mardi, février 17, 2026

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Le gouvernement libanais annonce un délai de quatre mois pour le désarmement au nord du Litani

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Le cabinet libanais, réuni lundi sous la présidence du Premier ministre Nawaf Salam, a pris acte d’une présentation détaillée de l’armée concernant la deuxième phase du plan visant à confiner les armes au sud du Liban. Cette étape, qui s’étend de la rivière du Litani jusqu’à l’Awali, à une quarantaine de kilomètres au sud de Beyrouth, nécessitera au moins quatre mois, selon les estimations militaires. Ce calendrier, extensible en fonction des capacités disponibles et des obstacles sur le terrain, marque une avancée significative dans les efforts de l’État pour réaffirmer son autorité sur les armes non étatiques, dans un contexte marqué par les tensions persistantes avec Israël.

Lors de la conférence de presse qui a suivi la session, le ministre de l’Information, Paul Morcos, a indiqué que le gouvernement avait examiné le rapport du commandement de l’armée. « Il y a un délai de quatre mois, extensible en fonction des capacités disponibles, des attaques israéliennes et des entraves sur le terrain », a-t-il déclaré. Cette annonce intervient alors que l’armée a déclaré, le mois dernier, avoir achevé la première phase du plan, couvrant la zone entre le Litani et la frontière israélienne, soit environ 30 kilomètres plus au sud. Cette progression, bien que saluée par certains acteurs internationaux, reste contestée par Israël, qui accuse le Hezbollah de se réarmer et maintient des frappes régulières malgré l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024.

Le plan de désarmement, élaboré par l’armée libanaise sur mandat gouvernemental, découle d’un engagement pris l’année dernière par Beyrouth pour démanteler les arsenaux du Hezbollah, affaibli par le conflit récent avec Israël. Ce conflit, qui a duré plus d’un an, a causé des destructions massives au sud du Liban et forcé des déplacements de population. L’accord de cessez-le-feu, négocié sous les auspices des États-Unis, visait à mettre fin aux hostilités en échange d’un retrait des forces du Hezbollah au nord du Litani, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006 après une précédente guerre entre les deux parties.

Des divisions au sein du cabinet sur les délais

La session du cabinet, tenue lundi, n’a pas abouti à des délais fermes, comme l’anticipait le quotidien Nidaa al-Watan. Des observateurs ont noté que les discussions des deux jours précédents n’avaient pas permis de trouver un consensus acceptable pour toutes les parties. Le commandant de l’armée, le général Rodolphe Haykal, a présenté les résultats de ses visites récentes aux États-Unis et en Arabie saoudite, en amont de la conférence de soutien à Paris. Il a insisté sur la nécessité de renforcer les capacités de l’armée en termes de personnel et d’équipements pour mener à bien la phase nord du Litani.

Haykal a esquissé une vision générale pour cette étape, précisant que le plan est désormais clair dans tous ses détails, mais sans fixer de date d’achèvement précise. Il s’est engagé à un délai raisonnable, non ouvert indéfiniment. Les ministres issus des Forces libanaises et du parti Kataeb ont reconnu les efforts considérables de l’armée, mais ont exigé un calendrier spécifique pour satisfaire la communauté internationale, qui ne tolérera plus de retards ou de tactiques dilatoires de la part du gouvernement. Ils ont rejeté catégoriquement toute notion de simple « confinement » des armes lors de cette deuxième phase.

De leur côté, les sources proches du duo chiite – regroupant le Hezbollah et le mouvement Amal – ont révélé que leurs ministres s’opposent à toute décision imposant un délai précis pour les armes au nord du Litani. Ils refusent d’achever le processus de confinement avant que Israël ne prenne des mesures concrètes, considérant la question au nord du Litani comme relevant d’un dialogue interne. Les ministres du duo chiite ont reçu des instructions claires pour quitter la session si un plan de confinement avec un calendrier d’application était adopté. Les indicateurs politiques suggèrent que l’approche du duo se concentrera initialement sur la gestion de la session plutôt que sur une confrontation, afin d’éviter son effondrement et de maintenir les discussions dans un cadre de consensus interne.

Cette division reflète les fractures profondes au sein de la classe politique libanaise, où les alliances confessionnelles et les influences régionales pèsent lourd. Le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025 après plus de deux ans de vacance, compte 24 ministres équilibrés entre communautés chrétienne et musulmane. Parmi eux, le ministre des Finances Yassin Jaber, issu du mouvement Amal, et d’autres figures chiites comme le ministre de la Santé Rakan Nasreddine, affilié au Hezbollah. Ce cabinet, qui inclut également des représentants des Forces libanaises opposés farouchement au Hezbollah, doit naviguer entre ces pôles antagonistes tout en gérant une économie en crise et des pressions internationales.

