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La ville de Tyr : un joyau millénaire du Liban méridional

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Nichée sur la côte sud du Liban, à quelque 83 kilomètres au sud de Beyrouth, Tyr – ou Sour en arabe – s’impose comme l’une des plus anciennes cités habitées en continu par l’humanité. Chef-lieu du caza éponyme, cette ville phénicienne par excellence porte en elle les strates d’une histoire qui remonte à près de 5 000 ans. Selon Hérodote, l’historien grec qui la visita vers 450 av. J.-C., Tyr aurait été fondée autour de 2750 av. J.-C., une datation corroborée par des fouilles archéologiques révélant des niveaux d’occupation remontant au début du IIIe millénaire av. J.-C. Berceau de légendes et de conquêtes, elle a vu défiler les empires, des Phéniciens aux Ottomans, en passant par les Romains et les Croisés. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1984 pour ses vestiges exceptionnels, Tyr incarne la résilience d’une civilisation maritime qui a rayonné sur la Méditerranée.

Origines phéniciennes et essor maritime

Les premières traces d’occupation humaine à Tyr remontent à l’âge du bronze ancien, vers 2750 av. J.-C., époque où la cité émerge comme un comptoir maritime prospère. Initialement bâtie sur une île rocheuse – d’où son nom sémitique « Tsour », signifiant « rocher » – et sur une partie continentale nommée « Palaetyros » ou « Ancienne Tyr », elle se distinguait par sa position stratégique, protégée par des remparts naturels et des eaux tumultueuses. Vassale de l’Égypte au XIVe siècle av. J.-C., elle s’affranchit progressivement pour devenir, aux Xe et IXe siècles av. J.-C., la métropole dominante de la Phénicie, éclipsant même sa voisine Sidon.

Tyr doit son rayonnement à son génie maritime. Les Phéniciens tyriens, navigateurs intrépides, fondèrent de nombreuses colonies à travers la Méditerranée : Carthage en 814 av. J.-C. (selon la tradition, par la princesse Elissa, ou Didon dans la mythologie romaine), Cadix en Espagne, ou encore Lixus au Maroc. Ces comptoirs assuraient un quasi-monopole sur le commerce maritime, exportant bois de cèdre du Liban, verre, textiles et métaux précieux. La cité est également créditée de l’invention de la teinture pourpre, extraite du murex, un mollusque marin. Cette « pourpre de Tyr », d’un violet impérial réservé aux élites, valait plus que son poids en or et symbolisait le pouvoir royal – une industrie qui employait des milliers d’artisans et enrichissait la ville.

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La mythologie entoure Tyr d’un voile légendaire : elle serait le lieu de naissance d’Europa (enlevée par Zeus, donnant son nom au continent), de ses frères Cadmos (inventeur présumé de l’alphabet) et Phoenix, ainsi que le point de départ de Didon vers Carthage. Le temple de Melqart, divinité tutélaire équivalente à l’Héraclès grec, était un sanctuaire majeur, visité par des pèlerins du monde entier.

Les deux ports : cœurs battants de la cité

Comme toute grande localité phénicienne, Tyr possédait deux ports naturels, protégés par des brise-lames et des tours. Le port sidonien, au nord, orienté vers Sidon et les routes commerciales du Levant, coïncide aujourd’hui avec le port de pêche moderne. Le port égyptien, au sud, tourné vers l’Égypte et l’Afrique, offrait un abri aux navires chargés de biens exotiques. Ces infrastructures, creusées dans le roc et renforcées par des quais massifs, permettaient d’accueillir des flottes imposantes – jusqu’à 100 navires selon certaines estimations antiques.

Cependant, ces ports font face à des menaces contemporaines. Des projets d’infrastructures portuaires modernes, incluant des extensions et des dragages, risquent d’endommager les vestiges submergés, comme les anciens môles et épaves phéniciennes. Des associations comme l’International Association to Save Tyre militent pour leur préservation, soulignant l’importance de ces sites pour l’archéologie sous-marine.

