Cher Massoud al-Achkar,

Quel plaisir de te retrouver faisant la une des dépêches de presse et des sites sur Internet ! Ta biographie est celle d’un pur héros libanais, celle d’une « figure de proue de la Résistance libanaise ». Tu t’es vaillamment battu avec les kataebs et les Forces libanaises. Il paraît que tu aurais même dirigé la défense d’Achrafieh. On se demande, ce que pouvait bien faire Béchir, ton chef, au même moment. Mais fi de toutes ces mauvaises langues, tu es un héros et un héraut de la cause libanaise. Sus à l’ennemi syrien et ses agents au Liban, les Hariri, les Berri et les Joumblatt. Mais on a oublié les Palestiniens que tu as également liquidés et boutés hors de leurs camps parce qu’ils s’en prenaient à ton Liban chéri. Malheureux, tu l’as été dans les différentes élections. Ta candidature n’a jamais fait l’unanimité face aux combinaisons politiques si subtiles au Liban. Ou alors as-tu oublié d’offrir suffisamment d’oboles à qui de droit ? Finalement, tu n’es devenu que le secrétaire général de ta propre Union du Liban.

Je veux cependant ici rappeler un exploit que tu nous a caché. C’est ce jour où tu es entré dans mon quartier, aristocratique et chic à l’Ouest de Beyrouth. Un certain 25 octobre 1975, avec tes copains masqués, la croix en bandoulière sur la poitrine, avec Béchir en tête et sa bande de B.G. Tu en étais membre, jeune et déjà surnommé « Pussy ». Au fait, tu savais que cela voulait dire lopette ou lâche en anglais. Ou portes-tu ce surnom parce tu as servi de mascotte au groupe ?

Mais ce jour-là, tu déployais toute ta science militaire pour conquérir ces quartiers cosmopolites, sans problèmes confessionnels et encore en paix malgré la guerre civile. La Banque du Liban était à portée de main et les quartiers populaires adverses à proximité. Hélas, Béchir et William Haoui avaient mal calculé leur coup. Malgré les « maghawirs » du B.G., la retraite sonna dès les premières heures de la bataille. La Tour el-Murr ne tomba pas et très vite vos barricades furent prises une à une jusqu’à arriver au Saint Georges que vous quittâtes précipitamment en bateau.

Votre court séjour dans le quartier fut cependant des plus profitables. Je ne parle pas des petits « emprunts » organisés par des mains lestes dans les appartements ou la mise à sac d’écoles et d’université. Mieux encore, vous avez essayé, sur les bons conseils de votre gourou, Karim Pakradouni, de dévoyer la communauté arménienne contre vos adversaires en vous faisant passer pour des Arméniens derrière les barricades. Un fiasco terminé sur les berges de la Méditerranée.

Voilà cher Massoud. Le jour où tu iras rejoindre Nizar Najarian et Béchir, vous pourrez toujours vous raconter vos exploits, qui n’en sont pas.

Michael Maschek

Nanterre, le 4 janvier 2021

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Michael Maschek se consacre à la formation et au conseil en management de projet. Il pratique avec passion la photo et sa version aérienne au drone. Auteur en 2018 de Myrtom House Building. Un quartier de Beyrouth en guerre civile chez L’Harmattan, il y découvre la chape de plomb posée sur l’historiographie libanaise par l’amnistie accordée en fin de guerre civile, au travers d’une expérience personnelle. Le 17 octobre 2019, le début des manifestations marque la fin de cette période. Il en devient alors, lui-même, à distance, un chroniqueur passionné.