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Sud-Liban : trêve fragile, bilan lourd

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Le Sud-Liban entre dans la fin de semaine du 22 mai 2026 sans retour réel au calme, malgré la prolongation d’une trêve négociée sous médiation américaine. Les bombardements israéliens se poursuivent dans les cazas de Tyr, Nabatiyé et Bint Jbeil. Le Hezbollah répond par des attaques de drones, des tirs et des opérations contre des positions israéliennes installées ou avancées près de la frontière. L’armée libanaise et la FINUL restent présentes, mais leur rôle demeure contraint par la poursuite des hostilités, les destructions et l’absence d’accord sur le retrait israélien.

Le bilan humain donne la mesure de la crise. Le ministère libanais de la Santé a porté le bilan cumulé de l’offensive déclenchée le 2 mars à 3 073 morts et 9 362 blessés. Parmi les victimes recensées ces derniers jours figurent des femmes, des enfants, des secouristes et des habitants restés dans leurs villages malgré les ordres d’évacuation. Plus d’un million de personnes restent déplacées, parfois loin du Sud, parfois à quelques kilomètres de leurs maisons, dans l’attente d’une fenêtre de sécurité pour revenir. Cette guerre n’a donc plus seulement une ligne de front. Elle a une géographie civile, familiale et économique.

Une trêve prolongée, mais presque théorique

Le cessez-le-feu annoncé le 16 avril, puis prolongé de quarante-cinq jours après des discussions à Washington, devait ouvrir une période de réduction des hostilités. Il n’a pas produit l’effet attendu. Les frappes israéliennes ont repris quelques heures seulement après l’annonce de la prolongation. Elles ont touché des localités du Sud et des axes de déplacement. Le Hezbollah, de son côté, n’a pas cessé ses opérations contre des soldats israéliens. Chaque camp accuse l’autre de rendre la trêve inopérante.

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Le calendrier diplomatique reste pourtant actif. Un volet sécuritaire doit s’ouvrir au Pentagone le 29 mai. Des discussions politiques doivent suivre les 2 et 3 juin. Beyrouth cherche à obtenir un retrait israélien, l’arrêt des frappes et la restauration de son autorité au sud du Litani. Israël réclame des garanties contre le retour militaire du Hezbollah vers la Ligne bleue. Washington veut installer l’armée libanaise au cœur du dispositif. Ces trois objectifs se chevauchent, mais ils ne s’ordonnent pas de la même manière pour les parties.

La difficulté principale tient à cette inversion des priorités. Les autorités libanaises affirment qu’il ne peut y avoir de stabilisation si les forces israéliennes restent en territoire libanais. Israël estime qu’un retrait sans désarmement ou neutralisation du Hezbollah créerait une menace immédiate pour le nord de son territoire. Le Hezbollah refuse de discuter de ses armes alors que des frappes visent le Liban et que des positions israéliennes sont maintenues au Sud. La trêve devient ainsi un cadre diplomatique sans mécanisme coercitif clair.

Sud-Liban : Deir Qanoun al-Nahr au centre du choc

Le massacre de Deir Qanoun al-Nahr a cristallisé la colère. Le 19 mai, une frappe israélienne a touché cette localité du caza de Tyr. Le bilan final communiqué par le ministère libanais de la Santé fait état de 14 morts et 3 blessés. Parmi les morts figurent 4 enfants, dont un enfant syrien, et 3 femmes. Parmi les blessés figure aussi un enfant syrien. Ce bilan a été confirmé le lendemain par les autorités sanitaires. Il s’agit de l’un des épisodes les plus meurtriers depuis l’annonce du cessez-le-feu d’avril.

