Chose promise depuis son arrivée au Liban, le 30 décembre 2019, après avoir fui le Japon, Carlos Ghosn a tenu ce mercredi 8 janvier, une conférence de presse où il est revenu sur les circonstances qui ont mené à la chute de l’homme à la tête de l’alliance automobile franco-japonaise Renault Nissan.

S’exprimant en plusieurs langues devant 150 journalistes accrédités à cette occasion dans le centre du syndicat de la presse libanaise, Carlos Ghosn a d’abord salué le Liban, un pays qui l’a soutenu en dépit des circonstances. L’homme d’affaire a dénoncé les conditions d’incarcération – avec même une laisse autour de sa taille lors de ses promenades quotidiennes ou les refus faits de pouvoir voir sa famille – dont il a fait l’objet au Japon depuis le 18 novembre 2018.

Carlos Ghosn a indiqué ignorer les faits qu’il lui étaient reprochés alors que les autorités nippones exigeaient sa confession. Ils auraient également menacé de s’en prendre à sa famille.

Il a rendu hommage notamment à sa famille, aux Libanais, à ses avocats par le Monde, et à tous ses soutiens face à un système qu’il décrit comme étant corrompu. Il a également évoqué le cas de Greg Kelly, un autre cadre de Renault Nissan actuellement toujours aux mains de la justice japonaise.

Selon Carlos Ghosn, le dossier monté contre lui a été monté par une poignée d’individus du groupe Nissan avec le procureur japonais. “Je n’ai pas fui la justice, j’ai fui l’injustice”, précise l’homme estimant qu’il n’avait pas d’autre choix que de fuir pour se protéger face à un procès inéquitable.

“La Vérité est sans objet face à ces individus”, déclare Carlos Ghosn, qui indique que le taux d’inculpation atteint 99.4% au Japon.

“Les charges contre moi sont infondées”, estime l’Homme d’affaire qui indique que la justice japonaise aurait divulgué de fausses informations à la presse et refusé de tenir les dates du procès. Ils ont tenté pendant 18 mois de rompre ses esprits, indique Carlos Ghosn.

Pourquoi tout ceci s’est produit?

C’est un complot organisé pour 2 raisons principales:
La performance de Nissan commençait à baisser au début 2017, alors que Carlos Ghosn s’était retiré vers 2016 suite à l’alliance avec Mitshubishi pour redresser cette marque. Il a rappelé avoir redressé depuis 1999, la marque Nissan avec une trésorerie de 20 milliards de dollars.

En 2018, le déclin a été renforcé par la nouvelle équipe, provoquant une inquiétude chez Nissan.

La loi Florange accordait un double vote aux actionnaires détenant des actions depuis 2 ans. 2/3 des actionnaires ont voté pour exclure l’application de cette loi suite à la montée du capital de l’état français. Cela aurait déplu aux partenaires japonais, Nissan et le gouvernement local. Ils ont rappelé que Nissan détient 15% des actions sans droit de vote, provoquant une défiance envers lui et Renault.

Il a rappelé avoir accepté l’offre de reconduction fin 2018 pour faire converger les 2 groupes automobiles. Pour cela, un système a été proposé.

“Pour certains responsables japonais, la seule manière de se débarrasser de Renault était de se débarrasser de Carlos Ghosn”, accuse-t-il.

Qui faisait partie du complot?

Chikawaku Imazou, Toyoda, lien entre le conseil de Nissan et les autorités seraient impliqués dans le montage du dossier contre l’Homme d’Affaire.

Il a cependant indiqué ne pas vouloir nommer les responsables politiques japonais en respect avec l’hospitalité libanaise et pour ne pas nuire aux intérêts du gouvernement libanais.

Le procureur japonais serait aussi lié à ce complot, ainsi que l’avocat de Nissan LW utilisé par le passé, précise Carlos Ghosn.

Comment cela s’est-il produit?

Cela en raison de l’irréversibilité de l’alliance.

Carlos Ghosn a indiqué qu’il n’était donc plus président et qu’il déléguait les décisions à d’autres niveaux. Il s’est déclaré être surpris et ne avoir pu se douter de ce complot, rappelant l’attaque japonaise de Pearl Harbor durant la 2ème guerre mondiale.

La mise en scène de son arrestation: il n’a pas été arrêté à l’aéroport ou dans l’avion, les autorités japonaises ayant annoncé d’abord un souci avec son passeport. Ce n’est que par la suite qu’il a été informé de son arrestation.

L’homme d’affaire dénonce la collusion entre les dirigeants de Nissan et le procureur japonais.

“On vous arrête pour non-déclaration de déclarations qui n’ont pas été payées”, indique Carlos Ghosn qui dénonce ce motif qu’il estime ne pas en être un.

130 jours de prison, confiné, lumière jour et nuit, surveillé en permanence sauf les weekends, 6 jours sans contact humain pour le nouvel an, 2 fois par semaine une douche, pas de médicaments sauf ceux de la prison, impossible de parler avec quelqu’un qui puisse le comprendre, la présomption de culpabilité dès le début, il faut avouer

Il a rappelé que son épouse fait l’objet d’un mandat d’arrêt alors qu’il a annoncé cette conférence de presse.

Au sujet de son épouse, il en a salué le courage. Il a indiqué qu’elle a quitté parce qu’elle avait peur toutefois pour revenir et y être interrogé.

