Les journaux arabophones datés du 21 novembre 2025 décrivent un moment où plusieurs fronts se rejoignent. À Gaza, le cessez-le-feu est fragilisé autour de la « ligne jaune » tracée par l’armée israélienne après son retrait partiel. Au Liban, la frontière sud subit une pression militaire croissante, tandis que l’armée cherche à rester en dehors des calculs partisans. Sur le plan international, Washington avance un plan de paix controversé en Ukraine et durcit la confrontation avec l’Iran, pendant que l’Arabie saoudite renforce son partenariat stratégique avec les États-Unis.
Crise du cessez-le-feu à Gaza autour de la « ligne jaune »
Al 3arabi Al Jadid ouvre sur l’élargissement par l’armée israélienne de la zone contrôlée à l’est de la ville de Gaza, dans les quartiers d’Ash-Shaaf, An-Nazzaz et le long de la rue Baghdad. Ces déplacements de marqueurs interviennent au-delà du tracé initial de la « ligne jaune », qui devait matérialiser le retrait des troupes israéliennes selon l’accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025. Le quotidien rapporte que le bureau médiatique du gouvernement gazaoui accuse Israël d’avoir avancé ces repères d’environ trois cents mètres vers l’ouest, piégeant des dizaines de familles prises entre les blindés et les zones de bombardement.
Le même article rappelle que les frappes menées mercredi et jeudi ont fait trente-et-un morts et que le nombre de personnes tuées depuis le début de la trêve atteint environ trois cents, selon les autorités locales. Ces chiffres s’inscrivent dans la tendance relevée par plusieurs agences internationales, qui évoquent au moins vingt-cinq morts lors d’attaques israéliennes à Zeitoun, Shujaïya et Khan Younès, en dépit d’un cessez-le-feu censé stabiliser la situation depuis octobre. D’autres bilans font état de près de quatre cents violations de la trêve et de plus de trois cents Palestiniens tués depuis le 10 octobre, souvent accusés d’avoir franchi ou approché la « ligne jaune » dans le sud de la bande de Gaza.
Dans ce contexte, Al 3arabi Al Jadid met en avant les avertissements de Doha. Le Qatar condamne des frappes présentées comme « sauvages » et prévient qu’elles constituent une escalade directe contre l’accord de cessez-le-feu, appelant les garants – États-Unis, Égypte, Turquie et Qatar – à intervenir pour faire respecter le texte issu des discussions de Sharm el-Sheikh. Le journal souligne que le ministère qatari des affaires étrangères insiste sur la nécessité de préserver un canal politique pour éviter le retour à une phase de guerre totale à Gaza.
La dimension européenne apparaît également dans cette couverture. Al 3arabi Al Jadid rapporte que le ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, depuis Bruxelles, appelle toutes les parties à respecter le plan américain de cessez-le-feu validé par les Nations unies et annonce que l’Union européenne vise la formation de trois mille policiers et agents de sécurité palestiniens, la France se disant prête à déployer environ cent gendarmes dans ce cadre. Cette contribution européenne doit accompagner les efforts de reconstruction et de stabilisation de Gaza, en renforçant les institutions de sécurité locales.
Le même quotidien se fait l’écho d’un rapport de Human Rights Watch sur la Cisjordanie, qui qualifie de « nettoyage ethnique » les opérations menées dans les camps de Tulkarem, Nour Shams et Jénine, après des vagues de destructions et de déplacements forcés. L’ONG y voit des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité et demande l’ouverture d’enquêtes visant les plus hauts responsables politiques et militaires israéliens. Cette mise en cause ajoute une pression juridique internationale à la pression diplomatique déjà forte autour de la question de Gaza et de la Cisjordanie.
Pressions militaires et diplomatiques sur le Liban
Les journaux libanais établissent un lien direct entre la situation à Gaza et les risques au Sud-Liban. Ad Diyar évoque des discussions au sein des instances politiques et militaires israéliennes sur la création de zones tampons à l’intérieur du territoire libanais, inspirées du modèle de la « ligne jaune » de Gaza. Le quotidien rapporte que l’armée israélienne a menacé de frapper environ trente-cinq maisons dans le village de Beit Lif en affirmant qu’elles abritaient des armes. À la suite des appels des habitants, une force de l’armée libanaise est entrée dans la localité et a inspecté certains domiciles à la demande de leurs propriétaires, pour les rassurer, tout en refusant de se voir imposer un mandat général de fouille, ce qui aurait constitué un précédent dangereux.
Ad Diyar cite des sources européennes qui craignent que cette situation serve à faire pression sur l’armée libanaise pour l’amener à jouer un rôle de police intérieure dans les villages chiites du Sud, sous impulsion croisée de Washington et de Tel-Aviv. Les mêmes sources mettent en garde contre un effondrement accéléré des institutions en cas de nouvelle phase de confrontation, alors que la crise économique reste profonde.
Al Joumhouriya se concentre sur le bilan dressé par la Finul. Le journal indique que la force des Nations unies recense plus de sept mille cinq cents violations aériennes israéliennes et environ deux mille cinq cents violations terrestres au nord de la Ligne bleue, ainsi que le transfert à l’armée libanaise de centaines de caches d’armes découvertes dans sa zone d’opération. Ces chiffres servent à justifier la poursuite du mandat de la Finul et à plaider pour une meilleure coordination avec l’armée libanaise, présentée comme le seul acteur capable de reprendre progressivement le contrôle des zones sensibles.
Dans ses pages politiques, Al Joumhouriya revient sur la polémique liée à la visite du commandant de l’armée à Washington, finalement suspendue par la partie américaine, dans un climat de désaccord sur la mise en œuvre de la résolution 1701 et sur le calendrier de retrait des armes lourdes du Hezbollah. Le quotidien rapporte que le président de la République Joseph Aoun insiste sur la nécessité de « sortir l’institution militaire du bazar politique » et multiplie les contacts discrets avec les responsables américains pour apaiser la situation et préserver les programmes d’aide à l’armée.
Al Liwaa met en avant la dimension française. Le journal cite des sources diplomatiques affirmant que Paris n’a pas renoncé à son rôle au Liban, mais attend un rapport détaillé sur le déploiement de l’armée entre le Litani et la frontière comme préalable à une nouvelle conférence de soutien aux forces armées. Dans le même temps, Al Sharq relaie la déclaration du porte-parole du ministère français des affaires étrangères, Pascal Confavereux, qui exprime l’inquiétude de la France face à l’intensification des frappes israéliennes sur le Sud-Liban et appelle Israël à respecter la souveraineté du Liban, mais aussi à se retirer du Golan syrien occupé.
Al Sharq rappelle que ces déclarations interviennent au lendemain d’un entretien au palais de Baabda entre le président Joseph Aoun et l’ambassadeur de France Hervé Magro, centré sur la situation au Sud-Liban et sur le fonctionnement de la « commission du mécanisme » qui suit l’application de la résolution 1701. Parallèlement, le ministre des affaires étrangères Yusuf Raji, recevant la représentante spéciale de l’Union européenne pour les droits humains, appelle Bruxelles à faire pression sur Israël pour mettre fin aux frappes, permettre le retour des déplacés du Sud dans leurs villages et soutenir la préparation du retour des réfugiés syriens.
