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Recettes en hausse : quelles marges pour l’État ?

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Les recettes publiques libanaises ont fortement augmenté en 2025. Elles sont passées d’environ 3,9 milliards de dollars en 2024 à près de 6 milliards, voire 6,2 milliards selon le périmètre comptable retenu, soit un bond proche de 60 %. Les recettes douanières ont également progressé. À première vue, l’État semble avoir retrouvé une capacité financière qu’il avait perdue avec la crise commencée en 2019. Mais le pic de 2025 doit être décomposé : il ne résulte pas seulement d’une meilleure collecte ou d’un redressement de l’activité. La hausse des taxes, la revalorisation des droits et des bases fiscales ont aussi augmenté les sommes effectivement prélevées sur les ménages et les entreprises. En 2026, les reports d’échéances fiscales et surtout les nouvelles dépenses salariales viennent déjà réduire les marges ainsi reconstituées.

La question n’est donc plus seulement de savoir si l’État encaisse davantage. Les chiffres répondent clairement par l’affirmative. Il faut déterminer quelle part de ces recettes supplémentaires correspond à une amélioration durable de l’économie et de l’administration fiscale, quelle part provient d’une pression fiscale plus forte et combien il restera lorsque l’État aura commencé à normaliser ses dépenses.

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De 3,9 à plus de 6 milliards de dollars

Le changement d’échelle est spectaculaire. Selon les chiffres rapportés le 12 août, les recettes et autres encaissements de l’État sont passés d’environ 349 000 milliards de livres en 2024, soit 3,9 milliards de dollars, à environ 554 000 milliards en 2025. Converti au taux de change de référence utilisé dans les comptes, ce dernier montant représente environ 6,2 milliards de dollars.

La progression approche donc 59 % en un an. Elle est largement supérieure à celle de l’activité économique réelle. Ce seul écart interdit d’interpréter la hausse des recettes comme le simple reflet d’une économie qui aurait produit beaucoup plus de richesse taxable.

Les dépenses ont, elles aussi, augmenté, mais moins rapidement. Elles ont atteint environ 4,7 milliards de dollars en 2025. Le résultat est un excédent budgétaire de l’ordre de 1,4 à 1,5 milliard de dollars et un excédent primaire encore supérieur.

Le premier trimestre 2026 a prolongé cette tendance. Les recettes ont approché 1,6 milliard de dollars, tandis que les dépenses se situaient autour de 1,1 milliard. Les finances publiques restent donc, à ce stade, excédentaires avant prise en compte complète des obligations liées à la dette.

Indicateur20242025Lecture
Recettes publiques3,9 Md$environ 6,2 Md$+59 % environ
Dépenses publiquesniveau encore compriméenviron 4,7 Md$hausse moins rapide que les recettes
Excédent primaireenviron 434 M$environ 1,76 Md$nette amélioration
Recettes douanièresenviron 548 M$forte progressioncollecte, droits et importations
Crédit salarial supplémentaire en 2026environ 630 M$

Ces chiffres établissent un redressement budgétaire réel. Ils ne disent cependant pas encore d’où vient l’argent supplémentaire.

Le pic de recettes vient aussi de taxes plus élevées

C’est le point essentiel pour interpréter 2025. L’État ne collecte pas près de 60 % de recettes supplémentaires uniquement parce que les contribuables déclarent mieux leurs revenus ou parce que les douanes contrôlent davantage les importations. Une partie importante du saut vient de la hausse du montant des prélèvements eux-mêmes.

Depuis l’effondrement de la livre, le Liban a dû reconstruire progressivement son système fiscal. Pendant les premières années de la crise, de nombreux impôts, taxes, droits et frais administratifs restaient calculés à partir de montants ou de références en livres devenus dérisoires après la dévaluation.

L’État encaissait donc des recettes dont la valeur réelle s’était effondrée. Les budgets adoptés depuis ont progressivement corrigé cette anomalie. Des droits ont été multipliés, des valeurs fiscales révisées et plusieurs prélèvements réalignés sur un taux de change beaucoup plus proche de la réalité.

Dans certains cas, le taux juridique de l’impôt n’a pas nécessairement changé. Mais sa base de calcul ou le montant effectivement payé a fortement augmenté. Pour le contribuable comme pour le Trésor, le résultat est concret : davantage d’argent est transféré vers l’État.

Le budget 2024 avait déjà marqué une étape importante de ce rattrapage. Celui de 2025 a prolongé le mouvement. Le bond des recettes observé cette année-là contient donc un puissant effet fiscal qui s’ajoute à l’effet de collecte et à l’évolution de l’activité.

