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Liban : le gouvernement de Nawaf Salam ordonne le désarmement du Hezbollah

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Le 5 septembre 2025, le gouvernement libanais, présidé par le Premier ministre Nawaf Salam, a franchi une étape décisive en approuvant un plan de l’armée visant à désarmer le Hezbollah, la puissante milice chiite qui a longtemps défié l’autorité de l’État. Annoncée à Beyrouth à l’issue d’une réunion ministérielle tendue, cette décision s’inscrit dans un effort pour restaurer le monopole de l’État sur l’usage légitime de la force, conformément à la résolution 1701 des Nations unies. Confrontées à une crise économique aggravée et à la perspective d’une aide internationale conditionnée à des réformes, les autorités libanaises semblent prêtes à risquer une confrontation interne, voire une guerre civile, pour obtenir un soutien financier crucial, alors que le pays fait face à une crise de liquidité imminente et à la menace de faillite des banques locales en 2026. Dans un contexte de fragilité du Hezbollah, affaibli par une guerre dévastatrice avec Israël en 2024, cette initiative soulève des questions sur la capacité de l’État à imposer son autorité face aux divisions confessionnelles et aux défis logistiques. Cet article examine les circonstances de cette décision, ses motivations économiques et sécuritaires, ainsi que les obstacles à sa mise en œuvre. Note : les fonctions de certaines personnalités, telles que Nawaf Salam, Joseph Aoun, Paul Morcos, Adel Nassar et Tom Barrack, sont basées sur les informations récentes disponibles, mais n’ont pas pu être vérifiées indépendamment au-delà de mars 2024.

Une réunion ministérielle marquée par la fracture

Le 5 septembre 2025, le cabinet libanais s’est réuni pour examiner un plan élaboré par les Forces armées libanaises (FAL) visant à désarmer le Hezbollah, une priorité fixée dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024. À l’issue de la séance, le ministre de l’Information, Paul Morcos, a annoncé que l’armée entamerait la mise en œuvre de ce plan, tout en soulignant les contraintes auxquelles elle est confrontée. « L’armée libanaise va entamer la mise en œuvre du plan de désarmement du Hezbollah, mais dans la limite des moyens disponibles, qui sont restreints sur les plans logistique, matériel et humain », a-t-il déclaré devant la presse. Les détails du plan, maintenus confidentiels pour des raisons de sécurité, répondent aux exigences de la résolution 1701 de l’ONU, qui stipule que seules l’armée libanaise et les Casques bleus de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) doivent être déployés au sud du fleuve Litani, excluant toute présence armée du Hezbollah ou des forces israéliennes.

La réunion a révélé les profondes divisions au sein du gouvernement. Les ministres affiliés au Hezbollah et au mouvement Amal, dirigé par le président du Parlement Nabih Berri, ont quitté la séance dès l’entrée du commandant de l’armée, refusant de participer à une discussion qu’ils jugent anticonstitutionnelle. Ce retrait reflète leur opposition aux décisions prises les 5 et 7 août 2025, lorsque le gouvernement avait validé un document présenté par l’émissaire américain Tom Barrack. Ce document proposait un calendrier pour le désarmement progressif du Hezbollah d’ici fin 2025, en échange d’un retrait israélien du Sud-Liban et d’une aide financière internationale pour la reconstruction. « Rien ne sera imposé de manière arbitraire », ont averti des représentants du Hezbollah, soulignant que leur présence initiale à la réunion était un geste de bonne foi, non suivi d’une démarche consensuelle de la part du gouvernement.

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Cette opposition illustre les tensions confessionnelles qui continuent de diviser le Liban. Le Hezbollah et Amal, piliers de la communauté chiite, perçoivent le plan comme une tentative d’affaiblir leur influence sous la pression des États-Unis et d’Israël. Nabih Berri a appelé à un « dialogue calme et consensuel » pour aborder la question des armes, tout en rejetant toute mesure unilatérale. En contraste, le gouvernement, soutenu par le président Joseph Aoun, ancien chef d’état-major des FAL, voit dans le désarmement une opportunité de restaurer la souveraineté nationale et de répondre aux attentes internationales, essentielles pour débloquer une aide économique vitale face à une crise financière qui menace de s’aggraver en 2026.

