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Al-Aqsa : la tutelle jordanienne menacée par une proposition israélo-américaine

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Le débat autour d’Al-Aqsa a pris une nouvelle dimension après des informations faisant état d’un projet américano-israélien visant à retirer à la Jordanie son rôle historique sur le sanctuaire de Jérusalem. Le dossier touche à l’un des lieux les plus sensibles du Proche-Orient. Il concerne à la fois la souveraineté palestinienne revendiquée sur Jérusalem-Est, le traité de paix israélo-jordanien, le rôle religieux des Hachémites et la stratégie américaine de recomposition régionale autour des accords d’Abraham. À ce stade, aucune annonce officielle ne confirme un changement formel du statu quo. Mais l’hypothèse d’une remise en cause de la tutelle jordanienne suffit à raviver une ligne rouge politique, religieuse et sécuritaire.

Al-Aqsa au cœur d’un projet contesté

Selon une enquête publiée par un média britannique spécialisé dans le Moyen-Orient, des responsables américains, jordaniens, palestiniens, occidentaux et du Golfe décrivent des discussions destinées à créer un nouvel arrangement pour l’esplanade. Ce dispositif mettrait fin au rôle central du Waqf islamique soutenu par Amman. Il installerait une structure créée sous contrôle israélien et présenterait le site comme un centre multiconfessionnel. Le même média rapporte que le projet donnerait aux fidèles juifs un accès égal et permettrait des prières collectives juives dans l’enceinte, ce que le statu quo actuel interdit. Ces éléments restent attribués à des sources anonymes. Ils doivent donc être traités comme des informations rapportées, non comme une décision actée.

L’enjeu dépasse largement l’administration d’un lieu saint. Al-Aqsa est le troisième lieu saint de l’islam et le site le plus sacré du judaïsme sous le nom de mont du Temple. Sa gestion repose sur un équilibre fragile. Les musulmans y prient. Les non-musulmans peuvent visiter selon des règles précises, mais la prière juive organisée y demeure interdite dans le cadre traditionnel du statu quo. Toute modification de cet équilibre peut entraîner des manifestations, des violences à Jérusalem, une mobilisation palestinienne plus large et une réaction des États arabes liés à Israël par des accords de paix ou de normalisation.

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La Jordanie face à une ligne rouge

La Jordanie se trouve au premier rang des pays concernés. Sa monarchie fonde une partie de sa légitimité régionale sur la garde des lieux saints musulmans et chrétiens de Jérusalem. Ce rôle remonte, dans la lecture hachémite, à 1924. Il a été maintenu après le désengagement jordanien de Cisjordanie en 1988, puis reconnu dans le traité de paix signé avec Israël en 1994. En 2013, le président palestinien Mahmoud Abbas et le roi Abdallah II ont signé un accord qui réaffirme la garde hachémite et définit Al-Aqsa comme l’ensemble d’Al-Haram Al-Sharif, avec ses 144 dunams, ses bâtiments, ses cours et ses dépendances.

L’information rapportée intervient dans un climat déjà inflammable. Depuis plusieurs années, des responsables israéliens d’extrême droite multiplient les visites à Al-Aqsa et réclament plus de droits pour les visiteurs juifs. Le ministre israélien Itamar Ben Gvir s’est rendu sur l’esplanade en avril 2026, en affirmant vouloir élargir l’accès et les droits de prière juifs. La Jordanie et l’Autorité palestinienne ont dénoncé une provocation et une violation du statu quo. Le bureau de Benyamin Netanyahu a souvent répondu, lors d’épisodes similaires, qu’Israël ne modifiait pas sa politique officielle. Mais la répétition de ces gestes nourrit un doute sur la capacité réelle du gouvernement à contenir son aile la plus radicale.

Washington dans une position sensible

Le rôle prêté à Washington rend l’affaire plus sensible encore. Les États-Unis ont longtemps affiché leur soutien au statu quo et au rôle jordanien. Une inflexion américaine, même indirecte, aurait donc un poids considérable. Le média à l’origine des révélations affirme que le projet serait porté par l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, et par Jared Kushner, gendre de Donald Trump, bien qu’il n’occupe pas de fonction officielle dans l’administration. Cette mention renvoie à la diplomatie des accords d’Abraham, qui avait cherché à transformer les relations régionales autour de la normalisation avec Israël et d’une lecture économique et religieuse des conflits.

