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Jour pour jour: 12 août 2006 la guerre qu’Israël continue après la 1701

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Le 12 août 2006, le gouvernement libanais accepte la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. La sortie de la guerre est désormais tracée : cessation des hostilités, retrait des forces israéliennes, déploiement de 15 000 soldats libanais dans le Sud et renforcement de la FINUL. Pourtant, au même moment, Israël poursuit son offensive. Ses avions continuent de frapper le Liban, son artillerie tire et ses forces terrestres cherchent à progresser plus profondément vers le Litani. Le Hezbollah continue pour sa part ses tirs de roquettes vers Israël et combat les soldats israéliens présents au Liban. Le cessez-le-feu ne doit entrer en vigueur que le 14 août à 8 heures, laissant presque deux journées supplémentaires à une guerre dont l’issue politique est pourtant déjà connue.

Cette chronologie donne aux dernières heures du conflit une dimension particulièrement controversée. La résolution 1701 a été adoptée le 11 août à l’unanimité des quinze membres du Conseil de sécurité. Beyrouth l’accepte dès le lendemain. Israël l’approuvera formellement le 13 août. Juridiquement, la cessation des hostilités n’est donc pas encore entrée en vigueur le 12, et le Hezbollah poursuit lui aussi ses opérations. Mais politiquement, la situation a changé : Israël sait qu’un mécanisme prévoyant son retrait est désormais accepté par le Liban, que l’armée libanaise doit prendre position au Sud et qu’une FINUL renforcée doit accompagner ce déploiement. Cela n’empêche pas Tsahal d’intensifier certaines opérations jusqu’aux dernières heures. Plus lourd encore, environ 90 % des frappes israéliennes utilisant des armes à sous-munitions pendant la guerre auraient été effectuées dans les dernières 72 heures du conflit, selon les évaluations internationales établies par la suite.

Le 11 août, la résolution qui doit arrêter la guerre

Un mois plus tôt, le 12 juillet, une opération du Hezbollah à la frontière avait conduit à la capture de deux soldats israéliens et à la mort de plusieurs autres. Israël avait répondu par une campagne militaire massive contre le Liban. Les bombardements ne s’étaient pas limités aux positions du Hezbollah dans le Sud : la banlieue sud de Beyrouth, la Békaa, des ponts, des axes routiers, des centrales et l’aéroport international de Beyrouth avaient été frappés. Plusieurs centaines de milliers de Libanais avaient quitté leurs foyers au fur et à mesure que les combats s’étendaient.

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Après trente jours de guerre, les négociations internationales aboutissent enfin le 11 août. Le Conseil de sécurité adopte la résolution 1701 sans opposition ni abstention. Elle appelle à une « cessation complète des hostilités », fondée notamment sur l’arrêt immédiat de toutes les attaques du Hezbollah et celui de toutes les opérations militaires offensives israéliennes. Le vocabulaire est important : l’ONU ne demande pas seulement l’ouverture de négociations supplémentaires. Elle établit le cadre précis selon lequel les combats doivent s’arrêter.

Le texte prévoit ensuite que l’armée libanaise et la FINUL se déploient dans le Sud à mesure que les forces israéliennes se retirent. Les effectifs de la FINUL peuvent atteindre 15 000 militaires. Le Liban s’est lui-même engagé à déployer 15 000 soldats. La zone comprise entre la Ligne bleue et le Litani doit être débarrassée de toute présence armée ou équipement militaire ne relevant pas du gouvernement libanais ou de la force internationale.

La résolution réaffirme également l’autorité de l’État libanais sur l’ensemble de son territoire. Elle rappelle la nécessité d’appliquer les décisions internationales antérieures relatives aux groupes armés et prévoit des mesures destinées à empêcher l’entrée au Liban d’armes sans l’autorisation du gouvernement. C’est donc tout l’équilibre sécuritaire du Sud qui doit être réorganisé après la guerre.

