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Clash orchestré : Trump se jouerait-il de Zelensky pour dealer avec Poutine

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Le 28 février 2025, la Maison Blanche a été le théâtre d’un clash retentissant entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, un affrontement qui a fait voler en éclats les espoirs d’un partenariat économique entre les États-Unis et l’Ukraine. Derrière cette rupture spectaculaire, une hypothèse géostratégique émerge : et si cette confrontation publique avait été préméditée par Trump pour ouvrir la voie à un arrangement avec Vladimir Poutine, non seulement sur l’Ukraine, mais aussi dans une ambition plus vaste de fissurer l’axe Russie-Chine ?

Une rupture en trompe-l’œil ?

L’altercation, retransmise en direct, a vu Trump, flanqué de son vice-président JD Vance, tancer un Zelensky visiblement désemparé. « Concluez un accord avec Poutine ou nous vous laissons tomber », a lancé le président américain, reprochant à son homologue ukrainien son « manque de respect » et son refus d’un compromis avec Moscou. Zelensky, qui avait qualifié Poutine de « tueur » devant la presse la veille, a quitté Washington sans signer l’accord sur les terres rares ukrainiennes, un projet censé garantir une aide militaire en échange de ressources stratégiques.

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Ce coup d’éclat intervient après des semaines d’ambiguïté. Depuis son retour au pouvoir le 20 janvier, Trump avait laissé entrevoir un double jeu : des gestes de soutien hésitants à Kiev – via des discussions sur les minerais – coexistaient avec des signaux de détente envers Moscou, comme la rencontre russo-américaine du 18 février en Arabie saoudite ou un texte onusien reprenant des éléments du narratif russe sur le conflit. Le clash d’hier pourrait-il être la mise en scène d’une rupture délibérée, permettant à Trump de justifier un désengagement de l’Ukraine auprès de son opinion publique tout en se tournant vers Poutine ?

Une stratégie pro-russe dans la continuité

Cette hypothèse s’aligne avec la vision géopolitique de Trump, marquée par une admiration affichée pour Poutine et une aversion pour les engagements prolongés des États-Unis à l’étranger. Lors de sa campagne, il avait promis de « régler la guerre en 24 heures », vantant un cessez-le-feu immédiat sans garanties pour l’Ukraine. Les récentes conversations revendiquées avec Poutine, ainsi que la retenue de Washington face aux provocations russes (comme l’opposition à qualifier Moscou d’ »agresseur » au G7), renforcent l’idée d’un pivot stratégique. En torpillant l’accord avec Zelensky, Trump pourrait chercher à céder du terrain à la Russie – une partition de facto de l’Ukraine, avec les territoires occupés sous contrôle russe – pour stabiliser la région à moindre coût.

Mais l’ambition pourrait dépasser le seul théâtre ukrainien. Certains analystes spéculent que Trump voit dans ce deal une opportunité de fissurer l’alliance sino-russe, un axe qui préoccupe Washington depuis des années. En offrant à Poutine une victoire symbolique en Ukraine, il pourrait espérer détacher Moscou de Pékin, sapant ainsi une relation renforcée par des intérêts économiques (énergie, commerce) et une méfiance commune envers l’Occident. Un tel désengagement russo-chinois serait un coup de maître pour Trump, lui permettant de recentrer les efforts américains sur la rivalité avec la Chine, qu’il considère comme la menace prioritaire.

Le pari d’un bouleversement géopolitique

Si cette stratégie est réelle, elle repose sur plusieurs leviers. Premièrement, Trump pourrait proposer à Poutine des concessions économiques – levée partielle des sanctions, accès accru aux marchés occidentaux – en échange d’un refroidissement des relations avec Xi Jinping. Deuxièmement, un règlement rapide en Ukraine libérerait la Russie de son effort militaire, mais à un coût : une dépendance accrue envers les États-Unis pour sa reconstruction économique, éloignant Moscou de l’orbite chinoise. Enfin, Trump pourrait miser sur la personnalité de Poutine, flattant son ego avec une « victoire » géopolitique pour mieux le manipuler.

Ce pari, toutefois, est risqué. Rien ne garantit que Poutine accepterait de sacrifier son partenariat avec la Chine, qui lui offre un contrepoids stratégique face à l’Occident. Les échanges sino-russes – gazoducs, exercices militaires conjoints – sont ancrés dans une logique de long terme, et Moscou pourrait voir dans les avances de Trump une tentative de division plutôt qu’une opportunité sincère. De plus, un désengagement américain en Ukraine renforcerait la perception d’une Russie victorieuse, dopant son influence sans nécessairement l’éloigner de Pékin.

Les répercussions immédiates

Les conséquences de ce clash sont déjà palpables. L’Europe, sidérée, s’est empressée de réaffirmer son soutien à l’Ukraine. Macron, Tusk et Baerbock ont dénoncé la « brutalité » de Trump, tandis que Meloni a convoqué un sommet d’urgence UE-USA. Si Washington se retire, l’Europe devra assumer un fardeau militaire et financier colossal, au risque d’exposer ses divisions internes. À Moscou, l’heure est à la satisfaction : Medvedev a raillé Zelensky, et Zakharova a salué la « clairvoyance » de Trump, suggérant que la Russie perçoit ce revirement comme une validation de sa stratégie.

Aux États-Unis, l’opinion publique pourrait se fracturer. Si Trump parvient à vendre ce deal comme une « paix pragmatique » et un moyen de contrer la Chine, ses partisans applaudiront. Mais une capitulation perçue face à Poutine risque de raviver les critiques des faucons républicains et des démocrates, qui y verront une trahison des valeurs américaines.

Questions en suspens

Le clash était-il prémédité ou improvisé face à l’intransigeance de Zelensky ? Quels termes exacts Trump offrira-t-il à Poutine, et incluront-ils une pression explicite contre la Chine ? Enfin, l’Europe et l’OTAN peuvent-elles survivre à un tel désengagement américain sans imploser ? Les prochains jours, entre les réactions de Moscou et les initiatives européennes, seront décisifs pour décrypter les véritables intentions de Trump.

Une realpolitik à double tranchant

En sacrifiant l’Ukraine pour un deal avec Poutine, Trump pourrait viser un double objectif : pacifier l’Europe de l’Est à bas prix et fissurer l’axe sino-russe pour isoler Pékin. Mais cette realpolitik brutale menace de redessiner les alliances mondiales dans un sens incertain. Si elle réussit, elle consacrera Trump comme un stratège audacieux ; si elle échoue, elle laissera les États-Unis affaiblis, l’Europe divisée et la Russie renforcée, avec ou sans la Chine à ses côtés. Le monde retient son souffle.

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François El Bacha
François El Bachahttp://el-bacha.com
Expert économique, François el Bacha est l'un des membres fondateurs de Libnanews.com. Il a notamment travaillé pour des projets multiples, allant du secteur bancaire aux problèmes socio-économiques et plus spécifiquement en terme de diversité au sein des entreprises.

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