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La Banque du Liban a publié de nouvelles circulaire, intitulé circulaires 567 et 568, appelant notamment les personnes ayant transféré des sommes dépassant le seuil de 500 000 USD depuis la date du 1er juillet 2017 à déposer 15% de celle-ci sur un compte spécial au Liban afin d’augmenter les liquidités du marché local.

Cet appel vise notamment les dirigeants des banques libanaises, leurs principaux actionnaires et les personnes politiquement exposées.

La banque centrale appelle également les banques locales à restaurer la confiance avec les déposants en leurs permettant de disposer des sommes arrivant à maturité quel que soient les circonstances. Pour rappel, l’association des banques du Liban a unilatéralement mise en place un contrôle des capitaux de novembre 2019, suite à une pénurie importante de devises étrangères. Cependant, ce contrôle des capitaux encore aggraver la situation de bien des entreprises qui n’ont pas pu disposer librement de leur fond notamment pour commander les matières premières nécessaires à leurs activités

Cependant, en cas de levée de contrôle de capitaux, certains établissements pourraient être confrontés à une panique bancaire avec des retraits massif de liquidités de ces établissements qui serait alors en état de défaut de paiement. L’instauration d’un contrôle des capitaux visait justement éviter ce scénario.

Les nouvelles régulations instaurent également de nouveaux niveaux de ratios par rapport au risque souverain après que les autorités libanaises aient déclaré un état de défaut de paiement sur les eurobonds. Selon le texte, cet approvisionnement pourrait non plus seulement concerner les obligations en devises étrangères mais également celles libellées en devise locale, préemptant donc un possible état de défaut de paiement sur les bons du trésor.

La BDL rappelle aux établissements bancaires qu’il leur est interdit de verser de dividendes à leurs actionnaires pour l’exercice 2019 et 2020.

Par ailleurs, l’augmentation des fonds propres de 20% des banques via une augmentation du capital qui s’était achevée en juin a été repoussée au 31 décembre 2020. Désormais, les contributions pourrait être effectués via un transfert de biens immobiliers à la banque et non plus en cash seulement. Cette contribution pourrait même atteindre 50 % des 20 %.

La vente de biens immobiliers ne devrait pas aboutir au versement de dividendes mais être affecté à une réserve générale non distribuable selon les termes du texte.

Il est également interdit aux banques de distribuer des dividendes si certains ratios de solvabilité sont en dessous de certaines limites comme moins de 7 % au niveau des fonds propres les actionnaires ordinaires, moins de 10 % des fonds privés de base, encore moins de 12 % des ratios totaux des fonds privés.

Par ailleurs, la Banque du Liban appelle à ce que les établissements bancaires ne dégradent pas les clients affectés par la situation induite par l’impact économique du Coronavirus. Il s’agit notamment de ceux qui font face à des retards de paiement ou encore des dépassements de plafond.

Focus

Cependant, les experts doutent que ces mesures soit suffisantes, soulignant par ailleurs que le prix de l’immobilier au Liban est surévalué depuis de nombreuses années en raison d’un mouvement spéculatif et cela en absence d’une demande locale. Ainsi, certains actionnaires pourrait être tentés de mettre sur le compte de leurs établissements bancaires des biens immobiliers surévalués mais qui n’ont en réalité une valeur réduite.

L’autre problématique est qu’il y a aujourd’hui un grand différentiel entre les prix des biens immobiliers en dollars réels et “en dollars locaux”.

Ainsi, si un bien est immobilier était quoté à 1 000 000 de dollars avant la crise, sa valeur réelle étant surévaluée de 50% en raison de l’absence de demande locale, 26% des lots immobiliers par exemple étant vides à Beyrouth, soit à 500 000 USD en réalité, sa valeur réelle après la crise est toujours de 500 000 dollars réels.

Cependant, la valeur du bien en “dollars libanais” est de 700 000 USD en prenant en compte le risque de voir un haircut de 40% être appliqué aux comptes, même si le nombre de transactions ou encore les prix affichés ont eu tendance à augmenter ces derniers mois, beaucoup de personnes achetant des biens immobiliers pour tenter de se prémunir face à de possibles faillites de groupes bancaires.

