Le quartier de Badaro, dans la banlieue de Beyrouth (Liban) à l'époque de la construction de l'immeuble ou résidait Amine Maalouf. Crédit Photo: OldLebanon.com
Le quartier de Badaro, dans la banlieue de Beyrouth (Liban) dans le contexte original de l’immeuble ou résidait Amine Maalouf. Crédit Photo: OldLebanon.com

Un nouveau coup de pelleteuse vient s’enfoncer de nouveau dans le cœur du patrimoine libanais. La maison de l’Académicien d’origine libanaise, Amine Maalouf, a subi aujourd’hui le sort de milliers de bâtisses beyrouthines traditionnelles : destruction à coups de bulldozers. L’importance de cette maison ne réside pas seulement dans le fait qu’elle abritait la famille de l’écrivain, mais son style éclectique qui en fait un rare modèle architectural, et le fait qu’elle soit magnifiquement bien préservée, tout en étant un témoin de la guerre civile libanaise en raison de sa présence au niveau d’une ancienne ligne de démarcation.

L’Association pour la Protection du Patrimoine Libanais (APPL), avait depuis quelques mois, entamé des discussions à travers son représentant l’activiste Raja Noujaim, avec les nouveaux propriétaires, afin de tenter (en vain) de les convaincre de préserver la maison sur place et de transformer le premier étage en un Centre Culturel Libanais, avec un petit musée éponyme du grand écrivain, ce qui rajouterait une plus-value au projet. La solution envisagée était la suivante : trois niveaux auraient été rajoutés à la maison, et douze autres étages auraient été édifiés dans le grand jardin derrière la maison, aboutissant ainsi au respect de la surface permise d’exploitation de ce bien-fonds tout en gardant la maison. Cependant, depuis un an et demi de pourparlers entre l’ancien propriétaire, les Kettaneh et les anciens locataires, la destruction de la maison s’avérait être l’argument légal pour pouvoir pousser les locataires à quitter …

La réalité a prouvé que ce ne sont pas les garants actifs et effectifs de l’héritage culturel, historique et architectural qui ont le dernier mot au Liban. Mais ceux qui préfèrent, derrière leurs bureaux, effectuer des deals dénués de toute appartenance patriotique, en qualifiant les maisons traditionnelles et les sites archéologiques, de monuments en béton ou pierres insignifiantes.

Nous avons (encore) perdu une bataille, mais pas la guerre. Nous ne voulons pas léguer à nos enfants une contrée qu’on nous impose avec une nouvelle figure désertique historiée de tours élevées. Détrompez-vous, il existe encore des Libanais qui croient en ce pays et qui s’activent pour garder jalousement les marqueurs matériels et symboliques de leur Histoire. En dépit  d’une population qui se rappelle de son désir de protéger son patrimoine lors des brefs reportages télévisés de destructions à coups de « dommage », l’espoir demeure.

En outre, aujourd’hui, permettez-moi de m’adresser à M. Amine Maalouf, et de lui demander d’excuser ceux qui ne savent pas ce qu’ils font … de passer l’éponge sur les rétrospectives de la totalité des médias libanais ignares rabâchant les évènements marquants de 2012, et qui ont omis de citer l’entrée à l’Académie Française d’un fils des Cèdres qui y a marqué le nom de son pays à l’encre indélébile, et qui n’a certainement pas regretté d’avoir élu domicile ailleurs à la vue de la destruction de sa maison qui l’a vu grandir avec la bénédiction du ministère de la Culture libanaise.

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l'association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l'Histoire et la Théologie de l'Icône ainsi que l'Expression artistique. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com son blog: mjliban.wordpress.com et la page FB d'ICHTAR : https://www.facebook.com/I.C.H.T.A.R.lb/

3 COMMENTAIRES

  1. Layoun a déjà détruit l’installation portuaire phénicienne et cédé l’hippodrome pour décorer un immeuble privé…. il détruit un site par mois en moyenne… et aujourd’ui la maison de l’immense écrivain Amin Maalouf. Intérêt national????? Quelle barbarie…..

    • Merci Dr Karam pour votre précieux commentaire … Vous l’avez si bien dit une fois : La Culture est le domaine des grands … qui existent certes dans ce pays – vous en êtes d’ailleurs une preuve tangible – mais qui brillent par leur absence dans les postes clés pour la protection du patrimoine libanais

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