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Armes du Hezbollah: le sondage qui pèse

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Un sondage publié le 22 mai par le journal An Nahar place les armes du Hezbollah et la relation avec Israël au centre d’un déplacement visible du débat public. Les chiffres montrent une opinion divisée, mais moins figée qu’auparavant: près de six répondants sur dix se disent favorables, à des degrés divers, au désarmement du parti, tandis que près d’un sur deux soutient une négociation directe entre le Liban et Israël. Dans un pays marqué par la guerre, les déplacements et les pressions américaines, ces données deviennent un fait politique à part entière.

Un sondage qui installe les armes du Hezbollah au centre du débat

Le premier enseignement porte sur la hiérarchie des sujets. Le débat libanais ne se limite plus à la question de savoir si la guerre doit cesser. Il porte désormais sur les conditions d’une stabilité durable, sur la place de l’armée et sur le monopole de l’État dans la décision sécuritaire. Le sondage publié le 22 mai donne une traduction chiffrée de ce déplacement.

À la question sur le désarmement du Hezbollah, 44,7 % des personnes interrogées répondent qu’elles y sont fortement favorables. À cette catégorie s’ajoutent 13,5 % de répondants qui y sont favorables dans une certaine mesure. Le total atteint donc 58,2 % d’avis favorables. En face, 8,1 % disent s’y opposer partiellement et 26,1 % s’y opposer fortement, soit 34,2 % d’opposition. Les répondants neutres représentent 7,3 %, tandis que les refus de réponse ou les indécis sont presque inexistants, à 0,3 %.

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Ces chiffres ne règlent pas le dossier. Ils ne disent pas comment un désarmement pourrait être mis en œuvre, ni selon quel calendrier, ni avec quelles garanties. Ils indiquent toutefois que la question n’est plus confinée aux déclarations des partis. Elle gagne l’espace de l’opinion mesurée. Elle devient une demande, une inquiétude ou une ligne de fracture visible dans une partie importante de la société.

Cette évolution intervient alors que les États-Unis ont sanctionné des responsables liés au Hezbollah, à Amal, à l’Iran et à des institutions sécuritaires libanaises. Washington présente ces mesures comme une pression en faveur de l’autorité de l’État. Le Hezbollah et ses alliés y voient une tentative d’intimidation et une ingérence. Le sondage arrive donc dans un climat où le mot souveraineté est utilisé par tous, mais avec des sens opposés.

Négociation directe: un tabou devenu sujet public

Le deuxième enseignement porte sur la négociation directe entre le Liban et Israël. Là encore, les chiffres montrent une opinion coupée en deux blocs presque équivalents. Le soutien fort atteint 21,9 %. Le soutien partiel atteint 27,1 %. Ensemble, les deux catégories favorables représentent 49 % des réponses. L’opposition partielle atteint 11,3 %, tandis que l’opposition forte atteint 33,2 %. Le total des oppositions s’établit donc à 44,5 %. Les neutres représentent 6 %, et les refus de réponse 0,5 %.

Dans l’histoire politique libanaise récente, un tel niveau de soutien déclaré à la négociation directe constitue un indicateur notable. Il ne signifie pas une adhésion unanime à une paix formelle. Il ne signifie pas non plus que les répondants approuvent les politiques israéliennes. Il montre surtout que la guerre prolongée, les déplacements, les destructions et l’incertitude économique poussent une partie des Libanais à chercher des voies de sortie qui auraient été plus difficiles à défendre publiquement auparavant.

Le contexte donne du poids à ce résultat. Une réunion est prévue au Pentagone le 29 mai, dans un format présenté comme sécuritaire et technique. Elle doit concerner le cessez-le-feu, le retrait israélien et les modalités de stabilisation au Sud. Le pouvoir libanais affirme vouloir limiter ce rendez-vous au volet opérationnel, avant une étape politique attendue en juin. Pourtant, pour l’opinion, la frontière entre discussion technique et choix politique reste difficile à tracer. Dès que le dossier implique Israël, le débat devient existentiel.

Le sondage confirme cette difficulté. Près de la moitié des répondants se disent ouverts à une négociation directe, mais plus d’un tiers la rejettent fortement. Le pays ne bascule donc pas vers un consensus. Il entre plutôt dans une phase où l’ancien interdit est discuté plus frontalement. Ce changement modifie le terrain des responsables politiques, qui ne peuvent plus considérer le sujet comme absent de l’espace public.

