Depuis plusieurs semaines le mouvement des Gilets jaunes en France se poursuit sans relâche et continu à faire couler de l’encre dans la presse locale et internationale.

Ce mouvement social et inédit en France, se trouve encore au cœur de l’information, des débats, des échanges, des décisions prises au niveau de l’exécutif et au plus haut sommet de l’Etat, sans pour autant voir l’issu dans les jours à venir.
De point de vue international, les regards de la presse étrangère se sont attardés sur des images chocs pointant un malaise de la société française, un ras-le-bol enfin exprimé dans la rue et qui grâce aux réseaux sociaux, nous permet de mesurer, sans aucun doute, son ampleur. Le Liban ayant la France au cœur, garde ses yeux rivés vers le ciel parisien.

Libnanews, s’intéressant de près au déroulement de ces événements, a été à la rencontre de M. Elie Aboud, homme politique français de passage à Beyrouth, l’interrogeant sur des sujets d’actualité : le mouvement des Gilets Jaunes, la récente proposition de loi annoncée par le premier ministre français, Edouard Philippe, sa nouvelle mission au sein de son parti politique les Républicains et en dernier au sujet de l’IRCAD France au Levant, notamment au Liban, dont il est l’initiateur du projet.
Entretien réalisé par Jinane Milelli.

JM- Libnanews : Nous suivons à travers les médias français et internationaux, la succession et l’évolution des événements, liés au mouvement des Gilets Jaunes en France, créant une crise politique et sociale sans précédent. Un dialogue de sourds semble s’installer entre l’exécutif et le peuple. Que peut nous dire l’homme politique français que vous êtes, député de l’Hérault durant deux mandats consécutifs de 2007 à 2017, et l’homme de terrain que vous représentez, sur ces événements ?

Elie Aboud : Je pense, honnêtement, que le président Macron a fait une erreur stratégique dans l’exercice de son mandat tout au début de son exercice.

On ne peut pas, d’un coté, prendre des décisions comme réduire de trois quarts les recettes, au niveau de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), octroyer une baisse d’impôt aux plus riches, être dans le manque à gagner de 4 ou 5 milliards d’euros, et pratiquement, simultanément, frapper les classes populaires dans leur portefeuille et leur pouvoir d’achat en touchant aux aides qui leurs sont octroyées, notamment cette baisse controversée de 5 euros de l’allocation de logement (APL) qui a atteint les étudiants et aussi la hausse la contribution sociale généralisée (CSG) qui a affecté les retraités.

Cette affaire là n’a pas été ingérée et absorbée par les français, qu’ils soient de droite ou de gauche. Comment, d’un coté, vouloir prendre une décision à l’avantage des plus aisés et d’un autre coté, affecter, peser un peu plus voire étrangler les plus démunis, les plus précaires ?

Je crois que les français n’ont pas pardonné tout cela. Le mouvement des Gilets jaunes apparu fin octobre 2018 comme un mouvement populaire, avait comme motivation, initialement, le rejet de l’augmentation de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, ce qu’on appelle la TICPE, même si par la suite, il s’est élargit rapidement à d’autres réclamations fiscales et sociales, comme la hausse du pouvoir d’achat des classes moyennes et le rétablissement de l’ISF.

Ce mouvement spontané, de départ, qui a trouvé ses origines dans la diffusion sur les réseaux sociaux d’appels à manifester, n’était pas téléguidé comme ont dû le penser certains, même si avec le temps, quelques partis politiques cherchent ou tentent à le récupérer ; mais à mon avis, ils ne gagneront pas à ce niveau. C’est un mouvement légitime de base, j’avais appuyé moi-même son initiative.

Maintenant, à un certain moment de l’histoire de ce mouvement social, quand on voit que les casseurs et tous ceux qui veulent détruire la République et ses fondements, sont en train de prendre le dessus sur les manifestants et leurs revendications légitimes et justes, très justes sur le plan social, je dis : je ne suis plus d’accord.

Donc il faut se mettre autour d’une table, de nouveau, négocier et qu’il y ait une politique sociale équitable qui permet de favoriser la croissance d’une part, et d’autre part, laisser les français qui peuvent créer et générer de la richesse le faire, mais sans laisser les gens sur le bord de la route.

JM-Libnanews : Le premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé le déploiement d’un dispositif de sécurité « considérable » pour l’acte 9 des Gilets jaunes prévu samedi 12 janvier, et que le gouvernement était « favorable » à une loi nouvelle, un projet de loi « anticasseurs », qui pourra être déposé discuté à l’Assemblée nationale dès le début du mois de février. En quoi consiste ce projet de loi ?

Elie Aboud : Je pense que le premier ministre Edouard Philippe a raison de prendre ce genre de décision. On ne peut plus tolérer l’intolérable et excuser l’inexcusable.

Ces heurts et ces débordements qui se répètent et se succèdent d’un samedi à un autre, lors des manifestations, depuis novembre dernier et l’escalade des tensions deviennent, aujourd’hui, critiques et alarmants, désastreux sur le plan économique et funestes aussi sur le plan éthique. On n’obtient rien, rien avec ce genre de comportement. On ne pourra jamais construire un bonheur sur un malheur.

