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Iran : le Mossad sanctionne l’échec du renversement

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Le Mossad a commencé à sanctionner les responsables associés à l’échec du projet israélien visant à provoquer l’effondrement du régime iranien. Le 6 août 2026, son nouveau directeur, Roman Gofman, a retiré de leurs fonctions le chef de la direction du renseignement et le responsable de la division Iran, tous deux impliqués dans la conception d’un plan destiné à favoriser une révolte intérieure contre la République islamique. Selon la presse israélienne, ce scénario combinait frappes aériennes, mobilisation de minorités iraniennes et progression de forces kurdes vers le nord-ouest du pays, avec l’espoir de déclencher un mouvement politique capable d’emporter le pouvoir à Téhéran. Le régime iranien a pourtant survécu à la guerre, aux frappes contre ses dirigeants et à la disparition de l’ayatollah Ali Khamenei. Les deux responsables écartés devraient rester au Mossad à d’autres postes, ce qui transforme ces décisions en sanctions de commandement plutôt qu’en exclusions définitives. Elles ouvrent surtout un débat plus sensible en Israël : qui doit assumer la responsabilité d’un objectif de changement de régime porté au plus haut niveau politique et qui n’a pas été atteint ?

Deux responsables du Mossad écartés après l’échec iranien

Les décisions prises par Roman Gofman concernent deux postes parmi les plus sensibles du renseignement extérieur israélien. Le premier responsable dirigeait la direction du renseignement du Mossad depuis décembre 2025. Le second était à la tête de la division Iran, l’unité directement chargée du principal adversaire stratégique d’Israël. Leurs noms n’ont pas été rendus publics. Selon la télévision israélienne, les deux hommes figuraient parmi les architectes d’un plan opérationnel écrit destiné à exploiter la guerre contre l’Iran pour provoquer une rupture politique intérieure.

Le plan ne se limitait pas à affaiblir les infrastructures nucléaires ou balistiques iraniennes. Il visait à transformer l’offensive militaire en crise de régime. L’idée consistait à frapper suffisamment durement les centres de commandement des Gardiens de la révolution et les structures sécuritaires pour créer un vide, puis à encourager des minorités et des groupes d’opposition à passer à l’action. Des combattants kurdes devaient notamment profiter de frappes israéliennes et américaines contre les positions iraniennes proches de la frontière irakienne pour entrer en Iran et progresser vers plusieurs villes kurdes.

Selon des informations publiées en Israël et aux États-Unis, le scénario prévoyait ensuite un effet d’entraînement. Une force insurrectionnelle croissante devait rallier des opposants, profiter du désordre provoqué par les bombardements et avancer progressivement vers Téhéran. L’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad aurait même été envisagé dans certains scénarios comme une figure susceptible de jouer un rôle dans un nouvel ordre politique. Le paradoxe était considérable : l’ancien dirigeant iranien s’était illustré par une rhétorique extrêmement hostile à Israël et aux États-Unis, mais certains planificateurs auraient estimé qu’il pouvait constituer un point de ralliement à l’intérieur du système iranien.

Rien de ce scénario ne s’est produit. L’appareil d’État iranien a été profondément frappé, plusieurs hauts responsables ont été tués et le système politique a traversé une période de désorganisation majeure. Mais il ne s’est pas effondré. Les institutions de la République islamique ont organisé la succession, les forces de sécurité sont restées opérationnelles et aucune défection massive des Gardiens de la révolution n’a ouvert la voie à une insurrection nationale. L’opposition iranienne, très fragmentée, n’a pas non plus réussi à former une structure capable de prendre le contrôle du pays.

Un objectif de changement de régime assumé avant la guerre

Le projet de renversement n’était pas une improvisation apparue pendant les combats. Dès novembre 2025, un haut responsable israélien cité par la presse publique avait indiqué que l’objectif d’Israël était de provoquer la chute du régime iranien avant la fin du mandat de Donald Trump. Plusieurs mois auparavant, Benjamin Netanyahu avait déjà expliqué que les attaques israéliennes pourraient aboutir à un changement de régime à Téhéran. Le Premier ministre liait alors cet objectif à la nécessité d’éliminer ce qu’il présentait comme une menace existentielle pour Israël.

La guerre déclenchée à la fin de février 2026 a donné à cette stratégie une dimension opérationnelle. Avant le début des frappes, Netanyahu a mené une intense campagne auprès de Donald Trump pour obtenir la participation américaine. Selon une agence de presse internationale, le Premier ministre israélien a personnellement plaidé auprès du président américain en faveur d’une opération conjointe qui incluait la possibilité de frapper la direction iranienne. Les renseignements disponibles avaient identifié une réunion attendue de l’ayatollah Ali Khamenei et de plusieurs de ses proches collaborateurs, créant la possibilité d’une frappe de décapitation.

