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Le soutien à Israël coûte à Berlin un siège à l’ONU

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Le soutien de Berlin à Israël a coûté cher à l’Allemagne aux Nations unies. Le 3 juin 2026, la première économie européenne a échoué à obtenir un siège non permanent au Conseil de sécurité pour la période 2027-2028. Dans le groupe Europe occidentale et autres États, le Portugal a recueilli 134 voix, l’Autriche 131 et l’Allemagne seulement 104, alors que le seuil requis était de 127 voix. Pour Berlin, le revers est historique. C’est la première fois que le pays perd une élection au Conseil de sécurité qu’il avait disputée. La scène a été d’autant plus symbolique qu’Annalena Baerbock, ancienne ministre allemande des Affaires étrangères et présidente de l’Assemblée générale, se trouvait au centre de la procédure. Le résultat sanctionne une diplomatie qui se voulait morale, financièrement solide et multilatérale, mais que de nombreux États jugent désormais trop alignée sur Israël, trop sélective sur le droit international et trop peu attentive aux critiques venues du Sud global.

Le soutien à Israël au cœur du revers allemand

Le vote de l’Assemblée générale a donné une traduction chiffrée à un malaise politique. L’Allemagne avait les moyens d’une campagne sérieuse. Elle dispose d’un réseau diplomatique dense, d’une économie puissante, d’une place centrale dans l’Union européenne et d’un poids financier majeur dans le système onusien. Elle a déjà siégé à plusieurs reprises au Conseil de sécurité. Elle pouvait donc présenter sa candidature comme celle d’un partenaire expérimenté, responsable et attaché aux règles. Pourtant, ces atouts n’ont pas suffi. Le scrutin à bulletin secret a révélé une défiance plus forte que les marques publiques de courtoisie.

Le soutien à Israël apparaît comme le facteur le plus lourd de cette défaite. Les responsables allemands ont eux-mêmes reconnu que la relation spéciale de Berlin avec Israël avait pu coûter des voix. Cette relation s’enracine dans l’histoire allemande et dans la mémoire de la Shoah. Elle reste un pilier de la politique étrangère de la République fédérale. Mais, dans le contexte de Gaza, du Liban et de l’escalade régionale, cette position est devenue diplomatiquement coûteuse. Aux yeux d’une partie importante de l’Assemblée générale, Berlin n’a pas seulement défendu la sécurité d’Israël. Elle a trop souvent semblé protéger Israël des conséquences politiques de ses actes.

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Cette perception a pesé. Depuis des mois, de nombreux États arabes, africains, latino-américains et asiatiques dénoncent les destructions à Gaza, les violations du droit humanitaire et l’incapacité des puissances occidentales à imposer une limite claire au gouvernement israélien. L’Allemagne a parfois critiqué certaines décisions israéliennes. Elle a aussi appelé à la protection des civils. Mais son langage est resté jugé prudent, tardif ou insuffisant par une partie du monde. La candidature allemande s’est donc heurtée à une question de cohérence. Berlin pouvait-elle défendre le droit international avec force en Ukraine, tout en apparaissant plus retenue face à Israël ?

Gaza, révélateur d’un double standard

La guerre à Gaza a changé l’atmosphère diplomatique à New York. Elle a donné au débat sur le droit international une dimension concrète et visible. Les images de destructions, les bilans humains, les déplacements forcés, les restrictions humanitaires et les accusations de violations massives ont nourri un ressentiment profond contre les alliés les plus constants d’Israël. L’Allemagne a été placée au premier rang de cette critique, non seulement en raison de ses déclarations, mais aussi en raison de son poids européen.

Le problème pour Berlin n’est pas d’avoir reconnu le droit d’Israël à la sécurité. Peu d’États contestent ce principe lorsqu’il est formulé dans les limites du droit. Le problème tient à l’impression d’un soutien qui ne se traduit pas avec la même exigence envers les Palestiniens. Une grande partie du Sud global estime que l’Europe et les États-Unis invoquent la souveraineté, les crimes de guerre et la protection des civils lorsqu’il s’agit de l’Ukraine, mais emploient un langage plus mesuré lorsqu’Israël est en cause. L’Allemagne, par son histoire, explique cette prudence. Mais l’Assemblée générale a rappelé que l’histoire allemande ne suffit pas à suspendre l’universalité du droit.