BDL-Circular-567

Cette information intervient alors que de nombreux établissements éprouvent les plus grandes difficultés à augmenter leurs fonds propres et que le délai pour y procéder s’est achevé en juin dernier et qu’un rapport a été publié faisant état d’une perte de plus de 100 milliards de dollars pour le secteur financier.

Le Liban cumule les crises

Pour rappel, le Liban est confronté à plusieurs crises, crise économique, crise liée au coronavirus, et désormais crise liée à l’explosion du port de Beyrouth, à laquelle s’ajoute désormais une crise politique en raison de la démission du gouvernement Hassan Diab.

Pour l’heure, le déblocage de l’aide internationale est conditionné au résultat des négociations entreprises avec le FMI qui exige que se soient mises en place des réformes nécessaires, les réformes économiques et monétaires notamment. En effet, de nombreuses sources ou encore personnalités impliquées dans le dossier multiplient les déclarations indiquant que la communauté internationale n’accordera “pas de chèque en blanc au Liban”, suite au non-respect par Beyrouth de ses promesses et de son engagement à effectuer les réformes nécessaires à la relance économique déjà lors des conférences Paris I, II et III dans les années 2000.

La crise du secteur bancaire, bien que maquillée par les opérations d’ingénieries financières menées par la Banque du Liban, avait débuté bien plus tôt, en dépit des profits colossaux annoncés par les banques libanaises jusqu’à l’année dernière. En réalité, la Banque du Liban a ainsi reversé près de 16 milliards de dollars entre 2016 et 2018, vidant ainsi une grande partie de ses réserve monétaires en faveur des établissements bancaires.

Sur le plan économique, la crise qui a débuté en 2018 s’est révélée au grand jour durant l’été 2019 avec une pénurie en devises étrangères pourtant nécessaires à l’achat de produits de première nécessité notamment. Cependant, un inversement des flux financiers avait été constaté dès janvier 2019. Cette crise s’est ensuite accentuée suite à l’imposition de manière unilatérale par les banques libanaises d’un contrôle des capitaux, bloquant ainsi l’accès aux comptes.

Par ailleurs, la dégradation des conditions socio-économiques a abouti à de nombreuses manifestations dès octobre 2019, les manifestants dénonçant une classe politique considérée comme corrompue et en exigeant le départ.

Après la démission de l’ancien premier ministre Saad Hariri, le 29 octobre 2019, un nouveau gouvernement présidé par son successeur Hassan Diab a été constitué le 17 janvier 2020. Dès mars, les autorités libanaises ont annoncé un état de défaut de paiement sur les eurobonds arrivant à maturité. Par ailleurs, le Liban a ouvert les négociations avec le FMI en vue d’obtenir une aide économique d’un montant espéré de 10 milliards de dollars.

Cependant, les négociations, aujourd’hui suspendues, ont rapidement achoppé sur la capacité des autorités libanaises à mener les réformes nécessaires pour le déblocage de l’aide internationale ainsi que sur le dossier du chiffrage des pertes du secteur financier. Les autorités libanaises estiment ainsi que ses pertes atteindraient 241 000 milliards de livres libanaises sur la base d’un taux de change de 3600 LL/USD, soit 80 milliards de dollars environ, ce que refusent les banques locales via l’association des banques du Liban ou encore la Banque du Liban elle-même.

L’association des banques du Liban a ainsi activé ses relais présents au sein du parlement via la commission parlementaire des finances et du budget. Cette dernière, où sont présents certains actionnaires et représentants de banques locales, n’ont chiffré les pertes financières qu’à 81 000 milliards de livres libanaises sur la base d’un taux de change de 1507 LL/USD.

Désormais, ce chiffrage des comptes de la Banque du Liban devrait être mené par les cabinets Alvarez & Marsal pour l’audit juricomptable et par KPMG et Oliver Wyman pour l’audit normal. Pressenti dans un premier temps pour mener l’audit juricomptable, le cabinet Kroll, spécialisé dans la matière a été écarté suite aux pressions du président de la chambre Nabih Berri, estimant l’entreprise liée à l’état hébreu.