Le 12 août, le Liban accepte le mécanisme de retrait israélien

Le lendemain, le Conseil des ministres présidé par Fouad Siniora accepte la résolution. Cette décision n’est pas anodine. Cinq jours auparavant, le 7 août, le gouvernement avait déjà annoncé sa volonté de déployer 15 000 soldats dans le Sud parallèlement au retrait israélien. Le 12 août, cette proposition devient partie intégrante du mécanisme international accepté par Beyrouth.

Le Hezbollah, représenté au gouvernement, ne bloque pas la décision. Hassan Nasrallah accepte le principe de la cessation des hostilités lorsqu’elle entrera effectivement en vigueur, tout en maintenant plusieurs réserves sur le texte. Le mouvement considère notamment qu’il conserve le droit de combattre les forces israéliennes tant qu’elles restent engagées sur le territoire libanais. Les tirs du Hezbollah vers le nord d’Israël se poursuivent donc jusqu’à l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Cette réalité doit être mentionnée pour comprendre exactement la séquence. Il n’existe pas encore, à midi le 12 août, un cessez-le-feu juridiquement entré en vigueur qu’Israël violerait formellement en poursuivant toutes ses opérations. Mais cette précision ne suffit pas à effacer la question politique posée par la conduite israélienne : le Liban vient d’accepter les principales dispositions destinées à répondre aux exigences sécuritaires invoquées par Israël, tandis que l’armée israélienne continue à étendre son offensive sur le territoire libanais.

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, fixe ensuite l’entrée en vigueur de la cessation des hostilités au lundi 14 août à 8 heures, heure de Beyrouth. À partir de ce moment, tout le monde connaît l’échéance. La guerre a désormais une heure de fin. Pour les civils du Sud, il reste néanmoins presque deux jours de bombardements et de combats à traverser.

Israël choisit d’avancer avant l’heure limite

Au lieu de ralentir progressivement ses opérations, Israël poursuit une offensive terrestre majeure. La dernière phase de la campagne vise à élargir la profondeur de pénétration de Tsahal et à atteindre ou approcher le Litani. Des unités supplémentaires sont engagées et des opérations héliportées permettent de déposer des soldats à l’intérieur du territoire libanais. L’état-major israélien veut exploiter les dernières heures disponibles pour frapper davantage le Hezbollah et améliorer ses positions avant la cessation des hostilités.

L’objectif militaire peut être compris : après un mois de guerre, le Hezbollah continue à tirer des roquettes sur Israël et conserve une capacité importante à combattre les unités terrestres. Le gouvernement d’Ehud Olmert cherche à terminer la campagne en réduisant autant que possible ces capacités. Mais le calendrier rend le choix particulièrement discutable. La résolution internationale qui organise le retrait israélien existe déjà et le gouvernement libanais vient de l’accepter. Les positions conquises dans les heures suivantes doivent donc, par définition, être abandonnées à mesure du déploiement de l’armée libanaise et de la FINUL.

Israël engage ainsi des soldats dans des combats extrêmement durs pour prendre du terrain que son propre gouvernement sait ne pas pouvoir conserver dans le cadre diplomatique désormais adopté. Des militaires israéliens sont tués et des dizaines d’autres blessés pendant cette phase. Le Hezbollah subit également des pertes tout en poursuivant les tirs de roquettes. Pour les civils libanais, la conséquence est une nouvelle intensification des opérations dans des régions déjà frappées depuis un mois.

La question ne consiste donc pas à nier que le Hezbollah continue lui aussi la guerre jusqu’au cessez-le-feu. Elle consiste à examiner la décision d’une armée étrangère de poursuivre et d’élargir son offensive sur le territoire libanais alors que Beyrouth vient d’accepter le mécanisme international prévoyant précisément le retrait de cette armée et le déploiement des forces étatiques libanaises à sa place.

Le Litani, objectif militaire dont Israël sait devoir se retirer

Le Litani acquiert dans ces heures une importance qui dépasse sa géographie. Il devient la limite septentrionale de la zone où la résolution 1701 veut établir un nouveau dispositif de sécurité. Entre le fleuve et la Ligne bleue, les seules forces armées autorisées doivent être celles de l’État libanais et de la FINUL.