Le vote du 3 juin peut donc être lu comme une sanction de cette perception. Les États ne se sont pas prononcés dans un débat public sur Gaza. Ils ont voté pour deux sièges européens. Mais le bulletin secret permet d’exprimer une réprobation sans confrontation directe. Plusieurs capitales ont pu choisir le Portugal ou l’Autriche pour éviter de donner à Berlin une tribune supplémentaire au Conseil de sécurité. Ce n’est pas un rejet de l’Allemagne comme puissance économique. C’est un refus de récompenser une ligne diplomatique jugée trop déséquilibrée sur Israël.

Une défaite amplifiée par l’Ukraine et la Russie

Le soutien à Israël a dominé la lecture du revers, mais il n’a pas agi seul. Le soutien allemand à l’Ukraine a aussi pesé dans certaines régions. Berlin s’est imposée comme l’un des piliers de l’aide européenne à Kiev, des sanctions contre Moscou et de la réorganisation de la sécurité du continent. Cette posture a renforcé sa crédibilité auprès des alliés occidentaux. Elle a aussi exposé l’Allemagne à la campagne russe et au scepticisme de pays qui refusent de s’aligner sur les priorités européennes.

Le ministre allemand des Affaires étrangères a accusé la Russie d’avoir mobilisé des oppositions contre la candidature de Berlin. Cette accusation est plausible. Moscou avait tout intérêt à empêcher l’entrée au Conseil d’un État européen fortement engagé aux côtés de l’Ukraine. La diplomatie russe sait exploiter les frustrations liées aux sanctions, à l’énergie, aux céréales, aux dettes et à l’arrogance perçue des puissances occidentales. Mais cette explication reste incomplète. La Russie n’a pas créé seule le vote allemand. Elle a pu amplifier un malaise déjà présent.

Pour de nombreux États du Sud, l’Ukraine n’est pas le seul conflit qui mérite une mobilisation mondiale. Ils reprochent aux Européens de demander une solidarité immédiate sur la guerre en Europe, tout en reléguant d’autres crises à des communiqués. Gaza a donné une force particulière à cette critique. Le résultat allemand concentre donc plusieurs frustrations : soutien à Israël, alignement atlantique, pression contre la Russie, baisse ou redéfinition de certaines aides et difficulté à parler aux pays non occidentaux autrement que sur le registre de la leçon morale.

L’échec d’une diplomatie de statut

L’Allemagne pensait pouvoir s’appuyer sur son statut. Elle est la première économie européenne. Elle figure parmi les grands contributeurs au budget onusien. Elle finance des programmes humanitaires, climatiques et de développement. Elle défend la réforme du Conseil de sécurité et demande depuis longtemps une place plus forte dans la gouvernance mondiale. Sa candidature semblait donc naturelle à une partie de la diplomatie allemande. C’est précisément cette évidence qui a été contestée par le vote.

À l’ONU, les contributions financières n’achètent pas un siège. Elles créent des attentes. Un pays qui donne beaucoup est aussi jugé sur sa cohérence, son écoute et sa capacité à dépasser son camp. L’Allemagne a voulu se présenter comme un pont entre l’Occident et le Sud global. Le vote a montré qu’une partie du Sud ne la voyait plus ainsi. Berlin apparaît de plus en plus comme une puissance occidentale disciplinée, proche de Washington sur les grands dossiers, solidaire d’Israël même lorsque les critiques s’accumulent, et ferme avec la Russie sans toujours convaincre sur les autres conflits.

Le Portugal et l’Autriche ont bénéficié de cette situation. Ces deux pays sont moins puissants, mais aussi moins exposés. Ils ne concentrent pas autant de griefs. Ils n’incarnent pas la même ambition géopolitique que l’Allemagne. Ils peuvent apparaître comme des choix plus consensuels, moins chargés politiquement. Dans un vote secret, cette moindre exposition devient un avantage. Les États qui voulaient sanctionner Berlin pouvaient le faire sans rejeter l’Europe dans son ensemble. Ils ont choisi Lisbonne et Vienne.

