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Liban : 1 744 violations du cessez-le-feu selon le ministre de l’information

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Le ministre libanais de l’Information, Paul Morcos, a rendu public un décompte détaillé des violations israéliennes du cessez-le-feu enregistrées entre le 17 avril et le 8 mai 2026. Dans une intervention sur la chaîne Al-Jadeed, face au journaliste Georges Salibi, il a indiqué que les autorités compétentes avaient recensé au moins 1 744 violations sur cette période de vingt-deux jours. Le chiffre agrège des frappes aériennes, des tirs d’artillerie, des opérations de dynamitage et des tirs de munitions phosphoriques.

Selon les données présentées par le ministre, le Liban a recensé 818 raids aériens, 641 tirs d’obus d’artillerie, 270 opérations de destruction ou d’explosion et 15 tirs d’obus phosphoriques. Paul Morcos a précisé que ce relevé avait été constitué à partir de sources officielles. Il a ajouté que ces attaques avaient touché des civils, des journalistes et des équipes de secours. Le ministre y voit une violation manifeste du droit international humanitaire, notamment des conventions de Genève de 1949 et de leurs protocoles additionnels de 1977.

Les violations israéliennes au centre du message

Cette sortie publique intervient alors que le pouvoir libanais cherche à consolider un cessez-le-feu qui reste contesté sur le terrain. Le président Joseph Aoun insiste, selon le ministre, dans ses contacts avec les responsables étrangers, sur la nécessité d’un arrêt complet et global des attaques israéliennes. Le chef de l’État met aussi l’accent sur la protection des équipes médicales, des secouristes et des journalistes, dont plusieurs ont été touchés depuis la reprise des hostilités au Sud.

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Paul Morcos a affirmé que la priorité libanaise consiste à continuer de documenter chaque atteinte au cessez-le-feu. Cette collecte doit servir aux démarches diplomatiques et juridiques menées par l’État. Elle peut être utilisée par la commission de droit international humanitaire issue du Conseil des ministres, ainsi que par le ministère des Affaires étrangères et des Émigrés, dans le cadre de plaintes ou de communications adressées aux instances compétentes.

Le ministre a précisé que son ministère avait contribué à ce travail pour les cas concernant les journalistes tués ou blessés. L’objectif consiste à fournir aux autorités un matériau documenté, utilisable dans leurs positions officielles. Dans une période où les bilans sont disputés et où les récits militaires s’opposent, l’enregistrement précis des incidents devient un outil politique et diplomatique. Il permet aussi d’éviter que les attaques contre des personnels civils ou professionnels des médias ne disparaissent dans un bilan général.

Le rappel des chiffres a valeur de message à l’extérieur. En donnant une liste précise par catégories d’attaques, le gouvernement cherche à montrer que le cessez-le-feu ne peut pas être jugé seulement à travers les déclarations militaires ou les communiqués de médiation. Il doit être évalué à partir des faits enregistrés sur le terrain. Les 818 raids aériens cités par Paul Morcos constituent, dans ce relevé, la catégorie la plus importante. Les 641 tirs d’artillerie montrent que les incidents ne se limitent pas aux opérations aériennes.

Les 270 opérations de dynamitage mentionnées par le ministre renvoient à un autre aspect de la situation au Sud. Elles suggèrent des destructions sur le terrain, dans des zones où des bâtiments, des infrastructures ou des positions ont pu être visés. Les 15 tirs phosphoriques occupent une place particulière dans le discours officiel, car l’usage de munitions incendiaires en zones habitées ou agricoles suscite de fortes inquiétudes humanitaires. Le ministère ne donne pas, dans cette intervention, la localisation détaillée de chacun de ces incidents.

Joseph Aoun veut un arrêt complet des attaques

Le président Joseph Aoun est présenté par Paul Morcos comme l’acteur central de l’effort diplomatique libanais. Le ministre rappelle que le chef de l’État, ancien commandant de l’armée, connaît directement la souffrance des habitants du Sud et vient lui-même de ce tissu national. Cette référence vise à souligner la dimension personnelle et institutionnelle de son engagement. Selon Paul Morcos, Joseph Aoun demande à ses interlocuteurs internationaux que le cessez-le-feu soit complet, global et respecté dans toutes ses dimensions.