Parallèlement, l’association des banques du Liban a présenté un plan de sauvetage rejeté par le FMI et les autorités libanaises, prévoyant la vente d’une partie de l’or du Liban et la session pour une durée déterminée de biens publics. Ce plan est également rejeté par les spécialistes qui estiment que la vente de biens publics ne pourrait se faire qu’en les bradant en raison des circonstances actuelles.

Certaines sources évoquent désormais des pertes pour le secteur financier qui dépassent les 100 milliards de dollars, estimant que le Liban nécessiterait désormais un plan de relance de 63 milliards de dollars mais que seulement 26 milliards au maximum sont disponibles. Selon ces mêmes sources, toutes les banques libanaises sont aujourd’hui insolvables.

La situation économique s’est, par ailleurs, encore dégradée avec la détérioration de la valeur de la livre libanaise et la mise en place de différents taux de change : taux de change officiel à 1507 LL/USD, taux de change dit du-marché pour les agents de change ou encore certaines entreprises fixées par la banque du Liban, aujourd’hui à 3900 LL/USD et taux de change au marché noir, qui a fluctué jusqu’à atteindre les 9000 LL/USD, au mois de juin.

Enfin, l’explosion du port de Beyrouth, qui a ravagé également une grande partie de la capitale libanaise, a encore aggravé la situation, avec des dégâts estimés entre 10 à 15 milliards de dollars.

Ainsi, si le taux de croissance du produit intérieur brut est estimé à -14 % avant cette explosion, de nouvelles estimations font état d’une récession économique de – 24 % en 2020.

Parallèlement, le Liban est également touché par le coronavirus. Les mesures prises par les autorités se sont révélées être aujourd’hui insuffisantes et le pays des cèdres risque de perdre le contrôle de l’épidémie, avec une augmentation quasi incontrôlée du nombre de cas, notamment après l’explosion du port de Beyrouth. Désormais, les capacités hospitalières actuelles sont saturées depuis 2 semaines, amenant également à l’augmentation du nombre de décès depuis la fin du mois d’août.

Pour l’heure, certains experts proches du dossier notent avec inquiétude que les intérêts politico-économiques sont plus importants pour certains partis que l’intérêt général à bénéficier d’une aide économique face à la crise, jusqu’à estimer que les divisions traditionnelles des partis politiques se sont effacées au sein du parlement en faveur du parti des banques et des autres.

Aussi, certains de ces intérêts seraient allés même jusqu’à menacer d’une guerre civile si les réformes demandées par la communauté internationale étaient menées. Cependant, celle-ci demeure ferme sur ce dossier.

Lors de son déplacement au Liban à l’occasion du centenaire de la proclamation de l’état du Grand Liban, le 1er septembre 2020, au lendemain de la nomination de Mustafa Adib comme premier ministre, le président de la république française aurait ainsi remis aux dirigeants libanais, une feuille de route pour la mise en place des réformes économiques jugées nécessaires et en premier lieu, un diagnostic des pertes de la Banque du Liban. Cette feuille de route prévoyait également la mise en place d’ici 2 semaines, d’un gouvernement capable de mener ces réformes. Cependant, 15 jours après, suite à l’expiration du délai imparti, les autorités libanaises semblent avoir échoué à la mise en place d’un nouveau cabinet, suite notamment à l’annonce par Washington de sanctions économiques visant Ali Hassan Khalil, bras-droit de Nabih Berri et ancien ministre des finances, les autres partis politiques ayant accepté le principe de rotation des portefeuilles ministériels régaliens, à savoir la défense, l’intérieur, les affaires étrangères et les finances.

Le 21 septembre 2020, le président de la République estime que le Liban se dirige actuellement “en enfer” en raison de la dégradation des conditions sociales et économiques, reconnaissant par ailleurs que les réserves de la Banque du Liban – subventionnant actuellement l’achat de produits de première nécessité – seront épuisées d’ici peu.

Le 26 septembre, prenant donc acte de son échec, le premier ministre désigné annonce sa démission depuis le perron du Palais de Baabda, plongeant un peu plus le Liban dans la crise.

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