La mort de Khamenei a constitué l’un des événements les plus spectaculaires de la campagne. Donald Trump avait ensuite appelé les Iraniens opposés au régime à profiter de la situation pour reprendre leur pays. Pourtant, les propres évaluations du renseignement américain étaient beaucoup plus prudentes. Dès les premiers jours de mars, plusieurs responsables américains estimaient qu’il était improbable que l’opposition renverse rapidement le système, même après la disparition du Guide suprême et de plusieurs dirigeants de premier plan.

Les analystes américains soulignaient notamment l’absence de défections massives au sein des Gardiens de la révolution. Pour Washington, cette donnée constituait un indicateur essentiel. Un régime autoritaire peut survivre à la disparition de ses dirigeants tant que les institutions coercitives restent organisées et que leurs cadres intermédiaires continuent d’obéir. C’est précisément ce qui s’est produit en Iran. La décapitation partielle du sommet n’a pas entraîné l’effondrement de la chaîne de commandement.

Les services israéliens avaient surestimé l’effet des frappes

L’échec du plan met en évidence une erreur d’appréciation qui dépasse la seule opération militaire. Les stratèges israéliens ont correctement évalué leur capacité à frapper profondément le territoire iranien, à atteindre des dirigeants et à perturber plusieurs structures militaires. Ils ont en revanche beaucoup moins bien anticipé la réaction de la société iranienne et la résilience des institutions. Détruire des centres de commandement ne suffisait pas à produire une révolution.

Cette confusion entre affaiblissement militaire et effondrement politique apparaît au cœur des critiques aujourd’hui formulées au sein du Mossad. Une campagne de bombardements peut désorganiser un adversaire, mais elle ne crée pas automatiquement une opposition structurée, une chaîne de commandement alternative ou un consensus autour d’un gouvernement de remplacement. L’Iran dispose en outre d’une longue expérience des crises internes, des sanctions et des tentatives de déstabilisation. Ses institutions ont été conçues pour survivre à la disparition d’une partie de leurs dirigeants.

Le pari sur les minorités comportait également des risques majeurs. Les groupes kurdes iraniens disposent de capacités armées et d’une implantation locale, mais leur mobilisation ne signifiait pas qu’ils pourraient entraîner le reste du pays. Toute intervention depuis les zones frontalières pouvait aussi être présentée par Téhéran comme une tentative de partition soutenue par des puissances étrangères. Cette dimension nationaliste a probablement réduit la capacité des opposants à transformer les frappes israéliennes en mouvement populaire généralisé.

Les évaluations américaines avaient précisément identifié ce problème. Des responsables du renseignement à Washington estimaient avant la guerre que l’opposition iranienne était trop divisée pour prendre rapidement le contrôle du pays. Les contacts américains avec plusieurs figures de l’opposition, dont Reza Pahlavi, n’avaient pas dissipé ces doutes. Les États-Unis ne disposaient pas d’un acteur capable de s’imposer comme autorité politique crédible après la chute éventuelle du régime.

Une première éviction avait déjà touché la direction du Mossad

Les sanctions annoncées en août ne constituent pas le premier mouvement au sommet du service depuis l’échec du changement de régime. En juin, peu après son entrée en fonctions, Roman Gofman avait déjà écarté le directeur adjoint du Mossad, désigné publiquement uniquement par l’initiale « Aleph ». Des médias israéliens avaient alors relié son départ au rôle central qu’il avait joué dans les efforts visant à provoquer la chute du régime iranien.

Cette interprétation avait toutefois été contestée à l’intérieur même du Mossad. Des sources de l’agence avaient affirmé que le départ d’Aleph résultait plutôt d’un changement de pouvoir interne. Proche de l’ancien directeur David Barnea, il aurait été perçu comme trop lié à l’ancienne direction. Selon cette version, Gofman cherchait surtout à consolider son autorité et à constituer une équipe loyale autour de lui. Le Mossad n’avait pas publiquement confirmé que le dossier iranien était la cause de son éviction.

La même ambiguïté entoure aujourd’hui les deux nouvelles décisions. La télévision israélienne rapporte que le chef de la direction du renseignement et celui de la division Iran ont été écartés après l’échec du plan de renversement. Mais des sources sécuritaires décrivent aussi ces changements comme faisant partie d’une réorganisation plus large et indiquent que les responsables concernés resteront au sein de l’agence. Il serait donc excessif de parler d’une purge complète.

