France, le 10 septembre 2021 – Le Monde [1] a révélé hier que la France pourrait ne pas soutenir Arctic LNG 2, le gigantesque projet gazier de Total en Arctique. Après un an de mobilisation citoyenne et de tergiversation gouvernementale, les Amis de la Terre France, SumOfUs et 350.org demandent à Emmanuel Macron de s’engager formellement à ne pas accorder de garantie à l’export à ce projet, et de cesser tout soutien aux combustibles fossiles avant la COP26. 

En septembre 2020, le journal Le Monde révélait [2] que la France s’apprêtait à soutenir en toute discrétion Arctic LNG 2, un nouveau projet gazier de TotalEnergies en Arctique russe, en lui accordant une garantie à l’export [3] de 700 millions d’euros. Au cœur d’une région qui se réchauffe trois fois plus vite que le reste de la planète [4], ce projet produira à terme l’équivalent de 27 fois la consommation française annuelle de gaz. [5] et profitera de la fonte des glaces pour exporter sa production en Europe et en Asie par la route maritime du Nord. L’extraction d’hydrocarbures et la construction des infrastructures associées dans un écosystème aussi fragile auront des conséquences irrévocables sur la biodiversité.

Depuis un an, ONGs et citoyens ont mené une campagne sans relâche auprès du gouvernement et d’Emmanuel Macron face à cette aberration climatique et environnementale [6]. En mai, la mobilisation avait abouti à une spectaculaire remise de pétition, ayant recueillie 240 000 signatures, devant le Ministère des Finances, où  les ONGs SumOfUs, 350.org et les Amis de la Terre avaient disposé d’immenses blocs de glace représentant les 700 millions d’euros de garantie considérés par le gouvernement [7]. 

Lors d’une réunion à huit clos avec huit directeurs d’ONGs, mardi 31 août, Emmanuel Macron, jusqu’ici resté silencieux face aux interpellations, a déclaré, en réponse à une nouvelle interpellation formulée par Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre “ne pas souhaiter signer la garantie pour le projet de TotalEnergies”. Depuis, le Chef de l’État a évoqué la défense de l’Arctique à l’ouverture du congrès de l’IUCN sans engagement concret [8], et refuse de confirmer l’abandon du financement d’Arctic LNG2.

“Le Gouvernement ne démontre aucune cohérence entre ses déclarations et ses actes. Alors que le Président Emmanuel Macron avait lui-même alerté que participer à la fonte des glaces de l’Arctique “nous tuerait” [9], c’est pourtant dans cette région extrêmement fragilisée par la pollution et le dérèglement climatique que l’État pourrait soutenir le nouveau projet aberrant de TotalEnergies.” s’indigne Leyla Larbi, chargée de campagnes à SumOfUs. 

” Le consensus scientifique est clair : le développement de nouveaux projets fossiles comme Arctic LNG2 est totalement incompatible avec un futur possible. La réponse politique doit donc l’être tout autant. Désormais, plus de 240 000 personnes attendent une réponse sans ambiguïté de la part du gouvernement.”, conclut Clémence Dubois, porte-parole pour 350.org.  

Anna-Lena Rebaud, chargée de campagne aux Amis de la Terre ajoute : « Il est scandaleux d’entretenir volontairement le flou sur une décision si importante et qui devrait être évidente. L’urgence climatique ne donne pas le luxe de tergiverser projet par projet.  Au-delà de l’abandon d’Arctic LNG 2,  le gouvernement doit mettre fin à tout soutien public aux énergies fossiles avant la COP26, comme l’a fait le Royaume-Uni en mars ». La politique française en matière de financement export est largement insuffisante face à l’urgence climatique [10]. Alors que nous devrions diminuer la production de gaz de 3% par an [11], la France pourrait la soutenir pendant encore quinze ans.

[1] « La France envisage de renoncer à soutenir un mégaprojet gazier dans l’Arctique », Le Monde, 9 septembre 2021.

[2] La France pourrait soutenir un gigantesque projet gazier dans l’Arctique russe, Le Monde, 2 septembre 2020

[3] En effet, via Bpifrance, la banque d’investissement publique, la France peut se porter garante des financements accordés par les banques privées et les investisseurs à des entreprises françaises jugées stratégiques. Depuis 2009, l’Etat a ainsi garanti des projets gaziers et pétroliers à hauteur de 9,3 milliards d’euros. Rapport du gouvernement au Parlement, “Propositions de pistes de modulation des garanties publiques pour le commerce extérieur”, 2019, p.9.  

[4]  Climat : l’Arctique se réchauffe trois fois plus vite que l’ensemble de la planète, selon un rapport international, France info, 20 mai 2021.

[5] Soit 7 000 milliards une production de vingt millions de tonnes de gaz liquéfié (GNL) par an — communiqué Total] 

[6] Tribune. L’Etat français doit cesser son soutien à l’exploration gazière en Arctique, Nouvel obs, 26 février 2021. 

[7] Fonte des glaces à Bercy pour dénoncer le soutien de la France aux projets de Total en Arctique, Communiqué de presse, 20 mai 2021.

[8] Cérémonie d’ouverture du congrès de l’IUCN, 3 septembre 2021, à partir de 2h15

[9] « Sous la pression écologiste, Emmanuel Macron repasse au vert », Le Monde, 6 août 2019.

[10] Décryptage du plan climat sur les financements exports, Les Amis de la Terre, 29 octobre 2020.

[11] UNEP, Production Gap Report 2020, 2 décembre 2020.

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