Les partenaires arabes devront multiplier les canaux. La fragmentation institutionnelle deviendra alors une faiblesse stratégique. Joseph Aoun doit donc faire de l’unité minimale des trois présidences un objectif prioritaire, même si cette unité impose de ralentir certaines étapes.

La nécessité d’un mandat national limité

Un mandat national limité est probablement plus réaliste qu’un consensus complet. Le Liban n’a pas besoin, dans l’immédiat, d’un accord total sur l’avenir des armes du Hezbollah, sur la paix avec Israël ou sur la recomposition du système politique. Il a besoin d’un mandat précis pour négocier une trêve réelle. Ce mandat devrait se concentrer sur les points qui peuvent rassembler: arrêt des attaques, retrait des zones occupées, retour des prisonniers, protection des civils, rôle de l’armée, mécanisme de vérification et refus de toute modification forcée de la frontière. C’est sur cette base que Joseph Aoun peut chercher une majorité politique.

Cette méthode réduirait le risque de blocage. Elle éviterait de placer toutes les questions historiques sur la même table. Elle permettrait au président de dire à Washington que le Liban est prêt à avancer, mais seulement dans un cadre défini. Elle permettrait à Berri de ne pas être entraîné dans une normalisation directe. Elle permettrait à Nawaf Salam de maintenir la ligne du monopole étatique des armes sans transformer l’armée en outil d’affrontement interne. Elle ne résoudrait pas le problème de fond. Elle empêcherait seulement que la crise actuelle ne détruise les conditions de toute solution future.

Le piège régional autour du Liban

L’Iran pèse sans être à la table

Le dossier libanais est inséparable du bras de fer entre les États-Unis et l’Iran. Téhéran pèse à travers son lien avec le Hezbollah, mais aussi à travers la crise de Hormuz, les négociations indirectes avec Washington et la dynamique régionale ouverte par la guerre. Si une détente se produit entre Washington et Téhéran, le front libanais peut devenir plus maniable. Si la tension monte, le Sud risque d’être utilisé comme levier ou comme zone de pression. Joseph Aoun doit donc négocier un dossier dont une partie des clés se trouve hors de Beyrouth.

Cette dépendance est l’une des faiblesses structurelles du Liban. Les acteurs extérieurs parlent souvent du Liban en fonction de leurs propres priorités. Washington parle de sécurité israélienne et de Hezbollah. Israël parle de menace à sa frontière. L’Iran parle de rapport de force régional. Les pays arabes parlent de stabilité et de paix civile. Le président libanais doit ramener ces agendas vers une question simple: comment protéger le territoire et les citoyens libanais. C’est une tâche difficile, car le Liban est souvent traité comme un terrain d’application, non comme un décideur.

Israël cherche à fixer le rapport de force

Israël poursuit ses opérations au Sud en affirmant vouloir neutraliser les capacités du Hezbollah. Cette stratégie vise aussi à fixer le rapport de force avant toute négociation. Plus Israël détruit des infrastructures, contrôle des zones ou impose une pression permanente, plus il arrive à la table avec des faits accomplis. Le danger pour Joseph Aoun est que la diplomatie vienne ratifier une réalité créée par la force. Le président doit donc exiger que la négociation inverse cette logique: elle doit servir à retirer les forces israéliennes, arrêter les frappes et restaurer les droits libanais, non à habiller les gains militaires.

Cette exigence suppose un soutien international et arabe solide. Seul, le Liban ne peut pas imposer ce cadre. Il peut toutefois le formuler clairement. Il peut refuser un accord centré uniquement sur les besoins de sécurité israéliens. Il peut documenter les violations. Il peut mobiliser les institutions internationales. Il peut demander des garanties aux États-Unis et aux pays arabes. La force de Joseph Aoun ne réside pas dans une capacité militaire autonome, mais dans la construction d’un dossier politique cohérent. Le piège serait de négocier dans la confusion, sous pression, sans objectifs publics et sans lignes rouges partagées.

Une présidence au test de la méthode

Gagner du temps sans perdre l’initiative

La tentation de gagner du temps est forte. Dans une crise aussi explosive, retarder une réunion, demander des garanties, prolonger une trêve ou repousser une image diplomatique peut éviter une rupture immédiate. Mais le temps peut aussi devenir dangereux s’il est subi. Israël peut continuer ses opérations. Le Hezbollah peut continuer ses ripostes. Les partenaires étrangers peuvent imposer leurs propres échéances. L’opinion publique peut perdre confiance dans la capacité de l’État à agir. Joseph Aoun doit donc distinguer deux formes de temps: le temps utile, qui prépare une position nationale, et le temps vide, qui laisse le terrain décider.

Le temps utile suppose une méthode. Réunir les trois présidences. Rédiger un document de principes. Obtenir une liste claire des demandes libanaises. Définir le rôle de l’armée. Demander un mécanisme de vérification. Mobiliser les capitales arabes. Encadrer la relation avec Washington. Éviter les déclarations contradictoires. Ce travail peut paraître procédural, mais il est politique. Dans un pays fragmenté, la méthode est une partie de la souveraineté. Elle permet à l’État de ne pas réagir seulement aux pressions, mais de construire sa propre séquence.

Protéger l’État sans ouvrir une guerre intérieure

Le cœur du piège libanais se trouve ici. Joseph Aoun doit protéger l’État contre deux risques opposés. Le premier est l’effacement: l’État se contente de condamner, pendant que le Hezbollah et Israël fixent le terrain. Le second est la confrontation interne: l’État, sous pression extérieure, tente d’imposer brutalement un changement du rapport de force armé et ouvre une crise civile. La voie praticable se situe entre les deux. Elle exige une montée en puissance de l’État, mais graduelle, encadrée et adossée à des garanties contre Israël.

Cette voie ne satisfera pleinement aucun camp. Les adversaires du Hezbollah la jugeront trop lente. Le Hezbollah la jugera peut-être menaçante. Washington la trouvera insuffisamment rapide. Israël pourra la considérer comme trop prudente. Mais elle correspond aux contraintes réelles du pays. Le Liban n’a pas les moyens de régler en quelques semaines un déséquilibre accumulé pendant des décennies. Il doit commencer par empêcher que la trêve fragile ne devienne une guerre permanente, que la négociation ne devienne une normalisation forcée, et que la souveraineté ne devienne un slogan sans protection. C’est ce qui fait de la présidence de Joseph Aoun, dans cette séquence, un test de méthode autant qu’un test d’autorité.

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