Cette distinction est fondamentale. Si les recettes progressent de 59 % parce que l’économie produit 59 % de revenus taxables supplémentaires, l’État dispose d’une base fiscale beaucoup plus riche sans nécessairement prélever davantage sur chaque transaction. Si elles progressent parce que les prélèvements augmentent, la situation est différente : le Trésor s’enrichit, mais une partie de cette amélioration correspond à une ponction supplémentaire sur le secteur privé.

Une fiscalité de plus en plus concentrée sur la consommation

La composition des recettes renforce cette réserve. Le système libanais reste fortement dépendant des impôts indirects, notamment de la TVA, des droits de douane et d’autres prélèvements liés à la consommation et aux importations.

Les estimations disponibles montrent que la part des taxes indirectes dans les recettes fiscales a encore augmenté entre 2024 et 2025. Elle représentait environ les trois quarts des recettes fiscales en 2024 et approchait quatre cinquièmes en 2025. La TVA occupe à elle seule une place centrale dans ce dispositif.

Ce modèle présente un avantage budgétaire : les taxes sur la consommation et les importations sont relativement faciles à percevoir dans une économie où une partie importante de l’activité échappe à l’impôt direct. Les marchandises passent par des points d’entrée identifiés et la TVA est collectée à plusieurs étapes de la chaîne économique.

Mais cette structure comporte aussi un coût. Les taxes indirectes frappent la consommation indépendamment du niveau de patrimoine des ménages. Leur poids relatif est donc généralement plus important pour les foyers qui consacrent l’essentiel de leurs revenus aux dépenses courantes.

Une partie de la hausse des recettes de 2025 est ainsi supportée directement par les consommateurs. Cela permet à l’État de reconstituer ses ressources, mais ne signifie pas que les ménages ou les entreprises disposent eux-mêmes de davantage de richesse.

Le paradoxe apparaît clairement : l’État peut améliorer rapidement ses comptes alors que le pouvoir d’achat reste sous pression.

Quatre moteurs derrière la hausse des recettes

Pour mesurer la solidité du redressement, il faut donc décomposer le pic de 2025 en quatre effets.

Le premier est l’effet de taux et de revalorisation fiscale. Des impôts, droits, tarifs et valeurs de référence ont été relevés ou réalignés après plusieurs années d’érosion monétaire. Cet effet explique une partie importante de l’augmentation nominale des encaissements.

Le deuxième est l’effet d’assiette. Lorsque les importations, la consommation, les transactions ou les revenus déclarés progressent, l’État perçoit davantage même sans changer le taux de taxation.

Le troisième est l’effet de recouvrement. Une administration fiscale ou douanière plus efficace peut récupérer une part plus importante des montants théoriquement dus. La réduction de certaines sous-déclarations ou fuites produit alors des recettes supplémentaires sans nouvel impôt.

Le quatrième est l’effet de reprise économique. Une croissance réelle de l’activité élargit naturellement les bases taxables.

Ces quatre phénomènes ne doivent pas être confondus. Pour l’État, ils aboutissent tous à davantage de recettes. Pour l’économie, ils ne racontent pas la même histoire.

Une recette provenant d’une croissance réelle peut être renouvelée sans nécessairement alourdir le prélèvement sur chaque contribuable. Une recette issue d’une meilleure lutte contre l’évasion améliore également la situation en faisant payer ce qui aurait déjà dû l’être. Une recette obtenue par une hausse de taxe augmente, elle, la pression fiscale.

C’est pourquoi le chiffre de 59 % doit être interprété avec prudence. Il mesure correctement la progression des encaissements. Il ne mesure ni la croissance de l’économie ni celle de la richesse disponible.

Les douanes illustrent cette ambiguïté

La progression des recettes douanières constitue l’un des exemples les plus visibles du redressement. Elles avaient représenté environ 548 millions de dollars en 2024. Leur rythme de collecte s’est nettement accéléré en 2025.

Sur les quatre premiers mois de 2025, elles avaient déjà atteint environ 457 millions de dollars. L’écart avec l’année précédente ne pouvait pas être expliqué uniquement par la progression physique des importations.

Plusieurs facteurs se sont combinés. La valorisation des marchandises s’est rapprochée de la réalité monétaire, les droits appliqués ont été révisés et les procédures de perception ont été renforcées. Une meilleure surveillance des importations a également permis de récupérer une partie des recettes auparavant perdues.