Lors des funérailles, des proches ont porté les portraits d’une famille décimée. Ali Reda Dibo a identifié, devant une agence de presse, son frère âgé de 33 ans, tué à son domicile avec son épouse et leurs trois enfants. Les enfants avaient 1 an, 6 ans et 8 ans. Ces détails ont donné un visage précis à un bilan souvent résumé en chiffres. Les cercueils, dont certains étaient recouverts de drapeaux du Hezbollah et du mouvement Amal, ont aussi rappelé l’imbrication entre deuil civil, appartenance politique et mobilisation communautaire.

L’armée israélienne a affirmé avoir visé un membre du Hezbollah dans une structure utilisée à des fins militaires dans la zone de Deir Qanoun. Elle a assuré avoir utilisé des munitions précises et une surveillance aérienne afin de limiter les pertes civiles. Cette version est contestée au Liban, où les autorités et les habitants soulignent la présence de familles dans le bâtiment visé. Le dossier illustre la fracture centrale de cette guerre : Israël présente ses frappes comme ciblées, tandis que le Liban en retient les effets humains et les destructions dans des zones habitées.

Nabatiyé, Kfar Sir, Tebnine : une carte élargie des frappes

Le même 19 mai, d’autres frappes ont touché Nabatiyé et Kfar Sir. Une agence de presse a rapporté au moins 19 morts sur l’ensemble de la journée dans le Sud, dont des femmes et des enfants. L’armée israélienne a indiqué, de son côté, avoir visé plus de 25 sites liés au Hezbollah entre le lundi après-midi et le mardi après-midi. Les localités touchées montrent que l’escalade ne concerne plus seulement les villages directement collés à la frontière. Elle atteint aussi des zones de l’arrière-front, où s’étaient parfois réfugiées des familles déplacées.

Les jours précédents avaient déjà été marqués par une hausse des frappes. La presse libanaise a rapporté que le ministère libanais de la Santé avait annoncé dix morts et vingt-sept blessés dans des raids au Sud-Liban. La veille, un bilan plus lourd faisait état de vingt-deux morts, dont huit enfants, après des frappes sur des véhicules et plusieurs villages. Ces chiffres montrent une séquence continue, et non un incident isolé. Ils contredisent l’idée d’un apaisement durable après les pourparlers de Washington.

Les secteurs de Nabatiyé, Tyr et Bint Jbeil restent les plus cités dans les bilans récents. Des frappes ont été rapportées à Deir Qanoun al-Nahr, Nabatiyé, Kfar Sir, Dweir, Tebnine, Qalaouiyeh, Harouf, Jibchit et Saksakiyeh. Certaines attaques visent des maisons. D’autres touchent des véhicules, des routes, des points de secours ou des bâtiments présentés par Israël comme des infrastructures du Hezbollah. Cette dispersion maintient une pression permanente sur la population. Elle empêche aussi les municipalités de planifier les retours, même temporaires.

Le cas de Saksakiyeh, dans le caza de Saïda, avait déjà signalé l’élargissement du danger. Des sources médiatiques ont rapporté sept morts, dont une fillette, et quinze blessés, dont trois enfants. À Jibchit, des informations reprises par la presse libanaise ont fait état de plusieurs membres de la famille Fahs tués dans une frappe, alors qu’ils se trouvaient dans un endroit qu’ils pensaient plus sûr. Ces épisodes nourrissent un sentiment d’absence de refuge. Les habitants ne savent plus si le danger se limite au front ou s’il suit les déplacés.

Des secouristes et des centres de soin touchés

Les secouristes et structures de soin sont également touchés. Des frappes ont visé des points de la هيئة الصحية الإسلامية à Qalaouiyeh et Tebnine, dans le caza de Bint Jbeil, avec la mort de secouristes et plusieurs blessés selon des bilans relayés par la presse libanaise. À Harouf, trois secouristes ont également été tués dans une attaque récente. Le ministère libanais de la Santé accuse Israël de viser directement des personnels de secours. Israël soutient de son côté qu’il frappe des infrastructures liées au Hezbollah. Cette divergence rend presque impossible une lecture consensuelle des faits.