Offensive diplomatique américaine de Kiev à Téhéran
Sur le front international, Asharq Al Awsat met en avant un document présenté comme la « plan Trump pour la paix en Ukraine ». Selon le quotidien, ce texte en vingt-huit points prévoit des concessions territoriales de Kiev au profit de Moscou, notamment dans le Donbass, ainsi qu’une réduction des capacités militaires ukrainiennes, en échange d’une garantie de sécurité américaine et d’un programme de reconstruction financé en partie par les avoirs russes gelés. Le journal note que cette proposition est accueillie avec prudence à Moscou et suscite un net scepticisme à Kiev et à Bruxelles, où l’on redoute une légitimation des pertes territoriales ukrainiennes.
Les éléments publiés par Asharq Al Awsat recoupent des révélations de médias américains qui décrivent un plan utilisant jusqu’à cent milliards de dollars d’avoirs russes gelés, dont une partie des profits serait versée aux États-Unis, complété par un second paquet de cent milliards provenant de sources européennes. Le dispositif prévoit aussi des zones démilitarisées et des élections anticipées en Ukraine dans un calendrier serré, ce qui rapproche la proposition américaine de certaines demandes formulées par la Russie depuis 2022.
Asharq Al Awsat consacre également plusieurs pages au bras de fer entre Téhéran et l’Agence internationale de l’énergie atomique. À Vienne, le conseil des gouverneurs adopte une résolution demandant à l’Iran de fournir des explications sur son stock d’uranium enrichi à soixante pour cent et de permettre l’accès d’inspecteurs à des sites visés par des frappes israélo-américaines en juin. Dix-neuf États votent pour, trois contre, dont la Russie et la Chine, tandis que douze pays s’abstiennent.
En réponse, le ministre des affaires étrangères Abbas Araghchi annonce officiellement la fin de l’accord de coopération conclu au Caire en septembre entre l’Iran et l’agence onusienne. Il qualifie la résolution de « mesure illégale et injustifiée » et précise que les inspecteurs ne seront plus autorisés à accéder aux installations endommagées. Le quotidien souligne que cette rupture complique les efforts des capitales européennes qui espéraient utiliser le dossier nucléaire comme levier de désescalade régionale, au moment où Washington cherche déjà à renégocier ses rapports avec Moscou à travers le dossier ukrainien.
Dans le même journal, la visite à Washington du prince héritier saoudien Mohammed ben Salman est présentée comme un autre pilier de la recomposition en cours. Asharq Al Awsat détaille une série d’accords de défense, de technologie et d’investissement conclus avec l’administration du président Donald Trump, ainsi qu’un communiqué conjoint réaffirmant la « solidité du partenariat stratégique » entre Riyad et Washington. Le journal note que Mohammed ben Salman met en avant la priorité donnée à la stabilité régionale, à la fin de la guerre au Soudan et à la mise en œuvre d’un cessez-le-feu durable à Gaza, conditions vues à Riyad comme nécessaires pour sécuriser les grands projets d’infrastructures saoudiens.
Le pari économique libanais dans un environnement instable
Sur le plan interne libanais, les journaux convergent sur l’urgence économique. Al Joumhouriya consacre un article à la conférence « Beirut 1 », présentée comme une tentative d’attirer jusqu’à sept milliards et demi de dollars d’investissements pour la reconstruction après la guerre de 2024. Le quotidien souligne que le secteur privé arabe et international manifeste de l’intérêt pour des projets dans les télécommunications, l’énergie, le tourisme et les infrastructures, mais rappelle que la réussite de ce programme dépend étroitement du niveau de sécurité au Sud-Liban et de la capacité de l’État à garantir la stabilité réglementaire.
Al Joumhouriya insiste sur la relation directe entre sécurité et croissance, en reprenant les analyses d’experts selon lesquelles toute baisse durable des tensions au Sud permettrait un retour plus rapide des capitaux, alors qu’une nouvelle escalade repousserait les investissements vers d’autres pays de la région.
Al Sharq relaie pour sa part les déclarations du président du conseil d’administration de la Banque de l’Habitat, Antoine Habib, qui exprime l’espoir de voir la paix, la sécurité et la prospérité revenir au Liban sous la présidence de Joseph Aoun et le gouvernement de Nawaf Salam. Il affirme que la confiance commence à revenir timidement vers certains secteurs, notamment le transport aérien, tout en appelant à profiter de la visite prochaine du pape Léon XIV pour projeter l’image d’un pays qui reste attaché à la vie malgré les crises. Les journaux rappellent toutefois qu’en l’absence de stabilisation durable au Sud et de garanties claires sur la trajectoire des réformes, les promesses d’investissement resteront conditionnelles et dépendantes de l’évolution du contexte régional.
Politique locale: l’armée au cœur de l’indépendance et des pressions internationales
Un Conseil des ministres sous la pression du Sud
Au palais de Baabda, le Conseil des ministres tenu l’après-midi du 21 novembre 2025 se déroule dans une atmosphère marquée par les violences au Sud et les contraintes internationales. Sous la présidence de Joseph Aoun et en présence du premier ministre Nawaf Salam, le gouvernement adopte la plupart des quarante points inscrits à l’ordre du jour, dont la nomination d’Antoun Makroun à la direction générale de l’établissement des eaux de la Békaa. Le ministre de l’information Paul Mrad insiste, à la sortie, sur le caractère « routinier » de la réunion, mais sa description ne peut masquer les enjeux plus lourds qui entourent la séance.
Au début du Conseil, Joseph Aoun demande une minute de silence à la mémoire de l’ancien ministre et député Zahir el Khattib et des deux soldats tués la veille dans la Békaa lors d’une opération contre des trafiquants de drogue. Ce geste met d’emblée l’armée au centre de la scène politique, dans un contexte où les forces armées sont sollicitées à la fois sur la ligne de front au Sud et dans la lutte intérieure contre les réseaux criminels.
Paul Mrad confirme également que, compte tenu des circonstances sécuritaires, aucune parade militaire ni célébration officielle ne sera organisée pour l’anniversaire de l’indépendance. Il annonce en revanche la volonté de tenir une séance gouvernementale dans le Sud, une manière de signaler que l’exécutif ne se résigne pas à l’idée d’une zone grise durable au-delà du Litani. La question de la coopération avec la Syrie est aussi évoquée, le ministre parlant d’une « nouvelle page » dans les relations bilatérales et rappelant l’inscription du dossier du photographe Samir Kassab à l’ordre du jour de la commission mixte libano-syrienne.
Les messages de l’indépendance autour du soutien à l’armée
À la veille de la fête nationale, les messages politiques convergent autour d’un thème central: l’armée comme pilier de la souveraineté. Dans une déclaration relayée par plusieurs journaux, le président du Parlement Nabih Berri rappelle que l’indépendance « n’est pas un jour d’histoire ni un passé révolu, mais un examen quotidien pour les Libanais, le peuple, l’armée et l’ensemble des autorités ». Il appelle à protéger la décision nationale de toute tutelle, à défendre la souveraineté et à fournir tous les moyens de soutien aux forces armées, qualifiées d’« institution garante et protectrice du Liban et des Libanais ».
Le même texte met en garde contre les campagnes de diffamation, de délation et de mise en cause qui visent la hiérarchie militaire, en rappelant que le rôle de l’armée est « sacré » et qu’il reste lié aux valeurs de l’honneur, du sacrifice et de la loyauté. Pour Nabih Berri, l’épreuve de l’indépendance se joue désormais dans le Sud, décrit comme une « image réduite du Liban, patrie et message », où les habitants partagent « la blessure, l’espérance, le martyre et la résurrection » et se battent aux côtés de l’armée pour préserver chaque parcelle de terre nationale.
