Alep, l’horreur ou l’erreur de trop ? ‎

Celle qui fut jadis appelée La Blanche*, est aujourd’hui un territoire gris ; gris de décombres, gris de la fumée des explosions, gris des cendres qui martèlent que tout est fini. Les seules choses qui restent blanches, sont la peur, les armes, et les visages livides … blancs comme un linge.
Alep, cœur de la Syrie, pourquoi ce destin tant noir ?

Tout simplement, parce que l’extrémisme a rongé la Syrie jusqu’aux os. Elle mange son pain noir depuis plus de cinq ans. La violence y est plus que banalisée, elle est devenue monnaie courante. En Syrie même, et pour le reste du monde.

Le pire dans tout ce scénario, c’est l’hypocrisie dans l’attitude des spectateurs. Ceux qui crient aujourd’hui haro sur le baudet, n’ont pas cillé lorsque Daesh ou Al Nosra coupaient les têtes. Ceux qui pleuraient hier les victimes des groupes fanatiques, jubilent aujourd’hui avec les centaines de corps qui jonchent les rues avec les attaques des soldats du régime.

Les victimes dans tout cela ? C’est-à-dire ceux qui n’ont pas eu ni les moyens ni la chance ni le courage de quitter leur chez soi depuis le début des hostilités. Ceux qui n’ont rien à cirer dans tout ce qui se passe. Ces morts civils ont un nom : les victimes collatérales. Elles font l’objet d’une photo, (authentique ou truquée) ou bien un chiffre dans les bilans ou les statistiques du journal de 20h.  Elles sont lynchées par les avis noirs, et élevées au rang de martyrs par les avis blancs. Avis noir ou blanc, est un avis relatif, cela dépend depuis quel camp on observe la situation.

La seule et unique victime dans toutes les guerres a toujours été la Vérité. Tout comme ce fut le cas dans la guerre civile libanaise, ou les petites guerres successives qui ont suivies … et suivent toujours. Les civils ont toujours été de la chair à canon. A balles, à couteaux, à tonneaux, ou à armes chimiques. Ils sont les boucliers humains des soldats ou des terroristes, cela dépend des régions et des points de vue.

L’Humanité dans tout cela ? Dans le noir le plus complet. L’horreur ne s’efface pas à coups d’indignations. Ni en éteignant la tour Eiffel. Ni avec un fleuve de bougies et de fleurs. Ni avec une minute de silence dans les assemblées internationales. Ni avec les déclarations de choc ou de préoccupations de Ban Ki-Moon. Après le fleuve de sang qui coule depuis plus de cinq ans, pour une guerre picrocholine, tellement absurde qu’on ne sait plus qui tue qui, qui arme qui, qui est contre qui. Des erreurs à gogo qui alimentent l’horreur à tire-larigot.

L’horreur, c’est de demeurer dans l’erreur. L’erreur des Américains qui envoient les armes. L’erreur des pays arabes qui n’accueillent aucun réfugié et qui ne participent aucunement aux opérations humanitaires. L’erreur des Européens qui n’ont toujours rien compris, qui fondent en larmes et qui veulent être plus royalistes que le roi. L’erreur de la Turquie qui alimente l’horreur pour ses propres intérêts. L’erreur du Qatar qui finance, de la Russie qui guerroie, et de tous ceux qui n’ont rien compris et qui auraient dû se mêler de leurs propres oignons…

L’erreur du Liban schizophrène et bipolaire, qui tantôt se voit en pays frère, tantôt en pays ne sachant toujours pas digérer une hégémonie tyrannique de quinze ans, et qui a fini par ouvrir béatement et bêtement ses portes à 2 millions de réfugiés ainsi qu’un nombre considérable de terroristes alors qu’il n’a lui-même que 4 millions d’habitants, régi par un gouvernement qui n’a toujours pas su trouver une solution à la crise des ordures.  L’erreur des Syriens qui n’ont pas su comment se débarrasser d’un régime despote, et qui ont laissé la place au chaos plutôt que de s’organiser effectivement, si toutefois, c’est ce qu’ils voulaient réellement.

En fin de compte, la guerre en Syrie doit finir. Toute guerre est abominable et ne doit pas trop durer. Plus du tout droit à l’erreur. L’hémorragie des réfugiés, le saignement des corps, la saignée de l’horreur … tout cela doit absolument finir.

Nadia Tueni avait dit un jour : « Je n’aime pas les guerres, elles font du bruit »…  Le bruit des canons, des hurlements, des pleurs, des lamentations, des cris de détresses, des histoires qui se déclinent en drames, en horreur. Et là où le bois est coupé, les éclats doivent tomber. Après tout, c’est ça la guerre : une erreur qui mène à l’horreur…

Par Marie-Josée Rizkallah

* Le nom d’Alep (Halab en arabe) dérive de l’araméen Halaba qui signifie « blanc » en référence à la couleur de la terre et du marbre abondant dans la région. (définition Wikipédia)

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l'association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l'Histoire et la Théologie de l'Icône ainsi que l'Expression artistique. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com son blog: mjliban.wordpress.com et la page FB d'ICHTAR : https://www.facebook.com/I.C.H.T.A.R.lb/