Le Hezbollah mise sur les drones FPV

Le conflit se joue aussi dans la manière dont le Hezbollah a adapté ses opérations. Le mouvement utilise de plus en plus de drones FPV, parfois guidés par fibre optique, contre des positions, des chars, des véhicules et des groupes de soldats israéliens. Ces engins coûtent peu cher, volent bas et compliquent les dispositifs de brouillage. Une agence de presse a recensé plusieurs dizaines de vidéos publiées par le Hezbollah, dont une partie importante après l’annonce de la trêve. Le mouvement cherche à montrer que la présence israélienne au Sud reste vulnérable.

Le secteur de Hadatha est devenu l’un des points symboliques de cette guerre d’usure. La presse libanaise et arabe a rapporté que le Hezbollah affirmait avoir repoussé une nouvelle tentative d’avancée israélienne dans cette zone. Le parti a évoqué la destruction d’un quatrième char et le retrait de la force israélienne vers Rchaf. Des médias israéliens ont aussi rapporté la blessure d’un commandant de brigade blindée et de plusieurs soldats par un drone lancé par le Hezbollah. Ces affirmations s’inscrivent dans une bataille de communication, mais elles confirment l’intensité des combats autour de certains axes.

Israël maintient les évacuations et les destructions

Israël répond par des frappes aériennes, des tirs d’artillerie et des ordres d’évacuation. L’armée israélienne a demandé à plusieurs reprises aux habitants de villages du Sud de quitter leurs maisons et de se diriger vers des zones ouvertes ou vers le nord. Le 3 mai, elle avait adressé un avertissement à onze localités. Le 2 mai, une autre alerte concernait neuf villages. Ces messages sont diffusés dans un langage présenté comme préventif, mais ils produisent un déplacement forcé de fait. Les familles partent sans savoir si elles pourront revenir ni si leur maison restera debout.

Les destructions au sol aggravent cette incertitude. Des maisons sont démolies ou rendues inhabitables dans des villages frontaliers. Israël affirme détruire des positions ou installations utilisées par le Hezbollah. Le Liban dénonce une politique de vidage et de destruction du tissu villageois. Les deux récits s’opposent, mais l’effet sur la population est mesurable. Une maison détruite ferme la possibilité d’un retour immédiat. Une route coupée ralentit les secours. Un champ inaccessible prive une famille de revenus. La guerre s’installe dans les murs, les terres et les saisons agricoles.

Sur le plan militaire israélien, le Sud-Liban est présenté comme une zone tampon nécessaire. Israël dit vouloir empêcher le Hezbollah de revenir au contact direct de la frontière et de menacer les localités du nord. Des sources médiatiques ont évoqué une présence pouvant atteindre jusqu’à dix kilomètres dans certains secteurs. Pour le Liban, cette présence constitue une occupation. Le président Joseph Aoun a demandé aux États-Unis de faire pression sur Israël pour arrêter les frappes, les bulldozages et les destructions. Cette demande reste au cœur de la position officielle libanaise.

L’armée libanaise prise entre Washington, Israël et le Hezbollah

L’armée libanaise se trouve donc dans une position difficile. Elle est appelée par Washington, par une partie de la communauté internationale et par l’exécutif libanais à reprendre le contrôle du Sud. Mais elle ne peut pas se déployer pleinement dans des zones où l’armée israélienne opère encore et où le Hezbollah conserve des capacités armées. Elle doit aussi éviter d’apparaître comme l’instrument d’un agenda extérieur. Cette prudence est encore renforcée par les sanctions américaines récentes contre des responsables sécuritaires libanais accusés d’avoir coopéré avec le Hezbollah.

Le débat intérieur est vif. Le député Hassan Fadlallah, figure du Hezbollah, a accusé Washington et Israël de vouloir instrumentaliser l’armée libanaise contre la Résistance. Le Premier ministre Nawaf Salam défend, lui, la logique d’un État seul détenteur de la décision de guerre et de paix. Le ministre des Affaires étrangères Youssef Raggi a, selon la presse libanaise, insisté sur la nécessité d’un cessez-le-feu durable, de la libération des terres libanaises et d’un pays libre de toute occupation étrangère et de toute organisation armée illégale. Ces formulations montrent que le front sud traverse toute la vie politique libanaise.