Un rôle pivotal dans l’histoire biblique

Tyr occupe une place singulière dans les Écritures. Au Xe siècle av. J.-C., sous le règne de Hiram Ier (969-936 av. J.-C.), la cité noua une alliance étroite avec le roi Salomon d’Israël. Hiram fournit du bois de cèdre et de cyprès du Liban, des architectes – dont le célèbre Hiram Abiff, maître bronzier et maçon – et des ouvriers qualifiés pour ériger le Temple de Jérusalem dédié à Yahvé. En échange, Salomon céda des territoires et des denrées agricoles (1 Rois 5-9). Cette coopération illustre les liens commerciaux et culturels entre Phéniciens et Hébreux, Tyr exportant non seulement des matériaux mais aussi un savoir-faire architectural influençant l’art sacré. La Bible mentionne aussi la princesse Jézabel, fille du roi tyrien Ithobaal Ier, épouse d’Achab d’Israël, symbole d’intrigues et de conflits religieux.

Les sièges légendaires : de Nabuchodonosor à Alexandre

Tyr s’illustra par sa résistance farouche aux envahisseurs. Au VIe siècle av. J.-C., elle soutint un siège de treize ans (585-573 av. J.-C.) par Nabuchodonosor II de Babylone, qui échoua malgré la destruction de la partie continentale. La cité, protégée par son insularité, ne tomba pas, mais fut affaiblie.

L’épisode le plus célèbre reste la conquête d’Alexandre le Grand en 332 av. J.-C. Refusant la reddition, les Tyriens défendirent leur île imprenable. Alexandre, ingénieux, fit construire une digue de 800 mètres de long et 200 mètres de large, utilisant les débris de la ville continentale. Après sept mois de siège, la cité fut prise ; 8 000 habitants périrent, 30 000 furent vendus en esclavage. Cette digue, ensablée au fil des siècles, transforma définitivement l’île en péninsule, modelant le paysage actuel.

Des empires successifs à l’ère moderne

Après Alexandre, Tyr intégra l’empire séleucide (200 av. J.-C.), puis romain (64 av. J.-C.), où elle prospéra comme colonie. Hérode le Grand y édifia un hippodrome – le plus vaste du monde antique, long de 480 mètres – des thermes, un aqueduc et une rue colonnadée pavée de marbre. Sous les Byzantins, elle devint un centre chrétien important ; Origène y fut enterré vers 254 ap. J.-C.

Conquise par les Arabes en 638, elle passa aux Croisés en 1124, devenant une place forte du royaume de Jérusalem jusqu’en 1291, quand les Mamelouks la rasèrent. Sous les Ottomans (1516-1918), elle déclina, mais conserva son port. Au XXe siècle, avec l’indépendance du Liban, Tyr connut un renouveau, bien que marquée par les conflits (invasions israéliennes en 1978 et 1982, guerre de 2006).

Tyr aujourd’hui : patrimoine vivant et défis

Aujourd’hui, Tyr abrite environ 200 000 habitants, mélange de communautés chiite, sunnite et chrétienne. Ses sites archéologiques – la nécropole d’El Bass avec ses sarcophages romains, l’arc de triomphe, l’hippodrome et les bains – attirent des milliers de visiteurs. L’Unesco classe deux zones : la ville antique sur la péninsule et la nécropole continentale. Malgré les menaces d’urbanisation et de conflits récents, Tyr reste un témoignage vivant de l’ingéniosité humaine, où l’histoire phénicienne dialogue avec le présent.

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François El Bacha
François El Bachahttp://el-bacha.com
Expert économique, François el Bacha est l'un des membres fondateurs de Libnanews.com. Il a notamment travaillé pour des projets multiples, allant du secteur bancaire aux problèmes socio-économiques et plus spécifiquement en terme de diversité au sein des entreprises.

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