Sauver le fond pour préserver la face ?

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Nos ancêtres ont travaillé dur pour composer ensemble le terreau fertile de notre pays. Il a été composé par la cohérence de substances principales: Un élan remarquable de générosité, la volonté tenace d’initier, de consacrer des valeurs et des rituels spécifiquement libanais malgré les riches et complexes influences de l’Orient et de l’Occident. Leurs endurances à chasser tous les envahisseurs au cours de l’histoire s’est alliée à la sagesse de consacrer une convivialité de qualité entre l’Islam et la Chrétienté au delà de toutes les différences, les incompréhensions, les tensions, les crises et les guerres.

La douceur de vivre ne pourrait pourtant se limiter chez nous au si commode et pittoresque passage qui conduit le littoral aux cimes de la haute  montagne. Elle va perdurer surtout, grâce à d’incontournables rapports humains d’accueil au sein de ses familles et à la subtile complicité des pensées littéraires, poétiques et artisanales… Elles ont permis de tisser une mentalité commune de modération bienveillante et une fougue de vivre increvable!  

Cependant la nouvelle donne de générosité se traduit en un débordement démographique continu et grave que le libanais ne peut contenir. Il risque dangereusement sa propre survie aux niveaux socio-économique et sécuritaire. Les bonnes volontés de nous tous ne suffisent plus à sensibiliser de nombreux responsables et politiciens sur les urgences du citoyen. La préservation des belles valeurs de la coexistence demeurent certes, mais au prix de défendre la survie de nos identités sans pouvoir retrouver l’aisance naturelle des liens et d’une certaine unité nationale. Elle sera ainsi fortement perturbée par les alliances partisanes et l’espace clos des réactions des uns à celles des autres.Les pressions et influences extérieures continuent de désarticuler la conformité diffuse de nombreux citoyens à la patrie au profit d’attentions politiques quasi permanentes à chaque doute, entente, accord ou mésentente émanant des rencontres entre des représentants de puissances régionales et/ou internationales. A quoi servirait de perdre progressivement ce qui reste de notre cohésion interne pour défendre chacun en lui-même et à travers ses adhérents une conception du Liban, si celui-ci va ainsi perdre sa raison d’exister par l’unité des libanais? Est-il encore possible de reconnaître et de renouer avec la force de nos racines et pouvoir enfin sauver en s’accrochant au fond la face du pays des Cèdres?

Joe Acoury

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