La présence de Mike Huckabee dans ce dossier alimente les inquiétudes arabes. En février 2026, l’ambassadeur américain avait déjà provoqué une vive polémique après des propos laissant entendre qu’Israël disposerait de droits bibliques sur une large partie du Moyen-Orient. Plusieurs pays arabes et organisations régionales avaient condamné ces déclarations. Même si l’ambassade américaine avait ensuite tenté de relativiser leur portée, l’épisode a renforcé la méfiance à l’égard de sa vision du conflit israélo-palestinien. Dans ce contexte, toute initiative concernant Al-Aqsa est lue non comme un simple ajustement administratif, mais comme un possible basculement idéologique.

Amman, entre diplomatie et pression intérieure

Pour Amman, la question est existentielle. La Jordanie n’est pas seulement un acteur diplomatique extérieur. Elle administre, finance et défend politiquement le Waqf de Jérusalem. Elle emploie ou soutient une partie du personnel religieux et administratif du sanctuaire. Elle rappelle régulièrement qu’Israël n’a pas souveraineté sur Jérusalem-Est, territoire occupé depuis 1967 selon la position jordanienne, palestinienne et largement internationale. Une remise en cause de sa tutelle ne menacerait pas seulement une prérogative religieuse. Elle affaiblirait un pilier du traité de paix israélo-jordanien et exposerait la monarchie à une pression intérieure forte.

La société jordanienne suit Al-Aqsa avec une intensité particulière. Une majorité de la population est d’origine palestinienne ou entretient des liens familiaux avec la Cisjordanie et Jérusalem. Les partis, syndicats, mouvements islamistes et organisations professionnelles dénoncent depuis longtemps les visites de responsables israéliens sur l’esplanade. Si la Jordanie était publiquement écartée, le royaume devrait choisir entre une réaction limitée, au risque de paraître impuissant, et une crise ouverte avec Israël et Washington. Dans les deux cas, le coût politique serait élevé.

L’Autorité palestinienne aussi fragilisée

Le risque pèse aussi sur l’Autorité palestinienne. L’accord de 2013 reconnaît le rôle du roi Abdallah II comme gardien des lieux saints, tout en réaffirmant que la souveraineté future sur Jérusalem appartient à l’État palestinien. Ce partage diplomatique a permis à Ramallah et Amman de coordonner leur position face à Israël. Si une nouvelle structure israélienne remplaçait le Waqf, l’Autorité palestinienne perdrait un relais institutionnel essentiel à Jérusalem-Est. Elle serait aussi accusée par ses rivaux de ne pas avoir protégé le cœur symbolique de la cause palestinienne.

La dimension religieuse donne au dossier une portée régionale immédiate. Al-Aqsa ne concerne pas seulement les Palestiniens ni les Jordaniens. Il mobilise l’opinion publique musulmane, de la Turquie au Pakistan, du Golfe au Maghreb. Les gouvernements qui ont normalisé leurs relations avec Israël ou qui dialoguent avec Washington devraient alors répondre à une question simple : peuvent-ils accepter une modification du statu quo sur un lieu saint musulman au nom d’une architecture régionale nouvelle ? Cette pression serait particulièrement forte pour les pays associés aux accords d’Abraham ou sollicités pour les rejoindre.

Le contrôle des sermons, point le plus explosif

Le projet rapporté contient un autre point explosif : le contrôle israélien présumé sur les nominations religieuses et sur le contenu des sermons du vendredi. Si cet élément était confirmé, il représenterait une rupture majeure. Le prêche du vendredi ne relève pas seulement d’une pratique religieuse. À Al-Aqsa, il porte une dimension politique, identitaire et nationale. Donner à Israël un droit de regard sur les imams, les prédicateurs ou les responsables du site serait perçu comme une prise de contrôle directe sur une institution islamique située en territoire occupé. Peu de sujets peuvent provoquer une réaction aussi rapide dans le monde musulman.

