Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a réaffirmé mercredi 12 août 2026 son soutien à la loi d’amnistie générale et assuré qu’il continuerait à la défendre jusqu’à son adoption. Cette déclaration intervient après une séance parlementaire particulièrement tendue, mardi à Beyrouth, où l’examen du texte a provoqué retraits de députés, querelles sur les conditions de l’amnistie et risque de perte du quorum. Geagea intervient ainsi au moment où la proposition, loin de faire consensus, cristallise des divergences entre blocs sur le sort de certains détenus et sur la prise en compte des réserves de l’armée.
Geagea réaffirme son soutien à l’amnistie générale
Dans son communiqué publié mercredi matin, Samir Geagea affirme espérer que la loi d’amnistie puisse finalement être adoptée malgré les « nombreux obstacles » placés sur son chemin.
Le président des Forces libanaises va plus loin en promettant de maintenir son engagement. « Nous sommes déterminés à continuer à la soutenir et à l’appuyer jusqu’à son adoption », affirme-t-il.
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Cette prise de position répond directement aux tensions apparues au Parlement autour du texte. La veille, son examen avait donné lieu à des échanges houleux entre députés et à des retraits de la séance. Les désaccords ne portent plus seulement sur le principe d’une amnistie. Ils concernent désormais les conditions précises permettant à certaines catégories de détenus d’en bénéficier.
La déclaration de Geagea vise donc à confirmer que les Forces libanaises ne se retirent pas du compromis recherché. Le parti maintient son appui au texte malgré les controverses qui ont accompagné son parcours parlementaire.
Cette position est d’autant plus significative que les Forces libanaises ont été directement impliquées dans les échanges de mardi. La députée Strida Geagea avait demandé au président de la Chambre, Nabih Berri, de passer au vote après le retrait de plusieurs députés.
Une séance sous tension après le retrait de deux blocs
La polémique a pris une nouvelle ampleur mardi 11 août dans l’hémicycle. Les députés du Courant patriotique libre et ceux du bloc Fidélité à la Résistance, lié au Hezbollah, ont quitté la séance pendant l’examen de l’amnistie.
Leur contestation portait notamment sur la nécessité d’entendre les observations du ministre de la Défense, Michel Menassa, et la position de l’armée sur certaines dispositions du texte.
Le député Ibrahim Kanaan avait lui-même quitté la séance pour protester contre le refus d’entendre ces remarques. Le départ des deux blocs a ensuite fragilisé le quorum et compliqué la possibilité de soumettre immédiatement la proposition au vote.
Nabih Berri s’était montré disposé à attendre une éventuelle venue du ministre de la Défense, à condition que le chef du gouvernement l’accepte. La discussion a alors débouché sur une autre controverse, cette fois autour des relations entre le Parlement et l’exécutif.
Le premier ministre, Nawaf Salam, a défendu le principe de séparation des pouvoirs. Il a fait valoir que le gouvernement n’intervenait pas dans la conduite des travaux parlementaires et qu’il n’entendait pas accepter une intervention extérieure dans la manière dont il dirige son gouvernement.
Ces échanges ont éloigné le débat du seul contenu de l’amnistie. Ils ont ajouté un différend institutionnel aux divergences déjà existantes sur les bénéficiaires du texte.
La durée de détention au cœur de la polémique
L’un des points les plus sensibles concerne les détenus qui ont passé de très longues années en prison sans jugement définitif.
Une formule autour d’un seuil de douze années de détention se trouve au centre des discussions. La question consiste notamment à déterminer dans quelles conditions un détenu ayant atteint cette durée pourrait retrouver la liberté tout en poursuivant sa procédure judiciaire hors de prison.
Ce point est politiquement explosif car il touche notamment le dossier des détenus islamistes, qui mobilise depuis longtemps une partie de la représentation sunnite et les familles concernées.
Les réserves exprimées au cours des négociations ont porté sur les garanties entourant cette disposition. Le ministère de la Défense avait notamment défendu une approche plus restrictive pour certains détenus ayant déjà fait l’objet de décisions judiciaires ou dont le comportement procédural posait problème.
Des députés sunnites ont, à l’inverse, réclamé des modifications avant tout vote définitif. Mardi soir, lorsque Nabih Berri envisageait de soumettre le texte au vote dans sa forme existante, plusieurs d’entre eux ont maintenu leur demande d’amendements.
La controverse révèle ainsi une difficulté centrale : obtenir une majorité en faveur de l’amnistie sans donner le sentiment que le Parlement efface indistinctement des condamnations ou ignore la situation particulière des personnes détenues depuis des années.
L’armée, autre point de friction du débat
La place accordée aux observations de l’institution militaire constitue l’autre élément majeur de la crise parlementaire.
