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Alors qu’une manifestation qui se promet d’être massive se prépare pour ce samedi 18h à l’appel du mouvement #YouStink, la crise des ordures fait désormais la une de certains journaux américains, qui confirment le constat d’un malaise général de la population face à une problématique qui ne se limite pas au seul ramassage des déchets des rues de Beyrouth et du Mont-Liban.

Problèmes économiques, problèmes sociaux, montée du chômage, pénuries d’électricité et d’eau, difficultés quotidiennes, un ensemble de raisons sont évoquées par la presse internationale pour expliquer le mouvement actuel face à un système politique décrit comme paralysé et empêchant toute réforme en profondeur des institutions.

Un constat d’échec prévisible des manifestations en raison d’un système confessionnel pour le Wall Street Journal

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Matt Bradley et Dana Ballout, dans le Wall Street Journal, estiment, à juste titre, que les demandes des manifestants se sont élargies à l’exigence de réformes politiques et économiques qui se heurtent cependant au système politique confessionnel.

« Même les Libanais qui n’ont pas participé aux manifestations disent que ces dernières contre l’inefficacité et l’incompétence du gouvernement sont justifiées. Les coupures de l’électricité sont devenues chroniques et le pays connait des difficultés économiques en raison de la présence de plus d’un million de réfugiés syriens sur son territoire », peut-on lire dans les colonnes du WSJ sous le titre de « Anger Over Garbage in Lebanon Blossoms into Demands for Reform »

Sur le constat d’un cabinet ministériel non-cohérent et en l’absence d’une opposition capable de renverser le gouvernement, les demandes des protestataires paraissent quasiment impossibles à réaliser, en dépit du soutien du Hezbollah et de ses alliés aux manifestations qui auront lieu ce samedi, à l’appel du collectif #YouStink. Cette manifestation qui pourrait ainsi être la plus importante de cette année selon les auteurs, mettra également les différends entre les mouvements politiques locaux en évidence.  Les organisateurs du collectif indiquent cependant ne pas désirer de démonstrations comme celles des printemps arabes qui pourraient se terminer en une guerre civile ou par une dictature mais la chute d’un système politique confessionnel qui accentue les divisions politiques devenues sectaires.

« Même aux meilleurs jours, le gouvernement composé des 7 principaux partis politiques regroupés en 2 blocs opposés », fonctionnait difficilement, constate le journal, qui poursuit sur la paralysie du parlement libanais, élu depuis 2009 et qui a renouvelé son mandat jusqu’en 2017 en dépit de l’opposition de la population.

Cependant le Wall Street Journal minimise les risques de révolution en raison d’un système politique qualifié de sectaire, un héritage de l’indépendance de 1940 et qui a déjà abouti à la guerre civile de 1975 à 1990. Ce système, indique le journal, survit en dépit d’une large opposition de la population. Des personnes interviewées par les journalistes du quotidien américain se montrent prudentes et indiquent d’ailleurs que la chute du régime politique parait irréalisable, mais que des réformes doivent se faire par l’intermédiaire des institutions et des lois.

Selon le bilan donné par le WSJ, plus de 400 personnes, FSI et manifestants, auraient déjà été blessés lors des manifestations qui ont réuni plusieurs milliers de personnes devant le Grand Sérail, siège du Gouvernement Libanais. Les auteurs de ces incidents ont depuis été déférés devant la justice libanaise.

Interrogé par le Journal, l’analyste politique Firas Maksad indique cependant ne pas croire que le mouvement #YouStink puisse persuader ses sympathisants à voter en dehors de leurs sectes religieuses en raison d’un système archaïque profondément corrompu.

Des témoignages des difficultés socio-économiques dans les colonnes du NYT

Capture d’écran 2015-08-28 à 08.49.38Le New York Times s’appuie de son côté sur des témoignages pour évoquer la profonde crise sociale actuellement en cours au Liban, cela en dépit d’un pays riche en « beautés naturelles, en histoires et en citoyens qui entreprennent ».  Le Pays des Cèdres est décrit comme un état absurde qui ne peut produire suffisamment d’électricité en raison des désaccords entre partis politiques, forçant la population à s’abonner à des générateurs privés, d’un pays riche en eau à faire envier les états voisins mais dont les citoyens sont forcés à être rationnés en raison de l’état lamentable des infrastructures, et la liste est longue. au point où même les réfugiés syriens seraient choqués par le manque d’infrastructures et le laissez-aller des administrations publiques.

Les manifestations deviennent, selon le quotidien, la seule manière pour la population de voir ses demandes être prises en compte, au point où brûler des pneus lors des protestations est devenue une tradition locale.

Mohammed Rizk, 39 ans, diplôme en économie en main, attend ses clients dans l’établissement de restauration rapide qu’il a ouvert. N’arrivant pas à trouver un travail lié à ses compétences, il déclare effectivement que « s’en est assez »  (enough): « Pas d’électricité, on a dit ok, pas d’eau on a dit ok mais les ordures? », estime-t-il, indiquant qu’il se joindrait volontiers aux manifestations s’il pouvait cependant quitter son travail.

Maroun Khoreich, un ancien général de l’Armée Libanaise qui a manifesté ce mardi, note lui que le système actuel, également décrit comme paralysé – le World Economic Forum estimant d’ailleurs que le gouvernement libanais est le 4ème le plus inefficient au monde, indique le journal – est toléré par la population libanaise afin d’éviter une nouvelle guerre civile. L’ancien militaire pense cependant que la jeunesse a raison de protester face aux difficultés sociales et économiques.

Au Liban, la presse traditionnelle prise à parti

Photographie publiée par http://feshkhel2ak.com
Photographie publiée par http://feshkhel2ak.com

11000188_1618873621694616_8094327356371757164_nLe rejet du système se manifeste aussi contre la presse écrite au Liban, notamment contre le quotidien francophone L’Orient-le-Jour pris à parti dans les réseaux sociaux pour sa une: Qui a lâché les chiens parmi les manifestants?, allusion aux incidents qui se sont déroulés ce lundi, place Riad el Solh. Ces incidents ont opposé les forces de sécurités à des casseurs, dit-on apparentés à certains partis politiques libanais et à certains hommes d’affaires qui se sont mêlés aux protestataires pacifiques dont de nombreuses personnes ayant même amené des enfants.

Ces incidents auraient fait ce soir-là plus de 99 blessés parmi les FSI et 40 parmi les manifestants.

Peut-être est-là, l’expression d’une certaine incompréhension face à cette référence locale que les lecteurs ont voulu manifester. Peut-être également le quotidien a pêché par son manque d’explications par rapport à ce titre. Mais l’erreur commise de l’amalgame entre manifestants présents pour protester contre un certain raz-le-bol vis-à-vis des difficultés quotidiennes, manque d’électricité, pénurie d’eau et aujourd’hui ordures, et casseurs, est bien dans les esprits…

Toujours est-il que la réaction au sein des réseaux sociaux est significative d’un divorce entre les systèmes traditionnels et la volonté populaire fatiguée d’être manipulée tant par un système politique qu’une presse écrite et des médias audiovisuels souvent proches de ces derniers et accusés de faire l’impasse sur les problèmes socio-économiques majeurs du pays.

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