Cette amélioration constitue une marge réelle pour le Trésor. Un dollar qui échappait aux douanes et qui est désormais encaissé augmente les ressources sans nécessiter la création d’un nouvel impôt.

Mais les recettes douanières sont aussi liées au niveau des importations. Or une économie qui importe beaucoup peut générer des droits élevés tout en conservant un déficit commercial important.

La hausse des douanes peut donc signaler simultanément une meilleure administration publique et la persistance d’un modèle économique très dépendant des produits étrangers.

Au premier trimestre 2026, les recettes douanières ont continué à progresser, mais à un rythme moins spectaculaire. Cette décélération est importante : elle montre pourquoi il serait risqué de prolonger mécaniquement le pic de 2025 dans les projections budgétaires futures.

Les recettes supplémentaires ne sont pas une croissance supplémentaire

La distinction peut sembler technique, mais elle détermine la réponse à la question centrale : l’État a-t-il réellement retrouvé des marges ?

Pour le Trésor, oui. Six milliards de dollars de recettes permettent davantage de dépenses que 3,9 milliards. Cette amélioration réduit aussi le risque de recourir à des mécanismes monétaires pour financer les dépenses courantes.

Pour l’économie dans son ensemble, la réponse est plus nuancée. Une partie de ces 2 milliards de dollars supplémentaires a simplement changé de poche. Elle appartenait auparavant aux ménages ou aux entreprises et a été transférée vers l’État par l’intermédiaire d’impôts et de droits plus élevés.

Ce transfert peut être économiquement justifié si l’État utilise les recettes pour fournir de meilleurs services, restaurer les infrastructures ou investir. Il devient plus problématique lorsque les prélèvements augmentent sans amélioration proportionnelle des services publics.

C’est donc l’utilisation des nouvelles recettes qui permettra de juger la qualité du redressement.

Les salaires absorbent déjà une partie des nouvelles marges

La première grande pression vient du secteur public. Après plusieurs années d’effondrement du pouvoir d’achat des fonctionnaires, des militaires et des retraités, l’État doit progressivement revaloriser les rémunérations.

Le Parlement a ainsi ouvert un crédit supplémentaire de 56 500 milliards de livres en 2026. Au taux de change actuel, cette enveloppe représente environ 630 millions de dollars et doit financer six allocations salariales supplémentaires.

Le montant est considérable. Il correspond à environ 10 % des recettes publiques annuelles observées en 2025.

Les mesures ne s’arrêtent pas à cette enveloppe. D’autres allocations et prestations ont été décidées ou discutées pour les fonctionnaires et les retraités. Selon les estimations disponibles, le coût annualisé de l’ensemble peut approcher 800 millions de dollars.

Cette dépense répond à une réalité sociale incontestable. Les salaires publics ont perdu l’essentiel de leur valeur avec la crise monétaire et leur correction reste partielle.

Mais du point de vue budgétaire, le problème est celui de la permanence. Une amélioration ponctuelle du recouvrement peut produire un surplus une année. Une hausse de rémunération crée une obligation qui doit être financée chaque année.

L’État doit donc éviter d’utiliser une recette exceptionnelle pour financer une dépense permanente. C’est précisément ce risque qui explique la prudence affichée dans les discussions sur les salaires.

Le paradoxe des nouvelles taxes en 2026

La meilleure preuve que les marges restent étroites se trouve dans les mesures envisagées pour financer les revalorisations salariales.

Malgré l’excédent de 2025, le gouvernement a cherché de nouvelles ressources. Une taxe supplémentaire sur l’essence a été introduite. Une hausse de la TVA de 11 % à 12 % a également été proposée.

Cette augmentation de TVA n’explique pas le pic de recettes de 2025 : elle appartient au débat de 2026 et nécessite son propre parcours législatif. La distinction chronologique est importante.

Mais son existence pose une question simple. Si l’État a véritablement retrouvé une marge financière confortable grâce au bond des recettes, pourquoi faut-il relever de nouveau les prélèvements pour financer les salaires ?

La réponse est que le gouvernement ne considère pas l’excédent actuel comme entièrement disponible. Il cherche une recette durable pour couvrir une dépense appelée à se répéter.

Cette prudence peut protéger l’équilibre budgétaire. Elle peut aussi produire un cercle difficile pour les ménages : l’État augmente les salaires publics, puis prélève davantage sur la consommation pour financer cette hausse.

