mardi, février 24, 2026

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Le Premier ministre libanais Nawaf Salam qualifie le désarmement du Hezbollah d’« irréversible » à la veille de la réunion des émissaires du Quintette au Caire

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Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a affirmé, lundi soir, que la décision de désarmer le Hezbollah constituait un « choix souverain irréversible », tout en précisant que la mise en œuvre de la deuxième phase, au nord du Litani, dépendait de plusieurs facteurs, dont les résultats de la conférence de soutien à l’armée libanaise prévue à Paris le 5 mars. Cette déclaration intervient alors que les émissaires du groupe des cinq nations – États-Unis, Arabie saoudite, Qatar, Égypte et France – se réunissent ce mardi au Caire pour finaliser les préparatifs de cette conférence internationale, dans un contexte de tensions régionales accrues entre les États-Unis et l’Iran.

Nawaf Salam a également appelé le Hezbollah à ne pas entraîner le pays dans une « nouvelle aventure », évoquant le coût élevé pour le Liban de l’engagement dans le conflit de Gaza. « L’aventure de Gaza a imposé un lourd tribut au Liban, et nous espérons ne pas être entraînés dans une nouvelle », a-t-il déclaré, en référence aux récentes escalades verbales entre Washington et Téhéran. Ces propos font écho aux avertissements du chef du Hezbollah, Naim Qassem, qui a affirmé que toute attaque contre l’Iran serait considérée comme une attaque contre son organisation. Cette position du groupe chiite, soutenu par l’Iran, souligne les risques d’une implication libanaise plus large dans un conflit régional, alors que le gouvernement de Beyrouth s’efforce de consolider sa souveraineté sur l’ensemble du territoire.

Le contexte des tensions régionales

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Les déclarations de Nawaf Salam s’inscrivent dans un climat de haute tension géopolitique, marqué par l’escalade entre les États-Unis et l’Iran. Depuis plusieurs semaines, les échanges diplomatiques et militaires se sont intensifiés, avec des menaces réciproques qui pourraient déborder sur les alliés régionaux de Téhéran, dont le Hezbollah fait partie intégrante. Le groupe libanais, fondé en 1982 en réponse à l’invasion israélienne, a évolué en une force paramilitaire puissante, équipée de missiles et d’armements sophistiqués fournis par l’Iran via la Syrie. Son rôle dans les conflits passés, notamment la guerre de 2006 contre Israël et son engagement aux côtés du régime syrien de Bachar al-Assad, a souvent placé le Liban au cœur des dynamiques régionales.

Aujourd’hui, avec la chute du régime Assad en décembre 2024, les voies d’approvisionnement du Hezbollah ont été perturbées, affaiblissant sa capacité logistique. Les frappes israéliennes récurrentes sur des cibles au Liban sud, malgré l’accord de cessation des hostilités signé en novembre 2024, ajoutent à la pression. L’armée israélienne a détruit plusieurs dépôts d’armes et infrastructures du groupe, forçant le Hezbollah à adopter une posture plus défensive. Dans ce cadre, les avertissements israéliens sont clairs : toute implication du Hezbollah dans un conflit plus large avec l’Iran entraînerait des frappes massives sur l’infrastructure libanaise, y compris des sites civils comme l’aéroport de Beyrouth, selon des sources officielles libanaises.

Le gouvernement libanais, formé en février 2025 sous la direction de Nawaf Salam, un ancien juge à la Cour internationale de justice, a fait de la restauration de l’autorité étatique une priorité. Issu d’un compromis politique fragile, ce cabinet inclut des ministres indépendants et vise à appliquer les réformes exigées par la communauté internationale pour débloquer des aides financières. Salam, sunnite originaire de Beyrouth, a répété à plusieurs reprises que les armes du Hezbollah représentaient un « fardeau » pour le Liban, contredisant la souveraineté de l’État. Ses déclarations récentes renforcent cette ligne, en insistant sur le caractère irréversible du processus de désarmement, tout en liant les progrès futurs au soutien international pour renforcer l’armée libanaise.

L’historique du plan de désarmement

Le engagement du gouvernement libanais à désarmer le Hezbollah remonte à l’année dernière, en 2025, lorsque le cabinet a approuvé, le 5 septembre, un plan présenté par l’armée pour confiner toutes les armes au contrôle étatique. Ce plan, divisé en cinq phases, vise à établir un monopole de l’État sur les armes, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006. Cette résolution exige le désarmement des milices au sud du Litani et le déploiement exclusif de l’armée libanaise dans cette zone frontalière avec Israël.