Pour Israël, progresser jusqu’à cette zone avant le cessez-le-feu permet de porter un dernier coup aux positions du Hezbollah et d’occuper davantage de terrain au moment où commencera le retrait. Mais cela ne change pas le résultat politique. Le 12 août, le principe est déjà acquis : Tsahal devra quitter le Sud à mesure que l’armée libanaise et la FINUL s’y déploieront.

Cette contradiction explique en partie les critiques qui apparaîtront après la guerre jusque dans le débat israélien. La dernière offensive coûte des vies sans produire le changement stratégique décisif qu’aurait pu justifier une telle accélération. Le Hezbollah n’est pas éliminé, son arsenal n’est pas détruit et ses tirs ne sont pas totalement interrompus par l’action militaire avant le 14 août.

La cessation des hostilités sera finalement obtenue par le mécanisme diplomatique dont les contours sont déjà fixés lorsque l’offensive est poursuivie. Ce constat ne retire rien aux responsabilités du Hezbollah dans le déclenchement du conflit et dans ses tirs indiscriminés de roquettes vers des zones civiles israéliennes. Il rend cependant plus difficile de présenter les opérations israéliennes des 12 et 13 août comme indispensables à l’obtention d’un accord qui existe déjà.

Les dernières 72 heures et le déluge de sous-munitions

La question la plus grave concerne cependant les armes à sous-munitions. Après la guerre, les Nations unies et plusieurs organisations internationales établissent qu’environ 90 % des frappes israéliennes utilisant ces armes ont été effectuées pendant les dernières 72 heures du conflit. Autrement dit, l’essentiel de leur emploi intervient au moment même où la résolution 1701 est adoptée, acceptée par le Liban puis approuvée par Israël.

L’ampleur de l’utilisation est considérable. Les évaluations communément retenues font état d’environ 4 millions de sous-munitions dispersées au Liban pendant la guerre. Jusqu’à un million auraient pu ne pas exploser immédiatement. Israël utilise différents vecteurs : artillerie, roquettes terrestres et bombes larguées depuis les airs. Les petites charges sont dispersées sur des surfaces parfois étendues.

Le principe de ces armes crée un danger particulier pour les civils. Une munition principale s’ouvre en vol et libère de nombreuses petites bombes. Certaines explosent immédiatement, d’autres restent intactes sur le sol. Une fois les combats terminés, elles peuvent encore détoner lorsqu’un habitant les touche, lorsqu’un agriculteur travaille sa terre ou lorsqu’un enfant manipule un objet qu’il ne reconnaît pas.

Des recherches menées après la guerre identifieront l’emploi de sous-munitions israéliennes dans plus de quarante villes et villages. Des organisations de défense des droits humains concluront que plusieurs attaques ont été menées dans des conditions indiscriminées ou disproportionnées. Human Rights Watch estimera même que certains cas pourraient constituer des crimes de guerre, une qualification fondée sur les règles du droit international humanitaire et qui ne signifie pas qu’une juridiction pénale ait condamné Israël pour chacun de ces faits.

Quand le cessez-le-feu arrive, les bombes restent

C’est là que l’héritage des dernières heures devient le plus tangible. Le 14 août à 8 heures, les avions cessent leurs frappes et les unités adverses interrompent l’essentiel de leurs combats. Mais les sous-munitions non explosées, elles, ne connaissent pas l’horaire fixé par Kofi Annan.

Des centaines de milliers de déplacés commencent à retourner vers le Sud presque immédiatement. Beaucoup découvrent leurs villages avant que les équipes de déminage aient pu inspecter les maisons, les routes et les terrains agricoles. Des engins explosifs se trouvent dans les jardins, les champs, à proximité des habitations et parfois à l’intérieur même des zones résidentielles.

Les premières victimes après le cessez-le-feu apparaissent rapidement. Des civils sont tués ou mutilés par des sous-munitions qui n’avaient pas explosé pendant les combats. Les agriculteurs doivent attendre avant de pénétrer sur certaines parcelles. Les enfants figurent parmi les populations les plus exposées en raison de la petite taille et de l’apparence de certains engins.