Annalena Baerbock, symbole d’un décalage

La présence d’Annalena Baerbock dans la séquence a donné au scrutin une dimension presque ironique. Ancienne ministre allemande des Affaires étrangères, elle avait incarné une diplomatie fondée sur les valeurs, les droits humains, la fermeté face à Moscou et la solidarité avec Israël. Devenue présidente de l’Assemblée générale, elle représente l’institution et non son pays. Elle devait donc garantir le bon déroulement de la procédure, non défendre la candidature allemande. Mais l’image reste forte. Une responsable allemande placée au sommet de l’Assemblée générale se retrouve associée à l’annonce d’un échec allemand sans précédent.

Cette image résume un décalage. L’Allemagne occupe des postes, finance des institutions, produit des discours et défend des principes. Mais elle ne parvient plus toujours à transformer cette visibilité en adhésion politique. La diplomatie de valeurs portée par Baerbock a séduit une partie de l’Europe. Elle a aussi suscité des critiques dans les pays qui y voient une morale occidentale à géométrie variable. La question palestinienne a cristallisé ce soupçon. Lorsque Berlin parle de droits humains, une partie de l’Assemblée générale demande désormais si ces droits valent avec la même force à Gaza, à Kiev, à Rafah, à Kharkiv, à Beyrouth ou à Marioupol.

La défaite allemande n’est donc pas seulement celle d’une campagne. Elle atteint une manière de se présenter au monde. Berlin voulait apparaître comme une puissance responsable, consciente de son histoire et prête à assumer davantage de responsabilités. Le vote lui renvoie une image plus dure : celle d’un pays influent, mais perçu comme prisonnier de ses alignements. Le soutien à Israël, qui reste au cœur de son identité diplomatique, devient un obstacle lorsque l’Assemblée générale juge que ce soutien l’emporte sur l’exigence d’impartialité.

Le Sud global envoie un avertissement

Le terme de Sud global recouvre des réalités très différentes. Il ne désigne pas un bloc discipliné. Les intérêts de l’Afrique, de l’Asie, du monde arabe, de l’Amérique latine et des petits États insulaires ne sont pas identiques. Mais le vote contre l’Allemagne montre une convergence de frustrations. Beaucoup d’États veulent être entendus autrement que comme des voix à mobiliser dans les crises occidentales. Ils veulent que leurs priorités soient traitées avec sérieux : dette, sécurité alimentaire, climat, développement, occupation, sanctions, migrations et accès aux financements.

Dans ce contexte, le soutien allemand à Israël agit comme un révélateur. Il montre, aux yeux de ces pays, que l’ordre international défendu par l’Occident reste sélectif. Les capitales occidentales demandent des votes contre la Russie au nom de la Charte des Nations unies. Elles hésitent davantage lorsqu’il s’agit de condamner Israël ou de sanctionner ses violations. Cette accusation de deux poids deux mesures a longtemps été contenue par les liens économiques, l’aide au développement et la puissance diplomatique européenne. Elle s’exprime désormais dans les urnes onusiennes.

Le vote du 3 juin a donc une portée plus large que le cas allemand. Il avertit l’Union européenne. Le continent ne peut plus supposer que son discours normatif suffit. La crédibilité se construit par la cohérence. Si l’Europe veut défendre le droit international, elle doit le faire partout, y compris face à ses alliés. Si elle veut être écoutée sur l’Ukraine, elle doit entendre la colère sur Gaza. Si elle veut réclamer des sièges et une réforme du Conseil de sécurité, elle doit convaincre au-delà de son propre camp. L’Allemagne vient de découvrir le prix d’un déficit de confiance.

Le Moyen-Orient pèse sur New York

Le scrutin montre aussi que le Moyen-Orient n’est pas un dossier régional parmi d’autres. Il structure désormais une partie du rapport des États à l’Occident. La guerre à Gaza, les tensions au Liban, les frappes régionales, le rôle de l’Iran et la protection diplomatique d’Israël par ses alliés ont modifié le climat multilatéral. Les pays qui soutiennent fortement Israël paient un coût dans les enceintes où la majorité numérique appartient au reste du monde. L’Allemagne, par sa relation spéciale avec Israël, en fait l’expérience directe.