Les 4 charges dont il est accusé

Il faisait face à un procureur et 3 juges. Il a accusé le procureur “d’être le patron” qui essayait de retarder les sessions du tribunal. En quittant le Japon, rappelle Carlos Ghosn, il n’y avait pas encore de date concernant les premiers chefs d’accusation.

Il n’y avait aucune chance que je sois traité équitablement. J’étais l’otage d’un pays que j’avais servi pendant 17 ans. J’ai ressuscité une compagnie.”

Selon les avocats, 5 ans au Japon auraient été nécessaires pour débuter les procès, rappelant que le taux d’inculpation atteint 99.4%. Carlos Ghosn se sentait otage, rappelant le fait d’avoir pu ressusciter une compagnie moribonde.

1ère accusation: le fait que je n’ai pas déclaré un salaire qui n’a pas été payé. Il rappelle que Nissan a plaidé coupable à ce sujet. Cependant, les avocats du groupe ont indiqué qu’ils estiment la compagnie non-coupable, selon certains documents.
Aucun pays démocratique ne permet de mettre une personne en prison sur cet acte d’accusation.

Il rappelle qu’un cadre étranger peut recourir à ce type de contrats sans coût pour l’entreprise et que l’ensemble des dirigeants de l’alliance était présente.

Il indique que la réserve du Directeur Général n’est pas une caisse noire mais est sujette à certaines vérifications, et notamment via des conseils juridiques ou encore des contrôleurs.

“Il n’y a pas un dollar payé sur la réserve sans ma signature”, rappelle l’ex-patron.

Il rappelle que la justice japonaise a saisi tous les documents et que la défense a du les reconstituer.

Carlos Ghosn rappelle que des témoignages sont parvenus de responsables de Nissan de différentes régions. Il souligne que ces témoignages restent d’un point d’ordre commercial, notamment pour lancer une offensive face à Toyota et où les constructeurs européens sont pratiquement absents. Il dénonce l’interprétation des autorités judiciaires japonaises qui ont concentré leur accusation sur des phrases sorties de leur contexte.

Il accuse les autorités japonaises d’avoir dépensé 200 millions de dollars dans le cadre de cette enquête, une somme qui a nuit à l’image de Nissan. Il rappelle que tant Renault et Nissan ont été affecté. Renault aurait perdu 5 milliards d’euro, soit 35% de la valeur en bourse, depuis le début en raison de la mauvaise image donnée à l’entreprise.

Les seuls entreprises qui ont baissé en bourse sont Renault, Nissan et Mitsubishi, contrairement aux autres constructeurs qui ont progressé de 12% en moyenne.

Concernant l’affaire de Versailles et le choix de ce palais pour laquelle il est accusé en France. Il rappelle que le palais est le site le plus visité de France, un symbole de la France dans le Monde. Il ne s’agit pas de faire comme Louis XIV ou fêter son anniversaire. Il rappelle la présence de cadres de Renault et de Nissan.

“Il s’agissait de salir mon image”, accuse Carlos Ghosn qui note que le groupe reste un mécène du Palais qui ne dispose pas de fonds suffisants pour son entretien.

Il a rappelé la proposition de la curatrice du site qui lui avait proposé, plusieurs mois avant, d’une pièce du Palais de Versailles, à l’occasion du 50ème anniversaire de son épouse Carole. Il s’est déclaré surpris de voir la facture de 15 000 euros alors que cela était à l’origine gratuit. Une personne lui aurait alors proposé de réduire cette facture du crédit du mécénat de Renault.

Au sujet des domiciles à Rio de Janeiro ou à Beyrouth, achetées selon certaines sources sur le compte de Nissan, n’était pas secret. Il s’agissait d’une campagne pour salir son nom.

Au sujet de sa soeur Claudine, directrice de la chambre de commerce de Rio de Janeiro, pour mettre en place une entreprise filiale de Nissan sur place. Il accuse les dirigeants japonais d’avoir été au courant et même d’avoir signé des documents, chose que ce dernier dément.

Concernant l’Audit financier, RNBV, un rapport financier intérimaire a été communiqué au public et non un rapport final par des responsables français. Ce rapport fera l’objet d’un combat juridique, puisqu’aucune contre-interrogatoire des responsables de l’époque n’a eu lieu.

L’Alliance Renault Nissan, quelle est la situation?

EN 2017, l’alliance était le groupe automobile numéro 1 au Monde, avec une stratégie. Carlos Ghosn rappelle qu’il souhaitait voir Chrysler-Fiat rejoindre le groupe.

Aujourd’hui, l’alliance n’existe plus et aucune décision n’est prise. Il n’y a pas de consensus mais il s’agit d’imposer des décisions, rappelle Carlos Ghosn.

En 2017, l’alliance (Renault-Nissan-Mitsubishi) était le groupe automobile numéro 1, en croissance, rentable. Aujourd’hui, franchement, il n’y a plus d’alliance. Les revenus baissent, il n’y a plus d’innovations, et l’alliance a perdu l’occasion de s’allier avec Fiat-Chrysler !”

La croissance a disparu, les revenus baissent, les innovations cessent, il n’y a plus de ligne stratégique et le projet de fusion avec Chrysler-Fiat n’est plus d’actualité. Il estime que tous ces problèmes lui ont été mis sur le dos, ce qu’il réfute.

Cette affaire est politique, estime Carlos Ghosn qui rappelle son innocence, documents à l’appui.

“Je n’ai pas fui la justice, je veux la justice”, conclut l’homme d’affaire.

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