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Riad Salamé : l’audience reportée

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Le report de l’audience prévue mercredi dans le dossier Riad Salamé ajoute un nouvel épisode à l’un des feuilletons judiciaires les plus sensibles du Liban contemporain. L’ancien gouverneur de la Banque du Liban devait être entendu dans le volet Forry Associates, au cœur d’accusations portant sur plus de 300 millions de dollars prétendument détournés de la banque centrale. Une source judiciaire citée par une agence de presse a indiqué que l’audience avait été repoussée en raison d’une action intentée par Salamé contre la juge chargée du dossier.

Cette décision procédurale ne ferme pas le dossier. Elle le ralentit. Elle intervient alors que l’ancien gouverneur, arrêté en 2024 puis remis en liberté sous caution en 2025, fait toujours face à plusieurs procédures au Liban et à l’étranger. Les accusations portent notamment sur détournement de fonds publics, blanchiment, enrichissement illicite et fraude fiscale présumée. Riad Salamé conteste l’ensemble des accusations et affirme depuis des années que sa fortune provient de revenus personnels, d’investissements privés et de son parcours antérieur dans la banque d’affaires.

L’affaire dépasse donc le cas d’un ancien haut fonctionnaire. Elle touche à la faillite de confiance qui a suivi l’effondrement financier de 2019. Elle interroge le fonctionnement de la Banque du Liban, le rôle des banques commerciales, la responsabilité des intermédiaires financiers, la coopération avec les magistrats européens et la capacité de la justice libanaise à traiter un dossier où l’argent, le pouvoir et la politique se croisent depuis plus de deux décennies.

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Riad Salamé : ce qui a été reporté

L’audience de mercredi concernait le transfert présumé de 330 millions de dollars de la Banque du Liban vers Forry Associates Ltd, une société enregistrée aux îles Vierges britanniques. Cette société se trouve au centre d’un dossier ouvert depuis plusieurs années par des enquêteurs libanais et européens. Les magistrats cherchent à établir si ces fonds correspondaient à de véritables commissions de courtage, ou s’ils ont servi à extraire de l’argent de la banque centrale au profit d’un cercle lié à l’ancien gouverneur.

Le report a été motivé par une procédure engagée contre la juge qui préside l’instruction. Ce type de recours n’est pas exceptionnel dans les dossiers complexes. Il peut répondre à une contestation de compétence, à une demande de dessaisissement, ou à une accusation de partialité. Mais dans une affaire aussi sensible, chaque report alimente une impression de blocage. Les audiences s’espacent, les recours se multiplient et l’opinion publique voit le temps judiciaire s’étirer sans jugement définitif.

La défense de Riad Salamé dispose du droit de contester les procédures. Ce droit fait partie du procès équitable. Mais la justice doit aussi garantir que les recours ne deviennent pas une mécanique d’enlisement. Le dossier Forry a déjà connu plusieurs interruptions, suspensions et renvois. Cette lenteur pose une question simple : le système judiciaire libanais peut-il instruire efficacement une affaire financière transnationale, avec sociétés offshore, comptes bancaires étrangers, expertises comptables et personnes politiquement exposées ?

Le report est d’autant plus important qu’il intervient dans une phase où la Banque du Liban tente de se constituer partie active dans la récupération des fonds. Depuis l’arrivée de Karim Souaid à sa tête, l’institution affirme vouloir poursuivre les anciens responsables, intermédiaires et structures qui auraient participé à la sortie illégale de fonds publics. La justice ne traite donc plus seulement une plainte pénale. Elle devient aussi le terrain d’une possible restitution au bénéfice des déposants et de la liquidité de la banque centrale.

Forry Associates, le cœur du dossier

Forry Associates est le nom qui revient le plus souvent dans les enquêtes internationales visant Riad Salamé et son entourage. La société, enregistrée dans une juridiction offshore, aurait reçu des commissions sur des opérations liées à des instruments financiers de la Banque du Liban. Selon les éléments avancés par des enquêteurs et des audits, ces versements auraient atteint environ 330 millions de dollars, principalement entre 2002 et 2015.

Le mécanisme allégué est le suivant. La Banque du Liban émettait ou négociait des produits financiers. Forry aurait été présentée comme un intermédiaire ou un agent chargé d’introduire ces produits auprès d’établissements financiers. En contrepartie, la société aurait reçu des commissions. Les enquêteurs cherchent à savoir si cette fonction économique était réelle, si le contrat était régulier, si les services ont été effectivement fournis et si les bénéficiaires finaux des fonds étaient correctement déclarés.