Al 3arabi Al Jadid reprend ces propos en les plaçant dans le cadre d’un appel plus large à protéger la souveraineté du Liban face aux frappes israéliennes répétées. Le journal souligne que la commémoration de l’indépendance se fait alors que le Sud reste soumis à des bombardements et que des milliers de déplacés ne peuvent pas retourner dans leurs villages.
Joseph Aoun prépare, pour le soir du 21 novembre, un message télévisé à l’occasion du quatre-vingt-deuxième anniversaire de l’indépendance. Selon Ad Diyar, ce discours doit revenir sur les développements au Sud, la situation régionale et la position officielle du Liban, tout en réaffirmant le respect de l’accord de cessez-le-feu et de la résolution 1701. Sa parole est attendue comme celle d’un chef d’État qui cumule également la fonction de commandant en chef des forces armées.
La polémique de la visite avortée du commandant de l’armée à Washington
Parallèlement à ces messages, la scène politique est traversée par la controverse liée à la visite du commandant de l’armée, le général Rudolf Haykal, initialement prévue à Washington. Al Joumhouriya décrit cette affaire comme une « bombe américaine » qui a déclenché une tempête à Beyrouth et dans les milieux officiels. Selon le quotidien, la partie américaine a modifié unilatéralement le programme de la mission en annulant plusieurs rendez-vous, ce qui a conduit le chef de l’armée à renoncer au déplacement pour éviter toute interprétation négative.
Le journal rapporte que Joseph Aoun s’est activé pour « sortir l’armée du bazar politique » et pour faire comprendre à Washington qu’un déséquilibre dans la relation bilatérale n’aiderait pas le Liban à sortir de l’impasse actuelle. Il souligne que les États-Unis restent un acteur clé, à la fois dans les discussions régionales avec Israël et dans les programmes d’aide destinés à soutenir l’économie libanaise.
Al Sharq insiste de son côté sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une rupture, mais d’une suspension de la visite, le temps que les conditions politiques soient « de nouveau mûries » par les deux parties. Le quotidien affirme qu’aucune décision américaine n’a été prise pour écarter Rudolf Haykal et rappelle que la visite devait s’inscrire dans le cadre d’une réunion annuelle consacrée à l’évaluation des besoins de l’armée et des programmes d’assistance.
Dans ses pages d’analyse, Ad Diyar présente l’épisode comme un signal de pression de Washington sur la classe politique et sur l’armée, dans le dossier du désarmement au Sud. Des sources politiques citées estiment que les États-Unis expriment ainsi leur mécontentement face au rythme jugé trop lent de l’application des engagements liés au retrait des armes lourdes et au monopole de l’État sur l’usage de la force. Pour ces sources, le refus de l’armée de se transformer en force de confrontation interne reste un point de friction.
La lutte contre la drogue comme enjeu politique de sécurité intérieure
L’arrestation de Nouh Zaiter, décrit par plusieurs titres comme l’un des plus grands trafiquants de drogue au Liban, donne un autre visage aux débats sur la sécurité. Asharq Al Awsat rapporte que l’armée a arrêté l’intéressé lors d’un guet-apens sur la route de l’église, dans la région de Baalbek, sans qu’il soit blessé. Le quotidien souligne que Zaiter est poursuivi par des dizaines de mandats d’arrêt pour trafic de drogues et d’armes, vols à main armée et enlèvements contre rançon, et qu’il est visé par des sanctions américaines, britanniques et européennes.
Al Sharq relaie le communiqué de l’armée, qui précise que les unités de renseignement poursuivent leurs opérations contre les trafiquants et les perturbateurs de la sécurité dans plusieurs régions, notamment à Akkar, où des arrestations ont permis de saisir des armes et une importante quantité de stupéfiants. Un homme est par ailleurs tué lors d’une descente à Qartaba, dans le caza de Jbeil, après des échanges de tirs avec les forces de sécurité.
Ces opérations sont interprétées comme une réponse aux accusations de laisser-faire et comme un effort pour restaurer le monopole de l’État sur la sécurité intérieure. Elles sont aussi liées, d’un point de vue politique, à la pression internationale pour que le Liban démontre sa capacité à combattre les réseaux criminels.
Les signaux de Paris et de l’Union européenne
Sur le plan diplomatique, les acteurs locaux mettent en avant le soutien d’une partie de la communauté internationale au rôle de l’armée. Ad Diyar rapporte que l’ambassadeur de France à Beyrouth, Hervé Magro, a assuré Joseph Aoun que Paris appuie la position officielle du Liban dans le cadre de la commission dite du « mécanisme » chargée de suivre la mise en œuvre du cessez-le-feu au Sud. Selon le journal, Paris fait savoir qu’elle diverge de Washington et de Tel-Aviv sur l’appréciation des engagements libanais et insiste sur le fait que l’armée respecte ses promesses.
Le même article rappelle que le porte-parole du ministère français des affaires étrangères a exprimé la préoccupation de la France face à l’intensification des frappes israéliennes sur le Sud-Liban et à leurs conséquences sur les civils. En parallèle, Al Sharq souligne la visite à Beyrouth de la représentante spéciale de l’Union européenne pour les droits humains, Kaija Ollongren, reçue par le ministre des affaires étrangères Yusuf Raji, qui demande à l’Union de faire pression sur Israël pour mettre fin aux attaques, libérer les prisonniers et permettre le retour des déplacés dans leurs villages du Sud.
Ces messages extérieurs sont mobilisés par les dirigeants libanais pour renforcer leur argumentaire interne en faveur d’un soutien accru à l’armée et d’une gestion concertée du dossier du Sud. Ils dessinent une scène politique où l’indépendance est célébrée dans l’ombre des drones. La stabilité institutionnelle reste suspendue à ces équilibres fragiles.
Citation et discours des personnalités politiques: l’indépendance, l’armée et les équilibres régionaux
Les discours politiques publiés le 21 novembre 2025 mettent au premier plan trois registres étroitement liés: l’indépendance nationale, le rôle de l’armée et la place du Liban dans un environnement régional instable. À Beyrouth comme à l’étranger, les responsables multiplient les prises de parole pour répondre aux inquiétudes liées au Sud, à la crise économique et aux recompositions diplomatiques.
Le président de la République Joseph Aoun s’apprête à prononcer une allocution télévisée à l’occasion du quatre-vingt-deuxième anniversaire de l’indépendance. Selon les comptes rendus publiés par Ad Diyar, son message doit revenir sur la situation au Sud, sur les violations israéliennes et sur l’engagement du Liban à respecter le cessez-le-feu, la résolution 1701 et les obligations fixées par la commission dite du « mécanisme », tout en réaffirmant l’attachement à la souveraineté nationale et au monopole de l’État sur la décision de guerre et de paix. Cette allocution est décrite comme un moment politique qui vise les capitales étrangères et l’opinion publique intérieure.
Dans la même perspective, Joseph Aoun reçoit à Baabda l’ambassadeur de France Hervé Magro. Al Sharq rapporte que le chef de l’État aborde avec son interlocuteur les développements au Sud, le fonctionnement de la commission du mécanisme et les difficultés liées au retour des déplacés dans leurs villages. Selon le journal, le président insiste sur le fait que le Liban a respecté ses engagements et que l’armée a déployé ses unités selon le plan convenu, tandis que Paris se montre préoccupé par l’intensification des frappes israéliennes et demande le respect de la souveraineté libanaise.