Le cumul de ces départs reste néanmoins significatif. En quelques semaines, trois responsables de très haut niveau ayant participé au dossier iranien ont perdu leur position de commandement. Même si chaque décision peut avoir plusieurs causes, cette concentration montre que l’échec de la stratégie iranienne est devenu un facteur majeur dans la recomposition du service.

Roman Gofman lui-même était associé à la stratégie de renversement

La question des responsabilités devient d’autant plus sensible que Roman Gofman n’était pas extérieur au projet. Avant de prendre la direction du Mossad, il occupait le poste de secrétaire militaire de Benjamin Netanyahu. Selon la presse israélienne, il figurait parmi les soutiens importants de la stratégie visant à provoquer un changement de régime en Iran.

Cette donnée alimente une contestation interne. Des sources critiques au sein du Mossad accusent désormais Gofman de faire porter la responsabilité de l’échec à ses subordonnés alors qu’il aurait lui-même défendu le principe de l’opération. L’une d’elles a estimé que les évictions servaient à éloigner Benjamin Netanyahu de la responsabilité politique de l’échec iranien. Ces accusations ne constituent pas une position officielle de l’agence, mais leur apparition dans la presse israélienne montre l’ampleur du malaise.

Le débat porte donc sur la frontière entre responsabilité professionnelle et responsabilité politique. Les chefs d’unités peuvent être sanctionnés si leurs analyses se révèlent fausses ou si leurs plans opérationnels échouent. Mais lorsque l’objectif lui-même — provoquer la chute du régime iranien — est fixé ou soutenu au sommet du gouvernement, la seule sanction des responsables du renseignement ne répond pas à la question de savoir qui a défini la stratégie.

Benjamin Netanyahu avait publiquement évoqué la possibilité d’un changement de régime. Il avait plaidé auprès de Donald Trump pour une guerre contre l’Iran et soutenu une campagne destinée à frapper la direction iranienne. Les responsables aujourd’hui écartés n’ont donc pas élaboré leur plan dans un vide politique. Ils travaillaient dans un environnement où la chute de la République islamique était considérée comme un résultat souhaitable, et parfois comme un objectif stratégique.

L’Iran est sorti affaibli, mais son régime a survécu

L’échec du renversement ne signifie pas que la campagne militaire a été sans effets. L’Iran a subi des destructions considérables, perdu plusieurs responsables importants et vu une partie de ses capacités militaires endommagées. Son réseau régional a également été affaibli, notamment après les revers du Hezbollah au Liban et la perte de son ancien ancrage syrien. La guerre a modifié l’équilibre régional et contraint Téhéran à revoir plusieurs priorités.

Mais le critère du changement de régime est beaucoup plus simple à mesurer : la République islamique existe toujours. Ses institutions ont désigné de nouveaux responsables, les Gardiens de la révolution restent une force centrale et le gouvernement conserve le contrôle des principaux centres urbains. Téhéran a même réussi à transformer le détroit d’Ormuz en levier de négociation face aux États-Unis, donnant au régime un moyen de pression qu’il utilise désormais pour obtenir des concessions.

Cette survie a des conséquences politiques pour Israël. La campagne avait été présentée comme une occasion historique de modifier durablement la menace iranienne. Plusieurs mois plus tard, Israël doit encore envisager de nouvelles frappes contre les capacités nucléaires ou balistiques iraniennes. Le fait même que ces scénarios restent sur la table indique que les objectifs les plus ambitieux de la guerre n’ont pas été définitivement atteints.

La situation est encore plus inconfortable parce que Washington cherche désormais une sortie négociée. Donald Trump a suspendu une nouvelle attaque au début d’août afin de donner une chance aux discussions portant notamment sur la réouverture du détroit d’Ormuz. Pour Israël, cette évolution réduit encore la probabilité qu’une nouvelle campagne américaine soit utilisée à court terme pour poursuivre l’objectif de changement de régime.

Les évictions interviennent au moment où Trump change de priorité

Le calendrier des décisions au Mossad est donc notable. Les deux responsables sont écartés quelques jours après que Donald Trump a renoncé à lancer immédiatement de nouvelles frappes massives. Le président américain veut désormais tester la voie diplomatique et obtenir une diminution de l’intensité de la guerre. Cette évolution laisse Israël face au bilan de sa propre stratégie.

Au début du conflit, Netanyahu avait réussi à convaincre Trump de rejoindre une campagne que le président américain avait longtemps hésité à engager. La mort de Khamenei, les frappes contre les infrastructures iraniennes et l’affaiblissement de plusieurs composantes de l’appareil militaire avaient nourri l’idée qu’un basculement politique pouvait être proche. Quelques mois plus tard, la Maison-Blanche négocie pourtant avec les autorités qui ont survécu à cette campagne.