Le point central concerne la propriété et le contrôle de Forry. Des procédures étrangères et des documents de sanctions ont relié la société à Raja Salamé, frère de l’ancien gouverneur. Les deux frères démentent toute faute. Pour les enquêteurs, l’enjeu n’est pas seulement de savoir qui détenait officiellement la structure, mais qui en profitait réellement. Dans ce type de dossier, la notion de bénéficiaire économique devient décisive. Une société peut avoir un actionnaire formel, tout en servant les intérêts d’un réseau plus large.

Le dossier Forry pose aussi une question de gouvernance. Si une société liée à l’entourage du gouverneur a reçu des commissions sur des opérations de la banque centrale, il faut établir qui a autorisé le dispositif, qui l’a contrôlé et qui pouvait le stopper. La Banque du Liban n’est pas une entreprise privée. Elle gère des intérêts publics, une monnaie, des réserves, des comptes de l’État et une relation centrale avec les banques commerciales. Les conflits d’intérêts y sont donc particulièrement graves.

Ce que conteste l’ancien gouverneur

Riad Salamé nie toute malversation. Depuis les premières accusations, il soutient que les opérations contestées étaient connues, documentées et approuvées dans le cadre normal de la Banque du Liban. Il affirme aussi que sa richesse ne provient pas de détournements, mais de son patrimoine personnel, de ses investissements et de sa carrière antérieure. Cette ligne de défense vise à séparer deux choses : la gestion controversée de la banque centrale et l’enrichissement personnel allégué.

La présomption d’innocence reste donc essentielle. Les accusations sont graves, mais elles doivent être prouvées devant une juridiction compétente. Un rapport, une sanction étrangère ou une enquête européenne ne remplacent pas un jugement. Le problème libanais tient justement à ce décalage. Le dossier semble déjà jugé par une partie de l’opinion, tandis que les procédures avancent lentement. Cette tension peut nuire à la qualité du débat public comme à la solidité du dossier judiciaire.

La défense pourrait aussi soutenir que la Banque du Liban a bénéficié de ses opérations financières pendant des années, que les mécanismes étaient validés par des organes internes et que les autorités politiques connaissaient le fonctionnement de l’institution. Cette ligne ne supprime pas les questions pénales. Elle les élargit. Si les opérations étaient visibles, pourquoi n’ont-elles pas été arrêtées plus tôt ? Si elles étaient irrégulières, qui avait le pouvoir de les détecter ? Si elles étaient régulières, pourquoi sont-elles aujourd’hui décrites comme un détournement ?

Ces questions expliquent pourquoi l’affaire ne peut pas être réduite à un face-à-face entre un accusé et un juge. Elle implique des années de gouvernance monétaire, des circuits de décision, des banques correspondantes, des sociétés de conseil, des avocats, des membres d’organes de contrôle et des autorités politiques successives. Le nom de Riad Salamé domine le dossier, mais l’architecture qui a permis ces opérations dépasse une seule personne.

Trois décennies à la tête de la Banque du Liban

Riad Salamé a dirigé la Banque du Liban pendant trente ans, de 1993 à 2023. Son long mandat couvre presque toute la période de reconstruction financière de l’après-guerre, la fixation de la livre libanaise autour de 1 507,5 livres pour un dollar, l’expansion du secteur bancaire, les années de dette publique croissante et l’effondrement de 2019. Peu de responsables ont concentré autant de pouvoir économique au Liban.

Pendant longtemps, il a bénéficié d’une image de stabilisateur. Les gouvernements successifs s’appuyaient sur la banque centrale pour maintenir la parité, attirer les dépôts, financer l’État et préserver une apparence de normalité monétaire. Cette image s’est fissurée lorsque les banques ont restreint l’accès aux dépôts, lorsque la livre a perdu l’essentiel de sa valeur et lorsque la population a compris que la stabilité affichée reposait sur des déséquilibres profonds.

La responsabilité de l’effondrement ne se limite pas à la Banque du Liban. Elle implique l’État, les gouvernements, les banques commerciales, les choix budgétaires, les déficits, la dette, le financement de l’électricité, la corruption et l’absence de réformes. Mais Salamé reste l’un des symboles les plus visibles du système. Sa chute judiciaire est donc lue par beaucoup comme un test de reddition des comptes après la plus grande crise financière de l’histoire moderne du pays.

