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Hezbollah : Aoun fixe les conditions du désarmement

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Joseph Aoun a placé le désarmement du Hezbollah au centre de son discours à l’ambassade du Liban à Washington, en affirmant que cet objectif restait possible mais qu’il exigeait plusieurs conditions politiques, militaires et économiques. Le président libanais a défendu une méthode fondée sur trois étapes : la fin de l’occupation israélienne du territoire libanais, le transfert complet du contrôle opérationnel à l’armée et la réintégration des membres du mouvement dans une économie encadrée par l’État. Il a ainsi refusé de présenter le dossier comme une simple opération de confiscation d’armes. Selon lui, le Hezbollah est composé de citoyens libanais façonnés pendant quarante ans par un investissement idéologique, social et militaire. Cette réalité ne diminue pas l’urgence du monopole de l’État sur les armes, mais elle rend la méthode déterminante pour éviter une nouvelle confrontation interne.

« Un État, une armée » au cœur du projet d’Aoun

Depuis son arrivée à la présidence, Joseph Aoun affirme poursuivre un objectif unique : un seul État, une seule armée et la fin de tous les groupes armés opérant en dehors de l’autorité publique. À Washington, il a présenté l’armée libanaise comme l’institution capable de porter cette transition. Il a insisté sur son caractère national, en rappelant qu’elle ne dépend d’aucune communauté, d’aucun parti et d’aucune faction. Ce choix vise à répondre à l’un des principaux obstacles du dossier. Le désarmement du Hezbollah ne peut pas être confié à une force perçue comme hostile à la communauté chiite. Le président cherche donc à placer l’armée au-dessus des divisions politiques, tout en demandant aux États-Unis un soutien immédiat et sans condition pour renforcer ses capacités.

La première condition posée par Joseph Aoun concerne le retrait israélien. Le chef de l’État estime que l’occupation de territoires libanais reste la principale justification avancée par le Hezbollah pour conserver son arsenal. Tant que des forces israéliennes contrôlent des localités, des hauteurs ou des axes au Liban-Sud, le mouvement peut présenter ses armes comme un instrument de résistance. Le président ne reprend pas pour autant la totalité du discours du Hezbollah. Il affirme que la décision de guerre et de paix doit appartenir exclusivement à l’État. Mais il considère qu’un désarmement durable ne peut pas être obtenu si Israël maintient une présence militaire ou poursuit des frappes sur le territoire libanais. La séquence défendue à Washington associe donc retrait israélien et extension de l’autorité libanaise, plutôt que de traiter les deux dossiers séparément.

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Le retrait israélien comme première condition

Cette condition prend une importance particulière au moment où les premières zones pilotes sont mises en œuvre dans le sud du Liban. Le mécanisme prévoit un retrait israélien progressif, suivi du déploiement de l’armée libanaise dans les secteurs évacués. Fron, Srifa et Zoutr el-Gharbiyé ont été choisies pour tester cette séquence. Or les tirs israéliens signalés à proximité d’unités libanaises pendant leur déploiement à Zoutr el-Gharbiyé ont immédiatement révélé la fragilité du dispositif. Pour Joseph Aoun, cet incident illustre précisément le problème : l’armée ne peut pas exercer un contrôle exclusif si elle reste exposée à une force étrangère capable d’intervenir dans la zone. Le retrait doit donc être réel, vérifiable et accompagné d’un arrêt des tirs, faute de quoi le processus de désarmement perdrait sa crédibilité auprès d’une partie de la population.

La deuxième condition concerne les moyens de l’armée libanaise. Joseph Aoun ne demande pas seulement un soutien politique. Il réclame des ressources permettant aux forces armées de contrôler les frontières, sécuriser les villages, démanteler les infrastructures militaires non étatiques et empêcher la reconstitution de dépôts clandestins. Cette mission exige des soldats supplémentaires, des véhicules, du matériel de communication, des équipements de déminage et des capacités de surveillance. Elle suppose aussi des salaires réguliers et des moyens logistiques dans un pays dont les institutions ont été affaiblies par la crise financière. Le président a donc présenté le soutien à l’armée comme une condition préalable à toute opération sérieuse. Sans institution capable d’occuper durablement le terrain, le désarmement risquerait de créer un vide sécuritaire ou de déplacer les armes vers d’autres régions.

