La dureté de nos coeurs se cristallise en l’imaginaire d’une vie ailleurs. Se voulant dépasser les nuages, monter plus haut, pour retomber au final à terre et à la goutte d’eau, dans laquelle on se complaît à se trouver une ressemblance, un visage.

L’avenir est soleil ! L’avenir est lune ! Miroir, mon beau miroir, seul et dans l’infini noir, me trouverais-je encore beau.

Le temps se fait orage, la pluie ne me quitte plus, c’est Rachel qui pleure les avortements successifs, c’est Rachel qui pleure nos enfants car ils ne sont plus.

Notre humanité se lave les mains au-dessus des poubelles, sifflotant « ne faites pas de mal à autrui » mais plus le son se fait proche, et plus il résonne de plus belle « faites vos affaires, faites vos affaires, faites vos affaires tant que vous les faites sans bruit ».

Épinglée, elle hurle la législation, que c’est le cri qui détermine la vie, pointe du doigt ceux qui finissent par comparaître ; Floués sur la règle débattent et rétorquent « qu’y a-t-il de mal à s’y prendre à plusieurs fois ? » Retournant l’accusation « si un enfant n’est pas considéré existant au plus proche du battement du coeur de sa mère, pourquoi le serait-il davantage en dehors, lorsqu’il ne l’entend plus ? »

Sans réponse, c’est sous la couverture de l’adoption pour tous que les enfants sont appelés à se glisser, à se coucher, en silence. Comprenez bien leur défense, c’est à ces malmenés, à ces abandonnés qu’ils souhaitent l’accompagnement doublé, pour le prix d’un père, en voilà deux, pour le prix d’une mère, il n’y en a plus.

Militent pour la vie, la vie insultée, des géniteurs réclament le déguisement. Tout le monde veut de ces enfants, personne ne veut de ceux qui n’existent plus, une pierre tombale laisse trop de traces, un cortège funèbre trop de chahut.

Condamner ceux qui retirent la vie, faire oublier ceux qui ne la donnent pas. Le criminel c’est l’autre, dans une glace, le criminel c’est moi.

Elie Khoury