La première phase, achevée le mois dernier en janvier 2026, a couvert la région au sud du fleuve Litani, une bande de territoire d’environ 30 kilomètres de profondeur le long de la frontière israélienne. L’armée libanaise, sous le commandement du général Rodolphe Haykal, a déployé plus de 9 000 soldats, démantelé près de 500 sites du Hezbollah et confisqué des milliers de roquettes et missiles. Selon des rapports officiels, cette opération a permis à l’armée d’obtenir un contrôle opérationnel sur plus de 1 100 kilomètres carrés, une première depuis plus de 40 ans. Le président libanais Joseph Aoun a salué ces avancées, déclarant que « l’armée assume pleinement ses responsabilités pour protéger la souveraineté du Liban ».

Malgré ces progrès, des défis persistent. Israël reste sceptique quant à l’efficacité de l’opération, accusant l’armée libanaise de ne pas fouiller en profondeur les propriétés privées où des armes pourraient être cachées. Des incidents récents, comme l’explosion d’un dépôt d’armes lors d’une inspection en août 2025, qui a tué six soldats libanais, illustrent les risques inhérents à ces missions. Le Hezbollah, de son côté, a coopéré partiellement au sud du Litani, remettant certains armements légers, mais refuse catégoriquement un désarmement complet, le qualifiant de « péché grave » aligné sur les intérêts israéliens.

La deuxième phase, qui concerne la zone entre le Litani et le fleuve Awali, environ 40 kilomètres au sud de Beyrouth, a été annoncée le 17 février 2026. Le gouvernement a accordé à l’armée un délai de quatre mois, extensible à huit en fonction des capacités disponibles et des entraves sur le terrain, telles que les frappes israéliennes persistantes. Le général Haykal a présenté ce plan lors d’une réunion du cabinet, soulignant la nécessité de ressources supplémentaires pour sécuriser cette région stratégique, où le Hezbollah maintient une présence significative dans les villages chiites. Nawaf Salam a réitéré que cette phase dépendait de facteurs externes, notamment le soutien international pour équiper l’armée, qui manque de moyens logistiques et de formation avancée.

Les dynamiques internes au Liban

Au sein du Liban, le processus de désarmement divise profondément la classe politique et la société. Le Hezbollah, qui dispose de cinq ministres chiites dans le cabinet, a vu ces derniers quitter la séance du 5 août 2025 avant le vote sur le plan, marquant leur opposition. Naim Qassem a rejeté le calendrier de quatre mois pour la deuxième phase, affirmant que le groupe ne coopérerait pas au nord du Litani, où il perçoit le désarmement comme une atteinte aux droits de la communauté chiite. « Nous ne remettrons pas nos armes dans les zones au nord du Litani », a-t-il déclaré, framing le débat comme une question existentielle pour les chiites, qui craignent une perte de protection face à Israël.

D’autres factions politiques, comme les Forces libanaises chrétiennes ou les sunnites de Tripoli, soutiennent fermement le gouvernement. Le ministre de l’Industrie, Joe Issa Khoury, a questionné publiquement la légitimité des armes du Hezbollah, demandant si d’autres groupes pourraient s’armer de la même manière. Le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raji, a quant à lui insisté sur le fait que le désarmement était une décision purement libanaise, rejetant les accusations d’ingérence américaine ou israélienne. Ces positions reflètent les influences confessionnelles au Liban : les sunnites et chrétiens, majoritaires dans le nord et à Beyrouth, poussent pour un État fort, tandis que les chiites du sud restent attachés au Hezbollah pour des raisons sécuritaires et sociales.

Économiquement, le Liban reste fragile. La dette publique dépasse 150 milliards de dollars, l’inflation avoisine les 40 % en 2025 selon les rapports du FMI, et la livre libanaise a perdu plus de 95 % de sa valeur depuis 2019. Le désarmement est perçu comme une condition pour débloquer des aides internationales, estimées à plusieurs milliards de dollars pour la reconstruction post-conflit. Le gouvernement Salam a soumis un budget le 29 juillet 2025, prévoyant des dépenses de 20 milliards de dollars, avec un focus sur la sécurité et la santé, mais les retards parlementaires dus aux tensions confessionnelles compliquent son adoption.