Dans les colonnes d’Al Sharq, Antoine Habib, président du conseil d’administration de la Banque de l’Habitat, saisit lui aussi l’occasion de l’indépendance pour adresser un message politique et social. Dans un communiqué publié le 21 novembre 2025, il dit espérer « que règnent la paix, la sécurité et la prospérité » au Liban, « en particulier sous la présidence de Joseph Aoun et le gouvernement de Nawaf Salam », qu’il décrit comme des responsables « s’efforçant de préserver le pays et de le conduire vers un avenir meilleur pour ses enfants ». Il affirme percevoir un début de retour de la confiance et appelle à profiter de la visite prochaine du pape Léon XIV pour montrer au monde un Liban attaché à la vie malgré les crises.
Le message du président du Parlement Nabih Berri, largement relayé par la presse, s’inscrit dans un registre plus institutionnel. Al Sharq et Ad Diyar citent des passages où il rappelle que « l’indépendance n’est pas un jour de calendrier ni un souvenir figé, mais un examen quotidien pour les Libanais, peuple, armée et autorités ». Il insiste sur la nécessité de préserver la décision nationale « de l’asservissement et de la soumission » et appelle à fournir à l’armée « tous les moyens de soutien et d’appui » afin qu’elle assume sa mission de protection du territoire et du peuple. Dans le même texte, il met en garde contre les campagnes de « suspicion et de diffamation » visant la hiérarchie militaire, qu’il assimile à des atteintes directes à l’indépendance.
Al Joumhouriya rapporte de son côté l’intervention de Joseph Aoun au début du Conseil des ministres tenu à Baabda. Le président y explique qu’en raison des circonstances sécuritaires, les célébrations officielles et le traditionnel défilé militaire sont annulés et qu’il est préférable de privilégier une cérémonie de recueillement et de décorations symboliques. Il souhaite que la prochaine fête de l’indépendance se tienne « sans un seul pouce de territoire occupé » et appelle les ministres à éviter de transformer les institutions en arènes pour des conflits partisans.
Le même Conseil des ministres fournit l’occasion à Joseph Aoun d’adresser un autre message politique. Selon Al Joumhouriya, il met en garde contre « trois types d’opposants »: ceux qui ne veulent pas travailler, ceux qui veulent faire à la place des autres et ceux qui s’emploient systématiquement à contrarier ce qui est entrepris. Il vise ainsi les acteurs qui cherchent à affaiblir la présidence et le gouvernement en cultivant l’image d’un État incapable de se réformer.
Les discours économiques occupent une place visible dans les prises de parole de ce 21 novembre. Al 3arabi Al Jadid consacre un article à la conférence « Beirut 1 », où le ministre des travaux publics Fayez Rassamni promet de pouvoir injecter plus de deux milliards de dollars dans le Trésor grâce à des projets portuaires et aéroportuaires, en s’appuyant sur des partenariats avec le secteur privé et des investisseurs étrangers. Il affirme que sa stratégie vise à améliorer la gestion, accroître les recettes et moderniser les infrastructures sans peser davantage sur les contribuables. Le journal souligne que ces promesses sont accueillies avec prudence par les experts, qui rappellent que le succès dépendra aussi de la stabilité politique et des décisions prises sur le dossier du Sud.
Dans le même article, des intervenants libanais et étrangers insistent sur la nécessité pour le Liban de présenter une image de sérieux et de continuité. Al 3arabi Al Jadid rapporte des propos de responsables économiques pour qui « la relation entre sécurité et économie est directe: là où il y a stabilité, il y a investissement ». Ils exhortent les autorités à consolider l’indépendance budgétaire de l’État, à réformer la gouvernance et à réduire la dépendance à l’aide extérieure.
Les déclarations étrangères publiées le même jour participent à ce débat. Asharq Al Awsat met en avant la lettre de remerciement adressée par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman au président américain Donald Trump à l’issue de sa visite de deux jours à Washington, au cours de laquelle ont été signés plusieurs accords dans les domaines de la défense, de la technologie et de l’investissement. Il y exprime sa gratitude pour « l’accueil chaleureux » et souligne que les entretiens ont confirmé la « solidité des relations stratégiques historiques » entre les deux pays. Le communiqué conjoint insiste sur l’engagement partagé en faveur de la stabilité régionale, de la fin de la guerre au Soudan et de la mise en œuvre d’un cessez-le-feu durable à Gaza.
Dans un registre différent, le ministre iranien des affaires étrangères Abbas Araghchi prononce une déclaration ferme après l’adoption par le Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique d’une résolution exigeant que Téhéran fournisse des informations détaillées sur son stock d’uranium enrichi à soixante pour cent et permette l’accès à des sites attaqués en juin par les États-Unis et Israël. Il qualifie cette résolution de « mesure illégale et injustifiée » et annonce la fin de « l’accord du Caire » qui encadrait la coopération entre l’Iran et l’agence.
Al 3arabi Al Jadid accorde une large place aux déclarations du ministère qatari des affaires étrangères sur Gaza. Dans un communiqué cité par le journal, Doha condamne les « attaques sauvages » menées par l’armée israélienne contre la ville de Gaza et Khan Younès et affirme qu’elles constituent « une escalade dangereuse qui menace l’accord de cessez-le-feu ». Le texte appelle les garants de l’accord, notamment les États-Unis, l’Égypte et la Turquie, à assumer leurs responsabilités et à empêcher un retour à la guerre totale.
Dans ce même numéro, Al 3arabi Al Jadid cite les propos du ministre français des affaires étrangères Jean-Noël Barrot, pour qui la poursuite des violations du cessez-le-feu rend plus difficiles les efforts de paix et aggrave la situation des civils. Il rappelle que le plan américain validé au Conseil de sécurité doit être appliqué intégralement et annonce que l’Union européenne prévoit de former trois mille policiers et agents de sécurité palestiniens, la France étant prête à déployer une centaine de gendarmes dans les territoires palestiniens.
Les discours sur la sécurité intérieure complètent ce tableau. Asharq Al Awsat souligne le communiqué de l’armée libanaise annonçant l’arrestation de Nouh Zaiter, présenté comme l’un des plus grands trafiquants de drogue du pays, lors d’une opération menée à Baalbek. Le texte rappelle que l’intéressé est visé par de nombreux mandats d’arrêt pour trafic de stupéfiants et d’armes, vols à main armée, enlèvements et tirs contre des positions de l’armée. En rendant publique cette opération, le commandement entend envoyer un message de fermeté envers les réseaux criminels.
À travers ces prises de parole, les journaux du 21 novembre 2025 dessinent une scène politique où les mots d’ordre d’indépendance, de souveraineté et de stabilité servent de fils conducteurs. Les citations de Joseph Aoun, Nabih Berri, Antoine Habib, Mohammed ben Salman, Abbas Araghchi ou des responsables qataris et européens témoignent d’un moment où chaque acteur cherche à façonner le récit de la crise, qu’il s’agisse du rôle de l’armée au Liban ou des grands dossiers régionaux, de Gaza au nucléaire.
Diplomatie: reconfiguration des alliances et marges de manœuvre du Liban
Pressions européennes et rôle de la France au Sud-Liban
La diplomatie française occupe une place centrale dans les articles du 21 novembre 2025, en lien direct avec la situation au Sud-Liban. Selon Al Sharq, le président de la République Joseph Aoun reçoit à Baabda l’ambassadeur de France à Beyrouth, Hervé Magro, pour un tour d’horizon des « développements au Sud à la lumière de la poursuite des attaques israéliennes » et du fonctionnement de la commission dite du « mécanisme », chargée du suivi du cessez-le-feu et de la résolution 1701. L’entretien porte aussi sur les relations bilatérales libano-françaises, que Paris souhaite maintenir à un niveau politique élevé, afin de rester un interlocuteur privilégié sur le dossier de la frontière sud.
