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Accord Liban-Israël : réactions sous tension à Beyrouth

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L’accord-cadre signé le 26 juin à Washington entre le Liban, Israël et les États-Unis a immédiatement déplacé le débat de la diplomatie vers la scène politique libanaise. La présidence et le premier ministre l’ont présenté comme une première étape vers la restauration de la souveraineté nationale. Le Hezbollah l’a rejeté avec force, en avertissant qu’une application imposée pouvait conduire à une confrontation interne. Dans l’immédiat, les réactions publiques vérifiées restent concentrées autour des institutions officielles et du parti chiite. Les autres forces politiques, si elles n’ont pas réagi publiquement après la signature ou la veille sur le texte final, ne peuvent pas être intégrées comme commentateurs directs de l’accord.

Ce choix méthodologique est nécessaire. Un responsable politique qui s’est exprimé avant la signature ne réagissait pas au texte final, sauf s’il commentait explicitement le même projet d’accord dans sa version alors connue. Les déclarations antérieures peuvent éclairer une ligne politique, mais elles ne doivent pas être présentées comme des réactions à l’accord signé. Dans un dossier aussi sensible, attribuer une position non vérifiée reviendrait à fausser le débat libanais.

L’accord prévoit des zones pilotes dans le Sud-Liban, le déploiement progressif de l’armée libanaise, le désarmement vérifié des groupes armés non étatiques et le redéploiement graduel des forces israéliennes. Il promet aussi une mobilisation internationale pour la reconstruction. Mais il ne fixe pas de calendrier définitif pour le retrait complet d’Israël. Il ne garantit pas non plus l’arrêt immédiat de toutes les frappes. C’est autour de cette ambiguïté que se cristallisent les premières réactions.

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La présidence parle d’une première étape

La présidence libanaise a présenté l’accord comme un point de départ vers la pleine souveraineté. Joseph Aoun a déclaré, dans une traduction française de son communiqué, que « l’accord-cadre signé aujourd’hui est une première étape sur la voie permettant aux déplacés de retourner dans leurs villes pleinement libérées et dans leurs maisons reconstruites, sous la souveraineté de l’État libanais, qui n’a pas de partenaire sur sa terre et son peuple ».

Cette formule fixe la ligne de Baabda. Le président ne parle pas de normalisation. Il parle de souveraineté, de retour des déplacés et d’exclusivité de l’État. Le choix des mots vise à répondre aux critiques les plus immédiates. L’accord ne doit pas être lu, selon la présidence, comme une concession à Israël, mais comme un instrument permettant au Liban de récupérer progressivement son autorité dans le Sud.

Joseph Aoun a aussi ajouté, toujours selon la traduction de sa déclaration : « Nous jurons de poursuivre le travail jusqu’à ce que cela soit pleinement réalisé. Il n’y aura plus d’occupation, plus de prisonniers, plus de dépendance ni de tutelle. » Cette phrase cherche à rassurer les Libanais qui redoutent un accord imposé depuis Washington. Elle vise aussi à éviter que le texte ne soit assimilé au précédent du 17 mai 1983, accord libano-israélien signé sous parrainage américain puis rejeté par une large partie de la scène intérieure.

La présidence prend toutefois un risque politique. Elle promet une trajectoire vers la souveraineté, alors que la lecture israélienne insiste sur le maintien d’une zone de sécurité tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé. Si les forces israéliennes restent longtemps au Sud, si les frappes continuent et si les civils ne peuvent pas revenir rapidement, la communication présidentielle sera contestée. La crédibilité de Baabda dépendra donc moins du texte que de ses premiers effets visibles.

Nawaf Salam défend la logique de l’État

Le premier ministre Nawaf Salam a défendu l’accord comme un outil destiné à obtenir le retrait israélien et à rétablir l’autorité de l’État. Selon les formulations rapportées après la signature, il a présenté le texte comme visant « à obtenir le retrait d’Israël de tout le territoire libanais » et « à restaurer la souveraineté de l’État sur celui-ci ».

Cette position s’inscrit dans une ligne constante du chef du gouvernement. Pour Salam, le Liban doit être représenté par ses institutions. La décision de guerre et de paix doit relever de l’État, non d’un acteur armé ou d’une puissance régionale. L’accord lui offre donc un cadre pour défendre la primauté de l’armée libanaise et du gouvernement dans le Sud.

Mais le premier ministre se trouve devant une difficulté majeure. L’accord ne donne pas immédiatement au Liban le retrait total qu’il réclame. Il organise un processus graduel, lié au désarmement vérifié des groupes armés non étatiques. Cette condition vise principalement le Hezbollah. Elle place donc le gouvernement devant une question intérieure plus explosive encore que la négociation avec Israël : comment appliquer un texte qui touche au cœur de l’arsenal du principal acteur armé du pays ?