Une crise économique comme moteur de la décision

La décision du 5 septembre s’inscrit dans un contexte économique dramatique. Depuis 2019, le Liban est plongé dans une crise économique sans précédent, marquée par une dévaluation de la livre libanaise, une inflation galopante et un effondrement du système bancaire. Les autorités anticipent une aggravation de la situation en 2026, avec une crise de liquidité imminente et la menace de faillite des banques locales, faute d’une aide internationale substantielle. Cette perspective pousse le gouvernement à prendre des mesures audacieuses, y compris le désarmement du Hezbollah, malgré le risque de déclencher une guerre civile. Une aide financière internationale, conditionnée à des réformes structurelles et à la neutralisation de l’influence de la milice chiite, est perçue comme une bouée de sauvetage pour éviter un effondrement total de l’économie.

Le plan présenté par Tom Barrack en août 2025, soutenu par les États-Unis, inclut des engagements financiers pour la reconstruction, impliquant des alliés arabes comme le Qatar et l’Arabie saoudite. Ces fonds, essentiels pour relancer une économie exsangue, sont subordonnés à la mise en œuvre effective du désarmement. « La libération du Liban de l’influence du Hezbollah et de l’Iran est essentielle pour un avenir sécurisé », ont déclaré des sénateurs américains le 5 septembre, saluant la décision du gouvernement. Cette pression internationale, combinée à la nécessité de stabiliser le pays face à une crise bancaire imminente, semble motiver les autorités à prendre le risque d’une confrontation interne, même au prix d’une escalade des tensions avec le Hezbollah.

Un Hezbollah affaibli par les bouleversements régionaux

Le Hezbollah, autrefois pilier de l’« axe de la résistance » soutenu par l’Iran, se trouve dans une position de grande fragilité. Entre septembre et novembre 2024, une guerre ouverte avec Israël a infligé des pertes massives à la milice. Des opérations ciblées, notamment des attaques sur ses cadres à l’aide de bipeurs et de talkies-walkies, ont décimé sa direction, tandis que les bombardements de Tsahal ont détruit une partie significative de son arsenal, estimé à plus de 150 000 roquettes avant le conflit. La chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie, renversé par le mouvement djihadiste Hayat Tahrir al-Sham, a coupé une voie essentielle d’approvisionnement en armes depuis l’Iran. Téhéran, affaibli par des frappes israéliennes sur ses infrastructures, ne peut plus offrir le même soutien financier et militaire.

Ces revers régionaux ont créé une fenêtre d’opportunité pour le gouvernement libanais. L’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024, basé sur la résolution 1701, exige le désarmement des milices au sud du fleuve Litani et le déploiement exclusif de l’armée libanaise et de la Finul. Adoptée en 2006 après une guerre entre Israël et le Hezbollah, cette résolution n’avait jamais été pleinement appliquée en raison de l’influence de la milice. Le mandat de la Finul, prolongé jusqu’au 31 décembre 2026 par le Conseil de sécurité, renforce son rôle pour assister l’armée libanaise dans cette mission.

Sur le plan interne, le Liban a surmonté un blocage politique de deux ans avec l’élection de Joseph Aoun à la présidence en janvier 2025, suivie de la nomination de Nawaf Salam comme Premier ministre. « La trêve a permis l’élection d’un président et la nomination d’un premier ministre, malgré un blocage institutionnel depuis 2022. Ce déblocage est directement lié à la défaite du Hezbollah et de l’axe iranien dans la région », a analysé Fabrice Balanche, spécialiste du Moyen-Orient.

Les défis logistiques de l’armée libanaise

La mise en œuvre du plan repose sur une armée libanaise structurellement fragile. Avec environ 80 000 soldats, les FAL sont respectées mais souffrent d’un manque chronique de financement, d’équipements modernes et de ressources logistiques. « Il sera difficile à l’armée libanaise de s’ancrer au Sud-Liban, car ils sont mal payés et sous-équipés », a souligné Fabrice Balanche, notant que les salaires des militaires ne couvrent souvent pas leurs frais de transport. Cette faiblesse limite la capacité de l’armée à confronter une milice comme le Hezbollah, qui, même affaiblie, dispose d’une organisation militaire sophistiquée.

En août 2025, sous la pression des États-Unis et face à la menace d’une intensification des bombardements israéliens, le gouvernement avait ordonné à l’armée d’élaborer ce plan. Le document, présenté le 5 septembre, prévoit une implémentation progressive, mais les contraintes logistiques imposent une approche prudente. Paul Morcos a reconnu que l’armée opérerait « dans la limite des moyens disponibles », reflétant la réalité d’un pays plongé dans une crise économique depuis 2019. Les opérations récentes, comme le bouclage de camps palestiniens fin août 2025 pour collecter des armes, montrent une volonté d’action, mais leur portée reste limitée face à l’ampleur du défi.

