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UNRWA : Trump veut l’écarter de Gaza

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Le Conseil de la paix associé à Donald Trump a affirmé que l’UNRWA « n’a pas sa place dans le nouveau Gaza ». La formule, brutale, marque une escalade politique contre l’agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens. Elle ne propose pas seulement de réformer l’UNRWA, ni de modifier ses procédures de contrôle. Elle cherche à l’écarter de la reconstruction et de la gestion humanitaire future de Gaza, au profit d’autres mécanismes internationaux liés au dispositif du Board of Peace.

La déclaration intervient alors que l’UNRWA traverse une crise financière et opérationnelle majeure. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a averti que l’agence approche d’un point de rupture, en raison de restrictions imposées à ses activités et d’un déficit de financement d’environ 100 millions de dollars. Cette alerte dépasse Gaza. L’UNRWA travaille aussi en Cisjordanie, au Liban, en Jordanie et en Syrie, où elle assure des services essentiels à des millions de réfugiés palestiniens.

Le cœur du débat tient à une confusion volontairement entretenue par les adversaires de l’agence. L’UNRWA n’est pas une organisation privée, ni une ONG sous contrat avec Washington, ni une structure dépendante du Conseil de la paix. C’est une agence créée par l’Assemblée générale des Nations unies. Son mandat relève de l’ONU. Le Board of Peace peut tenter d’imposer un autre dispositif à Gaza. Il ne peut pas, à lui seul, abolir le mandat international de l’UNRWA ni effacer la question des réfugiés palestiniens.

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Une déclaration qui vise à sortir l’UNRWA du jeu

Le communiqué attribué au Conseil de la paix reprend une ligne déjà défendue par Israël et par une partie de la droite américaine. Il affirme que l’UNRWA entretiendrait un cycle de dépendance permanente à l’aide humanitaire et au conflit. La formule peut sembler administrative. Elle est en réalité profondément politique. Elle transforme une agence humanitaire en obstacle à la reconstruction, comme si la disparition de l’UNRWA permettrait de régler la question de Gaza.

Cette rhétorique repose sur une inversion. L’UNRWA ne crée pas le statut des réfugiés palestiniens. Elle le gère en attendant une solution politique. Elle n’a pas décidé l’exil de 1948, ni les guerres successives, ni l’occupation, ni le blocus de Gaza, ni la destruction des infrastructures civiles. Elle fournit des écoles, des soins, une aide alimentaire, des abris, des services sociaux et une assistance d’urgence là où aucune autorité stable ne peut les remplacer à court terme.

Dire que l’agence n’a « pas sa place » dans le nouveau Gaza revient donc à poser la reconstruction comme une opération de rupture avec le cadre onusien existant. Le Board of Peace veut apparaître comme le centre de gravité d’une nouvelle gouvernance. Il cherche à distribuer les rôles, à choisir les opérateurs et à définir ce qui relève d’une aide acceptable. Dans cette architecture, l’UNRWA devient gênante car elle porte un mandat plus ancien, directement lié aux réfugiés.

Cette attaque ne porte pas uniquement sur l’efficacité humanitaire. Elle touche au statut politique des Palestiniens. Remplacer l’UNRWA par des mécanismes techniques de reconstruction peut servir à traiter Gaza comme un chantier, non comme un territoire peuplé d’une population déplacée, assiégée et titulaire de droits. C’est ce que redoutent les responsables palestiniens et les défenseurs du mandat onusien.

Une agence de l’ONU, pas un prestataire du Conseil de la paix

L’UNRWA a été créée par la résolution 302 de l’Assemblée générale des Nations unies, adoptée en 1949. Son mandat initial consistait à fournir des programmes de secours et de travaux aux réfugiés palestiniens. Depuis, ce mandat a été régulièrement renouvelé par les États membres de l’ONU. L’agence n’est donc pas une structure que le Conseil de la paix peut écarter par simple déclaration politique.

Cette distinction est essentielle. Le Board of Peace, même s’il bénéficie d’un soutien américain et d’une place dans les plans de gouvernance de Gaza, n’est pas l’organe qui définit le mandat de l’UNRWA. Il peut organiser des mécanismes parallèles. Il peut proposer d’autres circuits d’aide. Il peut refuser de financer l’agence ou chercher à la marginaliser dans les zones qu’il contrôle. Mais il ne peut pas décréter que l’UNRWA cesse d’exister ou que son mandat disparaît.

