Il n’est pas étonnant de clamer haut et fort que le sport national des Libanais est de se lamenter, seriner et ressasser toujours les mêmes problèmes qu’ils subissent, ou pour être plus exacte, qu’ils s’infligent.

Oui, oui et triple oui, le peuple libanais a touché le bas, le fin fond de cet océan de corruption où vraiment tout va mal, et à tous les niveaux. Pas besoin de faire un dessin pour faire comprendre que nos politiciens sont bons à crever au fond des ordures qu’ils n’arrivent pas à gérer depuis 2015, ce qui va bien finir par transformer le Liban en un désert putride inhabitable et inhabité. On ne finira jamais de le répéter, de le crier, de le pleurer. Mais jusqu’à quand…

Le tort du peuple libanais c’est qu’il ne réalise pas qu’il creuse par lui-même sa propre tombe et celle du pays à cause de son indolence, de son défaitisme et de son renoncement à son devoir basique de citoyen.

Lorsqu’un membre de la famille tombe malade, rongé par un cancer causé par des facteurs externes ou pour avoir eu tant à se sacrifier pour sa propre tribu, il y va du devoir des membres de sa famille, animé par l’amour et la reconnaissance, de s’occuper de lui, de se dévouer à leur tour, de supporter les périodes de faiblesse, de défaillance, de douleurs, pour cheminer avec foi, détermination et courage vers la voie de la guérison. On imaginerait mal des enfants délaisser leurs consanguins dans les sales draps de la souffrance, et se plaindre par-dessus le marché de leur état, et claquer la porte pour aller vivre ailleurs.

Il en va de même avec la mère patrie. Si le pays va mal, s’il est en dernière phase de maladie et qu’on est témoin de la mauvaise équipe médicale qui pour grossir ses comptes en banque le malmène et lui administre les remèdes néfastes à son état terminal, on ne se met pas à pleurer comme des madeleines et à montrer du doigt le pays souffrant.

C’est exactement cette passivité, ce silence et ce manque d’action envers ceux qui depuis des décennies crucifient le pays et le martyrisent pour leurs propres intérêts, qui aggravent la situation du Liban.

C’est cette omerta, ce silence des agneaux, des moutons de panurges qui permet aux bouchers de persévérer dans leurs carnages en toute liberté et en toute impunité.  

Si nos rivières sont polluées, si nos routes sont bloquées pour n’importe quelle cause, si nos égouts envahissent nos rues et nos robinets, si notre air est pollué, et la liste est bien trop longue, ce n’est pas la faute aux politiciens, mais bien la faute au citoyen, qui au lieu de demander des comptes et de punir les criminels, se dirige tel un abruti vers les urnes et réélit ses mêmes bourreaux.

Seule une vraie révolution, une désobéissance civile, l’avènement d’un despote éclairé pour mettre de l’ordre ou la prise du pouvoir par l’armée pour instaurer un ordre obligeant le citoyen trop cultivé et pionnier mais à la fois abruti, men fichiste et égoïste à obéir aux lois ; seules ces possibilités pourraient extraire cette tumeur qui ankylose le pays. Et l’on pourra chantonner tout fièrement, la tête haute, l’hymne national libanais et célébrer notre indépendance.

2 COMMENTAIRES

  1. Monsieur Davie, merci pour votre commentaire. Vous avez entièrement raison dans ce que vous dites ; même si j’ai fini sur une note très noire, mêlant le pessimisme à l’absurde, c’est une sorte d’ironie quasi fatale pour dire à quel point notre cas est desespéré… Un artiste, poète ou écrivain ne peut jamais être avec le despotisme, ni avec n’importe quelle dictature, il perdrait de suite sa qualité de créateur … mais j’ai exprès eu recours à cette tournure, parce qu’il suffit de voir tous les jours, derrière le volant, le comportement du citoyen lambda, avec tout son manque de civisme et son insouciance en enfreignant toutes les règles de conduites possibles et impossibles et en polluant son pays pour garder sa voiture propre, on se dit qu’il ne reste plus qu’un miracle (voire même un cauchemar ou une calamité) pour secouer cet homo libanicus à devenir un vrai citoyen…

  2. Si je souscris à beaucoup de points dans le post, c’est avec effroi que j’ai lu cette phrase de l’auteure : « l’avènement d’un despote éclairé pour mettre de l’ordre ou la prise du pouvoir par l’armée pour instaurer un ordre obligeant le citoyen trop cultivé et pionnier mais à la fois abruti, m’en fichiste et égoïste à obéir aux lois ». Jamais un despote, fût-il éclairé, n’a amené la démocratie dans un pays. Quant aux forces armées, un simple regard sur nos voisins proches et plus lointains confirme qu’elles n’ont jamais été une solution. Arbitraire, méfiance, déni des droits élémentaires et exploitation sont le lot des populations. Et l’histoire nous montre que des dictatures ne mènent qu’à la ruine. Par contre, il y a bien d’autres solutions pour sortir de l’impasse…

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