Israël, pour sa part, présente généralement sa politique à Jérusalem comme une garantie de liberté d’accès et de sécurité. Les autorités israéliennes disent empêcher les violences et contrôler un site où les tensions peuvent dégénérer vite. Elles soulignent aussi l’importance du mont du Temple pour le judaïsme. Mais cette argumentation se heurte à la perception palestinienne et jordanienne, qui voit dans chaque extension de la présence policière, chaque restriction d’accès musulman et chaque visite de ministre d’extrême droite une érosion progressive du statu quo. Le fossé entre sécurité revendiquée et souveraineté contestée ne cesse donc de s’élargir.

Un accélérateur régional possible

Le calendrier régional accentue la gravité du moment. La guerre à Gaza, les tensions au Liban, les frappes impliquant l’Iran et les discussions américaines sur la recomposition du Moyen-Orient créent une atmosphère de crise permanente. Dans un tel environnement, Al-Aqsa peut agir comme un accélérateur. Une décision administrative en apparence limitée peut se transformer en point de ralliement politique. Une visite ministérielle peut déclencher des affrontements. Une rumeur de changement du statu quo peut produire des mobilisations avant même que les chancelleries ne publient leurs démentis.

L’histoire récente confirme cette sensibilité. Les restrictions d’accès, les fouilles, les portiques de sécurité, les interventions policières et les visites de responsables nationalistes israéliens ont déjà provoqué des protestations, parfois au-delà de Jérusalem. Le site cristallise la question palestinienne parce qu’il condense trois conflits à la fois : le conflit religieux autour de la prière, le conflit national autour de Jérusalem-Est et le conflit diplomatique autour de la reconnaissance internationale. C’est précisément cette superposition qui rend dangereuse toute tentative de changement unilatéral.

Les accords d’Abraham en arrière-plan

La stratégie américaine apparaît ambiguë. Donald Trump a récemment appelé plusieurs pays de la région à rejoindre les accords d’Abraham, en citant notamment des États arabes et musulmans qui n’ont pas normalisé leurs relations avec Israël. Dans le même temps, des discussions avec l’Iran, la guerre à Gaza et les tensions au Liban compliquent toute grande initiative régionale. Transformer Al-Aqsa en symbole d’une coexistence abrahamique pourrait séduire une partie des architectes de la normalisation. Mais une telle démarche, si elle passe par l’affaiblissement du Waqf et de la Jordanie, produirait probablement l’effet inverse : une contestation religieuse et politique élargie.

Le concept de centre multiconfessionnel porte lui-même une charge explosive. Présenté par ses promoteurs éventuels comme un geste d’ouverture, il serait perçu par ses opposants comme une dénaturation du site et une légalisation de la prière juive collective dans une enceinte musulmane. Pour les Palestiniens, il ne s’agirait pas d’un partage équilibré, mais d’une étape vers la division temporelle ou spatiale du sanctuaire, sur le modèle redouté d’autres lieux saints disputés. Pour la Jordanie, ce serait une remise en cause directe de la définition d’Al-Haram Al-Sharif consacrée par l’accord de 2013.

Netanyahu pris entre ses alliés et Amman

La marge de manœuvre de Benyamin Netanyahu reste incertaine. Le Premier ministre israélien dépend d’alliés d’extrême droite attachés à l’expansion de la souveraineté israélienne sur Jérusalem et la Cisjordanie. Il doit aussi préserver les relations avec la Jordanie, indispensables à la sécurité régionale, à la stabilité de la frontière orientale et à la coopération discrète sur plusieurs dossiers. Cette tension explique les messages contradictoires venus d’Israël ces dernières années : maintien officiel du statu quo, mais tolérance accrue envers des gestes politiques ou religieux qui en testent les limites.

