La reprise des débats sur l’amnistie générale a tourné court mercredi 12 août 2026 au Parlement libanais. Moins de vingt minutes après l’ouverture de la séance, les députés du bloc de la Fidélité à la Résistance et du bloc du Liban fort se sont retirés de l’hémicycle. Ils protestent contre l’absence du ministre de la Défense Michel Menassa et réclament que celui-ci puisse présenter aux parlementaires les observations de l’armée sur la loi. Le retrait des députés prolonge ainsi le bras de fer institutionnel apparu la veille entre le Premier ministre Nawaf Salam et son ministre de la Défense.
La séance avait pourtant repris avec l’objectif explicite d’examiner la proposition accordant une amnistie générale et réduisant exceptionnellement la durée de certaines peines. À 11 h 20, les députés avaient commencé l’étude du texte. À 11 h 37, les deux blocs annonçaient leur retrait. Quelques minutes plus tard, le député du Courant patriotique libre Salim Aoun justifiait cette décision par le refus de participer, selon lui, à une procédure qui empêcherait l’armée de faire entendre son avis.
Le retrait des députés intervient dès l’ouverture du débat
Le calendrier de la matinée illustre la rapidité avec laquelle la crise a repris. La Chambre s’est réunie à la place de l’Étoile à Beyrouth pour poursuivre la séance législative interrompue la veille. Le texte sur l’amnistie générale figurait au centre des travaux après les tensions qui avaient déjà empêché son examen complet mardi.
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À peine la discussion engagée, l’absence de Michel Menassa est redevenue le principal point de friction. Les députés du bloc de la Fidélité à la Résistance, lié au Hezbollah, et ceux du bloc du Liban fort, dont le Courant patriotique libre constitue la principale composante, ont quitté la salle. Leur décision ne porte donc pas seulement sur le contenu de l’amnistie. Elle vise directement les conditions dans lesquelles le Parlement est appelé à en débattre.
Pour ces députés, le vote ne peut avancer normalement tant que l’avis de l’institution militaire n’a pas été présenté devant l’assemblée. Cette exigence est particulièrement sensible parce que certaines dispositions peuvent affecter la situation de personnes poursuivies ou condamnées dans des dossiers impliquant des attaques contre l’armée.
Le départ collectif donne au conflit une portée qui dépasse les échanges entre quelques élus. Le désaccord entre Salam et Menassa, apparu mardi comme une querelle au sein de l’exécutif, influence désormais directement le fonctionnement de la Chambre.
Salim Aoun refuse de cautionner une « violation »
Salim Aoun a donné, à la sortie de la séance, l’une des explications les plus précises du choix du Courant patriotique libre. Le député affirme que son bloc s’est retiré afin de ne pas voir inscrire contre lui le fait d’avoir participé à ce qu’il considère comme une violation de la procédure.
Au cœur de son argument se trouve une distinction entre la parole du gouvernement et celle de l’armée. Salim Aoun reconnaît que le Premier ministre est chargé d’exprimer la position du gouvernement. Il refuse toutefois d’en déduire que Michel Menassa ne puisse pas transmettre au Parlement les observations de l’institution militaire et de son ministère.
Le député pose une question simple : pourquoi refuser d’entendre un avis qui ne lie ni le Parlement ni le gouvernement ? Selon lui, la présentation de la position de l’armée n’aurait pas pour effet de retirer aux députés leur pouvoir de décision. Elle leur fournirait un élément supplémentaire avant le vote d’un texte qui touche directement à plusieurs dossiers sécuritaires.
Salim Aoun insiste aussi sur l’origine parlementaire du projet. La proposition d’amnistie n’a pas été déposée par le gouvernement. Il estime donc que le débat ne se résume pas à une confrontation entre deux positions gouvernementales. Pour lui, le fait que Nawaf Salam parle au nom du Conseil des ministres ne supprime pas la possibilité d’entendre le ministre de la Défense sur une question relevant de son portefeuille.
L’absence de Michel Menassa reste au cœur du conflit
Le retrait de mercredi est le prolongement direct de la crise apparue la veille. Michel Menassa souhaitait alors présenter devant les députés les observations de l’armée sur l’amnistie générale. Nawaf Salam avait défendu une autre lecture du fonctionnement gouvernemental et rappelé son rôle de porte-parole de l’exécutif.