Le ministre a notamment évoqué les échanges du président avec la commissaire européenne. Dans ces contacts, Joseph Aoun insiste sur la fin des attaques contre les organismes de santé et contre les professionnels de l’information. Il réclame aussi la restitution des droits libanais. Le communiqué rapporté par le ministre ne détaille pas la nature exacte de ces droits, mais l’expression renvoie au retrait, à la souveraineté, à la protection des civils et à la possibilité pour les habitants du Sud de retrouver une vie normale.

Paul Morcos a toutefois reconnu la difficulté de la tâche. Il a rapporté que le président estimait le Liban confronté à un acteur qui, selon lui, ne croit pas au caractère sacré du droit international et ne le respecte pas. Cette formule traduit la frustration officielle face à la persistance des attaques après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Elle accompagne une stratégie libanaise qui repose sur la documentation, la pression diplomatique et le recours aux normes internationales plutôt que sur une réponse militaire directe.

Une documentation destinée aux recours

Le calendrier retenu par le ministre donne aussi une indication sur la méthode de l’État. Le relevé commence le 17 avril, date de référence du cessez-le-feu, et s’arrête au 8 mai, avant les nouveaux bilans du week-end. Il ne s’agit donc pas d’un bilan global de la guerre, mais d’un comptage limité à la période durant laquelle les engagements de désescalade étaient supposés produire leurs effets. Cette précision permet aux autorités de soutenir que les incidents ne relèvent pas d’un contexte antérieur, mais d’une séquence où la retenue devait être vérifiable.

La distinction entre les catégories d’attaques sert également à préparer d’éventuels recours. Un raid aérien, un tir d’artillerie, une explosion au sol ou un tir phosphorique n’impliquent pas les mêmes effets sur les civils, les infrastructures et l’environnement. Les juristes ont besoin de lieux, de dates, de moyens utilisés, de victimes et de traces matérielles. Le ministère de l’Information ne conduit pas seul ce travail. Il contribue à l’aspect documentaire lorsque des journalistes sont visés ou lorsque les informations collectées par les médias publics peuvent étayer un dossier officiel.

Cette approche concerne aussi l’image du Liban à l’étranger. Dans les capitales sollicitées par Beyrouth, les responsables demandent souvent des données vérifiables et présentées de manière cohérente. Le gouvernement cherche donc à traduire les plaintes locales en dossiers utilisables par la diplomatie. Les chiffres annoncés par Paul Morcos ont cette fonction. Ils donnent une base à la demande présidentielle d’un cessez-le-feu complet et rappellent que les violations ne se limitent pas à des incidents isolés.

Des pouvoirs limités face aux discours de haine

Le second volet de l’intervention du ministre a porté sur les discours de haine. Paul Morcos a répondu aux critiques de ceux qui pensent que le ministre de l’Information peut sanctionner directement les médias, ordonner des arrestations ou engager des poursuites. Il a rappelé que ses pouvoirs à l’égard des médias traditionnels, comme les télévisions et les radios, sont limités et encadrés par la loi. Le ministre ne peut pas, à lui seul, lancer des poursuites judiciaires contre des contrevenants.

Selon lui, les mesures d’enquête, de poursuite, d’accusation, de jugement et de sanction relèvent de l’autorité judiciaire. Les forces de sécurité agissent comme police judiciaire sous l’autorité des magistrats, et non sous celle du ministre de l’Information. Cette clarification vise à dissiper une confusion fréquente dans le débat public libanais. Le ministère peut alerter, dialoguer, proposer des cadres et travailler sur la prévention. Il ne peut pas remplacer les juges ni les procureurs.

La question est encore plus nette pour les réseaux sociaux. Paul Morcos a expliqué que les plateformes numériques, où se développent le plus souvent les discours de haine, les appels à la discorde et les incitations, échappent entièrement à sa compétence directe. Le ministre ne dispose d’aucun pouvoir punitif sur ces espaces. Les interventions coercitives appartiennent à la justice. Le procureur général près la Cour de cassation, Ahmad Rami al-Hajj, a commencé à agir sur certains dossiers, a indiqué Paul Morcos.