Cette situation constitue un revers politique pour les responsables israéliens qui avaient fait du changement de régime un horizon stratégique. Elle ne signifie pas que Washington a renoncé à exercer une pression sur l’Iran, mais les priorités ont changé. Les États-Unis veulent sécuriser les voies énergétiques, réduire leur exposition militaire et empêcher une nouvelle escalade régionale. La chute du régime iranien n’apparaît plus comme une condition nécessaire à la recherche d’un accord.

Les sanctions internes au Mossad prennent ainsi une dimension plus large. Elles interviennent au moment où Israël doit réévaluer une stratégie qui reposait non seulement sur la destruction de capacités militaires, mais aussi sur l’espoir d’un effondrement politique. Cet effondrement ne s’est pas produit, et le principal allié d’Israël cherche désormais à traiter avec le pouvoir qui devait disparaître.

Un débat israélien sur les responsabilités ne fait que commencer

Le déplacement de responsables du Mossad ne clôt donc pas le dossier. Il ouvre au contraire une bataille sur l’interprétation de la guerre. Pour une partie de l’appareil sécuritaire, la question est de savoir pourquoi les évaluations sur la fragilité du régime ont été trop optimistes. Pour les critiques de Gofman, le problème tient au fait que les sanctions visent les exécutants alors que les promoteurs politiques de la stratégie restent en place.

Le maintien des deux responsables au sein du Mossad donne d’ailleurs une indication importante. S’ils avaient été considérés comme totalement incompétents ou responsables d’une faute opérationnelle grave, leur départ de l’agence aurait pu être envisagé. Leur transfert vers d’autres fonctions suggère plutôt une perte de confiance dans leur capacité à diriger le dossier ou une volonté de réorganiser la chaîne de commandement après l’échec.

La proximité des élections israéliennes ajoute une dimension politique. Benjamin Netanyahu doit défendre le bilan de la guerre contre l’Iran tout en expliquant pourquoi le régime qu’il voulait voir disparaître reste en place. Une partie de sa légitimité repose depuis des années sur sa capacité à présenter l’Iran comme la principale menace stratégique et à convaincre les États-Unis de soutenir une ligne dure. Or Washington cherche aujourd’hui à réduire les opérations, tandis que les résultats israéliens restent incomplets.

Les accusations selon lesquelles Roman Gofman chercherait à protéger Netanyahu doivent être traitées avec prudence. Elles émanent de sources citées par la presse israélienne et n’ont pas été confirmées par le Mossad. Elles montrent néanmoins que la question des responsabilités dépasse désormais le fonctionnement interne du service. Elle touche directement le Premier ministre et la manière dont la guerre a été décidée, présentée et conduite.

Le Mossad doit reconstruire sa stratégie iranienne

La nouvelle direction doit maintenant décider quelle stratégie adopter face à un Iran affaibli mais toujours gouverné par la République islamique. Le remplacement des responsables du renseignement et de la division Iran peut permettre à Gofman de modifier les priorités. Le Mossad devra notamment réévaluer les réseaux d’opposition, les capacités des minorités, la solidité des Gardiens de la révolution et la possibilité réelle d’une contestation intérieure capable de survivre sans soutien militaire extérieur massif.

Le service devra aussi tirer les conséquences du changement américain. Un scénario fondé sur des forces kurdes avançant sous couverture aérienne israélo-américaine suppose un degré de coopération avec Washington qui n’est plus garanti. Si Trump privilégie une négociation avec Téhéran, Israël ne peut plus construire sa politique iranienne sur l’hypothèse d’une participation américaine automatique à une nouvelle tentative de renversement.

Il reste possible qu’Israël poursuive des opérations clandestines, des sabotages ou des frappes ciblées contre les capacités iraniennes. Mais ces actions répondent à un objectif différent. Affaiblir un programme nucléaire, perturber une chaîne de missiles ou éliminer un responsable militaire est une mission définie. Provoquer la chute d’un régime de plus de quarante ans exige une combinaison de forces politiques, sociales et militaires beaucoup plus difficile à contrôler depuis l’étranger.

Les changements au sommet du Mossad montrent que cette différence est désormais reconnue comme un problème opérationnel en Israël. Après avoir misé sur une combinaison de frappes, d’insurrection intérieure et de rupture institutionnelle, le service doit reconstruire son dispositif autour d’un adversaire qui a survécu. La prochaine étape sera la nomination des successeurs à la direction du renseignement et à la division Iran, alors que Roman Gofman doit encore répondre aux critiques internes sur sa propre participation à une stratégie dont les principaux objectifs politiques n’ont pas été atteints.

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