Une stratégie de désarmement et de réintégration

Joseph Aoun a ensuite introduit une troisième condition, plus rarement évoquée dans le débat libanais : la réintégration. Il a cité les expériences des Forces armées révolutionnaires de Colombie et de l’Armée républicaine irlandaise pour défendre une approche de désarmement, démobilisation et réintégration. Dans cette logique, les combattants ne remettent pas seulement leurs armes. Ils quittent une structure militaire, retrouvent une place dans la société et accèdent à des perspectives économiques. Le président estime qu’un programme de reconstruction administré par l’État doit créer de véritables emplois et réduire la dépendance aux réseaux partisans. Son raisonnement repose sur un constat : le Hezbollah ne constitue pas uniquement une organisation armée. Il dispose aussi de structures sociales, de services, d’institutions médicales, d’écoles, de réseaux d’aide et d’une base économique dans plusieurs régions.

La comparaison avec la Colombie et l’Irlande du Nord donne une profondeur internationale au projet présidentiel, mais elle doit être maniée avec prudence. Les FARC ont signé en 2016 un accord de paix après plusieurs années de négociations avec le gouvernement colombien, sous médiation internationale. L’IRA a progressivement abandonné la lutte armée dans le cadre du processus ayant conduit à l’accord du Vendredi saint en 1998, puis au démantèlement vérifié de son arsenal. Dans les deux cas, le désarmement a reposé sur des garanties politiques, une représentation institutionnelle, une vérification extérieure et des programmes de réintégration. Le Liban présente toutefois une configuration différente. Le Hezbollah possède des élus, des ministres, un réseau social établi et une relation stratégique avec l’Iran. Il agit aussi dans un pays soumis à des attaques israéliennes et à une crise économique profonde.

Une rupture avec les formules générales du passé

Le choix du modèle de désarmement, démobilisation et réintégration marque néanmoins une rupture dans le discours officiel libanais. Pendant longtemps, la question des armes du Hezbollah a été abordée à travers des formules générales sur la stratégie de défense nationale ou le dialogue interne. Joseph Aoun propose désormais une méthode structurée, avec une séquence et des objectifs identifiables. Il ne parle pas d’une opération militaire soudaine ni d’un ultimatum. Il envisage un processus qui transforme progressivement un groupe armé en composante politique et sociale dépourvue de capacité militaire autonome. Cette approche cherche à éviter une guerre civile, mais elle exige l’accord du Hezbollah. Elle suppose aussi que les institutions libanaises puissent offrir des garanties crédibles et que les partenaires étrangers respectent les étapes annoncées.

Le principal obstacle reste la position du Hezbollah lui-même. Le mouvement a régulièrement affirmé que ses armes resteraient nécessaires tant qu’Israël occuperait des territoires libanais, violerait l’espace aérien ou menacerait le pays. Il considère aussi son arsenal comme un élément de dissuasion régionale et comme une composante de son alliance avec l’Iran. Un retrait israélien pourrait affaiblir l’un de ses arguments, sans résoudre l’ensemble de la question. Le parti devra décider s’il accepte de transformer son rôle militaire, de remettre ses armes lourdes et de placer ses combattants sous un cadre étatique. Il devra également convaincre sa base que cette évolution ne signifie ni capitulation ni abandon de la communauté chiite. Aucune réaction officielle détaillée à la méthode présentée par Joseph Aoun n’avait encore été rendue publique dans les premières heures suivant le discours.

La reconstruction confiée exclusivement à l’État

La réussite du projet dépendra aussi de la reconstruction. Le président lie explicitement la réintégration à un programme géré uniquement par l’État. Cette précision vise à empêcher que la reconstruction du Sud ne renforce de nouveau les réseaux parallèles. Après les guerres précédentes, le Hezbollah avait souvent occupé une place centrale dans l’indemnisation, la réparation des logements et l’assistance aux familles. Cette capacité avait consolidé sa légitimité locale et sa dépendance financière à l’Iran. Joseph Aoun veut inverser cette logique. L’État devrait devenir le principal interlocuteur des habitants, répartir les aides, restaurer les services et créer des emplois. Pour y parvenir, il devra obtenir des financements internationaux considérables et démontrer une transparence suffisante pour convaincre les bailleurs.