L’UNRWA dépend de l’Assemblée générale, qui reste l’organe parent de l’agence. C’est là que se joue sa légitimité internationale. Cette réalité juridique contredit la formulation du Conseil de la paix. Lorsqu’il affirme que l’UNRWA n’a pas sa place dans Gaza, il exprime une orientation politique. Il ne formule pas une décision juridiquement suffisante pour mettre fin au rôle de l’agence dans le système onusien.

La nuance peut paraître technique. Elle ne l’est pas. Dans le dossier palestinien, les mots institutionnels ont une portée politique directe. Retirer l’UNRWA de Gaza sans décision de l’ONU reviendrait à déplacer l’aide vers un dispositif dont les Palestiniens contestent déjà la représentativité. Cela poserait aussi une question de responsabilité : qui remplacerait les enseignants, les soignants, les équipes d’assistance, les registres et les réseaux locaux de l’agence ?

Gaza ne résume pas le mandat de l’agence

Le Conseil de la paix parle du « nouveau Gaza ». Mais l’UNRWA n’est pas une agence limitée à Gaza. Elle opère dans cinq zones : la bande de Gaza, la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, le Liban, la Jordanie et la Syrie. Sa mission couvre des réfugiés palestiniens dont la situation varie selon les pays, mais dont le statut reste lié à l’absence de solution politique durable.

Cette réalité régionale rend la déclaration du Board of Peace encore plus sensible. Une marginalisation de l’UNRWA à Gaza pourrait créer un précédent. Les adversaires de l’agence pourraient ensuite s’en servir pour contester son rôle ailleurs. Au Liban, où les réfugiés palestiniens vivent dans des conditions sociales et juridiques difficiles, une telle dynamique aurait des conséquences directes. L’UNRWA y assure des services que l’État libanais ne peut pas absorber sans choc social et financier.

En Jordanie, l’agence reste intégrée à un équilibre national complexe. En Syrie, elle intervient dans un contexte marqué par la guerre, les destructions et les déplacements. En Cisjordanie, elle demeure un acteur central dans les camps. La fragilisation de son mandat ne serait donc pas une affaire gazaouie. Elle toucherait l’ensemble du dossier des réfugiés palestiniens au Proche-Orient.

C’est précisément cette dimension qui explique la réaction palestinienne. Pour les responsables palestiniens, l’UNRWA n’est pas seulement un prestataire de services. Elle représente la reconnaissance internationale d’un problème non résolu. L’affaiblir, c’est déplacer le débat du droit au secours, puis du secours à la gestion sécuritaire. Cette évolution est perçue comme une manière de contourner la question du retour, de l’indemnisation et de la responsabilité historique.

Le vieux procès israélien contre l’UNRWA

Israël accuse depuis longtemps l’UNRWA d’entretenir le statut des réfugiés, de laisser des contenus hostiles dans certains matériels éducatifs et d’avoir été infiltrée par le Hamas. Après l’attaque du 7 octobre 2023, ces accusations ont pris une dimension nouvelle. Plusieurs donateurs ont suspendu leur financement après des allégations visant des employés de l’agence. L’ONU a licencié des personnes mises en cause et s’est engagée dans des mesures de contrôle, tandis que l’agence a contesté les campagnes visant à la délégitimer dans son ensemble.

Le débat sur les responsabilités individuelles est légitime. Une agence humanitaire travaillant en zone de guerre doit rendre des comptes. Elle doit enquêter sur les manquements, exclure les personnes impliquées dans des violences et renforcer ses procédures internes. Mais la mise en cause de certains employés ne suffit pas à justifier la suppression d’une institution qui sert des millions de personnes.

La ligne défendue par le Conseil de la paix va plus loin que la réforme. Elle rejoint la demande israélienne la plus dure : sortir l’UNRWA du système. Cette position ne cherche pas seulement à corriger des failles. Elle vise à remplacer l’agence par des structures moins liées à la question des réfugiés. Pour les Palestiniens, c’est le cœur du problème. Le sujet n’est pas seulement humanitaire. Il touche à la mémoire de 1948 et à la continuité d’un mandat international.

Cette stratégie comporte un risque majeur. Si l’UNRWA est écartée sans alternative crédible et immédiatement opérationnelle, les premiers touchés seront les habitants de Gaza. Les écoles, les cliniques, les distributions alimentaires, les abris et les services sociaux ne se reconstruisent pas par communiqué. Ils reposent sur des personnels, des listes, des dépôts, des locaux, des procédures et une connaissance du terrain.

