Avec le martyre du père Jacques Hamel, la France semble renouer avec son héritage spirituel, culturel et historique catholique.

Le fait que ce soit un prêtre catholique assassiné sur l’autel, dans une mise en scène sacrificielle ,a permis des retrouvailles nationales, dans les églises catholiques de tout le pays (45 000 églises),qui se sont ouvertes, non seulement à leurs propres fidèles mais également, à ceux des autres religions présentes aujourd’hui en France ,y compris les athées .L’émotion unanime était telle, qu’elle en est devenue planétaire.

 La mort édifiante et épouvantable du père Hamel ressuscite un symbole et une histoire. Tous les hommages qui lui ont été rendus, dans les hauts lieux historiques du catholicisme en France (Basilique Saint Denis, Cathédrale notre Dame de Paris, Cathédrale de Rouen) ainsi que dans son village (Saint Etienne du Rouvray) ont mis en avant, les valeurs humanistes et universelles de la religion, que la France semblait avoir oubliées ou dont elle se défendait  car elle les identifiait uniquement, à des valeurs communautaires. Paix, pardon, amour du prochain y compris l’ennemi, miséricorde et espérance…..La France catholique  a un héritage de spiritualité qui a soudain ressurgi spontanément, dans la lumière.

Une société ne peut vivre sans spiritualité, autrement dit sans transcendance et sans  lien avec Dieu et l’Humanité. Durant une semaine la France est redevenue, dans la douleur et la ferveur partagée, un pays catholique et l’autre  religion  de la laïcité a été momentanément éclipsée, car elle est devenue depuis quelques temps, contraignante, exclusive, inefficace et non partagée. Ce qui relie c’est le partage.

 D’une certaine manière, la France à cette occasion renoue avec sa propre histoire. Le martyre du père Hamel a rappelé peut être, dans un certain inconscient collectif, l’assassinat de centaines de prêtres trucidés dans l’exercice de leur sacerdoce, lors de la révolution française, durant la période dite de la terreur, pour n’avoir pas accepté de renoncer à leur foi. Même si le crime a plus de deux siècles, il rappelle cette rupture brutale  initiale, avec l’église catholique (vaste processus de déchristianisation de la France au profit de la révolution). Au delà de leur idéologie, les guerres civiles se ressemblent.

L’héritage catholique fait partie de la grande histoire de France surtout à l’heure, où une autre culture et une autre spiritualité, se sont  établies de manière significative, aujourd’hui en France .Pour pouvoir dialoguer entre deux cultures et deux religions, il faudrait assumer son héritage spirituel et culturel. En ouvrant leurs églises, les catholiques de France ont reconnu, les autres religions existant aujourd’hui sur leur sol et ont surtout renoué, avec leur propre passé historique et leur propre spiritualité. La reconnaissance précède le compromis.

 D’une certaine manière, le père Hamel remet en avant l’église de France et son apport structurant même si l’histoire doit être sans cesse réactualisée, elle ne saurait être un processus figé .De  ce point de vue, les autorités religieuses catholiques ont été remarquables car elles sont revenues aux fondements spirituels du christianisme originel et de l’église catholique universelle. Certes l’odieux attentat de Nice avait  bouleversé, quelques jours avant, la France de manière violente advenant symboliquement, à l’occasion de sa fête nationale mais l’infâme assassinat de saint Etienne du Rouvray, l’a également ébranlée dans sa propre histoire car il atteint les treize siècles de catholicité, précédant la révolution française de 1789(depuis le baptême de Clovis, par saint Rémi à Reims en 496).

Les êtres humains tendent vers l’universalité spirituelle et idéologique mais sont obligés de se situer dans le relativisme de l’histoire .L’universalité est une démarche d’ouverture qui part de l’histoire et l’élargit mais ne saurait la réduire ou la nier.

Parce qu’il a pu mettre l’accent sur l’amour du prochain et le pardon ,le message humble  du père jacques a beaucoup plus fait pour l’église catholique ,que maintes prises de position sociétales ostentatoires et sectaires .Ses deux meurtriers de moins de vingt ans et qui se sont pratiquement suicidés après leur odieux meurtre, auraient pu ,dans une autre vie, faire partie des 2,5 millions de jeunes pèlerins de leur âge,  à Cracovie qui chantaient, priaient et célébraient la vie ,au même moment ,tous confiants auprès de leur pasteur François . Un père sécurisant qui les guidait vers la joie et la lumière.

 Pourquoi ont-ils choisi cette damnation des ténèbres éternelles, de prêter allégeance à un prince noir  de la mort  et de plonger leur entourage manifestement aimant, dans une douleur sans fin ? Ils n’auront même pas droit à une sépulture car leur propre communauté les a reniés. Leur dialogue avec les deux religieuses relève également du mystère insondable du cœur de l’homme : pourquoi tant de questions théologiques et ce sourire si doux et presque de béatitude (selon les dires des religieuses), alors qu’ils savaient qu’une mort certaine les attendait peu après. Le père Hamel (86 ans) et ses deux jeunes assassins (19 ans) ont rendu l’âme, à quelques minutes d’intervalle. Lui épouvanté, se débattant devant tellement de violence inattendue et eux payant  immédiatement, presque volontairement (selon les témoignages des religieuses), pour leur crime. Une société où un vieux prêtre est sacrifié sur l’autel de sa foi, par deux adolescents endoctrinés, qui se suicident après leur crime, commis au nom de leur prétendue croyance, est une société qui a perdu ses repères .La solution doit être certainement sécuritaire mais cela ne suffira pas. La question identitaire reste posée, tant au niveau des cultures que des valeurs spirituelles.

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