Après avoir remporté le Prix France-Liban 2013, en 2014, avec son roman « Le Secret d’Osiris », Nabil Mallat, avocat de profession et chargé de cours à l’Université Saint-Joseph (USJ), publie à Paris aux éditions Ecriture, en novembre 2018, son troisième ouvrage « L’Odyssée de Jean Malak ».

Les amoureux du Levant et des libanais, surtout ceux qui ont quitté leur rive natale vers d’autres horizons, se trouvent embarqués dans un voyage nostalgique, au Pays du Cèdre à travers son « Odyssée ».

Ecrivain, Nabil Mallat manie la plume avec art. Il peint à travers ses mots, des paysages et des voyages où des tableaux défilent, sous nos yeux, entre les lignes rien qu’en lisant sa narration.

Interviewé par Jinane Milelli pour Libnanews, il répond à nos questions :

J.M. : Pouvez-vous nous parler de la genèse de cette idée et les circonstances ?

N.M. : « L’Odyssée de Jean Malak » est un roman qui dépeint la société libanaise à la veille et suite à l’assassinat de Rafic Hariri le 14 février 2005. S’il est, à la base, un roman qui raconte l’histoire de trois étudiants en archéologie à l’AUB de confession religieuse différente, il dresse, dans une optique bien plus large, une image, celle d’une société à la veille de grands changements.

Comme vous le savez, l’assassinat de Rafic Hariri est un événement majeur dans l’histoire contemporaine du Liban. On en ressent d’ailleurs les répercussions jusqu’à nos jours. Aucun Libanais, résident ou expatrié, ne peut prétendre être indifférent à cet événement qui a changé l’histoire du pays. Même que beaucoup de Libanais se souviennent où ils étaient, ce qu’ils faisaient, quand l’explosion a eu lieu.

Sur un plan plus personnel, j’ai pu vivre les retombées sociales et universitaires de cette période. En effet, j’enseigne depuis 2002 à l’Université Saint-Joseph et, parfois, les tensions se faisaient vraiment ressentir.

C’est, je dirai, tous ces éléments qui m’ont naturellement poussé à écrire sur cette période très délicate, une période qui, d’un côté, intéresse particulièrement les Libanais où qu’ils soient, et d’un autre côté, intéresse tout lecteur tellement le roman décrit la réaction de tout jeune, où qu’il soit, quand un événement grave et imprévu perturbe le cours normal de son existence.

J.M. : Quel autre titre ou sous titre donneriez-vous aujourd’hui à ce voyage intellectuel si bien décrit, cette Odyssée qui pourrait être l’histoire de chacun d’entre nous libanais ?

N.M : Le titre du roman « L’Odyssée de Jean Malak » est assez révélateur.

Jean Malak est un jeune libanais qui souhaite réussir honnêtement. Après ses études à l’AUB, il compte voyager pour se spécialiser à l’étranger comme beaucoup de Libanais et de Libanaises. Son parcours est malheureusement très commun au Liban. Il ne cherche pas la gloire. Il ne demande que le droit d’avoir la chance de réussir dans la vie. Mais des fois, au Liban, même cela, c’est trop demander. Son odyssée sera celle qui suivra l’assassinat de Rafic Hariri et qui l’emmènera vers les rives de la révolution et de la liberté.

Un autre titre ? La question me pousse naturellement vers des titres qui révèlent des thèmes principaux du roman, « Insoumis », peut-être, ou même, « La fragilité des choses humaines ».

Mais je reste attaché à « L’Odyssée de Jean Malak » qui est un titre qui met le héros principal en perspective plutôt que des thèmes, car ne l’oublions pas, le personnage principal du roman n’est pas un pays ni une nation, mais l’exemple type du citoyen honnête incarné par Jean Malak.

J.M. : Chaque livre publié par une plume porte en lui-même un message pour les lecteurs. Quel est le vôtre ? À qui s’adresse-t-il prioritairement ?

N.M. : « L’Odyssée de Jean Malak » est un roman engagé, il n’est certainement pas un roman partisan. Il dépasse en quelque sorte le Liban, l’État, les institutions, et s’adresse directement au citoyen libanais qui a souffert et qui continue à souffrir. Il lui rappelle la raison d’être de son pays. En effet, il arrive aux Libanais de se plaindre, souvent à juste titre d’ailleurs. Les résidents n’y sont pas contents. Les expatriés ne peuvent y revenir faute d’opportunités.

Le roman s’adresse à eux pour leur rappeler le message essentiel de la liberté. Là il ne s’agit pas de cette liberté dans son sens collectif qui est souvent mentionnée par la classe politique. Il s’agit de la liberté individuelle de chaque citoyen. C’est cette liberté qui est la raison d’être du Liban et la liberté du citoyen libanais donne, en soi, espoir en un avenir meilleur.

J.M. : Quelle leçon pouvons-nous tirer de votre expérience ?

N.M. : La leçon que j’ai moi-même tirée de cette période historique est simple et claire :

Je crois au citoyen libanais honnête. Il est la garantie pour un avenir meilleur. Il est même la seule garantie pour un avenir meilleur. Plus grave encore, compte tenu de l’évolution du pays depuis la fin de la guerre en 1990 et jusqu’à nos jours, il est, lui-même, sa propre garantie. Dans chaque période de son histoire, c’est son ingéniosité, son inventivité et son courage qui ont façonné le Liban. Malheureusement, l’État libanais qui perd en terme de crédibilité, les institutions qui ont besoin d’être relevées, la situation politique, sociale, économique et culturelle qui ne fait que se dégrader, tout cela lui ronge ses capacités et ses espoirs.

Mais qu’il soit résident ou expatrié, qu’il aide ses proches ou qu’il soit aidé par ses proches, il est une garantie car il lui restera toujours, en dépit de toutes les affirmations et les contestations, sa liberté intrinsèque qui lui permet, quand il le souhaite, de demander, pacifiquement, un redressement moral national.

Pour plus de précisions

Ce redressement national pacifique nécessite de chaque citoyen de croire en son pays et d’agir consciencieusement et correctement là où il est naturellement appelé à agir. Le redressement national, ne l’oublions pas, c’est chaque citoyen qui fait ce qu’il doit faire là où il doit le faire, et certainement pas des hommes qui, au nom d’une anarchie voilée de liberté, donnent leur avis sur tout.

Le reste, c’est-à-dire les plaintes et les « on ne peut rien faire » appartiennent au domaine des excuses ou pire.


La biographie de Nabil Mallat

Avocat de profession et chargé de cours à l’Université Saint-Joseph (USJ).

Ecrivain, il est l’auteur d’un conte philosophique, Le Périple de Maxime publié aux éditions de la librairie Antoine en 2010 et du Secret d’Osiris publié aux éditions L’Archipel en 2013, pour lequel il reçoit le Prix France-Liban 2013.

Nabil Mallat est diplômé en droit de l’université de Georgetown. En 2005 et 2008, Il avait aussi donné deux Conférences au Center for Contemporary Arab Studies.

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