Oui, je soutiens cette proposition de loi du premier ministre qui consiste à durcir les sanctions contre les « casseurs » et engage leur responsabilité civile dans les dommages causés.

D’ailleurs, il a bien souligné qu’une « proposition assez analogue » a été discutée et adoptée au Sénat. Je tiens à signaler que cette proposition de loi, a but préventif et répressif, a été déposée par mes collègues sénateurs républicains, précisément, par le Sénateur Bruno Retailleau, en réponse aux nombreuses manifestations de mai 2018, contre la réforme de la SNCF ; et pour mémoire, je tiens à rappeler qu’un texte de loi interdisant aux manifestants de manifester le visage couvert existe déjà, il a été publié dans le journal officiel de juin 2006, sous le mandat de Nicolas Sarkozy.

JM-Libnanews : Par lettre du 5 décembre 2018, Laurent Wauquiez, Président des Républicains vous a désigné  » Conseiller en charges des questions relatives aux Français établis hors de France « . En quoi consiste votre nouvelle mission ?

Elie Aboud : Ecoutez, pour répondre à votre question, ma situation socioprofessionnelle actuelle m’entraîne à me déplacer fréquemment, dans le sens où la télé médecine et la télé chirurgie ainsi que la chirurgie robotique me conduisent à traiter avec des centres hospitaliers, répartis dans les 4 coins du monde.

C’est dans ce contexte que j’ai informé ma famille politique, les Républicains, à laquelle que je reste fidèle et attaché malgré toutes les difficultés conjoncturelles actuelles. Nous sommes dans une démarche de reconstruction, fragilisés depuis les dernières élections. J’ai pensé mettre à profit, au sein de notre parti, mon expérience politique et professionnel en apportant aussi ma petite pierre à l’édifice dans le but de rassembler et reconstruire ensemble à ce niveau.

Je suis un vrai légitimiste. Etre un élu du peuple, c’est noble, que ce soit au niveau local, territorial ou national. Quand on fait de la politique, quand on a eu l’honneur de l’exercer et d’en avoir assuré deux mandats, de 2007 à 2017, on reste dans l’action et l’action perpétuelle.

Pour l’instant, et dans un premier temps, grâce aux contacts et aux relations que j’ai pu développer durant ma carrière et que je continuerai à développer encore, je reste dans la perspective primordiale de nouer contact avec nos adhérents et nos sympathisants français de l’étranger, tout en restant à leur écoute avec une attention particulière à leurs préoccupations et leurs besoins spécifiques ; joindre l’utile à l’agréable, du moment où j’effectue ces déplacements professionnels.

C’est vrai aussi que Laurent Wauqiez, président des Républicains a souhaité, de sa part, que je puisse prendre le pouls, pour faire une métaphore médicale, des français à l’étranger, et cela bien sûr en total harmonie et coordination avec les élus républicains sénateurs et surtout le sénateur M. Frassa, qui s’occupe des français à l’étranger.

JM-Libnanews : Au Liban, nous avons suivi le dynamisme de la clinique du Levant, rebaptisée l’hôpital français du Levant dont le Président est Dr. Antoine Maalouf. En tant qu’initiateur du projet, voudriez-vous bien nous parler de cet exploit ?

En fait la réponse est simple, l’IRCAD est une structure internationale connue et reconnue au niveau de la chirurgie robotique et la chirurgie à distance et est implantée sur les 4 continents.

Le professeur Jacques Marescaux, qui est le président fondateur de cet institut de chirurgie, cherchait un lieu de chute aussi au Proche et Moyen-Orient. Il est évident pour lui que le Liban, qui a une expertise médicale par son histoire et par la qualité de ses médecins, était le site idéal.

A partir de là, au moment où le pays a été choisi, l’hôpital du Levant, rebaptisé l’hôpital Français du Levant, qui a des conventions avec la France, avec l’université de Montpellier était l’endroit idéal aussi pour accueillir ce genre de structure.

Je peux vous dire que je suis fier de voir notre savoir-faire français, notre excellence, notre expertise française, rayonner dans le monde, là où on est de plus en plus concurrencer par les Anglo-Saxons.


Biographie

Elie Aboud, né le 12 octobre 1959 à Beyrouth (Liban). Médecin cardiologue, il est aussi homme politique français, membre du parti politique Les Républicains (LR). Deux mandats parlementaires sont à son parcours politiques, 2007- 2017
Sous la XIVe législature, il est l’auteur de plusieurs propositions de lois :
Proposition de loi no 2818 de contribution aux frais d’incarcération en juin 2015
Proposition de loi no 2640 en mars 2015
Proposition de loi no 2333 visant à la création d’emplois, en novembre 2014
Proposition de loi no 2275 portant reconnaissance officielle de la responsabilité de l’État français dans le drame du 26 mars 1962, rue d’Isly, au cours de la guerre d’Algérie en octobre 2014
Proposition de loi no 1306 instituant un indice mesurant la persistance, la bio-accumulation et la toxicité des résidus médicamenteux dans les eaux de surface juillet 2013
Proposition de loi no 1257 instituant un libre choix pour la mère salariée de transférer une partie des droits à congé de maternité vers le père salarié en juillet 2013

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lie_Aboud
https://www.facebook.com/aboudelie/https://twitter.com/Elie_ABOUD

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