Prévenir avant de sanctionner

Le ministre présente donc son rôle autrement. Il revendique une responsabilité de prévention, d’orientation et de sensibilisation. Cela passe par des rencontres avec les journalistes et les responsables de médias, dans les secteurs audiovisuel, écrit et numérique. Cela passe aussi par des programmes de formation, par le développement de la profession, par la modernisation des règles qui encadrent le secteur et par des campagnes destinées au public. Le ministère veut agir avant la sanction, dans l’espace laissé par la loi.

Paul Morcos a cité des vidéos de sensibilisation préparées avec l’Unesco, le Programme des Nations unies pour le développement et des sociétés de production. Ces supports doivent être lancés prochainement. Il a aussi évoqué des formations dans les écoles et les universités, en coordination avec la ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, qu’il a rencontrée vendredi à cette fin. L’objectif est de traiter la haine en ligne comme une question d’éducation civique, pas seulement comme un contentieux judiciaire.

Cette stratégie repose sur l’idée que la lutte contre les discours de haine ne peut pas dépendre uniquement des sanctions. Au Liban, les tensions politiques, confessionnelles et régionales se prolongent souvent sur les réseaux sociaux. Les propos injurieux, les accusations collectives, les appels à la vengeance ou les campagnes de harcèlement se diffusent rapidement. Les mécanismes judiciaires restent nécessaires, mais ils arrivent souvent après la propagation des contenus. Le ministère cherche donc à agir sur les pratiques professionnelles et sur les usages publics.

Paul Morcos a aussi rappelé le rôle des médias publics placés sous la tutelle ou la supervision du ministère. Il a cité Télé-Liban, l’Agence nationale d’information, Radio Liban et les archives. À ses yeux, ces institutions doivent contribuer à une information responsable, surtout dans une période de guerre et de polarisation. Le ministre a également rappelé sa mission de communiquer les décisions du Conseil des ministres et de les expliquer fidèlement à l’opinion, indépendamment de sa position personnelle sur tel ou tel point.

Le projet de loi sur l’information attendu

Le projet de loi moderne sur l’information a occupé une autre partie de l’entretien. Paul Morcos a indiqué avoir accompagné ce texte dans les commissions parlementaires. Il reste en attente d’adoption par le Parlement. Le ministre estime que son vote permettrait une avancée importante. Le texte organiserait les sites électroniques, donnerait une définition plus claire du discours de haine et prévoirait son incrimination. Le droit actuel de l’information, vieux d’environ trente ans, ne répond plus à l’évolution du paysage médiatique.

Le ministre insiste toutefois sur un équilibre. La lutte contre les discours de haine doit respecter la liberté d’opinion et d’expression garantie par la Constitution. Elle doit aussi protéger la société contre les atteintes aux droits, aux libertés et à la dignité des autres. Cette ligne est délicate dans un pays où les médias sont nombreux, politisés et souvent liés à des camps confessionnels ou partisans. Une loi trop vague pourrait menacer la liberté de la presse. Une loi trop faible laisserait prospérer les appels à la haine.

Paul Morcos demande donc une adoption rapide du nouveau texte. Il estime que cette réforme lui donnerait davantage d’outils pour organiser le secteur et renforcer les efforts de prévention. Le ministre ne présente pas la loi comme une solution unique. Il la place dans un ensemble plus large, comprenant les formations, les campagnes de sensibilisation, les échanges avec les rédactions, la coordination avec l’Éducation nationale et l’action judiciaire lorsque les propos dépassent le cadre de la liberté d’expression.

Dans son ensemble, l’intervention de Paul Morcos établit un lien entre deux fronts distincts mais simultanés. Le premier concerne la guerre et les violations du cessez-le-feu, que l’État veut documenter avec précision pour soutenir ses démarches internationales. Le second touche au climat intérieur, où les discours de haine et les campagnes numériques peuvent aggraver les fractures libanaises. Dans les deux cas, le ministre met en avant la nécessité de preuves, de règles et d’institutions capables d’agir dans leur champ propre.

La journée politique s’ouvre donc sur une double exigence officielle. À l’extérieur, Beyrouth veut faire reconnaître l’ampleur des violations israéliennes et obtenir un cessez-le-feu complet. À l’intérieur, le ministère de l’Information cherche à limiter les discours de haine sans s’attribuer des pouvoirs qui relèvent de la justice. Le dossier passe désormais par deux voies parallèles : la poursuite du relevé des violations jusqu’à leur transmission diplomatique, et l’attente du projet de loi sur l’information devant le Parlement.

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