La dislocation des mots.

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La parole dévoile une facette, un trait, la face communicative de l’homme. Chez nous, elle pourrait désigner une toute autre dimension: un opportunisme, une allégeance, un suivisme, un dévouement jusqu’au suicide. Le cercle  hermétiquement fermé de cultures non libanaises se construit insensiblement par cet alliage d’initiation émotionnelle à la dépersonnalisation. Il  produirait une adhérence  croissante au rituel d’un certain mode de vie façonné par le culte de l’autorité culturelle importée et de sa résonance médiatique et collective. Ainsi, pour écouter la cohérence d’une logique individuelle on réfléchit pour distinguer sa cohérence intrinsèque. Elle est curieusement devenue  un épiphénomène sonore rare!

Les interférences et les influences extérieures font davantage la pluie que de rares beaux temps. De nombreuses personnalités sont pourtant censées; énoncer, représenter, défendre les préoccupations du peuple et les besoins prioritaires légitimes de tout libanais.Cependant, les mots calqués aux modes des prononciations, des attitudes, des mondanités, des programmes télévisés banals, implosent de formatages et de copies conformes. Les tendances influentes et conditionnelles des conjonctures complexes de la région du Moyen Orient sont de même, facilement absorbées. Les risques non calculés des dangereuses tensions traduisent fréquemment de meurtriers dérapages  sécuritaires.  Les traditions mitigés du pays des cèdres suffisent pourtant au pénible labeur millénaire des coexistences délicates entre les concitoyens. Néanmoins, que ce soit un voisin du quartier ou d’un pays éloigné, on a pris l’habitude spontanée de défendre les points de vues, les options, les motivations, les directives, et les intérêts issus de graves sensibilités  géopolitiques. On se retrouve, répondants, aux cris du  monde arabe et occidental, au détriment de l’unité déchirée de notre première famille: celle des libanais.

Certains vont pourtant  persister à s’acharner, défendre, se chamailler, entre potes, en famille et clans rivaux jusqu’aux coups d’attentats, de balles et de mortiers.

L’état est lourdement étranglé non seulement par la crise de confiance du citoyen, mais par ce déséquilibre  démographique flagrant et continu dû à la guerre en Syrie. On a ainsi urgemment besoin de récupérer l’élan intime de nos identités pour que le langage de tout responsable et politicien réponde à -comment- s’organiser pour ne plus couler définitivement!

On s’engagerait alors à défendre non plus en priorité  les stratégies extra nationales mais celles qui concernent la résistance du citoyen à faire face au quotidien pour une survie décente dans une patrie forte pour tous contre toute agression extérieure possible.

En favorisant l’adoption prioritaire de pensées non strictement « made in Lebanon », les franches rencontres pour ce fameux dialogue tant fantasmé entre les responsables des partis et les divers courants politiques « libanais » attendent toujours. Relancer la mémoire des libanais vers des séances passées construites sur les préjugés des chefs et des phrases dites ou retenues, n’a  nullement servi a relancer une quelconque confiance.

A vous politiciens de proposer du « comment mieux faire » sur ce terrain miné  du quotidien. Le fonctionnel pour les gens est inexistant, dans vos interviews, vos discours et lors de pompeuses conférences! En arrêtant un inutile verbiage maintenant pour vous concentrer sur les façons d’agir au lieu des pourquoi et des souhaits puériles, on pourrait enfin offrir aux libanais ce super avant goût de Noël: Celui d’empêcher le Liban de s’engloutir par le chaos des semblants faire et de redécouvrir la véritable dimension des explorations multiples et enrichissantes sans perdre une seconde pour la reconnaissance unique de notre identité patriotique!

« La découverte, c’est aussi cela : essayer de voir, dans les choses pas encore connues, ce qui peut servir. Il y a très peu d’autres cultures au monde, à l’exception …de la civilisation arabo-musulmane …et de quelques voyageurs persans…où il y ait eu un désir systématique de connaissance d’autrui.. » (1)

Joe Acoury

(1) Hervé Morin, le Monde du 13 Novembre 2013, p 4.

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