Une taxe sur l’essence se répercute notamment sur les transports et les coûts de distribution. Une hausse de TVA touche directement une large gamme de biens et de services. Une partie du gain salarial peut donc être absorbée par l’augmentation du coût de la vie.

Les reports fiscaux brouillent les chiffres de 2026

À la hausse des dépenses s’ajoute un problème de calendrier des recettes. Plusieurs échéances fiscales ont été reportées ou prolongées en 2026, dans un contexte marqué par les perturbations économiques et sécuritaires.

Ces reports ne signifient pas que l’État renonce à l’impôt. Ils retardent son encaissement.

La distinction est importante pour le Trésor. Une créance fiscale peut exister juridiquement sans que l’argent soit déjà disponible pour payer les salaires, les fournisseurs ou les investissements.

Les reports signalés en août invitent donc à la prudence lorsqu’on extrapole les recettes des premiers mois de 2026. Certains encaissements peuvent simplement être déplacés vers les mois suivants.

Mais le risque augmente si les difficultés des entreprises conduisent ensuite à des retards supplémentaires ou à des défauts de paiement. Dans ce cas, une recette reportée peut devenir une recette plus difficile à recouvrer.

Le calendrier fiscal entre ainsi directement en collision avec celui des dépenses. Les salaires doivent être payés chaque mois, tandis que certaines recettes peuvent arriver plus tard que prévu.

Un excédent obtenu avec un État qui dépense encore peu

La deuxième grande limite du redressement est moins visible dans les comptes. L’État libanais continue à fonctionner avec un niveau de dépenses publiques extrêmement comprimé par rapport à ses besoins.

Les infrastructures ont accumulé plusieurs années de sous-investissement. Les réseaux d’eau, les routes, les bâtiments publics et de nombreux équipements administratifs nécessitent des dépenses importantes.

Les services publics fonctionnent eux aussi avec des moyens réduits. Les rémunérations réelles restent très inférieures à celles d’avant la crise malgré les allocations successives. De nombreuses administrations ont perdu du personnel ou fonctionnent dans des conditions dégradées.

Un excédent budgétaire obtenu dans ces conditions doit être interprété avec prudence. Il peut signifier que l’État collecte suffisamment. Mais il peut aussi signifier qu’il ne finance toujours pas l’ensemble des services qu’un État normalement fonctionnel devrait assurer.

Une route qui n’est pas entretenue réduit la dépense aujourd’hui. Elle augmente potentiellement la facture demain. Il en va de même pour un réseau d’eau, une école publique ou un bâtiment administratif.

Une partie de l’excédent actuel peut donc être considérée comme le reflet de dépenses différées plutôt que comme une marge entièrement disponible.

La dette reste le grand absent des excédents

La dette publique constitue une limite encore plus importante. Le Liban a fait défaut sur ses euro-obligations en mars 2020 et la restructuration de cette dette n’est toujours pas achevée.

Cela signifie qu’une partie des obligations financières que supporterait normalement le budget reste suspendue.

Le solde primaire est particulièrement révélateur. Il mesure la différence entre recettes et dépenses avant paiement des intérêts de la dette. Un excédent primaire de 1,76 milliard de dollars est donc une information importante, mais il ne signifie pas que l’État disposerait de cette somme s’il honorait normalement l’ensemble de ses obligations financières.

La restructuration future déterminera la charge que le Liban devra recommencer à supporter. Selon le montant de la dette restructurée, les taux d’intérêt et l’échéancier retenu, plusieurs centaines de millions de dollars de marge budgétaire pourraient être absorbés chaque année.

C’est pourquoi une partie des excédents actuels ne peut raisonnablement être considérée comme disponible pour de nouvelles dépenses permanentes.

La situation ressemble à celle d’un ménage dont les revenus augmentent alors qu’une partie de ses remboursements de dette est temporairement suspendue. Son compte courant s’améliore, mais sa véritable marge ne peut être connue avant de savoir combien il devra recommencer à rembourser.

Combien reste-t-il réellement ?

Le calcul permet de mesurer l’écart entre excédent apparent et marge durable.

En 2025, l’État a encaissé environ 6,2 milliards de dollars et dépensé autour de 4,7 milliards. L’écart paraît confortable.

Mais il faut désormais retrancher ou anticiper plusieurs charges. Les nouvelles mesures salariales peuvent représenter autour de 800 millions de dollars en année pleine. Les investissements publics devront augmenter si l’État recommence à entretenir normalement ses infrastructures. Les besoins de reconstruction ajoutent une pression supplémentaire. Le futur service de la dette devra enfin être réintégré.