Cette ambition se heurte à la faiblesse historique de l’administration libanaise. Les institutions souffrent du manque de moyens, de la corruption, des divisions politiques et de la lenteur des procédures. Un programme de reconstruction exclusivement public ne pourra réussir que si l’État améliore rapidement sa capacité d’exécution. Il devra recenser les dégâts, indemniser les familles, réparer les infrastructures et soutenir l’économie locale sans discrimination politique. L’exemple colombien montre que la baisse de la violence ne produit pas automatiquement une amélioration économique lorsque l’État ne remplace pas les structures armées dans les régions concernées. Joseph Aoun semble intégrer cette leçon en plaçant la reconstruction et les opportunités professionnelles au cœur de la réintégration. Le défi sera de transformer ce principe en mécanismes financés, contrôlés et accessibles aux populations.

Le contrôle des frontières, condition d’un résultat durable

La question des frontières forme un autre volet essentiel. Le président a rappelé que l’État devait exercer son autorité sur l’ensemble du territoire et contrôler seul ses frontières. Le Hezbollah a longtemps bénéficié de voies d’approvisionnement passant par la Syrie, avec le soutien de l’Iran et de réseaux liés à l’ancien pouvoir de Damas. Les changements politiques en Syrie ont modifié ces circuits, sans les supprimer entièrement. Pour rendre le désarmement durable, l’armée libanaise devra empêcher l’arrivée de nouvelles armes et surveiller les passages officiels comme les routes clandestines. Cette mission exige une coopération avec les autorités syriennes et des moyens techniques importants. Elle touche aussi aux trafics de drogue, de carburant et de personnes, qui utilisent parfois les mêmes réseaux logistiques que les armes.

Le discours de Washington vise enfin à fixer la responsabilité des partenaires internationaux. Joseph Aoun ne demande pas seulement au Hezbollah de changer. Il demande à Israël de se retirer, aux États-Unis de soutenir l’armée et aux bailleurs de financer la reconstruction. Son projet repose sur une réciprocité : l’État libanais applique le monopole des armes, tandis que les acteurs extérieurs suppriment les conditions qui alimentent la logique militaire parallèle. Cette approche permet au président de présenter le désarmement comme un projet national plutôt que comme une exigence américaine ou israélienne. Elle comporte toutefois un risque. Si Israël retarde son retrait, si les financements n’arrivent pas ou si l’armée manque de moyens, le Hezbollah pourra affirmer que les conditions annoncées ne sont pas réunies et conserver son arsenal.

Le monopole de la guerre et de la paix

La référence au monopole de la décision de guerre et de paix constitue le point politique le plus ferme du discours. Joseph Aoun affirme que l’État doit être le seul acteur capable d’engager le pays dans un conflit. Cette position vise directement les décisions militaires prises par le Hezbollah sans autorisation gouvernementale. Elle répond aussi à une demande ancienne d’une partie importante de la société libanaise, qui refuse que le pays soit entraîné dans des guerres régionales. Le président cherche cependant à appliquer ce principe par une transition négociée. Il ne propose pas une confrontation entre l’armée et le mouvement. Il veut créer un rapport de forces institutionnel dans lequel le retrait israélien, l’aide internationale et la reconstruction rendent le maintien des armes moins défendable.

La mise en œuvre exigera également un cadre juridique libanais. La remise des armes, le statut des anciens combattants, les éventuelles amnisties et l’intégration de certains personnels dans des institutions publiques ne peuvent pas reposer sur des arrangements informels. Le Parlement et le gouvernement devront définir des règles applicables à tous les groupes armés, afin d’éviter que le processus apparaisse dirigé contre une seule communauté. Un mécanisme de contrôle devra vérifier la destruction ou le transfert des arsenaux, tandis que la justice devra distinguer les crimes individuels des actes couverts par un accord politique. Cette dimension reste absente du discours présidentiel. Elle deviendra pourtant centrale dès que les principes devront être transformés en décisions, en budgets et en obligations vérifiables.

À Washington, Joseph Aoun a donc présenté plus qu’une promesse de désarmement. Il a exposé une architecture politique fondée sur le retrait israélien, la montée en puissance de l’armée, la fermeture des circuits d’approvisionnement et la réintégration économique. Cette méthode offre un cadre plus précis que les précédents appels au dialogue, mais elle ne règle pas encore les questions opérationnelles. Aucun calendrier public n’a été annoncé pour la remise des armes, l’intégration éventuelle des combattants ou le démantèlement des structures militaires. Aucun mécanisme indépendant de vérification n’a été détaillé. La prochaine étape dépendra des réponses obtenues de Washington, du rythme du retrait israélien, des moyens accordés à l’armée et de la position du Hezbollah face à un projet qui touche directement son statut militaire.

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Newsdesk Libnanews
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