La réaction virulente du Hezbollah

Quelques heures avant la réunion du cabinet, le chef du Hezbollah, le cheikh Naim Qassem, a prononcé un discours télévisé commémorant les leaders tués du mouvement, dont Ragheb Harb, Abbas al-Moussawi et Imad Mughniyeh. Il a critiqué vertement le gouvernement pour ses « concessions continues » à Israël, suggérant que l’État libanais devrait cesser toutes les mesures liées au plan dit de monopolisation des armes. « Si vous voulez capituler, modifiez la Constitution, car l’essence de la Constitution est la confrontation et la défense pour la libération », a-t-il lancé.

Qassem a accusé la performance du gouvernement d’être en partie responsable de la cupidité de l’ennemi en raison de ces concessions successives. « Ce que fait le gouvernement libanais en se concentrant sur le désarmement est une grave erreur, car cette question sert les objectifs de l’ennemi israélien », a-t-il affirmé. Il a rappelé que la responsabilité de la résistance incombe à l’État, à l’armée et au peuple. « Israël mène une agression, et puisque c’est l’État libanais qui a endossé l’accord de 2024, la responsabilité de contrer les attaques lui incombe », a-t-il ajouté.

Le leader du Hezbollah a souligné que son mouvement ne cherche pas la guerre mais est prêt à se défendre. « Ils peuvent nous infliger de la douleur, mais nous pouvons aussi leur en infliger. Ne sous-estimez pas la défense quand le moment viendra », a-t-il averti. Il a rejeté toute concession gratuite ou l’exécution des ordres de la tutelle américaine, internationale ou arabe, ainsi que la satisfaction des demandes agressives d’Israël. Qassem a prévenu que la situation actuelle, marquée par des attaques quotidiennes israéliennes, ne peut perdurer. « Quant à quand, comment et quels développements changeront cette réalité, nous laisserons les faits parler », a-t-il dit.

Expliquant la patience du Hezbollah face aux attaques israéliennes, Qassem a invoqué deux raisons : la responsabilité de l’État, qui doit remplir ses devoirs, et la préoccupation pour la société et la nation à ce stade. « Nous soutenons l’unité nationale libanaise, la pleine souveraineté et la libération, et nous nous opposons à toutes les formes de sédition. Nous appuyons le renforcement de l’armée libanaise pour protéger et réaliser la souveraineté, avec une stratégie de sécurité nationale et en exploitant la force de la résistance », a-t-il conclu.

Les frappes israéliennes persistent

Parallèlement à ces débats internes, les tensions à la frontière sud restent vives. Le ministère libanais de la Santé a rapporté que des frappes israéliennes lundi dans le sud du pays ont tué deux personnes. L’armée israélienne a affirmé avoir visé des operatives du Hezbollah. Israël maintient des troupes dans cinq zones stratégiques du sud du Liban et continue ses opérations aériennes, arguant que les progrès de l’armée libanaise sont insuffisants. Tel-Aviv accuse le Hezbollah de se réarmer, violant ainsi l’accord de cessez-le-feu.

Ces incidents s’inscrivent dans une série d’actions qui ont suivi l’accord de novembre 2024. Depuis lors, Israël a mené des dizaines de frappes, tuant des dizaines de personnes et détruisant des infrastructures. Le Hezbollah, de son côté, a nié toute réarmement et rejeté les appels à rendre les armes au nord du Litani, affirmant que l’accord ne s’applique qu’exclusivement au sud de la rivière.

Le contexte historique de la résolution 1701

La résolution 1701, adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité en août 2006, appelait à un cessez-le-feu immédiat après 34 jours de guerre entre Israël et le Hezbollah. Elle prévoyait le déploiement de l’armée libanaise au sud du Litani, le retrait des forces israéliennes, et le désarmement des groupes armés non étatiques dans cette zone. La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), renforcée à 15 000 hommes, devait superviser ces mesures.

Malgré ces dispositions, l’application de la résolution est restée partielle. Le Hezbollah a maintenu une présence armée au sud, justifiant cela par la menace israélienne et les territoires disputés comme les fermes de Chebaa. Israël, quant à lui, a accusé la Finul d’inefficacité et a mené des opérations sporadiques. Le conflit de 2024, déclenché par des échanges de tirs à la frontière, a exacerbé ces failles, menant à plus de 500 000 déplacés au Liban et des dommages estimés à des milliards de dollars.

Aujourd’hui, avec le plan de l’armée libanaise, Beyrouth tente de combler ces lacunes. La première phase a impliqué le déploiement de plus de 10 000 soldats au sud du Litani, selon des sources militaires américaines citées dans la presse. Des centaines de roquettes et missiles ont été saisis, mais Israël conteste la complétude de cette opération, affirmant que des infrastructures du Hezbollah persistent.