Dans le même temps, rien ne garantit que les recettes continueront à progresser de 59 % chaque année. Une grande partie du rattrapage fiscal a déjà eu lieu. Une fois les taux, droits et bases recalibrés, l’État ne pourra reproduire indéfiniment le même effet de niveau.

C’est probablement le point le plus important pour les prévisions. Le bond de 2025 ressemble en partie à une année de rattrapage. Lorsque des droits très sous-évalués sont remis à niveau, les recettes peuvent augmenter brutalement une fois. L’année suivante, leur croissance dépend davantage de l’activité, des importations, de l’inflation, du recouvrement et de nouvelles décisions fiscales.

Si les recettes se stabilisent autour de 6 milliards de dollars tandis que les dépenses salariales, sociales, d’investissement et de dette augmentent, l’excédent peut se réduire rapidement.

La véritable marge budgétaire n’est donc pas égale au surplus constaté en 2025. Elle correspond à ce qui resterait après financement normal des fonctions de l’État et des engagements durables.

Une hausse des recettes qui peut aussi freiner l’activité

Il existe enfin un risque macroéconomique plus général. Une hausse trop forte de la fiscalité indirecte peut elle-même réduire les bases fiscales qu’elle cherche à exploiter.

Lorsque les taxes sur la consommation, les carburants ou les importations augmentent, les ménages peuvent réduire certaines dépenses. Les entreprises peuvent reporter des investissements ou répercuter les coûts sur leurs prix. Certaines activités peuvent aussi chercher davantage à échapper au secteur formel.

L’État fait donc face à un arbitrage. Il doit restaurer des recettes après des années d’effondrement, mais il doit éviter que le poids du prélèvement ne réduise la reprise économique.

Cette question est particulièrement importante au Liban, où une grande partie des ménages continue de vivre avec des revenus fragiles et où la dollarisation de nombreux prix ne signifie pas que les revenus ont retrouvé leur niveau d’avant-crise.

Une hausse des recettes fiscales peut ainsi être budgétairement positive et économiquement restrictive au même moment.

Le choix de la composition fiscale devient alors aussi important que celui du niveau global des recettes. Une fiscalité qui repose principalement sur la TVA, les carburants et les importations n’a pas les mêmes effets qu’une amélioration du recouvrement de l’impôt sur le revenu, des profits ou des patrimoines.

Le vrai enjeu : élargir l’assiette plutôt que relever sans cesse les taux

La prochaine étape ne devrait donc pas être seulement de chercher de nouvelles taxes. L’État dispose encore d’un potentiel important dans le recouvrement des impôts existants.

Une économie fortement informelle, une administration fiscale affaiblie et des années de crise ont créé d’importants écarts entre les sommes théoriquement dues et celles réellement encaissées.

Les douanes offrent déjà un exemple de ce potentiel. Une meilleure valorisation des marchandises et un contrôle plus strict ont permis d’augmenter les recettes. Des gains comparables peuvent théoriquement être recherchés dans d’autres impôts.

L’enjeu est d’autant plus important que l’augmentation continue des taxes indirectes présente une limite sociale. Elle touche une population beaucoup plus large que les seuls contribuables les plus aisés.

Une stratégie budgétaire durable supposerait donc de déplacer progressivement l’effort. Au lieu de compter principalement sur les prélèvements appliqués à chaque achat ou importation, l’État devrait élargir la base de l’impôt direct, renforcer le contrôle et réduire les possibilités d’évasion.

La qualité des recettes compte autant que leur montant.

Le pic de 2025 ne doit pas devenir une référence trompeuse

Le chiffre de 6 milliards de dollars peut facilement devenir une référence politique. Il permet au gouvernement de montrer que l’administration retrouve une capacité de financement et que les finances publiques ne sont plus dans la situation de 2021 ou 2022.

Mais cette comparaison comporte un risque. Une partie de la hausse correspond simplement à la restauration de prélèvements qui avaient perdu presque toute leur valeur réelle pendant l’effondrement de la livre.

Le pic de 2025 mesure donc à la fois un redressement et un rattrapage.

Il ne faut pas non plus oublier l’effet des prix. Lorsque les montants taxables augmentent en dollars ou que les valeurs déclarées sont mieux alignées sur le marché, les recettes nominales progressent rapidement. La hausse nominale du Trésor n’est pas nécessairement accompagnée d’une progression équivalente du volume de biens et services produits.