Une crise financière qui menace déjà les services

L’alerte d’António Guterres donne à la déclaration du Conseil de la paix un relief particulier. L’UNRWA approche d’un point de rupture financier. Le déficit d’environ 100 millions de dollars intervient après des mois de restrictions, de coupes et de pressions politiques. Selon l’ONU, l’agence a réduit certains services, gelé ou comprimé des dépenses et laissé des postes vacants pour continuer à fonctionner.

Dans ces conditions, annoncer que l’UNRWA n’a pas sa place dans le futur de Gaza revient à frapper une institution déjà fragilisée. La question n’est pas seulement celle du financement. Elle concerne la capacité opérationnelle. À Gaza, l’agence a perdu des bâtiments, du personnel et une partie de ses capacités de distribution pendant la guerre. Elle reste pourtant l’un des rares acteurs à disposer d’un réseau local ancien.

Les autres mécanismes internationaux peuvent apporter une aide. Des ONG, des agences onusiennes, des bailleurs et des institutions financières peuvent participer à la reconstruction. Mais aucune structure ne remplace instantanément l’UNRWA. Les dispositifs nouveaux doivent construire leur légitimité, recruter, sécuriser leurs équipes, organiser des bases de données, établir des circuits logistiques et gagner la confiance d’une population éprouvée.

La crise financière de l’agence devient donc un outil politique. En réduisant ses moyens, ses adversaires peuvent ensuite dénoncer son incapacité à remplir sa mission. C’est un cercle dangereux. Une agence privée de ressources devient moins performante. Sa moindre performance sert ensuite d’argument pour l’écarter. Le débat sur l’efficacité doit donc être séparé du débat sur l’asphyxie.

Le Board of Peace cherche à imposer son architecture

Le Conseil de la paix, tel qu’il est présenté dans les plans américains pour Gaza, veut jouer un rôle de supervision politique et économique de la reconstruction. Il s’inscrit dans une vision de « nouveau Gaza » fondée sur la démilitarisation, la reconstruction, la gestion technocratique et l’arrivée de financements internationaux. Dans ce schéma, les institutions existantes sont souvent traitées comme des obstacles ou des vestiges d’un ancien ordre.

Cette ambition soulève déjà des critiques. Plusieurs observateurs dénoncent un déficit de représentation palestinienne, une gouvernance trop dépendante de Washington et un risque de mise sous tutelle. La polémique sur l’UNRWA renforce ces inquiétudes. Si le Board of Peace entend décider seul quels acteurs humanitaires sont légitimes, il dépasse la coordination de la reconstruction pour entrer dans la redéfinition politique du dossier palestinien.

Le problème n’est pas de coordonner l’aide. Gaza aura besoin d’un mécanisme robuste pour reconstruire ses logements, ses hôpitaux, ses réseaux d’eau, son électricité, ses écoles et ses administrations. Le problème est de savoir qui contrôle ce mécanisme, à qui il rend des comptes et s’il respecte les mandats onusiens existants. Une reconstruction sans les Palestiniens, ou contre les institutions qui incarnent leurs droits, risque d’être rejetée.

Le Board of Peace peut vouloir réduire la dépendance humanitaire. Cet objectif est en soi défendable. Aucune population ne devrait vivre indéfiniment sous assistance. Mais la dépendance ne disparaît pas en supprimant l’agence qui distribue l’aide. Elle disparaît par la levée des restrictions, la liberté de circulation, la sécurité, l’accès aux ressources, la relance économique et une solution politique. Sans cela, remplacer l’UNRWA par un autre opérateur ne changera pas la cause de la dépendance.

Les Palestiniens y voient une attaque contre les réfugiés

Les réactions palestiniennes se concentrent sur le mandat de l’UNRWA. L’Autorité palestinienne, le Hamas et plusieurs organisations considèrent que l’agence reste indispensable. Leurs intérêts politiques divergent souvent, mais ils se rejoignent sur ce point : affaiblir l’UNRWA revient à affaiblir la reconnaissance internationale des réfugiés palestiniens.

Cette convergence n’est pas surprenante. Depuis des décennies, l’UNRWA incarne une continuité administrative et politique. Ses registres, ses écoles et ses services rappellent qu’un problème né en 1948 n’a pas été résolu. Pour Israël et ses alliés les plus critiques de l’agence, cette continuité entretient une revendication jugée incompatible avec une solution définitive. Pour les Palestiniens, elle protège au contraire un droit qui ne doit pas être dissous dans des arrangements économiques.