La FINUL sous pression croissante

La FINUL reste présente, mais son espace d’action se réduit. Depuis la reprise des hostilités du 2 mars, six casques bleus ont été tués et plusieurs autres blessés au Sud-Liban, selon la mission. Les patrouilles continuent, la coordination avec l’armée libanaise se poursuit, mais la force onusienne ne peut pas imposer seule le silence des armes. Elle surveille, signale, facilite parfois des contacts et rappelle la résolution 1701. Elle ne remplace ni un accord de retrait ni une décision politique sur les armes du Hezbollah.

Plus d’un million de déplacés, une crise durable

Le bilan des déplacés pèse désormais autant que le front. L’Organisation internationale pour les migrations indique que plus d’un million de personnes restent déplacées au Liban. Certaines estimations libanaises évoquent un volume supérieur, jusqu’à 1,6 million de personnes ayant fui ou été affectées par les ordres d’évacuation et les bombardements depuis le 2 mars. Les familles venues du Sud vivent chez des proches, dans des écoles, des bâtiments publics, des appartements loués ou des abris improvisés. Beaucoup ne sont pas dans des centres officiels, ce qui complique l’aide.

Les besoins dépassent l’urgence alimentaire. Les déplacés ont besoin de médicaments, de soins, de documents, de transports, d’école pour les enfants et de revenus de remplacement. Les agriculteurs de la bande frontalière perdent l’accès à leurs vergers, à leurs oliveraies et à leurs champs. Les commerces des villages fermés n’ont plus de clients. Les familles qui paient un loyer hors de leur village épuisent rapidement leurs économies. Une partie de cette population vit déjà les conséquences de la crise financière de 2019, puis des destructions de 2024. La guerre actuelle ajoute une nouvelle couche de précarité.

Le ministre des Finances Yassine Jaber a donné une mesure économique de la crise. Selon lui, l’économie libanaise pourrait se contracter d’au moins 7 % en 2026 à cause de la guerre. Les dommages sont évalués à 20 milliards de dollars. L’État a redirigé 50 millions de dollars de fonds publics vers l’aide aux déplacés, alors que les financements humanitaires restent inférieurs aux besoins. Sur les 300 millions de dollars demandés, environ 100 millions seulement avaient été reçus. Ce décalage se voit dans les écoles transformées en abris, les municipalités saturées et les services sociaux débordés.

Une crise locale prise dans un rapport de force régional

Le front sud reste enfin dépendant du contexte régional. Les discussions entre les États-Unis et l’Iran, les tensions autour de Gaza, les pressions israéliennes et les sanctions américaines contre des responsables libanais interagissent avec le terrain. Le Hezbollah n’est pas présent à la table formelle des discussions libano-israéliennes, mais il en conditionne l’issue par sa capacité militaire. Israël n’acceptera pas un retrait sans garanties. Beyrouth ne peut pas garantir seul le désarmement du Hezbollah sans risquer une crise interne majeure. Washington tente donc de convertir une trêve fragile en architecture sécuritaire, avant que le terrain ne la rende caduc.

Les prochains jours seront décisifs sur trois points concrets. Le premier sera le niveau des frappes autour de Tyr, Nabatiyé, Bint Jbeil et Marjayoun. Le deuxième sera l’intensité des attaques de drones du Hezbollah contre les unités israéliennes au Sud. Le troisième sera la capacité de l’armée libanaise à participer aux discussions de Washington sans être accusée de prendre parti dans une confrontation interne. À Deir Qanoun al-Nahr, les familles enterrées cette semaine donnent déjà au débat une réalité que les communiqués diplomatiques ne peuvent plus contourner.

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