Pour la Jordanie, la réponse ne peut pas être seulement verbale. Amman dispose d’outils diplomatiques, dont les convocations d’ambassadeurs, les démarches auprès de Washington, les réunions arabes et islamiques, ainsi que le recours aux Nations unies. Mais chaque outil a ses limites. Rompre ou suspendre certains aspects de la coopération avec Israël aurait un coût sécuritaire et économique. Se contenter de protestations exposerait le pouvoir à des critiques internes. C’est cette asymétrie qui rend la tutelle jordanienne à la fois centrale et vulnérable.

Jérusalem reste le nœud du dossier palestinien

La question palestinienne revient ainsi par le lieu le plus sensible. Depuis des années, la diplomatie internationale tente de contourner l’impasse politique par des arrangements économiques, sécuritaires ou régionaux. Al-Aqsa rappelle que Jérusalem ne peut être contournée. Aucun plan de normalisation ne peut durablement ignorer le statut des lieux saints, les droits palestiniens et la reconnaissance du rôle jordanien. Le moindre changement perçu comme imposé par Israël ou les États-Unis peut ranimer une solidarité politique que les divisions palestiniennes et arabes avaient affaiblie.

Les prochains jours diront si les révélations restent au stade d’un projet discuté ou si elles annoncent une initiative plus structurée. Les signaux à surveiller sont précis : une réaction officielle américaine, un démenti israélien détaillé, une mobilisation diplomatique jordanienne, une prise de position de l’Autorité palestinienne, ou une réunion urgente de l’Organisation de la coopération islamique. À Jérusalem, le test se jouera aussi sur le terrain, dans l’accès des fidèles, le comportement de la police israélienne, les visites de responsables politiques et la capacité du Waqf à continuer d’administrer Al-Aqsa sans nouvelle restriction.

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Al-Aqsa : un projet rapporté de remise en cause de la tutelle jordanienne ravive les tensions autour de Jérusalem.

Extrait :
Al-Aqsa se retrouve au centre d’une nouvelle tension régionale après des informations faisant état d’un projet américano-israélien visant à réduire, voire supprimer, la tutelle jordanienne sur le sanctuaire de Jérusalem. Le dossier touche au statu quo religieux, au traité de paix entre Israël et la Jordanie, à la souveraineté palestinienne revendiquée sur Jérusalem-Est et à la stratégie américaine autour des accords d’Abraham. Aucune décision officielle n’a été annoncée, mais les implications politiques sont majeures.

Cinq titres alternatifs :

  1. Al-Aqsa : Washington et Israël sous tension
  2. Jérusalem : la tutelle jordanienne contestée
  3. Al-Aqsa : un projet qui inquiète Amman
  4. Al-Aqsa : le statu quo face à une rupture
  5. Jérusalem : la Jordanie défend son rôle historique

Références et liens

Middle East Eye, enquête rapportée sur un projet américano-israélien visant à retirer à la Jordanie sa tutelle historique sur Al-Aqsa ; reprise et résumé des principaux éléments par la presse britannique.  

Cour royale hachémite, page officielle sur la garde hachémite des lieux saints islamiques et chrétiens de Jérusalem, son origine historique, le maintien du rôle jordanien après 1988, la reconnaissance dans le traité de paix de 1994 et l’accord de 2013.  

Accord jordano-palestinien du 31 mars 2013 sur les lieux saints de Jérusalem, réaffirmant le rôle du roi Abdallah II et définissant Al-Aqsa comme l’ensemble d’Al-Haram Al-Sharif, avec ses 144 dunams.  

Département jordanien des Affaires palestiniennes, position officielle sur Jérusalem-Est, la tutelle hachémite et le statut des lieux saints islamiques et chrétiens.  

Reuters, dépêche du 12 avril 2026 sur la visite d’Itamar Ben Gvir à Al-Aqsa, ses demandes d’élargissement des droits de prière juifs et la condamnation jordanienne et palestinienne.  

Associated Press, article de février 2026 sur la polémique provoquée par Mike Huckabee après ses propos sur les droits bibliques d’Israël et les condamnations arabes et musulmanes.  

The Guardian, suivi du 26 mai 2026 sur le contexte régional, les discussions autour des accords d’Abraham et la reprise des informations concernant le projet rapporté sur Al-Aqsa.  

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