Le bon indicateur ne sera donc pas seulement le montant des recettes en 2025. Il faudra observer leur trajectoire sur plusieurs années et vérifier si elles peuvent rester élevées sans nouvelles hausses répétées des taux.

Les marges existent, mais elles sont plus étroites qu’elles n’en ont l’air

La photographie des finances publiques est aujourd’hui meilleure qu’elle ne l’était quelques années auparavant. L’État collecte davantage, les douanes rapportent plus et le Trésor peut financer une part plus importante de ses dépenses avec des recettes ordinaires.

C’est une évolution réelle et importante. Elle réduit la dépendance à des mécanismes de financement qui avaient contribué à la crise monétaire.

Mais cette amélioration ne doit pas être confondue avec un retour à une situation budgétaire normale.

Le niveau des dépenses reste comprimé. Les salaires doivent encore être corrigés. Les infrastructures nécessitent des investissements. Les reports fiscaux peuvent perturber le calendrier des encaissements. La dette n’est pas restructurée. Et une partie de la hausse des recettes provient directement d’une pression fiscale plus forte.

La question n’est donc pas de savoir si l’État a retrouvé des marges. Il en a retrouvé. La question est leur nature.

Une marge obtenue grâce à une meilleure collecte est relativement saine. Une marge créée par la croissance économique est encore plus solide. Une marge provenant d’un rattrapage fiscal est réelle, mais elle peut être ponctuelle. Une marge fondée sur des dépenses durablement sous-financées ou sur l’absence de service normal de la dette est beaucoup plus fragile.

Les finances publiques libanaises réunissent aujourd’hui ces quatre phénomènes.

Le passage de 3,9 à plus de 6 milliards de dollars marque donc une étape, pas un aboutissement. Il montre que l’État a reconstruit une partie de sa capacité à prélever et à encaisser. Il ne prouve pas encore qu’il dispose des ressources nécessaires pour financer durablement ses salaires, ses services, ses infrastructures, sa reconstruction et sa future dette sans relever à nouveau les taxes.

L’exécution budgétaire du second semestre 2026 sera particulièrement révélatrice. Les reports fiscaux devront être absorbés, les nouvelles allocations salariales commenceront à peser davantage et les recettes douanières devront confirmer leur progression. Si l’excédent résiste à ces charges sans nouvelle hausse importante des prélèvements, l’État pourra parler d’une marge financière plus solide. Dans le cas contraire, le pic de 2025 apparaîtra surtout comme le produit d’un rattrapage fiscal intervenu avant le retour des grandes dépenses.


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Méta-description : Les recettes publiques ont bondi au Liban, mais hausse des taxes, salaires, dette et dépenses différées réduisent fortement les marges réelles.

Extrait :
Les recettes publiques libanaises sont passées d’environ 3,9 milliards de dollars en 2024 à plus de 6 milliards en 2025. Le bond est spectaculaire, mais il ne traduit pas seulement une meilleure collecte ou une reprise économique. La hausse des taxes, la revalorisation des bases fiscales et des droits ainsi que l’augmentation des recettes douanières expliquent une partie importante du pic. Les nouvelles dépenses salariales, les reports fiscaux et une dette toujours non restructurée réduisent toutefois la marge réellement disponible.

Cinq titres alternatifs :

  1. Liban : derrière le bond des recettes, le poids des taxes
  2. Recettes publiques : un redressement encore fragile
  3. Budget : pourquoi les 6 milliards ne suffisent pas
  4. Liban : l’État collecte plus, mais ses marges restent étroites
  5. Fiscalité : ce qui explique vraiment le pic des recettes

Références et liens

  • An-Nahar, édition du 12 août 2026, pour l’évolution des recettes publiques entre 2024 et 2025, les données douanières et les soldes budgétaires.
  • Al Joumhouria, édition du 12 août 2026, pour les reports d’échéances fiscales et leurs effets sur le calendrier des encaissements.
  • Ministère libanais des Finances, données sur les recettes, dépenses, budget 2026 et échéances fiscales.
  • Données et analyses disponibles sur l’évolution de la structure fiscale libanaise, notamment la progression du poids des taxes indirectes et de la TVA.
  • Données relatives au crédit supplémentaire de 56 500 milliards de livres destiné aux nouvelles allocations du secteur public.
  • Fonds monétaire international, travaux sur les dépenses de personnel, les marges budgétaires et les besoins de consolidation des finances publiques libanaises.

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