Cette dimension symbolique peut être utile, car elle maintient la pression publique. Elle peut aussi devenir dangereuse. Si tout est personnalisé autour de l’ancien gouverneur, le pays risque d’oublier les responsabilités collectives. Une condamnation éventuelle ne suffirait pas à réparer les pertes des déposants. Un acquittement éventuel ne blanchirait pas la gouvernance financière qui a précédé la crise. Le dossier pénal est central, mais il ne remplace pas l’examen complet du système.

Les procédures européennes changent l’échelle

L’affaire Salamé a pris une dimension internationale lorsque des magistrats européens ont ouvert des enquêtes sur les fonds supposément détournés, puis investis ou blanchis à l’étranger. La France, l’Allemagne, le Luxembourg, la Suisse et d’autres juridictions ont examiné des transferts, des comptes, des biens immobiliers et des structures offshore. Cette coopération a déplacé le dossier hors du seul cadre libanais.

En mai 2023, une juge française a émis un mandat d’arrêt international contre Riad Salamé après son absence à une convocation judiciaire à Paris. Interpol a ensuite diffusé une notice rouge. Ces mécanismes n’ont pas conduit à son arrestation à l’étranger, car l’ancien gouverneur se trouvait au Liban et les autorités libanaises n’extradent pas facilement leurs ressortissants. Mais ils ont marqué un tournant. Le dossier n’était plus seulement libanais. Il exposait l’ancien gouverneur à une pression judiciaire internationale durable.

Les procédures européennes visent aussi son frère Raja et plusieurs proches. Les enquêteurs cherchent à déterminer si des fonds issus de Forry ont transité par des banques européennes avant d’être investis dans des biens immobiliers, des sociétés ou des actifs financiers. Dans ce cadre, la traçabilité bancaire devient essentielle. Les virements, les bénéficiaires effectifs, les justificatifs de revenus, les achats immobiliers et les déclarations fiscales forment la matière première des dossiers.

Cette dimension européenne a un effet paradoxal sur la justice libanaise. Elle lui fournit des informations, mais elle révèle aussi ses faiblesses. Sans coopération étrangère, une partie des actifs resterait difficile à identifier. Mais si les principales avancées viennent de Paris, de Luxembourg ou de Berne, la justice libanaise apparaît en retrait sur un dossier qui concerne d’abord l’argent public libanais. La crédibilité nationale dépend donc de la capacité à utiliser ces éléments sans se contenter de les attendre.

HSBC, un nouveau front dans l’affaire

Le dossier a encore changé d’échelle avec la mise en cause de la filiale suisse de HSBC dans l’enquête française sur les avoirs libanais mal acquis. La banque est soupçonnée par la justice française d’avoir facilité des opérations de blanchiment organisées liées aux fonds attribués au système Forry. Cette mise en examen, confirmée au printemps, ne constitue pas une condamnation. Elle signifie que les juges estiment disposer d’indices suffisants pour poursuivre l’instruction contre l’établissement.

Cette étape est importante pour deux raisons. D’abord, elle déplace la responsabilité potentielle vers les intermédiaires financiers internationaux. Si des centaines de millions de dollars ont quitté la Banque du Liban, ils ont nécessairement traversé des banques, des gestionnaires de fortune, des avocats, des notaires ou des sociétés de domiciliation. Le blanchiment moderne ne fonctionne pas dans le vide. Il utilise des institutions qui doivent vérifier l’origine des fonds et la cohérence économique des opérations.

Ensuite, elle ouvre une possible voie de récupération. Si une banque étrangère est reconnue comme ayant manqué à ses obligations, les victimes ou les parties civiles peuvent chercher des réparations. Pour le Liban, l’enjeu est majeur. Les sommes en cause restent modestes face aux pertes globales de la crise bancaire, mais elles ont une valeur politique forte. Chaque dollar récupéré serait présenté comme une preuve que l’impunité financière peut être combattue, y compris hors du territoire libanais.

Le risque est toutefois de surestimer cette piste. Les procédures contre les banques internationales sont longues, techniques et incertaines. Elles exigent des expertises, des années d’instruction et souvent des batailles de compétence. Le Liban ne peut pas bâtir une politique de restitution uniquement sur les tribunaux européens. Il doit aussi renforcer ses propres dossiers, documenter ses préjudices et s’assurer que les fonds éventuellement récupérés iront réellement aux déposants ou à l’intérêt public.