Le débat dépasse donc la gestion de Gaza. Il touche à la définition même d’une paix durable. Une reconstruction qui contourne les réfugiés peut produire des routes, des immeubles et des zones économiques. Elle ne produira pas nécessairement une légitimité politique. Les habitants de Gaza ne demandent pas seulement des services. Ils demandent la sécurité, la liberté de mouvement, la fin des destructions répétées et la reconnaissance de leurs droits.

L’UNRWA n’est pas au-dessus de la critique. Son fonctionnement peut être réformé. Ses procédures peuvent être renforcées. Son financement peut être rendu plus prévisible. Mais l’écarter par décision d’un conseil extérieur reviendrait à traiter un mandat international comme un problème administratif. C’est cette confusion qui alimente la colère palestinienne.

Pour le Liban, une alerte directe

Le Liban est directement concerné par cette offensive contre l’UNRWA. Des centaines de milliers de réfugiés palestiniens y dépendent, à des degrés divers, des services de l’agence. Beaucoup vivent dans ou autour des camps, avec un accès limité à plusieurs professions, des conditions sociales précaires et une dépendance élevée aux services éducatifs, médicaux et sociaux de l’UNRWA.

Si l’agence est affaiblie à Gaza, le financement régional peut en être affecté. Les bailleurs qui réduisent leur soutien au nom de la controverse gazaouie ne distinguent pas toujours les besoins par pays. Une crise du budget général de l’UNRWA touche aussi ses opérations au Liban. Les écoles, les cliniques et les programmes sociaux peuvent être réduits. La charge se reporte alors sur des familles déjà fragiles, sur les ONG locales et, indirectement, sur l’État libanais.

Beyrouth devrait donc suivre de près la bataille autour du mandat de l’agence. Le Liban ne peut pas absorber seul les services de l’UNRWA. Il ne peut pas non plus ignorer l’effet sécuritaire d’un effondrement des prestations dans les camps. L’agence a souvent été critiquée, mais elle joue aussi un rôle de stabilisateur social. La fragiliser sans plan sérieux reviendrait à déplacer le problème vers des États hôtes déjà vulnérables.

La position libanaise devrait être claire : toute réforme de l’UNRWA doit passer par l’ONU, non par un organe extérieur à son mandat. Le Liban peut soutenir des audits, des contrôles et une meilleure gouvernance. Il ne peut pas rester indifférent à une tentative de vider l’agence de son rôle, car les conséquences se feraient sentir à Gaza, mais aussi dans les camps palestiniens de son propre territoire.

La question décisive : réformer ou effacer

La déclaration du Conseil de la paix oblige à distinguer deux débats. Le premier porte sur la réforme de l’UNRWA. Il est nécessaire. L’agence doit répondre aux accusations, renforcer ses mécanismes de contrôle, améliorer la transparence de ses financements et rassurer les bailleurs. Dans une région traversée par la guerre, aucune institution humanitaire ne peut demander un blanc-seing permanent.

Le second débat porte sur l’effacement de l’agence. Il est d’une autre nature. Sortir l’UNRWA de Gaza ne reviendrait pas seulement à changer d’opérateur. Cela signifierait retirer du cœur du dispositif humanitaire une institution créée pour répondre au sort spécifique des réfugiés palestiniens. Ce choix aurait des effets politiques profonds, même s’il était présenté comme une mesure de modernisation ou d’efficacité.

Les habitants de Gaza ont besoin d’aide immédiate et de reconstruction durable. Mais ils ont aussi besoin que l’aide ne devienne pas un instrument de redéfinition forcée de leur statut. Le risque du « nouveau Gaza » promu par le Board of Peace est de réduire la question palestinienne à un projet de gestion postconflit. Or Gaza n’est pas seulement un espace à reconstruire. C’est un territoire au cœur d’un conflit politique, juridique et historique non résolu.

La page que le Conseil de la paix dit vouloir tourner n’est donc pas seulement celle de la dépendance humanitaire. Elle pourrait être celle du mandat international des réfugiés palestiniens. C’est ce qui rend la phrase si explosive. Tant que l’Assemblée générale des Nations unies n’en décide pas autrement, l’UNRWA reste une agence de l’ONU. Et aucune reconstruction crédible de Gaza ne pourra faire comme si cette réalité juridique et politique n’existait pas.

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