En janvier 2008, près de 200 victimes civiles avaient été recensées après la guerre à cause des sous-munitions. Parmi elles, 61 avaient moins de 18 ans, selon les données utilisées par les organisations spécialisées dans le déminage. Au moins 42 démineurs civils ou militaires avaient également été tués ou blessés dans les opérations destinées à nettoyer le territoire.

La guerre d’Israël ne se termine donc pas totalement pour ces victimes le matin du 14 août. Une arme tirée quelques heures auparavant peut exploser des semaines ou des mois plus tard. Le calendrier politique dit que la guerre est terminée ; le champ d’un agriculteur continue à contenir ses munitions.

Plus de 37 000 sous-munitions détruites en moins d’un an

L’ampleur du travail de déminage permet de mesurer matériellement la contamination. Au 20 juin 2007, soit moins d’un an après la guerre, les équipes engagées dans le Sud avaient déjà détruit 37 055 sous-munitions. Ce nombre ne représentait qu’une partie des engins disséminés sur le territoire.

Les opérations mobilisent l’armée libanaise, les Nations unies et plusieurs organisations spécialisées. Chaque zone doit être identifiée, balisée puis méthodiquement nettoyée. Il ne suffit pas de reconstruire une maison ou de réparer une route : il faut vérifier que les habitants peuvent marcher dans leur jardin ou retourner cueillir leurs olives sans déclencher une explosion.

Le coût économique s’ajoute au bilan humain. Dans le Sud, une part importante des familles dépend de l’agriculture. Les olives, le tabac, les fruits et les cultures maraîchères nécessitent un accès régulier à la terre. Une parcelle contaminée peut représenter une saison entière perdue.

L’usage massif de sous-munitions dans les dernières heures donne ainsi une dimension durable à une offensive dont l’échéance était déjà connue. Israël pouvait arrêter ses opérations le 14 août, mais les engins dispersés auparavant continuaient à imposer leurs effets à la population libanaise.

Le 13 août, Israël dit oui à son tour

Le dimanche 13 août, le gouvernement israélien approuve formellement la résolution 1701. À partir de cette décision, il ne subsiste plus de désaccord officiel entre Beyrouth et Israël sur le principe du mécanisme de cessation des hostilités. Les deux gouvernements ont accepté le texte et l’heure de son entrée en vigueur est fixée.

Pourtant, les combats continuent encore. Le Hezbollah tire ses roquettes et affronte les unités israéliennes. Israël poursuit ses opérations terrestres et ses frappes jusqu’à l’échéance. Les soldats et les civils qui meurent pendant ces dernières heures le font donc alors que les deux gouvernements concernés ont déjà accepté le mécanisme qui arrêtera la guerre le lendemain.

Cette situation n’est pas propre à l’histoire militaire : de nombreux cessez-le-feu sont précédés de tentatives des belligérants pour améliorer leurs positions jusqu’au dernier moment. Mais elle devient particulièrement sensible dans le cas libanais en raison de l’ampleur des moyens employés et de la contamination laissée par les sous-munitions.

Une distinction doit ainsi être maintenue entre légalité formelle et responsabilité politique. Le cessez-le-feu fixé au 14 août à 8 heures n’était pas encore applicable le 12. Mais rien n’obligeait mécaniquement Israël à exploiter chaque heure restante pour étendre son offensive, pas plus que rien n’obligeait le Hezbollah à poursuivre jusqu’au dernier moment ses tirs de roquettes sur Israël. Ce sont des choix militaires faits dans l’espace laissé entre l’accord diplomatique et son entrée en vigueur.

Le 14 août à 8 heures : un million de déplacés peuvent enfin rentrer

Le lundi 14 août, à 8 heures, la cessation des hostilités entre en vigueur. Le changement est presque immédiat. Après trente-trois jours de guerre, les bombardements massifs et les combats cessent dans l’essentiel de la zone. Des centaines de milliers de déplacés prennent rapidement les routes en direction du Sud, souvent sans attendre que leurs villages aient été entièrement sécurisés.

