Dans une ambiance sérénissime embaumée du parfum de menthe et de basilic, les « kawafis » (قوافي) , rimes et notes ont coulés ce vendredi 14/06/2019 dans le XVème arrondissement de Paris. Pour sa soirée de poésie bilingue franco-arabe, l’association l’Education généreuse a accordé les talents de deux musiciens et trois poètes qui ont offert, deux heures durant, un espace de liberté intellectuelle où l’esprit passe sans contrainte d’un langage à l’autre pour mettre en lumière, non pas la différence des inspirations mais leur convergence. 

Le père Youhanna Geha, invité d’honneur de la soirée, moine libanais, responsable et chef de chœur auprès de l’éparchie maronite à Paris, a accueilli le public avec une sonate de Jean-Baptiste Loeillet pour flûte alto, en duo avec Joël MORIN, flûtiste et référent pour l’association de la musique occidentale. De son côté, le grand musicien Imad MORCOS, professeur de Kanoun à Paris, a filé ses notes sur les cordes accompagnant poèmes et chants traditionnels libanais, meanna et ataba (معنى وعتابا) qu’il a entonnés de sa voix divinement majestueuse, sur certaines paroles de Youhanna Geha. L’enthousiasme du public s’est fait entendre !

Durant la soirée, le capitaine Abdallah Barakat a livré des extraits de son livre qui vient de paraître, Le Joyau perdu  ( المجوهرة المضاعة), et qu’il dédicacera ce mois de juillet au Liban. Animé par un double devoir, filial et patriotique, Abdallah Barakat regroupe dans un recueil de 500 pages un ensemble précieux d’écrits historiques et littéraires légués par le capitaine Habib Barakat, décédé en 1977. Photos, poèmes de référence et témoignages prestigieux constituent la matière d’un ouvrage qui, par ailleurs, est une pièce humaniste de taille. 

La poésie française a ponctué les passages d’un thème à l’autre avec des morceaux choisis du répertoire classique français. Ainsi furent rappelés par la voix de la poète Françoise Hachem des vers de Guy Foissy, du Cardinal de Bernis, de Collin d’Harleville, des Archives du Carmel de Lisieux et d’Aragon. Avec sa voix mélodieuse, Françoise Hachem, auteur du recueil A cœur Rimé(l’Harmattan- 2018) a rajouté de la théâtralité à l’interprétation textuelle et doublé par endroits la voix du poète par la sienne.

Dans une langue soutenue, une cadence rigoureuse et des images surprenantes, les poèmes de Youhanna Geha sont taillés comme des diamants.  La rigueur et la précision sont millimétriques. Les formes riches et variées de sa poésie révèlent sa parfaite maîtrise des mesures, consacrées et reconnues  depuis des siècles. Il alterne avec une fluidité naturelle les tirades, les rouba3iyat, les khoumaciyaat et les compositions populaires des 3ataba et mijana. Pour lui, composer c’est répondre à des règles mathématiques strictes indispensables à tout poème. 

Avec son éloquence empreinte de gravité, Youhanna Geha a présenté de son répertoire inédit des poèmes sur Paris, la solitude, la patrie, la nostalgie, l’amour maternel, la spiritualité, les conflits destructeurs et la passion amoureuse. L’émotion fut à son plus haut point lorsqu’il a livré au public une part de son vécu, de son enfance, de l’épreuve de la guerre et de sa pleine vocation qui n’empêche pas sa lucidité sur les défaillances humaines. Pour les dernières trente minutes, en continu, la poésie lyrique sur l’amour et le désamour a déferlé, le moine a disparu derrière l’homme, convaincu que dans les passions, le sentiment amoureux vient habiter le cœur de l’homme à son insu. Sur l’universalité et le croisement des mesures, Youhanna Geha a invité le public à chanter Les yeux d’Elsasur la mélodie de Ya laure Houbouki, (traduit par YouTube par L’Amour de Laure) ! D’un coup, les vers emblématiques d’Aragon ont vêtu la robe aussi emblématique de la mélodie des Rahbani pour le plus grand plaisir de l’assistance.

Maguy Féghali Morin, présidente de l’association l’Education généreuse, organisatrice et animatrice de cette soirée, place la correspondance des langues, musique, arabe, français, sous le signe de l’universalité des valeurs et de la commune condition humaine. Mixer les langues et accorder les supports artistiques constituent à la fois un message esthétique et de paix. La littérature comparée est bien un domaine académique qui trouve dans une pareille soirée, une traduction à portée de tous.  

L’association qui œuvre pour la promotion de la littérature et donne à penser sur un terrain imaginaire, organise ce 28 juin une rencontre avec la romancière Caroline FAUCHON, autour de son livre Sans eux (Actes Sud 2019) en partenariat avec la FCPE de Chaville (92). Rencontre gratuite et ouverte dans la limite des places disponibles.  

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