Sur la route des Cèdres du Barouk
Sur la route des Cèdres du Barouk

Les rétrospectives de l’année écoulée sont souvent douloureuses, mais le passage à l’année nouvelle, est obligatoire. Encore le cap d’une année à franchir. En regardant une dernière fois, à la dérobée, en arrière.

Avec cette angoisse planétaire qui monte depuis presque vingt ans : l’incertitude du lendemain, les crises financières, l’expansion démographique, la violence idéologique, les replis identitaires, les conflits culturels, le réchauffement climatique, les migrants échoués sur les plages, les populations prises en otages, le peuple syrien (24 millions) pris en tenailles entre une dictature avide, retorse et inexorable et un califat hypothétique, délirant et criminel… sans oublier ce printemps arabe qui s’est transformé en un champ de ruines. Et le Liban qui continue à voguer sur des flots improbables, tel un navire sans capitaine et sans gouvernail. Tous ces malentendus, ce dialogue de sourds et cet irrationnel humain qui nous parvient sans filtre, nous harcèle et nous envahit de toutes parts. Au Liban, nous continuons, victimes et complices, à être à la merci, des ambitions régionales et communautaires des uns et des autres. Nous servons des maîtres et des tuteurs car nous n’avons pas su ni grandir, ni nous définir ou nous entendre.

Même les étoiles en sont à leur septième édition de guerre (‘Star Wars’) qui connaît un succès planétaire. La planète est un vaisseau qui traverse, dangereusement, l’espace et le temps. Et nous sommes inscrits dans ce voyage, avec nos passions, nos cultures, nos déchéances, nos lâchetés, nos actes d’héroïsme et nos succès. Cette aventure commencée il y a quelques millions d’années et qui s’est accélérée et organisée, depuis 5 000 ans avec l’apparition de l’écriture, les rites funéraires et les dieux, pour pouvoir entrer dans la continuité de l’histoire.

Et toujours nos passions archaïques qui empêchent notre prise de conscience parce qu’il faut gérer, les contraintes incessantes du quotidien et assurer sa survie immédiate et ses besoins. Nous sommes faits de chair et de sang et sommes animés par le désir de pouvoir. Peut-être parce que nous savons (individus et nations) que nous sommes mortels. C’est là notre seule certitude.

Heureusement il reste la révélation de l’art, de l’esprit sous ses différentes formes (intellect et mystique) pour nous accorder une sorte de répit, d’absolu relatif, pour nous accrocher à une lueur d’espoir.

Et puis surtout l’empathie et l’amour fusionnel de l’humain qui, même défiguré par la violence, demeure capable de tendresse, d’humour, d’enfance et de générosité.

Entre le monstrueux et le merveilleux, l’épouvante et l’émotion, nous restons coincés. Nous ne pouvons aller que de l’avant. Il faut passer les 12 coups de minuit et basculer dans le chiffre suivant, pour un semblant de rationalité.

Bienvenue en 2016.

Bahjat Rizk