Le Premier ministre avait notamment invoqué l’article 64 de la Constitution, qui lui confère la représentation du gouvernement et la faculté de parler en son nom. Ses contradicteurs avaient répondu en invoquant l’article 67, qui prévoit la présence des ministres devant la Chambre et leur droit à être entendus lorsqu’ils demandent la parole.
La dispute constitutionnelle ne porte donc pas sur le droit du Parlement à voter. Celui-ci n’est contesté par aucun des protagonistes. Elle porte sur la possibilité, pour un ministre, de présenter une position liée à son ministère lorsque celle-ci ne se confond pas nécessairement avec la position collective exprimée par le Premier ministre.
Cette divergence n’avait pas été résolue mardi. La nouvelle séance devait permettre une reprise du débat, mais l’absence de Menassa mercredi matin a immédiatement montré que le compromis recherché n’avait pas été trouvé.
Avant l’ouverture des travaux, des contacts avaient pourtant eu lieu pour tenter de régler le différend. Ils n’ont manifestement pas permis d’obtenir les conditions nécessaires au retour du ministre de la Défense dans l’hémicycle.
Pourquoi les députés veulent entendre l’armée
La demande ne peut être séparée du contenu de la loi. L’amnistie générale actuellement examinée ne vise pas une seule catégorie de détenus et ne produit pas un effet juridique uniforme. Le texte associe plusieurs mécanismes, dont des réductions exceptionnelles de peine et des dispositions relatives aux longues détentions.
Le point le plus sensible concerne les personnes liées à des affaires sécuritaires. Parmi les dossiers évoqués dans les discussions figurent des condamnés ou détenus qualifiés d’islamistes, dont certains ont été poursuivis pour des faits liés à des affrontements avec l’armée.
Les débats des derniers mois ont notamment fait remonter les dossiers d’Abra, en 2013, et d’autres affaires dans lesquelles des militaires ont été tués. Le cas d’Ahmad al-Assir est régulièrement cité dans la controverse, même si l’effet exact de la future loi sur sa situation dépendra de la rédaction définitivement adoptée et des exclusions prévues.
C’est précisément ce type de cas qui explique les réserves de l’armée. Ses responsables veulent éviter qu’un mécanisme conçu pour corriger des détentions excessivement longues ne conduise, par son champ d’application, à réduire fortement les peines de personnes condamnées pour des crimes commis contre des soldats.
La question est donc moins de savoir si l’armée peut décider du contenu de la loi que de déterminer si le Parlement doit entendre ses objections avant de décider lui-même.
Des réductions de peine qui restent controversées
Le texte actuellement discuté s’est construit autour de plusieurs compromis. L’un des mécanismes examinés concerne les personnes emprisonnées depuis une durée exceptionnellement longue. Les négociations ont fait évoluer les seuils et les conditions permettant de bénéficier d’une libération ou d’une réduction.
Une autre partie du débat touche aux condamnations les plus lourdes. Le Parlement a adopté mardi l’abolition de la peine de mort. Ce changement modifie la situation des condamnés qui avaient reçu cette peine et oblige à déterminer le régime qui leur sera désormais applicable.
Les discussions sur l’amnistie comprennent parallèlement des propositions concernant certaines peines à perpétuité. Leur combinaison avec l’abolition de la peine capitale nourrit les inquiétudes sur les effets réels du dispositif pour des condamnés impliqués dans les dossiers sécuritaires les plus graves.
Les défenseurs de l’amnistie rappellent, à l’inverse, que de nombreux détenus ont passé des années en prison dans des procédures extrêmement longues et que toutes les personnes regroupées sous l’appellation de « détenus islamistes » ne sont pas accusées des mêmes faits. Ils réclament donc une distinction entre les situations plutôt qu’un rejet global de la mesure.
C’est précisément cette frontière que le Parlement tente encore de définir. Quels crimes doivent être absolument exclus ? À partir de quelle durée de détention une mesure exceptionnelle peut-elle s’appliquer ? Comment éviter qu’un dispositif général produise des conséquences non souhaitées dans les dossiers impliquant la mort de militaires ? Ces questions restent au cœur du texte.