Le dossier est sensible parce que certaines affaires susceptibles d’être affectées par les mécanismes de réduction des peines concernent des personnes poursuivies ou condamnées dans des dossiers impliquant l’armée libanaise. Les discussions précédentes avaient déjà montré la difficulté de concilier le principe d’une mesure d’amnistie avec la volonté de préserver les droits de l’institution militaire et des victimes.
Le retrait du Courant patriotique libre et du bloc Fidélité à la Résistance a replacé cette question au premier plan mardi. Les deux formations ont contesté la poursuite de l’examen sans que les remarques du ministre de la Défense et de l’armée soient entendues.
Dans ce climat, la demande de Strida Geagea de procéder au vote a illustré une ligne différente. Les Forces libanaises ont choisi de pousser vers une décision parlementaire plutôt que de conditionner le vote à une nouvelle étape de consultation.
Cette séquence éclaire directement la déclaration de Samir Geagea mercredi. Lorsqu’il évoque les obstacles rencontrés par la loi, son propos intervient au lendemain d’une démonstration concrète de ces blocages dans l’hémicycle.
Geagea intervient alors qu’un compromis reste recherché
Malgré les tensions de mardi, le dossier n’est pas considéré comme abandonné. Les discussions se poursuivent pour trouver une formule capable de réunir une majorité.
Mercredi matin, des informations parlementaires faisaient état d’une possible avancée autour de la disposition concernant les détenus n’ayant encore fait l’objet d’aucun jugement après douze années de détention. Cette piste reste liée à la recherche d’un compromis plus large sur les réserves exprimées autour du texte.
Le premier ministre Nawaf Salam a lui aussi affiché mercredi son souhait de voir l’amnistie aboutir. Au lendemain de l’abolition de la peine de mort, il a publiquement souhaité que la loi d’amnistie générale puisse à son tour être adoptée.
La position de Geagea s’inscrit dans cette séquence. Elle ne constitue pas l’annonce d’un nouvel amendement ou d’un accord définitif. Elle confirme en revanche l’existence d’un camp parlementaire décidé à pousser le texte jusqu’au vote malgré les désaccords.
Le vote sur la peine de mort en toile de fond
Samir Geagea a également consacré une partie de son communiqué à l’abolition de la peine de mort, adoptée par le Parlement le 11 août. Il a qualifié cette décision d’étape très importante sur le plan humain et pour l’image du Liban.
Le chef des Forces libanaises a rappelé que son parti avait porté cette réforme de longue date. Selon lui, une proposition avait été déposée dès février 2012 par l’ancien député Élie Keyrouz. Les députés successifs du bloc de la République forte ont ensuite continué à travailler sur le dossier.
Geagea a également salué le travail de la commission de l’Administration et de la Justice, qui avait achevé l’examen des dispositions avant leur transmission à l’assemblée plénière.
Cette référence à l’abolition de la peine capitale sert surtout de transition vers le dossier encore inachevé de l’amnistie. Geagea oppose implicitement une réforme désormais adoptée à une autre qui continue de buter sur des désaccords politiques.
Un soutien maintenu malgré des intérêts divergents
Le parcours de la loi d’amnistie montre que le principal obstacle réside dans la construction d’un compromis suffisamment large. Depuis plusieurs mois, les discussions portent sur différentes catégories de détenus, sur la réduction de certaines peines et sur le traitement de personnes emprisonnées depuis de longues périodes.
Le texte a déjà connu plusieurs modifications. Les commissions parlementaires avaient avancé sur une formule prévoyant des réductions de peine et des dispositions particulières pour certains dossiers. Mais ces compromis n’ont pas supprimé les divergences sur les conditions de libération et les exclusions.
La dimension politique reste également forte. Le dossier des détenus islamistes constitue une revendication importante pour plusieurs responsables sunnites. D’autres composantes politiques insistent sur les personnes parties en Israël après mai 2000. Les infractions liées aux stupéfiants ont également fait partie des négociations précédentes.
Cette accumulation de demandes explique pourquoi le terme d’« amnistie générale » recouvre en réalité plusieurs dossiers distincts. Chaque modification peut modifier l’équilibre politique ayant permis de rapprocher les positions.
C’est dans ce contexte que Geagea réaffirme son engagement. Son communiqué ne tranche aucune des controverses apparues mardi et ne précise pas quelle version définitive les Forces libanaises seraient prêtes à voter. Il établit toutefois une ligne politique claire : les obstacles rencontrés au Parlement ne conduiront pas son parti à abandonner la loi d’amnistie générale.
Les discussions parlementaires doivent désormais déterminer si le compromis recherché sur les longues détentions et les réserves de l’institution militaire permet de réunir suffisamment de députés. La déclaration de Geagea intervient précisément au moment où cette négociation reste ouverte.



