Nombre d’entreprises fonctionnant complètement ou essentiellement sur Internet se sont démesurément enrichies en quelques années. Certaines sont même devenues parmi les plus riches entreprises mondiales, damant le pion à toutes les autres, à l’existence pourtant séculaire et avec des centaines de milliers d’employés à travers le monde.

Des millions de petites mains…

Cette situation est en fait rendue possible grâce au travail quotidien gratuit de millions de petites mains. Tous les jours, nous naviguons sur Internet, nous échangeons des messages, recherchons des informations, achetons des produits. Cette navigation révèle de nombreux aspects de notre personnalité, nos goûts, nos opinions, notre statut, nos compétences, nos ressources, et j’en passe.
Des logiciels captent ces données pendant que d’autres les répertorient, les analysent, les classent en paquets de données en fonction de leur exploitation possible. Ces paquets de données se multiplient de façon exponentielle grâce à des logiciels toujours plus puissants.
Ces paquets de données sont vendus à d’autres entreprises qui viennent renforcer leurs moyens financiers autant que leurs audiences. Les revenus générés par la publicité qu’elles véhiculent se développent à la hauteur des millions de petites mains qui nourrissent ces énormes machines portées par la dynamique de la boule de neige qui n’arrête pas de s’auto-nourrir et de grossir.

… pour un modèle de post esclavagisme ?

Ce sont les usagers qui créent ces richesses, gratuitement. Les logiciels et les moteurs de recherche ne constituent qu’une part infime de l’investissement nécessaire au fonctionnement de ces machines qui sont de véritables planches à billets.
Il y a encore quelques vingt à trente ans, une entreprise qui cherchait à lancer un produit s’adressait à une entreprise spécialisée dans la publicité et la communication qui, à son tour envoyait des centaines de personnes faire du porte à porte recueillir les avis de consommateurs répertoriés par d’autres enquêtes de terrains, ou des enquêtes téléphoniques, ou même combinant les deux moyens.
Ces personnes étaient payées.

En naviguant sur l’Internet, nous faisons ce travail à leur place, de façon plus systématique et plus riche en données quantitatives et qualitatives, gratuitement. Et ce ne sont plus quelques centaines ou milliers de personnes ciblées par l’enquête, ce sont des milliers ou des millions de personnes qui s’offrent et s’ouvrent, et cela gratuitement.
Dans l’entreprise classique, le patron paie ses salariés, dans le servage ou l’esclavage, l’esclavagiste nourrit et loge son esclave ou son serviteur. Dans les entreprises fondées sur Internet, nous nous apparentons à un modèle de post esclavagisme : un travail gratuit et quotidien, sans nourriture ni hébergement d’aucune sorte, au service d’entreprises qui s’enrichissent démesurément.

Vers une insurrection permanente des usagers ?

C’est à ces entreprises de prendre en charge entièrement les droits d’auteurs et d’offrir les meilleures conditions d’accès à l’Internet. Aux usagers, en rétribution de leur travail obligatoire et gratuit, de disposer gratuitement de toutes les richesses disponibles sur la toile.

Cette exigence existe dans les faits, comme un élément constitutif que l’internet porte en lui-même. Il suffit de voir la transgression systématique de verrous toujours plus sophistiqués pour télécharger tout document auquel les usagers veulent accéder. 
En France par exemple, toutes les lois qui ont été votées, toutes les règles qui ont été mises en place pour empêcher de télécharger des documents payants (ou même secrets mais d’intérêt public) ont été contournées par les internautes et ont été, de fait, caduques. Par ces pratiques, les usagers conçoivent et clament l’accès libre et gratuit à l’Internet comme un droit libre et gratuit dont ils entendent user systématiquement.Ne serait-ce pas un simple et juste retour d’ascenseur ?

Scandre Hachem

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