La coopération avec la Finul est cruciale. Déployée depuis 1978 avec environ 10 000 Casques bleus, dont un contingent français, la Finul est chargée de superviser l’application de la résolution 1701. « Seul, le Liban ne pourra s’imposer. C’est le moment ou jamais pour la Finul de l’assister et pour le Liban de montrer sa détermination à imposer son autorité sur l’ensemble du territoire », a déclaré le général Olivier Passot, ancien commandant de la force de liaison de la Finul entre 2018 et 2019. La découverte récente d’un lance-roquettes du Hezbollah près du village de Mari par un bataillon français illustre les violations persistantes de la résolution.

La résistance farouche du Hezbollah

Malgré ses revers, le Hezbollah reste une force incontournable. Le 15 août 2025, Naïm Qassem, chef de la milice, a réaffirmé que « la résistance ne rendra pas les armes » et accusé le gouvernement de suivre un « ordre américano-israélien » susceptible de provoquer une guerre civile. « Ces armes ne peuvent assurer un quelconque équilibre de la terreur. Elles sont plus une source de malédiction que de solution. Le fait de donner à l’État le monopole de la contrainte est une nécessité », avait déclaré le ministre de la Justice, Adel Nassar, mi-août, soulignant le fossé entre les positions du gouvernement et celles du Hezbollah.

Le retrait des ministres d’Amal et du Hezbollah le 5 septembre était un geste calculé pour bloquer le processus, exploitant les divisions confessionnelles. Les représentants des deux mouvements ont indiqué avoir averti à l’avance que toute discussion sur le plan serait irrecevable sans consensus national. Cette stratégie vise à maintenir la pression sur le gouvernement tout en évitant une confrontation directe, dans un contexte où la milice conserve un soutien significatif au sein de la communauté chiite, bien que sa légitimité soit érodée par les destructions de 2024.

Les bombardements israéliens, poursuivis presque quotidiennement pour « empêcher la reconstitution du Hezbollah », compliquent la situation. Le 25 août 2025, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a exprimé sa volonté de réduire progressivement la présence militaire dans le sud du Liban, mais Tsahal maintient des positions stratégiques et mène des frappes ciblées, comme celle du 5 septembre contre un cadre de la force Radwan à Sir el-Gharbiyeh. Ces actions alimentent la rhétorique du Hezbollah, qui justifie son arsenal par la menace israélienne.

Une dynamique internationale déterminante

La décision du gouvernement est fortement influencée par les pressions internationales. Le plan de Tom Barrack, présenté en août, conditionne une aide financière à la reconstruction à un désarmement effectif, impliquant des alliés arabes. La France, partenaire historique, soutient la Finul et coordonne avec les États-Unis pour renforcer l’armée libanaise. L’ONU exhorte toutes les parties à respecter le cessez-le-feu et la résolution 1701. Ces pressions offrent un soutien crucial, mais accentuent les tensions avec le Hezbollah, qui perçoit le plan comme une tentative d’imposer une tutelle étrangère.

Face à la crise économique, les autorités libanaises sont tentées de pousser le désarmement, même au risque d’un conflit interne, pour débloquer une aide internationale vitale. La perspective d’une crise de liquidité et de faillites bancaires en 2026 renforce cette détermination, malgré les menaces d’escalade brandies par le Hezbollah.

Les premiers pas vers une mise en œuvre périlleuse

Le plan impose à l’armée de soumettre des rapports mensuels sur ses avancées, avec une mise en œuvre qui pourrait s’étendre sur 15 mois. Les opérations récentes, comme la confiscation d’armes dans des camps palestiniens, témoignent d’une volonté d’action, mais la découverte d’arsenaux non déclarés par la Finul souligne les défis persistants. Le Hezbollah, tout en cédant certaines armes au sud du Litani, explore des stratégies pour retarder le processus, notamment en conditionnant son action à des engagements israéliens et syriens. Les frappes israéliennes continues, comme celle du 5 septembre, maintiennent la pression sur la milice, mais compliquent les efforts de stabilisation. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer la capacité de l’armée et du gouvernement à naviguer entre ces tensions internes et externes.

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