Le rôle du Quintette et la conférence de Paris

La réunion des émissaires du Quintette au Caire, ce mardi 24 février 2026, vise à coordonner les efforts internationaux en soutien à l’armée libanaise. Ce groupe, formé en 2023 pour aider à résoudre la crise présidentielle libanaise, inclut des acteurs clés : les États-Unis, représentés par l’ambassadeur Michel Issa ; l’Arabie saoudite, par le prince Yazid bin Farhan ; le Qatar, par le ministre d’État Mohammed al-Khulaifi ; l’Égypte ; et la France, par Jean-Yves Le Drian. Leur objectif est de finaliser les modalités de la conférence de Paris, qui réunira une cinquantaine de pays et une dizaine d’organisations internationales.

La France, hôte de l’événement, joue un rôle pivotal. Le président Emmanuel Macron ouvrira la conférence le 5 mars, aux côtés du président libanais Joseph Aoun. Paris a promis un soutien substantiel, incluant des équipements militaires et une formation pour renforcer les capacités de l’armée libanaise, actuellement limitée à 80 000 hommes avec un budget annuel de 1,5 milliard de dollars. Jean-Yves Le Drian a déclaré que « le soutien à l’armée libanaise est essentiel pour la stabilité régionale », soulignant la nécessité d’un mécanisme de suivi pour assurer l’application de la résolution 1701.

Les États-Unis, via le CENTCOM, ont loué les progrès de l’armée libanaise au sud du Litani, mais conditionnent une aide accrue à des avancées mesurables au nord. Washington a déjà fourni plus de 3 milliards de dollars d’assistance militaire depuis 2006, mais exige une transparence accrue sur l’utilisation des fonds. L’Arabie saoudite et le Qatar, influents dans les communautés sunnites libanaises, poussent pour une aide conditionnée à la marginalisation du Hezbollah, perçu comme une extension de l’influence iranienne.

Les implications immédiates des préparatifs

Les discussions au Caire portent sur les besoins spécifiques de l’armée libanaise, évalués par le général Haykal lors de sa visite à Washington en février. L’armée requiert des véhicules blindés, des systèmes de surveillance et une augmentation de ses effectifs pour sécuriser la zone entre le Litani et l’Awali, une région de 25 kilomètres de largeur incluant des villes comme Sidon. Des entraves persistent, comme les frappes israéliennes qui ont détruit deux maisons à Aita al-Shaab et Houla la nuit dernière, compliquant les opérations sur le terrain.

Parallèlement, le Hezbollah mène une campagne cognitive pour retarder le processus, en framing le désarmement comme une menace pour les chiites. Des déclarations de Mahmoud Qamati, vice-chef du conseil politique du groupe, avertissent d’un risque de guerre civile si le gouvernement persiste. Ces tactiques ont influencé certains responsables libanais, qui craignent une escalade interne. Le président Aoun a réaffirmé que l’armée aborderait la phase nord avec prudence, pour éviter d’inflammer les tensions.

Les élections parlementaires prévues en mai 2026 ajoutent à la complexité, avec des débats sur le vote des expatriés et des risques de report dus aux tensions sécuritaires. Le gouvernement Salam, conscient de ces défis, lie explicitement les progrès du désarmement au soutien international, espérant que la conférence de Paris fournira les ressources nécessaires pour étendre le contrôle étatique. Les récentes inspections d’armes dans des propriétés privées au sud, suite à des allégations israéliennes, démontrent une coopération accrue avec le mécanisme de surveillance tripartite (Liban, Israël, ONU), mais des violations persistantes de la cessation des hostilités menacent la fragile stabilité.

Dans les jours à venir, les résultats de la réunion du Caire pourraient déterminer le rythme de la deuxième phase, avec des implications directes sur la capacité de l’armée à opérer sans interférence. Les visites récentes de Haykal à Washington et de ministres libanais à Riyad soulignent l’urgence de coordonner ces efforts, alors que les tensions US-Iran planent sur la région. Le processus reste tributaire de la volonté politique interne et du soutien externe, avec des inspections quotidiennes répondant à des demandes internationales pour consolider les gains au sud du Litani.

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