Les défis logistiques et sécuritaires

Pour la deuxième phase, l’armée libanaise fait face à des défis multiples. Le général Haykal a souligné lors de la session du cabinet la nécessité de renforcer les effectifs et les équipements. Ses visites aux États-Unis et en Arabie saoudite visaient à sécuriser un soutien matériel, en vue de la conférence de Paris prévue pour appuyer l’armée. Des sources militaires indiquent que le plan inclut des inspections renforcées, des checkpoints et des opérations de recherche pour confiner les armes.

Cependant, les attaques israéliennes compliquent ces efforts. Lundi, des frappes ont touché les villages de Tulousa et Talloussah, illustrant la volatilité de la situation. Le Hezbollah interprète ces actions comme une violation de l’accord, renforçant son refus de désarmer. Qassem a lié la patience de son mouvement à la responsabilité de l’État, mais a averti que cela pourrait changer si les faits l’exigent.

Sur le plan interne, le risque de confrontation est palpable. Les ministres chiites ont menacé de boycotter si un calendrier est imposé sans concessions israéliennes. Les Forces libanaises et Kataeb, représentant une partie de la communauté chrétienne, poussent pour une application stricte, alignée sur les exigences internationales. Cette polarisation reflète les dynamiques confessionnelles du Liban, où le système de partage du pouvoir, issu des accords de Taëf en 1989, peine à gérer les crises sécuritaires.

Les implications régionales et internationales

La question du désarmement du Hezbollah s’inscrit dans un cadre géopolitique plus large. Soutenu par l’Iran, le mouvement est perçu par Israël et les États-Unis comme une menace existentielle. Washington a pressé Beyrouth pour une application rapide de la résolution 1701, conditionnant un soutien financier. La conférence de Paris, prévue prochainement, pourrait débloquer des aides pour l’armée libanaise, estimée à 80 000 hommes mais sous-équipée.

L’Arabie saoudite,伝統nellement opposée à l’influence iranienne, suit de près ces développements. Les visites de Haykal à Riyad visaient à coordonner un appui, potentiellement via des livraisons d’armes ou de formations. L’Union européenne, via la Finul, joue un rôle de supervision, avec des contingents français, italiens et espagnols déployés au sud.

Au Liban, l’économie exsangue amplifie les enjeux. La dette publique dépasse 150 milliards de dollars, l’inflation galope, et la reconstruction du sud nécessite des fonds massifs. Le Fonds monétaire international conditionne son aide à des réformes, incluant une gouvernance transparente des armes. Le gouvernement Salam, engagé dans des réformes judiciaires et économiques, voit dans ce plan une opportunité de stabiliser le pays.

Les événements récents à la frontière

Les frappes de lundi ne sont pas isolées. Depuis l’accord de novembre 2024, Israël a conduit plus de 50 opérations, tuant environ 30 personnes selon le ministère libanais de la Santé. Le 9 février, une attaque a visé un véhicule près de Tyr, blessant trois civils. L’armée israélienne justifie ces actions par la présence d’operatives du Hezbollah, mais Beyrouth les qualifie d’agressions.

Le Hezbollah, affaibli par la perte de leaders comme Hassan Nasrallah en 2024, maintient une rhétorique défensive. Qassem, son successeur, insiste sur la reconstitution des capacités, sans détails. Des rapports indiquent que le mouvement a relocalisé des armes au nord, compliquant la deuxième phase.

Dans ce contexte, l’armée libanaise procède avec prudence. Des sources militaires rapportent que la phase un a impliqué la saisie de 500 installations du Hezbollah, mais sans confrontation directe. Pour la phase deux, une approche similaire est envisagée, avec un focus sur le confinement plutôt que la confiscation immédiate.

Les perspectives immédiates

Alors que le gouvernement évalue les besoins de l’armée, les discussions internes se poursuivent. Le duo chiite pousse pour un dialogue national avant toute mesure, tandis que les opposants au Hezbollah exigent une action rapide. La conférence de Paris pourrait fournir les ressources nécessaires, mais dépendra des progrès sur le terrain.

Lundi, des manifestations sporadiques ont eu lieu à Beyrouth, appelant à l’unité face aux pressions externes. Le président Joseph Aoun a appelé au calme lors de la session, soulignant l’importance d’un consensus pour éviter l’implosion.

Ces développements, ancrés dans les tensions régionales, soulignent les défis du Liban pour imposer son autorité. Les frappes continues et les divisions politiques maintiennent une pression constante, avec des implications directes sur la stabilité du pays.

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