Dans le même temps, le ministre français des affaires étrangères Jean-Noël Barrot, en déplacement à Bruxelles pour une réunion des ministres de l’Union européenne, appelle toutes les parties à respecter la « feuille de route américaine » de cessez-le-feu à Gaza, entérinée par le Conseil de sécurité. D’après Ad Diyar, il insiste sur la nécessité pour la France et pour l’Europe de jouer leur rôle dans la mise en œuvre de ce plan, notamment par l’organisation, avant la fin de l’année, d’une conférence avec l’Égypte consacrée à l’aide humanitaire à la bande de Gaza. Cette démarche illustre une diplomatie française qui cherche à lier la stabilisation de Gaza à la désescalade au Sud-Liban, en mettant en avant une responsabilité régionale partagée.
L’Union européenne, les droits humains et la reconstruction des villages du Sud
L’Union européenne utilise également le registre des droits humains pour intervenir dans le dossier libanais. Ad Diyar rapporte la visite à Beyrouth de Kaïsa Ollongren, représentante spéciale de l’Union européenne pour les droits humains, qui rencontre le président de la Chambre Nabih Berri à Aïn el-Tiné, ainsi que la commission parlementaire des droits de l’homme présidée par le député Michel Moussa. Les députés libanais soulignent la nécessité de mettre fin aux violations israéliennes et d’entreprendre la reconstruction des villages détruits par les bombardements, en insistant aussi sur la réforme des prisons et des centres de détention pour mineurs.
Selon le même article, la représentante européenne affirme le soutien de l’Union à travers le financement et la formation, et insiste sur l’importance du respect du droit international humanitaire et du rôle de la Finul dans le maintien de la stabilité. Ce langage place le Liban dans une relation où l’aide européenne est conditionnée par la compatibilité de ses politiques de sécurité et de justice avec les standards internationaux, mais il sert aussi de levier pour rappeler à Israël ses obligations.
Le Liban face à l’Union européenne sur Gaza et les réfugiés
Al Sharq détaille une autre facette de ce dialogue avec l’Union européenne lors de la rencontre entre le ministre des affaires étrangères et des émigrés, Yusuf Raji, et Kaïsa Ollongren. Le ministre renouvelle sa demande à l’Union de faire pression sur Israël pour qu’il cesse ses attaques contre le Liban, libère les prisonniers et permette le retour des déplacés du Sud dans leurs villages, ce qu’il qualifie de « violations évidentes des droits humains ».
Yusuf Raji met aussi en avant le dossier des réfugiés syriens. Il appelle l’Union européenne à soutenir leur retour en Syrie en présentant cette question comme un enjeu humanitaire, en rappelant que le droit pour les personnes déplacées de revenir dans leurs maisons et leurs terres fait partie des droits fondamentaux. La discussion porte enfin sur le renforcement de la coopération bilatérale dans le cadre de l’Accord de partenariat, avec l’idée d’un dialogue régulier pour aider le Liban à affronter les crises multiples qui le touchent.
Diplomatie religieuse: la visite du pape Léon XIV comme enjeu d’image
Ad Diyar consacre un article aux préparatifs de la visite du pape Léon XIV, attendue entre le 30 novembre et le 2 décembre 2025, immédiatement après un passage en Turquie pour la commémoration du 1700e anniversaire du concile de Nicée. Le journal décrit des « travaux impressionnants » et toute une série de dispositions logistiques pour assurer le succès de trois journées de prière et de rencontres, impliquant des responsables religieux et politiques de toutes les communautés.
Si cette visite relève d’abord de la diplomatie spirituelle, elle a aussi une portée internationale. Elle fournit au Liban l’occasion de projeter une image d’ouverture et de cohabitation confessionnelle, dans un moment où les articles soulignent la persistance des crises sécuritaires et économiques. Selon Al Sharq, plusieurs responsables, comme Antoine Habib, président de la Banque de l’Habitat, y voient l’occasion d’envoyer un signal positif aux partenaires étrangers, en montrant un pays qui « reste un pays de vie » malgré les difficultés.
Washington, Kiev et Moscou: la « plan Trump » au cœur du jeu diplomatique
Sur le plan international, les journaux accordent une grande attention à la « plan Trump » pour l’Ukraine. Ad Diyar explique que l’administration du président Donald Trump a préparé un plan de paix composé de vingt-huit points pour mettre fin à la guerre russo-ukrainienne, selon des responsables américains cités dans la presse de Washington. Le texte prévoirait notamment le transfert complet de la région du Donbass à la Russie, y compris des zones encore contrôlées par l’armée ukrainienne, ainsi qu’un gel des ambitions de Kiev en matière d’adhésion à l’OTAN pendant plusieurs années, en échange de garanties sécuritaires américaines et de l’envoi d’une force internationale de maintien de la paix à l’intérieur du pays.
Le bureau du président Volodymyr Zelensky publie, le 21 novembre 2025, un premier commentaire. D’après Ad Diyar, ce communiqué indique la « disponibilité de l’Ukraine à travailler avec les États-Unis » sur les éléments de la proposition, une fois clarifiés les « principes de base » du plan. Il réaffirme que Kiev soutient toute initiative susceptible de conduire à une paix véritable, tout en rappelant que l’Ukraine a, depuis le début de l’année, approuvé des propositions de Trump visant à stopper l’effusion de sang.
Al 3arabi Al Jadid revient sur les révélations du site américain Axios, qui décrit la manière dont l’émissaire américain Steve Witkoff a travaillé avec des responsables russes et ukrainiens depuis fin octobre pour élaborer ce plan en vingt-huit points, présenté comme « la plan Trump pour la paix ». Le quotidien souligne que ce texte a été élaboré en marginalisant largement les Européens, ce qui nourrit un malaise à Bruxelles.
Réaction européenne et inquiétudes autour de la médiation américaine
Les réactions des capitales européennes sont largement relayées. Al 3arabi Al Jadid rapporte les propos du ministre polonais des affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, qui rappelle que l’Europe « attend d’être consultée » sur toute initiative de paix, car la sécurité du continent est en jeu. Le ministre espagnol José Manuel Albares affirme qu’aucun plan ne peut être appliqué sans la participation de l’Ukraine et de l’Union européenne, tandis que le chef de la diplomatie allemande, Johann Vadevoll, insiste sur le fait qu’il n’est pas possible de discuter de cessez-le-feu ni d’évolution politique sans Kiev.
Dans le même article, le chef de la chancellerie allemande, Torsten Frei, critique le risque d’un accord qui permettrait au président russe Vladimir Poutine de réaliser des objectifs militaires qu’il n’a pas pu atteindre sur le champ de bataille. Cette inquiétude rejoint celle de responsables européens cités par Ad Diyar, qui considèrent que l’acceptation de la version actuelle du plan reviendrait à avaliser un scénario perçu comme une forme de capitulation de l’Ukraine.