Salam devra aussi répondre à une inquiétude civile. Pour une grande partie des habitants du Sud, l’État n’a pas protégé. L’armée s’est retirée ou n’a pas pu rester dans plusieurs zones exposées. Les bombardements, les destructions, les déplacements et l’absence de services ont marqué les populations. Si l’État revient avec un accord qui impose d’abord des obligations sécuritaires sans garantir immédiatement la fin des frappes et le retour des familles, il risque d’être perçu comme cédant à Israël plutôt que comme protégeant les Libanais.

Nada Hamadeh Mouawad assume la signature

L’ambassadrice du Liban à Washington, Nada Hamadeh Mouawad, a été la voix officielle libanaise lors de la signature. Elle a déclaré, dans une traduction française de ses propos, que « la signature aujourd’hui est une première étape pour restaurer la souveraineté du Liban ». Elle a aussi remercié les autorités américaines au nom du président Joseph Aoun et du premier ministre Nawaf Salam.

Cette déclaration donne la version diplomatique de Beyrouth. Elle insiste sur le caractère initial du texte. L’accord n’est pas présenté comme une paix achevée, mais comme le début d’un processus. Cette nuance est importante, car plusieurs clauses restent à préciser dans l’annexe sécuritaire : zones pilotes, mécanismes de vérification, calendrier des redéploiements, rôle exact de l’armée libanaise et conditions de reconstruction.

Le message de l’ambassadrice vise aussi les partenaires internationaux. Le Liban veut montrer qu’il accepte une solution diplomatique, qu’il souhaite récupérer sa souveraineté et qu’il est prêt à engager son armée dans un processus encadré. Mais, sur la scène interne, cette signature peut être contestée par ceux qui estiment qu’aucun accord avec Israël ne peut être légitime sans retrait préalable et complet.

Le Hezbollah rejette l’accord

La réaction la plus ferme est venue du Hezbollah. Le député Hassan Fadlallah a rejeté l’accord-cadre et averti que les autorités libanaises ne pourraient pas l’appliquer avec un soutien américain sans provoquer une crise interne. Dans une traduction française de ses propos rapportés, il a affirmé que « l’autorité libanaise ne pourra pas appliquer l’accord-cadre signé avec Israël à Washington ». Il a ajouté qu’une application imposée pourrait conduire le pays « vers la guerre civile ».

Cette déclaration fixe la ligne rouge du parti. Le Hezbollah considère que le texte vise directement son arsenal. Il refuse que le retrait israélien soit conditionné au désarmement des groupes armés non étatiques. Pour le mouvement, Israël doit d’abord partir totalement du territoire libanais, cesser ses frappes et abandonner toute zone de sécurité. La question des armes ne peut pas, selon cette lecture, être traitée sous pression américaine et israélienne.

Hassan Fadlallah a aussi résumé le rejet du parti en affirmant que l’accord resterait « de l’encre sur du papier » s’il prétendait imposer des engagements que le Hezbollah refuse. Cette formule cherche à délégitimer l’accord avant sa mise en œuvre. Elle signifie que la signature de Washington ne suffit pas à créer un rapport de force sur le terrain.

Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a également réaffirmé la ligne du parti contre toute présence israélienne prolongée. Dans une traduction française de sa position, il a estimé qu’Israël n’avait « pas d’autre choix que de se retirer complètement de chaque pouce de notre terre libanaise » et que ses forces devaient partir « sans condition ». Cette formule inverse l’ordre prévu par l’accord. Pour le Hezbollah, le retrait israélien est un préalable. Pour le texte signé, il dépend de conditions sécuritaires vérifiées.

La rue pro-Hezbollah entre dans le débat

Les manifestations survenues à Beyrouth après la signature ont donné une traduction immédiate au rejet du Hezbollah. Des partisans du parti ont circulé à moto, bloqué des axes et dénoncé l’accord comme une concession faite à Israël. La route de l’aéroport a été touchée avant l’intervention de l’armée libanaise. Ces rassemblements n’ont pas encore formé un mouvement national, mais ils ont montré la capacité de mobilisation rapide du camp hostile au texte.

La rue devient ainsi un instrument de pression politique. Le Hezbollah peut contester l’accord sans rompre immédiatement le cessez-le-feu. Il peut mobiliser ses partisans, peser sur le gouvernement et signaler que toute application du texte aura un coût intérieur. Cette pression est d’autant plus sensible que l’armée libanaise est appelée à jouer un rôle central dans les zones pilotes.

L’armée se retrouve déjà dans une position délicate. À Beyrouth, elle doit maintenir l’ordre face à des manifestants hostiles à l’accord. Au Sud, elle pourrait devoir empêcher le retour d’acteurs armés non étatiques dans des secteurs remis sous son contrôle. Dans les deux cas, elle risque d’être accusée par une partie du camp pro-Hezbollah d’appliquer une feuille de route américaine.

