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Ben Gvir propose d’arrêter les femmes et les jeunes de familles liées au Hezbollah

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Une déclaration rapportée par la presse israélienne relance la question de la punition collective dans la guerre menée contre le Liban

Itamar Ben Gvir franchit un nouveau seuil dans la rhétorique de guerre israélienne contre le Liban. Selon le Jerusalem Post, le ministre israélien de la Sécurité nationale a proposé, lors d’une réunion du cabinet politico-sécuritaire, d’arrêter des membres des familles de combattants ou d’opérateurs du Hezbollah, notamment des femmes et des jeunes, puis de les envoyer dans des prisons israéliennes réservées aux détenus sécuritaires.

La déclaration, si elle est confirmée dans sa totalité, ne relève plus seulement de la surenchère politique. Elle pose une question juridique centrale : un État peut-il arrêter des civils, non pas pour des actes qu’ils auraient personnellement commis, mais pour exercer une pression sur une organisation armée ? En droit international humanitaire, la réponse est clairement non.

Une proposition visant l’environnement familial

D’après le quotidien israélien, la discussion portait sur le front libanais et sur l’éventualité d’un élargissement des opérations militaires. C’est dans ce contexte que Ben Gvir aurait appelé les responsables israéliens à « penser autrement » face au Hezbollah. Il aurait évoqué la conquête de territoires, l’élimination de combattants, mais aussi l’arrestation de « leurs femmes et leurs jeunes », afin de les envoyer dans des « prisons pour terroristes ».

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La formulation est importante. Il ne s’agit pas, dans les éléments disponibles à ce stade, d’un appel à arrêter indistinctement des femmes et des enfants libanais. La proposition vise les familles de membres du Hezbollah. Mais cette nuance ne règle pas le problème. Elle le déplace seulement. Car arrêter une épouse, un fils, une fille, un proche, en raison du lien familial avec une personne soupçonnée d’appartenir à une organisation armée, reviendrait à faire de la famille un instrument de pression.

C’est précisément ce que le droit de la guerre cherche à empêcher.

Le glissement vers la punition collective

Dans toute guerre, la distinction entre combattants et civils constitue l’un des principes fondamentaux du droit international humanitaire. Une personne civile ne peut pas être punie pour une infraction qu’elle n’a pas commise personnellement. Elle ne peut pas davantage être utilisée comme moyen de pression contre un tiers.

La proposition attribuée à Ben Gvir s’inscrit donc dans une logique de punition collective. Elle revient à considérer que l’environnement familial d’un membre du Hezbollah devient une cible légitime, non en raison d’un acte direct, mais en raison d’un lien de parenté. C’est une logique dangereuse, parce qu’elle détruit la frontière entre responsabilité individuelle et appartenance familiale.

Ce n’est pas un détail technique. C’est le cœur du problème. Lorsqu’un pouvoir politique propose d’arrêter des civils pour « faire mal » à leurs proches, il ne parle plus seulement de sécurité. Il parle de contrainte exercée sur des innocents présumés pour obtenir un effet sur un adversaire.

Une méthode incompatible avec les conventions internationales

La IVe Convention de Genève interdit les punitions collectives, les mesures d’intimidation et la prise d’otages. Ces principes ne sont pas décoratifs. Ils ont été établis précisément pour empêcher qu’une armée ou un gouvernement ne transforme les populations civiles en monnaie d’échange.

Dans le cas évoqué par le Jerusalem Post, l’intention rapportée est explicite : atteindre des membres du Hezbollah en arrêtant leurs proches. Si une telle mesure devait être mise en œuvre, elle pourrait être qualifiée de détention arbitraire, de punition collective, voire de prise d’otages, selon les circonstances concrètes, le statut des personnes arrêtées et l’objectif poursuivi.

La gravité tient donc moins à la brutalité verbale de Ben Gvir qu’à la logique politique qu’elle révèle. Il ne s’agit pas seulement de frapper des positions militaires, de cibler des combattants ou de mener des opérations contre des infrastructures. Il s’agit d’élargir la pression à la sphère familiale.

Le Liban face à une doctrine d’intimidation

Pour le Liban, cette déclaration intervient dans un contexte déjà lourd. Les frappes israéliennes se poursuivent, les ordres d’évacuation se multiplient et la population civile du Sud-Liban vit sous la menace constante d’un élargissement du conflit. Dans ce climat, l’idée d’arrêter des proches de membres présumés du Hezbollah ajoute une dimension supplémentaire : celle d’une guerre psychologique visant les familles.

Le message envoyé est clair. Il ne s’agit plus seulement de combattre une organisation armée. Il s’agit de faire comprendre que l’entourage familial pourrait, lui aussi, payer le prix de l’affrontement. Une telle doctrine, si elle devait être assumée officiellement, ferait peser une menace directe sur des civils libanais dont la seule « faute » serait d’être parents, conjoints ou enfants d’une personne liée au Hezbollah.

C’est précisément ce type de confusion qui transforme une guerre en système d’intimidation collective.

Une déclaration qui embarrasse aussi Israël

Ben Gvir n’est pas un ministre marginal. Il dirige le ministère israélien de la Sécurité nationale et dispose d’un poids politique réel dans la coalition gouvernementale. Ses déclarations ne peuvent donc pas être traitées comme de simples provocations de plateau télévisé. Elles expriment une ligne politique, ou du moins une pression idéologique exercée au sein du pouvoir israélien.

Rien n’indique, à ce stade, que cette proposition ait été adoptée comme politique officielle par le gouvernement israélien. C’est une distinction essentielle. Mais le fait même qu’elle puisse être formulée dans un cadre de cabinet politico-sécuritaire montre le degré de radicalisation du débat interne israélien sur le Liban.

Elle montre aussi le danger d’une escalade où chaque nouveau seuil franchi rend le suivant plus acceptable.

Un test pour les alliés d’Israël

Cette affaire place également les partenaires occidentaux d’Israël devant une contradiction. Les mêmes capitales qui invoquent régulièrement le droit international humanitaire à Gaza, en Ukraine ou ailleurs ne peuvent pas ignorer une proposition consistant à arrêter des civils pour faire pression sur un groupe armé.

Si le droit international a un sens, il doit s’appliquer aussi lorsque les civils concernés sont libanais. Il ne peut pas être invoqué selon la géographie, l’alliance du moment ou l’identité des victimes.

Le silence, dans ce type de situation, n’est jamais neutre. Il est compris comme une permission.

Une ligne rouge politique et juridique

À ce stade, l’information doit être formulée avec précision. Ben Gvir n’a pas appelé, selon les éléments disponibles, à arrêter toutes les femmes et tous les enfants libanais. Il aurait proposé d’arrêter des femmes et des jeunes appartenant à l’environnement familial de membres du Hezbollah. Mais cette précision ne rend pas la proposition moins grave. Elle confirme au contraire qu’il s’agirait d’une mesure ciblant des personnes en fonction de leur lien familial, et non de leur responsabilité individuelle.

C’est là que se situe la ligne rouge.

Dans une guerre déjà marquée par les frappes, les déplacements forcés, les destructions et l’effondrement de toute perspective diplomatique réelle, cette déclaration ajoute un élément supplémentaire à l’escalade : la tentation de transformer les familles en otages politiques.

Le Liban a le devoir de documenter ces propos, de les porter devant les instances internationales et d’exiger des clarifications officielles. Car si une telle doctrine devait être appliquée, elle ne serait pas seulement une menace contre le Hezbollah. Elle serait une menace contre le principe même de protection des civils.

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Newsdesk Libnanews
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