Le bras de fer nucléaire entre Téhéran et l’Agence internationale de l’énergie atomique
Asharq Al Awsat détaille un autre dossier explosif: la relation entre l’Iran et l’Agence internationale de l’énergie atomique. À Vienne, le conseil des gouverneurs adopte, le 21 novembre 2025, une résolution qui demande à Téhéran de coopérer pleinement, de fournir des données précises sur son stock d’uranium enrichi à 60 % et d’autoriser l’accès à des sites nucléaires visés par des frappes israélo-américaines en juin. Dix-neuf États approuvent le texte, trois s’y opposent et douze s’abstiennent.
En réaction, le ministre iranien des affaires étrangères Abbas Araghchi annonce officiellement la fin de « l’accord du Caire », conclu en septembre 2024 entre l’Iran et l’agence, qui encadrait leur coopération technique. Il dénonce une démarche « illégale et injustifiée » et précise que les inspecteurs ne seront plus autorisés à visiter les installations endommagées. Cette décision complique les tentatives des capitales européennes de relancer un dialogue sur le nucléaire iranien au moment où les tensions régionales, de Gaza au Liban, restent vives.
La visite de Mohammed ben Salman à Washington et la redéfinition d’un axe stratégique
Asharq Al Awsat consacre plusieurs pages à la visite de quarante-huit heures du prince héritier saoudien Mohammed ben Salman à Washington, présentée comme le lancement d’« une nouvelle phase du partenariat stratégique » entre l’Arabie saoudite et les États-Unis. Le quotidien rappelle que le président Donald Trump a officiellement désigné l’Arabie saoudite comme « allié majeur hors OTAN » et approuvé la vente d’avions de combat F-35, une première pour une armée arabe.
Le journal met l’accent sur la signature d’une série d’accords: défense stratégique, partenariat en intelligence artificielle, coopération dans l’énergie nucléaire civile et sécurité des chaînes d’approvisionnement en uranium et métaux critiques. Un article économique du même numéro évoque un total d’engagements d’investissements de l’ordre de 575 milliards de dollars, dont 270 milliards issus du Forum d’investissement américano-saoudien, qui couvre des secteurs allant de la défense à l’énergie, en passant par le numérique et les métaux rares.
Pour Asharq Al Awsat, cette visite marque un basculement: le partenariat n’est plus seulement militaire ou pétrolier, mais devient une alliance structurée par la technologie et l’investissement, avec l’ambition pour Riyad de jouer un rôle central dans la recomposition du Moyen-Orient, notamment sur la question palestinienne et sur les dossiers libanais.
Répercussions régionales pour le Liban et la question palestinienne
Les journaux laissent entendre que cette recomposition diplomatique pèse sur le Liban. D’un côté, les démarches françaises et européennes au Sud, combinées à la présence de la Finul, visent à encadrer les risques d’escalade et à soutenir l’armée libanaise comme interlocuteur principal. De l’autre, le renforcement du partenariat saoudo-américain et la confrontation grandissante entre Washington et Téhéran sur le nucléaire redessinent les lignes de fracture régionales.
Dans ce contexte, la diplomatie libanaise, illustrée par les rencontres de Joseph Aoun avec Hervé Magro et celles de Yusuf Raji avec Kaïsa Ollongren, cherche à maintenir des marges de manœuvre, en sollicitant un appui européen pour contenir les frappes israéliennes et alléger le poids des déplacements de population. Les articles montrent un pays qui tente d’utiliser tous les registres diplomatiques – politiques, économiques et religieux – pour rester audible au milieu de négociations globales qui se jouent en grande partie ailleurs, de Vienne à Washington et de Bruxelles à Riyad.
Politique internationale: recomposition des rapports de force autour de Washington, Riyad, Téhéran et Moscou
Le dossier ukrainien au centre de la stratégie américaine
L’attention internationale reste focalisée sur la guerre en Ukraine, avec la circulation d’une « plan Trump » qui cherche à transformer le rapport de forces sur le terrain en règlement politique. Selon Asharq Al Awsat, cette proposition américaine détaille en vingt-huit points un schéma où l’Ukraine renoncerait à certaines zones du Donbass au profit de la Russie, en échange de garanties de sécurité, d’un programme de reconstruction financé notamment par les avoirs russes gelés et du déploiement d’une force internationale à l’intérieur du pays, sous supervision américaine, alors que Donald Trump est président des États-Unis depuis 2025 et affiche l’objectif de réduire le coût direct de la guerre pour Washington.
Les capitales européennes réagissent avec prudence. Les articles citent des responsables à Berlin, Madrid et Varsovie qui refusent l’idée d’un accord validant des gains territoriaux russes, au motif qu’il récompenserait l’usage de la force et affaiblirait la dissuasion collective en Europe centrale. Les gouvernements concernés soulignent qu’aucune solution ne peut être durable si elle ne prend pas en compte les positions de Kiev et de l’Union européenne, et rappellent que la sécurité du continent reste directement liée au statut de l’Ukraine.
Dans ce débat, la Russie apparaît en position d’attente. Les analyses publiées dans Asharq Al Awsat montrent que le Kremlin accueille favorablement l’idée d’un gel du conflit sur des lignes proches de la situation militaire actuelle, mais qu’il s’inquiète des conditions de levée des sanctions et de l’encadrement international du futur dispositif de sécurité. Le texte souligne que Moscou cherche à préserver une marge de manœuvre, tout en testant la cohésion occidentale face à une proposition élaborée à Washington.
Tension accrue entre l’Iran et l’Agence internationale de l’énergie atomique
En parallèle, les rapports entre Téhéran et l’Agence internationale de l’énergie atomique se dégradent. Asharq Al Awsat rapporte que le Conseil des gouverneurs adopte le 21 novembre 2025 une résolution présentée par les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, exigeant de l’Iran des éclaircissements sur son stock d’uranium enrichi à 60 % et un accès sans délai aux sites ayant été visés par des frappes israélo-américaines en juin 2025. Le texte obtient dix-neuf voix sur trente-cinq, trois oppositions et douze abstentions.
Les auteurs de la résolution affirment que ce niveau d’enrichissement n’a pas de justification civile et que la production et le stockage de quantités élevées d’uranium à 60 % constituent un sujet de préoccupation majeur pour la communauté internationale. Ils demandent le retour à un régime de surveillance proche de celui qui avait cours avant l’effondrement de l’accord nucléaire précédent, avec des inspections renforcées et un accès élargi aux données.
En réponse, le ministre iranien des affaires étrangères Abbas Araghchi annonce officiellement la fin de l’« accord du Caire », signé en septembre 2024 pour encadrer la coopération entre Téhéran et l’agence onusienne, et juge la résolution « illégale » et « injustifiée ». Il précise que les inspecteurs ne seront plus autorisés à accéder aux installations endommagées par les bombardements, ce qui réduit encore la transparence du programme nucléaire iranien.
Les analyses publiées soulignent que cette rupture complique les efforts des capitales européennes. Celles-ci espéraient utiliser le dossier nucléaire pour créer un espace de dialogue plus large avec l’Iran sur les crises régionales, de Gaza au Liban, en passant par le Yémen. Désormais, elles doivent gérer un double front: la guerre en Ukraine et un risque de prolifération au Moyen-Orient.
Partenariat saoudo-américain: une alliance redéfinie
Asharq Al Awsat consacre plusieurs pages à la visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salman à Washington et décrit un partenariat redéfini avec l’administration de Donald Trump. Le journal rappelle que le président américain annonce pendant cette visite la désignation officielle de l’Arabie saoudite comme « allié majeur hors OTAN » et approuve la vente d’avions de combat F-35, considérés comme les appareils les plus avancés au monde, à une armée arabe pour la première fois.