Fidélité à la Résistance et Liban fort font front commun
Le retrait simultané des deux blocs donne une dimension politique supplémentaire à la crise. Le bloc de la Fidélité à la Résistance et le Courant patriotique libre ne défendent pas nécessairement des positions identiques sur toutes les dispositions de l’amnistie. Ils convergent cependant sur la nécessité d’entendre Michel Menassa.
Cette position était déjà apparue lors des débats de mardi. Plusieurs députés avaient demandé que le ministre de la Défense puisse venir devant l’assemblée présenter les observations de l’armée. Le problème était alors devenu suffisamment important pour perturber la poursuite de la séance.
Mercredi, le désaccord se manifeste dès les premières minutes. Le retrait n’est plus seulement une menace utilisée pendant la discussion. Il devient un moyen de pression direct sur la présidence de la Chambre et sur le gouvernement.
Les deux blocs veulent signifier qu’ils refusent que le Parlement passe directement à l’étude et au vote du texte sans régler d’abord la question de la présence du ministre. Leur départ augmente mécaniquement la pression sur Nabih Berri, chargé de maintenir les conditions nécessaires à la poursuite des travaux.
Nabih Berri de nouveau face au risque parlementaire
Le président de la Chambre avait déjà dû gérer mardi les conséquences de retraits et d’absences successives. La séance avait finalement été interrompue avant que l’amnistie puisse être réglée. La reprise de mercredi devait précisément permettre aux députés de revenir sur ce texte.
Le scénario se répète pourtant presque immédiatement. La séance commence avec l’amnistie, mais le débat de fond se retrouve une nouvelle fois rattrapé par la question de Michel Menassa.
La situation place Nabih Berri dans une position délicate. Le président de la Chambre doit permettre au Parlement d’exercer son pouvoir législatif tout en tenant compte des demandes de députés qui conditionnent leur présence à l’audition du ministre de la Défense.
L’enjeu immédiat devient donc celui de la continuité de la séance. Chaque retrait réduit le nombre de députés présents et rapproche la Chambre d’un problème de quorum si les départs se multiplient.
À ce stade de la matinée, la crise reste ouverte. La décision des blocs de la Fidélité à la Résistance et du Liban fort montre cependant que le compromis recherché depuis la veille n’a pas tenu.
L’amnistie de nouveau suspendue au conflit institutionnel
La scène de mercredi résume désormais le paradoxe du dossier. Le Parlement dispose du pouvoir de voter l’amnistie. Le gouvernement n’a pas à se substituer aux députés et l’armée ne possède aucun droit de veto sur une loi.
Mais le contenu du texte rend politiquement difficile un vote sans prise en compte des réserves militaires. Lorsque certaines réductions de peine peuvent toucher des dossiers impliquant des attaques contre l’armée, plusieurs députés considèrent qu’une audition de Michel Menassa constitue un préalable nécessaire.
Nawaf Salam défend, lui, la cohérence de l’exécutif et son rôle constitutionnel de représentant du gouvernement. Ses adversaires ne contestent pas cette prérogative, mais refusent qu’elle soit interprétée comme permettant d’empêcher le ministre de transmettre un avis technique ou institutionnel aux députés.
Le retrait des députés mercredi matin déplace donc une nouvelle fois le centre du débat. La question n’est plus seulement de savoir quelles peines seront réduites ou quels détenus seront concernés. Elle porte désormais sur les conditions institutionnelles nécessaires pour que le vote puisse avoir lieu.
Moins de vingt minutes après la reprise de la séance, les deux blocs ont choisi de quitter l’hémicycle plutôt que de poursuivre sans Michel Menassa. La suite dépend maintenant de la capacité de Nabih Berri, du gouvernement et des groupes parlementaires à trouver une formule permettant d’entendre les réserves de l’armée sans rouvrir le conflit sur les prérogatives de Nawaf Salam. Tant que cette question reste sans réponse, l’amnistie générale demeure exposée à un nouveau blocage parlementaire.