Près d’un million de personnes avaient été déplacées à l’intérieur du Liban pendant les combats. Elles découvrent un territoire marqué par les frappes : maisons détruites, quartiers lourdement endommagés, routes coupées, ponts détruits et infrastructures civiles atteintes. La contamination par les munitions non explosées ajoute un danger invisible à ce paysage.

Les bilans divergent selon les méthodes retenues, mais autour de 1 200 personnes ont été tuées au Liban, avec une majorité de civils selon les évaluations internationales. Plusieurs milliers d’autres ont été blessées. En Israël, plus de 160 personnes sont mortes, dont une majorité de militaires. Les tirs de roquettes du Hezbollah ont tué des civils israéliens, endommagé des villes et contraint plusieurs centaines de milliers de personnes à quitter temporairement le nord ou à vivre régulièrement dans les abris.

La cessation des hostilités arrête ainsi deux formes de violence : les bombardements et l’offensive israélienne au Liban, mais aussi les tirs du Hezbollah vers Israël. Elle ne constitue toutefois ni un traité de paix ni le règlement définitif du conflit.

L’armée libanaise se déploie là où Israël disait vouloir une nouvelle réalité

La mise en œuvre de la résolution commence ensuite. Israël doit retirer ses forces à mesure que l’armée libanaise et la FINUL se déploient dans le Sud. Beyrouth engage les 15 000 militaires annoncés avant même l’adoption du texte. La FINUL commence elle aussi à augmenter ses effectifs avec l’arrivée de contingents supplémentaires.

Pour le Liban, ce déploiement constitue un changement majeur. L’armée doit reprendre une présence importante dans une région marquée successivement par l’occupation israélienne et par la domination militaire du Hezbollah. Elle doit se déployer jusqu’à la Ligne bleue et travailler avec la force internationale pour appliquer les dispositions de la résolution.

Pour Israël, le dispositif répond à une partie importante des objectifs officiellement avancés pendant la guerre : éloigner les combattants du Hezbollah de la frontière et remplacer leur présence visible par l’armée libanaise et une force internationale renforcée. Ce résultat découle pourtant du mécanisme diplomatique accepté par Beyrouth le 12 août, et non de l’occupation durable des positions prises dans les dernières heures.

Cette réalité nourrit rétrospectivement la critique de l’offensive finale. Israël a continué à envoyer des soldats plus profondément au Liban alors que l’État libanais avait déjà accepté de déployer ses propres forces dans la zone. Le terrain supplémentaire conquis n’est pas conservé ; il est progressivement évacué conformément au dispositif de la 1701.

Une résolution jamais totalement appliquée

La résolution 1701 met fin à la guerre de 2006, mais elle ne produit jamais le règlement définitif qu’elle devait préparer. Dans les années suivantes, le Hezbollah conserve ses armes et reconstitue un arsenal beaucoup plus important. Israël dénonce régulièrement cette évolution comme une violation des dispositions prévoyant l’absence de forces armées non autorisées au Sud et le désarmement des groupes armés.

Le Liban et les Nations unies relèvent parallèlement de très nombreuses violations israéliennes de l’espace aérien libanais. Des avions et drones israéliens continuent à survoler le territoire. Plusieurs points de la Ligne bleue restent contestés, tandis que la question des fermes de Chebaa demeure politiquement sensible.

La 1701 devient ainsi un texte paradoxal. Elle réussit à arrêter la guerre de 2006 et contribue à établir une période relativement longue sans conflit de même ampleur. Mais les causes militaires et politiques de la confrontation ne disparaissent pas. Hezbollah et Israël continuent à se préparer à un éventuel nouveau conflit.

Cette histoire ultérieure ne doit cependant pas être projetée sur la journée du 12 août pour effacer ce qui s’y déroule. Ce jour-là, le gouvernement libanais accepte bien de déployer l’armée dans le Sud et d’entrer dans le mécanisme prévu par l’ONU. Israël choisit malgré cela de poursuivre sa campagne jusqu’à l’heure convenue deux jours plus tard.