La visite débouche sur la signature d’une série d’accords structurants. Asharq Al Awsat mentionne une « accord de défense stratégique », une « partenariat stratégique pour l’intelligence artificielle » et un cadre pour la coopération en matière d’énergie nucléaire civile, visant la construction d’un programme de production électrique à partir du nucléaire avec un rôle central confié aux entreprises américaines. S’y ajoutent un « cadre stratégique pour la sécurité des chaînes d’approvisionnement en uranium, métaux et aimants permanents » et des dispositifs pour faciliter les investissements saoudiens aux États-Unis, avec une orientation vers les infrastructures et les technologies de pointe.
Le même journal détaille des engagements d’investissement globaux évalués à plusieurs centaines de milliards de dollars, incluant dix-sept nouveaux contrats signés par Aramco pour un montant de trente milliards de dollars, portant à plus de cent vingt milliards le total de la coopération de la compagnie saoudienne avec des entreprises américaines dans le gaz naturel liquéfié et les services technologiques avancés.
Mohammed ben Salman envoie une lettre de remerciement à Donald Trump à la fin du voyage, dans laquelle il souligne que les discussions ont confirmé la « solidité des relations stratégiques historiques » entre les deux pays et qu’elles ont porté sur la situation au Moyen-Orient, sur la péninsule coréenne et sur la coordination en matière de sécurité énergétique. Le communiqué conjoint insiste sur l’engagement commun à la stabilité régionale, à la lutte contre le terrorisme et au soutien d’un cessez-le-feu durable à Gaza.
Guerre au Soudan: la médiation saoudo-américaine et les réactions locales
La guerre au Soudan reste un autre champ de la compétition diplomatique. Asharq Al Awsat rapporte que les déclarations de Donald Trump, annonçant qu’il répond à la demande de Mohammed ben Salman en s’engageant personnellement à faire pression pour mettre fin au conflit, sont accueillies positivement par une large palette d’acteurs soudanais.
Le journal cite le Conseil de souveraineté de transition, le gouvernement basé à Port-Soudan, la direction des Forces de soutien rapide et le gouvernement de « Ta’sis » installé à Nyala, ainsi que plusieurs partis politiques civils, y compris certains qui réclamaient auparavant la poursuite des opérations militaires. Cette convergence souligne l’importance accordée au rôle de la « quadripartite internationale » pour le Soudan, composée des États-Unis, de l’Arabie saoudite, du Royaume-Uni et des Émirats arabes unis, qui a proposé une feuille de route le 12 septembre 2025.
Les articles décrivent une situation intérieure très précaire, avec un pays fragmenté entre plusieurs centres de pouvoir, une crise humanitaire aiguë et une économie en ruine. Ils insistent sur le fait que l’adhésion verbale des acteurs soudanais à la médiation ne garantit pas l’application réelle d’un cessez-le-feu, mais qu’elle crée une base politique pour faire pression sur les parties qui refuseraient un compromis.
Yémen, Israël et droits humains: pressions sur d’autres fronts
Asharq Al Awsat publie également un rapport de la « Réseau yéménite pour les droits et les libertés » à l’occasion de la Journée mondiale de l’enfance, le 20 novembre. Ce document recense 28 005 violations commises en dix ans contre des enfants par le mouvement houthiste soutenu par l’Iran, dont 4 595 cas de mort, 6 317 blessures liées aux bombardements, aux mines et aux tirs de sniper, ainsi que des cas de recrutement forcé, d’enlèvements et de détentions arbitraires.
Le rapport décrit une stratégie de guerre qui fait des enfants des cibles directes ou indirectes, en utilisant les écoles, les quartiers d’habitation et les espaces de jeu comme terrains d’affrontement. Il dénonce aussi la diffusion d’idéologies extrémistes dans les programmes scolaires imposés par le mouvement, ce qui, selon les auteurs, crée des cycles de violence difficiles à rompre.
Sur le front palestinien, Al 3arabi Al Jadid reprend un long rapport de Human Rights Watch sur les opérations israéliennes dans les camps de Tulkarem, Nour Shams et Jénine, en Cisjordanie, au début de l’année 2025. L’ONG y parle de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’humanité », en évoquant des déplacements forcés de populations, la destruction systématique de maisons et de biens, et la privation d’accès à un logement sûr pour des dizaines de milliers de personnes.
Le texte décrit des familles contraintes de fuir après des annonces diffusées par haut-parleurs ou par des drones, sans solution de repli organisée, ce qui a conduit à la surpopulation de maisons d’accueil, de mosquées et d’écoles transformées en abris improvisés. Human Rights Watch appelle à l’ouverture d’enquêtes visant les principaux dirigeants politiques et militaires israéliens, afin d’établir leurs responsabilités dans ces opérations.
Diplomatie asiatique: péninsule coréenne et sommet Égypte–Corée du Sud
Au-delà du Moyen-Orient et de l’Europe, Asharq Al Awsat se penche sur deux séquences diplomatiques asiatiques. La première concerne la péninsule coréenne. Le journal rappelle les propos du ministre sud-coréen des affaires étrangères Cho Hyun, qui affirme que la dénucléarisation de la péninsule est une « nécessité impérative » et qu’il faut empêcher cette région de devenir un foyer de conflit armé majeur.
Cet appel intervient dans un contexte de tensions croissantes entre la Corée du Nord et ses voisins, sur fond de tests de missiles répétés et de durcissement des alliances militaires. La diplomatie sud-coréenne cherche, selon les articles, à conjuguer fermeté sur la question nucléaire et ouverture au dialogue, tout en s’appuyant sur le soutien des États-Unis et des partenaires régionaux.
La deuxième séquence est la visite du président sud-coréen Lee Jae Myung au Caire. Asharq Al Awsat rapporte que le sommet avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi se concentre sur l’investissement, la culture et l’éducation, avec l’objectif de renforcer les échanges économiques et technologiques entre les deux pays.
Les discussions portent notamment sur des projets d’infrastructures, de transport et d’énergie, sur des coopérations universitaires et sur la promotion de programmes culturels communs. Le journal souligne que l’Égypte cherche à diversifier ses partenariats stratégiques en Asie pour réduire sa dépendance à l’égard des bailleurs traditionnels, tandis que la Corée du Sud voit dans ce partenariat une manière d’étendre sa présence économique en Afrique et au Moyen-Orient.
Économie: entre relance espérée et fractures structurelles
Les journaux du 21 novembre 2025 décrivent une économie libanaise suspendue entre un discours de relance et une réalité sociale encore marquée par l’effondrement des dernières années. La conférence « Beirut 1 », les annonces de coopération avec les institutions financières internationales et les appels à la diplomatie économique se heurtent à la persistance des bas salaires, de la dépréciation monétaire et de la fragilité des services publics.
Le rôle central de la conférence « Beirut 1 »
Al Joumhouriya consacre plusieurs pages à la conférence « Beirut 1 », présentée comme une tentative structurée pour ouvrir une nouvelle phase de l’économie libanaise après la guerre de 2024. Le journal indique que l’objectif déclaré des organisateurs est de mobiliser plus de 7,5 milliards de dollars d’investissements, jugés réalistes au regard de l’intérêt affiché par le secteur privé arabe et international pour des projets au Liban, notamment dans les infrastructures, le tourisme, l’énergie, les télécommunications et les technologies de l’information. Les débats mettent l’accent sur la nécessité de déplacer le modèle économique d’une logique de consommation vers une logique de production et d’exportation, en s’appuyant sur les capacités humaines du pays, encore considérées comme un atout majeur malgré l’émigration massive des dernières années.