Pour le Liban, le résultat mérite une lecture attentive. Berlin reste un acteur européen important, capable de financer l’aide humanitaire, de soutenir l’armée libanaise, de participer aux débats sur la FINUL et de peser dans les positions européennes. Mais son échec à l’ONU montre que sa parole au Moyen-Orient est contestée. Si l’Allemagne veut jouer un rôle crédible dans la stabilisation du Sud-Liban, elle devra défendre clairement la souveraineté libanaise, le retrait israélien, la protection des civils et le retour des déplacés. Un soutien automatique à Israël limiterait sa capacité à être entendue.

Cette leçon vaut aussi pour les États-Unis et d’autres pays européens. Les rapports de force à New York ne reflètent pas toujours la puissance militaire ou économique. Ils reflètent aussi la mémoire des peuples, les colères accumulées et la perception de l’injustice. Une diplomatie qui ignore cette dimension peut perdre des votes qu’elle croyait acquis. Berlin avait le statut. Lisbonne et Vienne ont eu les voix.

Un revers qui fragilise l’ambition allemande

L’échec allemand aura des conséquences sur le débat plus ancien autour de la réforme du Conseil de sécurité. Berlin revendique depuis des années une place plus importante, parfois dans le cadre d’un élargissement des membres permanents ou d’une représentation renforcée de l’Europe. Après avoir échoué à obtenir un siège non permanent, cet argument devient plus difficile à porter. Les adversaires de l’élargissement pourront souligner qu’un pays incapable de convaincre 127 membres de l’Assemblée générale ne peut pas prétendre incarner naturellement une légitimité mondiale supérieure.

Le revers affaiblit aussi le gouvernement allemand. Le chancelier Friedrich Merz veut projeter l’image d’une Allemagne plus ferme, plus présente et plus stratégique. La défaite à l’ONU contredit cette ambition. Elle montre que le leadership européen ne se décrète pas. Il se vérifie dans les coalitions. Il se mesure dans la capacité à éviter l’isolement. Il dépend de la manière dont une puissance est perçue par ceux qui ne partagent pas ses priorités.

Berlin peut accuser Moscou, regretter le résultat ou souligner la qualité de sa campagne. Mais l’essentiel est ailleurs. L’Allemagne doit comprendre pourquoi son soutien à Israël est devenu un coût aussi visible. Elle doit aussi mesurer l’écart entre sa réputation européenne et sa réception mondiale. Une diplomatie efficace ne consiste pas seulement à dire ce que l’on croit juste. Elle consiste à construire les conditions pour être cru. Sur ce point, le scrutin du 3 juin marque une rupture.

Une correction difficile, mais nécessaire

La défaite ne signifie pas que l’Allemagne doit renoncer à sa relation avec Israël. Elle ne le fera pas. Cette relation appartient à son histoire, à sa mémoire et à son architecture diplomatique. Mais Berlin peut distinguer plus clairement la sécurité d’Israël du soutien aux choix de ses gouvernements. Elle peut défendre les Israéliens contre les menaces réelles tout en exigeant l’arrêt des violations contre les Palestiniens. Elle peut refuser l’antisémitisme sans criminaliser toute critique de la politique israélienne. Elle peut protéger la mémoire de la Shoah sans en faire un écran devant les souffrances actuelles des civils de Gaza.

Cette correction sera difficile, car elle touche au cœur de la politique allemande. Elle exigera un langage plus clair, des votes plus cohérents, une écoute plus réelle des pays arabes et une capacité à reconnaître les erreurs. Elle exigera aussi de cesser de penser que le Sud global doit accepter les contradictions occidentales au nom de la guerre en Ukraine ou de la stabilité européenne. Le monde non occidental ne refuse pas nécessairement les principes défendus par Berlin. Il refuse leur application sélective.

Le soutien à Israël a coûté à Berlin un siège au Conseil de sécurité parce qu’il est devenu le symbole d’un déséquilibre plus large. L’Allemagne voulait parler au nom du droit. Une partie de l’Assemblée générale lui a répondu que le droit ne peut pas être conditionnel. Elle voulait incarner un multilatéralisme responsable. Le vote lui a rappelé que le multilatéralisme implique d’entendre ceux qui ne partagent pas l’ordre des priorités occidentales. Le prochain test ne sera pas seulement une future candidature allemande. Il se jouera dans les positions que Berlin prendra sur Gaza, le Liban, l’Ukraine et les crises où sa cohérence sera de nouveau mesurée, vote après vote.

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