Le 12 août 1982, un précédent dans la mémoire libanaise

La date possède une résonance historique supplémentaire. Vingt-quatre ans auparavant, le 12 août 1982, Beyrouth-Ouest avait subi l’une des journées les plus violentes du siège israélien alors que les négociations sur le départ de l’Organisation de libération de la Palestine étaient déjà très avancées.

Les situations ne sont pas identiques. En 1982, l’armée israélienne assiège Beyrouth et cherche notamment à obtenir l’évacuation de Yasser Arafat et des combattants palestiniens. En 2006, le centre du conflit se trouve au Sud et l’adversaire principal est le Hezbollah. Mais les deux journées présentent une similitude historique : la solution diplomatique est déjà identifiable tandis que la puissance militaire israélienne continue à s’exercer sur le territoire libanais.

En août 1982, l’évacuation de l’OLP deviendra effective quelques jours plus tard. Les combattants palestiniens quitteront progressivement Beyrouth sous supervision internationale et Yasser Arafat partira le 30 août. Le 12 août aura néanmoins été marqué par des bombardements d’une intensité telle qu’ils resteront associés à la fin du siège.

En août 2006, le mécanisme est différent, mais le sentiment produit par la chronologie se ressemble : la guerre continue alors que la sortie politique est déjà en vue.

11, 12, 13 et 14 août : quatre dates pour comprendre la fin de la guerre

La chronologie exacte permet finalement de mesurer la responsabilité de chaque décision sans transformer l’histoire. Le 11 août, le Conseil de sécurité adopte à l’unanimité la résolution 1701. Le 12 août, le gouvernement libanais accepte le texte et le déploiement de son armée au Sud s’inscrit dans le mécanisme international. Le 13 août, Israël approuve à son tour la résolution. Le 14 août à 8 heures, la cessation des hostilités entre officiellement en vigueur.

Le Hezbollah continue de tirer et de combattre jusqu’au cessez-le-feu. Ce fait appartient pleinement à l’histoire de ces journées. Mais Israël dispose d’une capacité de destruction sans commune mesure sur le territoire libanais et choisit de poursuivre une offensive terrestre et aérienne dont le terme est désormais connu. C’est cette disproportion des moyens et, surtout, l’emploi massif de sous-munitions pendant les dernières 72 heures qui donnent à la fin de la guerre son caractère particulièrement lourd.

Le paradoxe se lit jusque dans le texte de la résolution. Le Conseil de sécurité demande déjà la cessation immédiate des attaques du Hezbollah et des opérations militaires offensives israéliennes. Le mécanisme pratique d’arrêt des combats est pourtant fixé au 14 août. Entre les deux, les états-majors utilisent le délai.

Pour Israël, ces heures servent à frapper encore le Hezbollah, à élargir l’offensive et à atteindre de nouvelles positions. Pour le Hezbollah, elles servent à continuer la résistance contre les forces israéliennes et à maintenir les tirs de roquettes. Pour les civils, elles n’offrent aucun bénéfice stratégique mesurable : elles prolongent simplement le risque de mourir avant l’heure du cessez-le-feu.

Et pour le Liban, certaines de ces heures ne se termineront pas le 14 août. Les petites bombes dispersées dans le Sud restent dans les champs et les villages. Des centaines de personnes seront tuées ou blessées après le conflit, des dizaines de milliers d’engins devront être neutralisés et des agriculteurs devront attendre le passage des démineurs avant de pouvoir revenir sur leurs terres.

Le 12 août 2006 reste ainsi une date charnière. La paix n’est pas encore juridiquement entrée en vigueur, mais elle est décidée. Le gouvernement libanais a accepté la résolution qui doit permettre le retrait israélien et le retour de son armée au Sud. Pourtant, Israël continue sa guerre pendant les heures qui lui restent, jusqu’à disperser dans les derniers jours une part massive des sous-munitions qui contamineront ensuite le territoire. Le 14 août à 8 heures, les bombardements s’arrêtent. Dans certains champs du Sud-Liban, les dernières bombes de la guerre attendront encore des années avant d’être neutralisées.

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