Samy Gemayel salue l’accord-cadre

Le député Samy Gemayel, chef du parti Kataëb, a salué l’accord-cadre signé à Washington. Selon des propos rapportés le 27 juin par la presse libanaise, il a estimé que « le Liban a gagné ». Il a ajouté que l’importance de l’accord tient au fait qu’il consacre ce qu’il réclame depuis des années, « non au service d’une partie, mais au service du Liban et de son État ».

Dans la même déclaration, Samy Gemayel a cité plusieurs objectifs : « mettre fin à la guerre, réaliser le retrait israélien complet des territoires libanais, restaurer la souveraineté, étendre l’autorité de l’État, consacrer l’exclusivité des armes ainsi que de la décision de guerre et de paix entre les seules mains des institutions légitimes ». Cette position place les Kataëb parmi les soutiens les plus nets à l’accord, à condition que ses clauses produisent effectivement le retrait israélien et le monopole de l’État sur les armes. 

Une garantie américaine contestée

La garantie américaine constitue l’un des points faibles du dispositif aux yeux de nombreux Libanais. Les États-Unis sont indispensables pour faire pression sur Israël. Sans Washington, un retrait israélien, même partiel, serait difficile à obtenir. Mais Washington est aussi perçu comme trop proche des priorités sécuritaires israéliennes.

Cette perception pèse sur la réception de l’accord. Si Israël continue à frapper au nom de la légitime défense, qui décidera s’il s’agit d’une violation ? Si Israël maintient sa zone de sécurité, qui imposera un calendrier ? Si l’armée libanaise échoue à désarmer un secteur, qui arbitrera ? Si la réponse reste principalement américaine, une partie de l’opinion libanaise considérera que le mécanisme est déséquilibré.

L’absence d’un rôle central pour la France, l’Union européenne ou l’ONU renforce cette critique. Ces acteurs peuvent contribuer à la reconstruction, à la formation ou à l’appui aux institutions. Mais ils ne sont pas au cœur du mécanisme politique de garantie. Pour Beyrouth, une garantie plus multilatérale aurait pu rendre l’accord moins vulnérable aux accusations de partialité.

Le Sud-Liban comme test politique

La réception de l’accord se jouera dans le Sud. Les habitants ne jugeront pas le texte seulement à partir des déclarations de Washington ou de Baabda. Ils le jugeront à partir des routes rouvertes, des maisons reconstruites, des réseaux rétablis, de la fin des frappes et du retour des déplacés.

Pour une partie des sudistes, l’État n’a pas protégé. Cette perception est un fait politique majeur. Si l’armée libanaise revient dans les zones pilotes avec des moyens insuffisants, sous supervision américaine et alors qu’Israël conserve une présence voisine, elle risque d’être placée dans une position intenable. Elle devra prouver qu’elle protège les habitants, non qu’elle sécurise indirectement des forces israéliennes encore présentes.

Le Hezbollah misera sur cette contradiction. Le gouvernement devra la désamorcer par des actes. Un premier retrait israélien visible, une reconstruction rapide et l’arrêt des bombardements seraient les seuls arguments capables de donner du poids à la lecture officielle de l’accord.

Un accord signé, un consensus absent

Les réactions vérifiées montrent un paysage encore incomplet mais déjà polarisé. Joseph Aoun, Nawaf Salam et Nada Hamadeh Mouawad présentent l’accord comme une première étape vers la souveraineté, le retour des déplacés et la fin des hostilités. Le Hezbollah, par Hassan Fadlallah et Naïm Qassem, le rejette et avertit d’une crise interne. Les autres responsables politiques ne doivent pas être intégrés comme réactions directes tant qu’aucune déclaration postérieure ou immédiatement liée au texte final n’est vérifiée.

L’accord de Washington ouvre donc moins une paix immédiate qu’une phase de confrontation politique. Il promet un retour de l’État, mais chacun attend de voir ce que cela signifiera sur le terrain. Il parle de souveraineté, mais Israël affirme vouloir rester dans une zone de sécurité. Il donne un rôle central à l’armée libanaise, mais celle-ci manque de moyens et risque d’être prise entre exigences extérieures et contestation interne.

La prochaine étape sera décisive. Si les annexes sécuritaires imposent des obligations au Liban sans calendrier clair pour Israël, la contestation s’élargira. Si les premières zones pilotes produisent un retrait réel, un retour de civils et une baisse des frappes, la ligne officielle gagnera en crédibilité. Dans l’attente, l’accord reste suspendu à une question centrale : l’État libanais peut-il restaurer sa souveraineté sans être perçu comme appliquant les conditions d’un accord que ses adversaires présentent déjà comme favorable à Israël ?

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