La Banque du Liban passe à l’offensive

La nouveauté de 2026 tient au rôle plus offensif de la Banque du Liban sous Karim Souaid. L’institution affirme vouloir récupérer les fonds qui auraient été détournés ou mal utilisés par d’anciens responsables, des banquiers, des avocats ou des sociétés offshore. Elle a annoncé une plainte visant des opérations de sociétés-écrans, ainsi que sa volonté de devenir partie principale dans le dossier Forry Associates.

Une audience distincte est prévue le 30 juillet autour d’une plainte liée à Karim Souaid et à la direction actuelle de la Banque du Liban. Riad Salamé a déjà été entendu à son domicile par la procureure générale près la Cour de cassation dans ce volet séparé. Cette séquence montre que les procédures ne se limitent plus au dossier Forry. Elles s’étendent à d’autres comptes, d’autres mécanismes et d’autres soupçons de mauvaise utilisation de fonds de la banque centrale.

Cette offensive judiciaire a une portée institutionnelle. La Banque du Liban était longtemps perçue comme un acteur opaque, réticent à coopérer pleinement avec certaines enquêtes. Le changement de ton vise à restaurer une crédibilité minimale. Il cherche aussi à montrer aux déposants que l’institution ne protège plus automatiquement son ancienne direction. Mais l’annonce ne suffira pas. Il faudra des plaintes solides, des preuves exploitables, des demandes de saisie et une stratégie de restitution.

Le danger serait que la Banque du Liban utilise la justice pour afficher une rupture sans traiter ses propres responsabilités structurelles. Les pertes accumulées ne viennent pas seulement d’affaires pénales présumées. Elles viennent aussi de politiques monétaires, de financements de l’État, de taux d’intérêt élevés, d’opérations dites d’ingénierie financière et d’un modèle bancaire entier construit sur l’entrée permanente de nouveaux dépôts. La récupération d’actifs ne peut pas remplacer la restructuration bancaire.

Pourquoi les reports inquiètent

Le report de l’audience de mercredi peut sembler technique. Il ne l’est pas. Dans un dossier comme celui de Riad Salamé, la temporalité est un enjeu judiciaire et politique. Plus la procédure dure, plus les preuves deviennent difficiles à exploiter, plus les témoins se contredisent, plus les actifs se déplacent et plus l’opinion se fatigue. Le temps protège parfois les dossiers faibles. Il peut aussi détruire les dossiers forts.

Les recours contre les juges, les demandes de dessaisissement, les exceptions de procédure et les conflits de compétence sont des outils légaux. Leur usage massif dans des affaires sensibles crée pourtant une difficulté démocratique. Le citoyen ordinaire voit un ancien responsable très puissant bénéficier d’un temps judiciaire que peu d’accusés peuvent obtenir. Cette perception n’est pas toujours juridiquement exacte. Mais elle nourrit un sentiment d’injustice.

Le Liban a déjà connu de nombreux dossiers financiers, politiques ou sécuritaires ralentis par les mêmes mécanismes : recours successifs, absences, transferts de compétence, pressions institutionnelles, grèves, changements de magistrats, blocages administratifs. Le dossier Salamé devient donc un symbole plus large. Il dira si la justice peut dépasser ces obstacles quand l’accusé appartient au sommet de l’ancien système financier.

La critique ne vise pas à supprimer les droits de la défense. Elle vise à rappeler que ces droits doivent coexister avec le droit de la société à un jugement dans un délai raisonnable. Dans une crise où les déposants ont perdu l’accès à leurs économies, où les salaires ont été pulvérisés et où l’État cherche encore une stratégie de restructuration, la lenteur judiciaire a un coût social. Elle donne l’impression que la reddition des comptes reste une promesse différée.

Ce que l’enquête doit encore établir

Le cœur judiciaire reste la preuve. Il faut établir la réalité des transferts, leur base contractuelle, leurs bénéficiaires, leur justification économique et leur éventuelle qualification pénale. Les montants ne suffisent pas. Un transfert important peut être légal. Un transfert plus faible peut être criminel. Les magistrats doivent donc reconstruire la chaîne complète : décision, autorisation, paiement, réception, redistribution et usage final.

Il faudra aussi déterminer le rôle exact de chaque acteur. Riad Salamé est l’accusé principal dans l’espace public. Raja Salamé, Forry Associates, certains intermédiaires bancaires, des avocats, des gestionnaires et d’autres proches apparaissent dans différentes procédures. Mais la justice doit préciser qui a ordonné, qui a exécuté, qui savait, qui a profité et qui a couvert. Sans cette hiérarchie des responsabilités, le procès pourrait produire beaucoup de bruit et peu de clarté.