Le même article souligne que, malgré la crise, le Liban continue de bénéficier d’une position logistique et d’un capital humain qui, en théorie, lui permettent d’attirer des investissements de qualité. Les experts cités insistent toutefois sur une condition jugée incontournable: la stabilisation sécuritaire, en particulier au Sud. La relation directe entre sécurité et économie y est rappelée à plusieurs reprises. Sans trêve durable ni réduction sensible du risque militaire dans les zones frontalières, aucun plan de relance ne pourra attirer des capitaux patients ni convaincre les entreprises de s’engager sur le long terme.
Al 3arabi Al Jadid revient également sur « Beirut 1 » en décrivant l’évènement comme une tentative de relancer la confiance plutôt que comme une simple vitrine. Le journal rapporte les propos du ministre des Travaux publics Fayez Rassamni, qui affirme que son ministère peut générer plus de deux milliards de dollars de recettes pour le Trésor grâce à une meilleure gestion des ports et de l’aéroport, en s’appuyant sur des partenariats avec le secteur privé et sur des mécanismes de concession. Il évoque des projets de modernisation des infrastructures et de renforcement de la capacité de transit du pays, afin de repositionner le Liban comme plateforme régionale de transport et de services.
Les accords avec les institutions financières internationales
Parallèlement au discours porté par « Beirut 1 », Ad Diyar met en lumière une autre dimension de la scène économique: la signature de cinq accords avec la Société financière internationale, bras du Groupe de la Banque mondiale dédié au secteur privé. Le journal précise que ces accords visent à soutenir des investissements dans les infrastructures, l’énergie, les petites et moyennes entreprises et les projets à forte valeur ajoutée, dans le but déclaré de créer des emplois et de renforcer la résilience de l’économie libanaise face aux chocs extérieurs.
La visite du responsable régional de la Banque mondiale et de l’équipe de la Société financière internationale à Beyrouth est présentée comme un signal positif. Les représentants de l’institution saluent la présence, au sein du gouvernement, d’interlocuteurs issus du secteur privé, jugés plus aptes à comprendre les contraintes des entreprises et les attentes des investisseurs. Ils soulignent cependant que la réussite de ces programmes dépendra de la capacité de l’État à clarifier les règles du jeu, à réduire les obstacles administratifs et à améliorer l’efficacité du système judiciaire dans le règlement des différends commerciaux.
Al Liwaa apporte un complément à ce tableau en rapportant la rencontre entre Nabih Berri et le vice-président de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Les échanges portent principalement sur le dossier de la reconstruction, notamment au Sud et dans les zones gravement touchées par la guerre de 2024. Les responsables de la Banque mondiale mettent en avant des axes comme la réhabilitation des réseaux électriques, la remise en état des routes et la rénovation des infrastructures éducatives, tout en rappelant que l’institution attend du Liban des plans chiffrés et accompagnés de mécanismes de suivi pour s’assurer que les fonds soient utilisés de manière efficace.
Les appels à une diplomatie économique structurée
Dans les colonnes d’Al Sharq, la question de la diplomatie économique apparaît comme une réponse possible aux contraintes internes. Le journal couvre une formation organisée au profit de cadres libanais, en coopération avec l’ambassade d’Italie et l’université de Rome Tor Vergata. Le professeur Gustavo Piga, directeur du master international en achats publics, explique que la diplomatie économique repose sur l’usage stratégique des outils économiques et des négociations pour atteindre les objectifs de politique étrangère d’un pays, en mettant l’accent sur l’attraction des investissements, l’ouverture des marchés et la mobilisation de financements internationaux.
Le vice-président de l’Institut Bassel Fleyhan, Ghassan Zaani, souligne que cette approche revêt une importance particulière pour un pays comme le Liban, marqué par une crise financière profonde, une faiblesse institutionnelle et un besoin urgent de soutien externe. Il insiste sur le fait qu’une diplomatie économique efficace peut aider à restaurer la confiance des investisseurs, à négocier des paquets d’aide plus avantageux, à soutenir les réformes et à reconnecter l’économie libanaise avec les marchés mondiaux.
La cheffe de mission par intérim de l’ambassade d’Italie à Beyrouth, Silvia Tozzi, rappelle de son côté que son pays considère le renforcement des institutions libanaises et des capacités humaines comme une priorité. Elle souligne que les diplomates jouent un rôle clé pour accompagner l’agenda des réformes et appuyer les projets de développement financés par l’Union européenne et par les agences de coopération bilatérales.
Un marché du travail toujours sous pression
En miroir de ce discours tourné vers les investisseurs et la relance, plusieurs journaux rappellent la situation difficile des travailleurs. Ad Diyar consacre un article aux bas salaires et à la dégradation du pouvoir d’achat depuis 2019. Le quotidien rappelle que, dès le début de la crise, des dizaines de milliers de Libanais se sont retrouvés avec des emplois faiblement rémunérés, ne couvrant plus les besoins élémentaires. Il rappelle aussi que les mobilisations sociales ont commencé alors que le dollar valait encore environ 2 500 livres libanaises, avant que la dépréciation ne s’accélère jusqu’à atteindre un niveau d’environ 100 000 livres pour un dollar.
Ad Diyar insiste sur le fait que la crise ne se limite pas aux salaires. Elle touche aussi la qualité des services publics, la gestion des administrations et le non-respect des droits les plus élémentaires des employés dans de nombreuses entreprises. Le journal évoque des cas d’horaires extensifs, d’absence de couverture sociale et de retards de paiement, dans un contexte où les mécanismes de contrôle étatique sont affaiblis et où les syndicats ont du mal à imposer un rapport de force efficace.
Al 3arabi Al Jadid met cette situation en perspective avec des analyses plus globales sur le marché du travail. Le journal cite des économistes qui anticipent, aux États-Unis, une période où la création d’emplois ralentit et où les licenciements se multiplient. Ils décrivent un environnement où ceux qui ont un emploi bénéficient d’une relative sécurité, tandis que les chômeurs peinent à retrouver un travail. Cette dualité est présentée comme un phénomène qui peut aussi s’observer dans des économies en crise, où une partie de la main-d’œuvre est protégée par des secteurs encore dynamiques, alors que le reste fait face à un chômage persistant et à l’absence de perspectives.
Les signaux de confiance et leurs limites
Enfin, plusieurs déclarations relayées par la presse tentent d’envoyer des signaux de confiance. Al Sharq publie un message du président-directeur général de la Banque de l’Habitat, Antoine Habib, qui exprime l’espoir de voir la paix, la sécurité et la prospérité revenir au Liban, en particulier dans le mandat du président Joseph Aoun et du premier ministre Nawaf Salam. Il affirme que la confiance commence à revenir et que le pays a une occasion de se repositionner dans son environnement arabe et international, si les autorités savent tirer parti des échéances diplomatiques à venir et des visites de haut niveau, notamment celle du pape Léon XIV.
Les articles économiques du jour laissent toutefois apparaître un décalage entre ce discours et la réalité sociale. Entre les grands chiffres de « Beirut 1 », les accords avec la Banque mondiale et les formations en diplomatie économique, d’un côté, et la persistance des bas salaires, des services publics dégradés et d’une insécurité économique chronique, de l’autre, et de nouvelles inégalités, l’économie libanaise reste prise dans une tension permanente entre promesse de relance et contraintes structurelles, sous la menace constante de l’instabilité régionale.