Une responsabilité de la guerre presque partagée entre Israël et le Hezbollah

La question de la responsabilité de l’escalade éclaire davantage la fracture. À la question sur l’acteur qui porte la plus grande responsabilité dans l’escalade actuelle au Liban, 32,9 % des répondants citent Israël. Le Hezbollah arrive presque au même niveau, à 32,8 %. Cette quasi-égalité est l’un des chiffres les plus importants de l’enquête. Elle montre que la perception de la guerre n’est plus structurée par une seule lecture dominante.

D’autres réponses se situent loin derrière. Une part des répondants considère que tout le monde porte une responsabilité, à 12,1 %. L’Iran et les États-Unis sont cités à des niveaux plus faibles. Le gouvernement libanais apparaît aussi dans les réponses, mais de façon minoritaire. Le résultat central reste le face-à-face statistique entre Israël et le Hezbollah.

Cette donnée doit être lue avec prudence. Elle ne signifie pas que les répondants mettent sur le même plan l’action militaire d’Israël et celle du Hezbollah. Elle signifie qu’une part importante de l’opinion libanaise attribue aussi au parti une responsabilité directe dans la situation actuelle. Cette perception est politiquement lourde. Elle touche au cœur du récit du Hezbollah, qui se présente comme acteur de défense face à Israël. Elle alimente aussi le discours de ses adversaires, qui estiment que les décisions militaires du parti entraînent le pays dans des guerres non décidées par l’État.

Le chiffre est d’autant plus sensible qu’il arrive au moment où le front sud reste instable. Les frappes israéliennes, les destructions, les déplacements et les opérations du Hezbollah nourrissent des récits opposés. Pour les uns, l’armée israélienne et l’occupation rendent la résistance nécessaire. Pour les autres, l’existence d’une force armée parallèle empêche l’État de protéger le pays. Le sondage ne tranche pas ce débat. Il montre qu’il traverse désormais la société de façon nette.

Des lignes confessionnelles très marquées

La ventilation confessionnelle publiée par le quotidien donne une autre dimension aux résultats. Selon ces données, les répondants chrétiens et druzes attribuent d’abord la responsabilité de l’escalade au Hezbollah, dans des proportions allant de 50 % à 61 %. Les répondants chiites attribuent majoritairement la responsabilité à Israël, à 57,7 %, et aucun répondant chiite de l’échantillon ne désigne le Hezbollah comme principal responsable. Les sunnites apparaissent plus partagés, avec 39,1 % attribuant la responsabilité au Hezbollah et 33 % à Israël.

Cette distribution rappelle que l’opinion libanaise reste profondément structurée par les appartenances communautaires. Le même événement n’est pas lu de la même manière selon les groupes. La guerre n’a donc pas seulement un coût matériel. Elle agit aussi comme révélateur de mémoires politiques, de peurs et de fidélités différentes. Les chiffres ne décrivent pas seulement des préférences. Ils montrent des univers d’interprétation.

Le soutien à la négociation directe avec Israël suit aussi des lignes différenciées. Selon la ventilation publiée, 78 % des maronites se disent favorables à cette option, dont 36,2 % fortement et 41,8 % dans une certaine mesure. Chez les orthodoxes, le soutien atteint 73,6 %, avec 37,5 % de soutien fort et 36,1 % de soutien partiel. Chez les druzes, il atteint 72 %, dont 50,9 % de soutien fort et 21,1 % de soutien partiel. Ces chiffres indiquent que l’ouverture à la négociation est particulièrement élevée dans certaines communautés.

Cette réalité rend toute décision nationale plus complexe. Une majorité arithmétique ne suffit pas dans un système libanais fondé sur les équilibres et la crainte des dominations croisées. Même si une option progresse dans l’opinion globale, elle peut être rejetée par une composante importante. C’est l’un des principaux défis de l’État: transformer des demandes sociales divergentes en décisions acceptables, sans nourrir une nouvelle rupture.

Le prix politique du désarmement en question

Le sondage aborde aussi une question délicate: le Hezbollah aurait-il le droit de demander un prix politique en échange de la remise de ses armes. Les réponses montrent un pays partagé. 25,3 % répondent oui de manière nette et 18,2 % répondent oui dans une certaine mesure, soit 43,5 % d’avis favorables à l’idée d’une contrepartie politique. En face, 14,1 % disent non dans une certaine mesure et 32,8 % répondent non absolument, soit 46,9 % d’opposition. Les neutres représentent 7,6 %, et les indécis ou refus de réponse 2 %.