La coopération internationale sera déterminante. Les biens immobiliers, les comptes et les sociétés se trouvent dans plusieurs pays. Les autorités libanaises doivent obtenir des documents bancaires, des actes de propriété, des informations fiscales, des procès-verbaux étrangers et des décisions de gel. Cette coopération exige une justice crédible et techniquement préparée. Les partenaires étrangers ne transmettent pas toujours facilement des données sensibles si les garanties d’usage et de confidentialité sont faibles.

Le volet politique, lui, restera en arrière-plan. Le dossier touche une période où la Banque du Liban travaillait au cœur du pouvoir libanais. Les gouvernements empruntaient, les banques plaçaient, les autorités validaient, les responsables se félicitaient de la stabilité. L’enquête pénale ne pourra pas juger toute une époque. Elle peut toutefois éclairer un mécanisme précis. C’est déjà beaucoup dans un pays où les responsabilités générales finissent souvent par neutraliser les responsabilités individuelles.

Les déposants, absents mais centraux

Les déposants ne sont pas toujours parties directes au dossier Forry. Ils en sont pourtant les protagonistes politiques invisibles. Depuis 2019, des centaines de milliers de personnes ont vu leurs économies bloquées, converties à des taux défavorables ou perdues dans l’effondrement bancaire. Pour elles, chaque affaire de détournement présumé pose la même question : l’argent public et bancaire peut-il revenir à ceux qui ont payé la crise ?

La Banque du Liban affirme que les fonds récupérés devront servir les détenteurs légitimes de droits, au premier rang desquels les déposants. Cette promesse devra être vérifiée. Le Liban a besoin d’un cadre clair pour l’affectation des actifs recouvrés. Sans règle, l’argent récupéré pourrait disparaître dans les déficits généraux, financer des priorités politiques ou rester bloqué dans des comptes publics sans effet pour les victimes.

La justice pénale ne peut pas, seule, rendre les dépôts. Elle peut identifier des responsabilités, saisir des biens et créer une base de réparation. Mais la restitution exige une politique bancaire complète. Elle suppose de répartir les pertes, de traiter les banques insolvables, de protéger les petits déposants, d’imposer les actionnaires et les grands responsables, et de définir le rôle de l’État. Le dossier Salamé peut ouvrir une voie. Il ne peut pas porter toute la réparation.

C’est pourquoi le report de mercredi a une résonance plus forte qu’un simple renvoi d’audience. Pour beaucoup de Libanais, chaque retard confirme l’idée que l’argent a disparu plus vite que la justice n’avance. Cette perception peut devenir corrosive. Elle affaiblit les institutions, les réformes, la confiance dans la monnaie et même l’acceptation d’un futur plan de redressement.

Un test de crédibilité avant le 30 juillet

La prochaine date importante est le 30 juillet, avec une audience prévue dans un autre volet lié à la plainte portée par la direction actuelle de la Banque du Liban. D’ici là, la justice devra clarifier le sort du recours contre la juge du dossier Forry et indiquer comment l’instruction peut reprendre. Le public n’a pas besoin d’un spectacle judiciaire. Il a besoin d’un calendrier lisible.

Le dossier Riad Salamé se trouve ainsi à un carrefour. Il peut devenir le premier grand test de responsabilité financière dans le Liban d’après-crise. Il peut aussi rejoindre la liste des affaires interminables, où les montants sont connus, les noms circulent, les procédures s’empilent et les jugements tardent. La différence se jouera dans la capacité des magistrats à isoler les questions essentielles, à résister aux pressions et à coordonner les preuves libanaises avec les éléments européens.

L’enjeu dépasse l’ancien gouverneur. Il concerne la relation entre l’État et les citoyens spoliés, entre la justice et les puissants, entre la Banque du Liban et sa propre histoire. La présomption d’innocence doit être respectée. La défense doit pouvoir exercer ses droits. Mais le Liban ne peut pas demander aux déposants de patienter indéfiniment pendant que les audiences reculent et que les procédures se fragmentent.

Le 30 juillet dira si la nouvelle offensive judiciaire de la Banque du Liban ouvre une séquence plus concrète. Le dossier Forry, lui, attend encore de sortir des recours pour revenir au fond : qui a autorisé les commissions, qui les a reçues, où l’argent est parti, quels intermédiaires l’ont facilité et quelle part pourra un jour être récupérée pour un pays dont les pertes financières restent, elles, bien réelles.

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