Ce résultat est important parce qu’il déplace le débat de principe vers le débat de méthode. Une chose est de dire que les armes du Hezbollah doivent revenir sous l’autorité de l’État. Une autre est de déterminer si le parti peut négocier des garanties, un rôle politique ou une forme de compensation symbolique. Les chiffres montrent qu’aucune réponse ne s’impose clairement. Une légère pluralité refuse l’idée d’un prix politique, mais une part presque équivalente l’accepte.

Ce point pourrait devenir central si un processus de désarmement ou d’intégration était un jour ouvert. Le Hezbollah ne se présente pas comme une simple milice appelée à déposer ses armes. Il se présente comme une force de résistance, dotée d’une base sociale et d’une représentation parlementaire. Ses adversaires répondent que les armes hors de l’État créent une inégalité politique et sécuritaire. Entre ces deux positions, la question d’une contrepartie politique serait difficile à éviter.

L’État libanais devrait alors trouver un équilibre entre deux exigences. La première serait de restaurer son monopole sur la force. La seconde serait d’éviter une humiliation politique d’une composante nationale importante. Le sondage montre que l’opinion n’a pas de réponse unique à cette équation. Il suggère aussi que toute solution imposée sans négociation interne risque de se heurter à une forte résistance.

Le sondage et la pression américaine

Les chiffres publiés le 22 mai ne peuvent pas être isolés du contexte régional et diplomatique. Les sanctions américaines, la réunion du Pentagone, les discussions sur le cessez-le-feu et les négociations entre Washington et Téhéran forment un même arrière-plan. La question des armes du Hezbollah n’est pas seulement libanaise. Elle se situe aussi dans le rapport de force entre les États-Unis, Israël et l’Iran.

Pour Washington, le désarmement du Hezbollah est lié à la souveraineté de l’État libanais et à la stabilisation du Sud. Pour le Hezbollah, la pression américaine vise à imposer une reddition politique au profit d’Israël. Entre ces deux récits, l’opinion publique devient un terrain stratégique. Les chiffres favorables au désarmement peuvent être utilisés par les partisans d’un État plus ferme. Les divisions confessionnelles peuvent être utilisées par ceux qui dénoncent une tentative d’isoler une communauté.

C’est pourquoi le sondage ne doit pas être lu comme un mandat simple. Il donne des tendances. Il mesure un climat. Il ne remplace pas un processus politique. Les décisions sur la guerre, la paix, les armes et la négociation ne peuvent pas être prises par addition de pourcentages. Elles doivent tenir compte du droit, des institutions, de la sécurité des populations, du retrait israélien et des garanties nécessaires pour éviter une guerre interne.

Le risque serait de transformer les chiffres en arme politique immédiate. Une lecture triomphale du soutien au désarmement pourrait durcir les positions du Hezbollah et de ses alliés. Une lecture défensive, qui nierait toute évolution de l’opinion, ignorerait la fatigue réelle d’une large partie de la population. Le sondage impose donc une lecture plus fine. Il montre une demande de changement, mais aussi les limites d’un changement brutal.

Un déplacement du débat public

Ce que révèle surtout l’enquête, c’est un déplacement du débat public. Les armes du Hezbollah, la négociation avec Israël et la responsabilité de la guerre ne sont plus des sujets périphériques. Ils structurent désormais la perception de la crise. L’opinion libanaise apparaît fatiguée par la guerre, inquiète pour l’économie, divisée par la lecture des responsabilités et plus ouverte qu’auparavant à des options de stabilisation.

Cette évolution ne signifie pas que le pays se dirige vers un accord rapide. Les obstacles restent nombreux. Israël doit cesser ses violations et se retirer des points occupés. L’État libanais doit clarifier le mandat de l’armée et le cadre des négociations. Le Hezbollah doit répondre à la demande croissante de limitation des décisions de guerre hors des institutions. Les partenaires étrangers doivent éviter de transformer la pression en facteur de rupture interne.

Le sondage publié le 22 mai met donc les responsables libanais devant une double réalité. D’un côté, une part importante de l’opinion demande un État plus fort, capable de décider de la guerre et de la paix. De l’autre, les clivages communautaires restent assez profonds pour rendre tout passage en force dangereux. C’est dans cet espace étroit que devra se jouer la suite: au Pentagone, dans les institutions libanaises et sur le terrain du Sud.

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