Une séquence de frappes d’une densité inhabituelle
Le 12 janvier 2026, une vague de raids a frappé le Sud et des zones au nord du Litani. La densité des frappes a été décrite comme l’une des plus fortes de la période récente. Plusieurs zones ont été touchées en série, avec un rythme soutenu et des impacts étalés sur un périmètre plus large que les jours précédents.
Cette extension géographique a un sens immédiat. Elle élargit la zone de risque. Elle modifie aussi les trajectoires des habitants, des secours et des unités déployées. Enfin, elle rend plus difficile l’idée d’un retour rapide à une routine, même fragile.
Les frappes ont visé des secteurs boisés et des hauteurs. Elles ont aussi frappé des axes entre plusieurs localités. Des impacts ont été signalés autour de Jbaa, ainsi qu’entre Bsalia et Sniya dans la région de Jezzine. D’autres frappes ont été rapportées vers Qatrani, Mahmoudiyé et les hauteurs de Rihane. Dans le même temps, des zones proches de Damachqiyé et d’Al Bureij ont été mentionnées dans les récits de la journée.
Ainsi, la séquence donne l’image d’une pression continue, par salves, avec des cibles présentées comme dispersées, mais inscrites dans une même logique de saturation.
Jezzine, Nabatiyé, nord du Litani: ce que change l’extension
La notion de « nord du Litani » revient comme un repère politique et sécuritaire. Quand les frappes s’en rapprochent, la perception change. Les localités se sentent plus directement exposées. Les acteurs locaux anticipent aussi une aggravation, car la frontière n’est plus le seul horizon.
De plus, l’extension vers des secteurs plus au nord s’accompagne d’une question simple: où s’arrête la séquence? Quand les frappes s’installent dans une logique de répétition, la société cesse de raisonner en « incident ». Elle commence à raisonner en « phase ».
Dans cette journée, l’activité de drones a été signalée sur plusieurs zones. Des survols ont aussi été rapportés au-dessus du littoral, ainsi que vers la Békaa, Baalbek et le caza de Hermel. Cet arrière-plan aérien pèse sur la vie quotidienne. Il impose une vigilance permanente. Il réduit aussi la visibilité sur ce qui va suivre, car le survol devient un prélude possible à une frappe.
Kfarhatta: l’alerte d’évacuation, puis la frappe
Un épisode a marqué la journée par sa mécanique. Un avertissement a été adressé aux habitants d’un ensemble résidentiel à Kfarhatta. L’alerte était accompagnée d’une carte. Elle demandait l’évacuation d’un complexe comptant environ dix bâtiments.
Après cet avertissement, une unité de l’armée libanaise s’est rendue sur place. La présence militaire a été décrite comme une réponse aux appels des habitants. Elle s’inscrit dans une logique de vérification et de protection civile, au moins sur le moment.
Ensuite, l’aviation a frappé à plusieurs reprises. Une dizaine de frappes ont été mentionnées autour du complexe. Des dégâts importants ont été signalés. L’enchaînement est central, car il produit un effet social immédiat. L’alerte crée un réflexe de fuite. Elle pousse les familles à quitter des immeubles en minutes. Elle transforme aussi l’espace domestique en espace à risque.
Cet épisode a été suivi d’un mouvement de déplacements depuis le Sud vers Beyrouth et d’autres régions. Ce mouvement n’a rien d’abstrait. Il suppose des trajets. Il suppose un hébergement. Il suppose aussi l’interruption du travail, de l’école, ou des soins. Et surtout, il suppose une incertitude totale sur la durée.
Bint Jbeil: une voiture ciblée et le retour de la peur sur les routes
Dans la même journée, une frappe a visé une voiture à Bint Jbeil. Selon le ministère de la Santé, un civil a été tué. Le fait est lourd, car il ramène la question des victimes civiles au premier plan. Il rappelle aussi que la route peut devenir un lieu de danger, même loin des positions de front visibles.
Quand une voiture est ciblée, la société réagit par anticipation. Les trajets courts deviennent des décisions lourdes. Les déplacements pour le travail, pour l’école ou pour une urgence médicale prennent une autre dimension.
Le ciblage d’un véhicule agit aussi sur les communes. Il touche la confiance locale. Il alimente des rumeurs. Il crée une pression sur les municipalités et sur les réseaux de solidarité. Et il renforce un sentiment de vulnérabilité, car chacun peut se projeter dans la scène.
Des récits opposés: infrastructures, tunnels et logique de « menace »
Au-delà des faits, une bataille de récit accompagne la journée. Des déclarations ont présenté les frappes comme visant des infrastructures liées au Hezbollah. Des références à des ouvertures de tunnels et à des sites de stockage ont aussi été avancées.
Ce type d’argumentaire a une fonction précise. Il vise à justifier l’intensité. Il cherche aussi à déplacer la perception, en insistant sur une logique de prévention et de « retrait de la menace ».
En face, la lecture libanaise de la séquence se concentre sur la réalité des dégâts, sur la peur, et sur l’impact social. L’épisode de Kfarhatta, avec ses immeubles évacués puis frappés, renforce ce cadrage. Il rend difficile une lecture strictement « militaire » de la journée. Il place la société au centre du récit, même quand les discours officiels parlent de cibles techniques.
Par ailleurs, la mention de munitions non explosées après une frappe a été associée à des mesures de sécurité, avec une mobilisation de l’armée et de la Défense civile. Cette dimension rappelle une autre réalité. Même après l’explosion, le danger reste. Il se prolonge dans le sol. Il se prolonge aussi dans la gestion des accès et des secours.
Joseph Aoun et la logique d’État: protéger, reconstruire, reprendre la main
Dans cette journée de tension, le discours de Joseph Aoun occupe une place centrale. Il s’exprime au moment où l’idée d’un contrôle exclusif des armes par l’État revient dans les discussions internes et externes. Il insiste sur un changement de circonstances. Il affirme que l’armée est présente. Il soutient que l’État doit assurer la protection sur tout le territoire.
Cette ligne s’inscrit dans un message plus large. Le président cherche à lier souveraineté sécuritaire et restauration de l’État. Il présente aussi l’arsenal hors de l’État comme un fardeau, y compris pour son environnement, dans un contexte régional devenu plus risqué.
Dans le même temps, le dossier de la reconstruction est placé au premier rang. Un mécanisme de reconstruction doit être discuté en Conseil des ministres. Un prêt de 250 millions de dollars de la Banque mondiale est présenté comme un point de départ. L’idée d’une conférence internationale de donateurs est également mentionnée comme un objectif.
Ici, la reconstruction n’est pas seulement un chantier. Elle devient une doctrine. Elle doit relever de l’État. Le message vise à éviter une reconstruction captée par des réseaux parallèles. Il vise aussi à répondre à une question de dignité, car les maisons détruites et les terres brûlées sont présentées comme un bien des Libanais, pas comme un enjeu partisan.
Nawaf Salam et l’agenda diplomatique: soutien, réformes, échéances électorales
Dans ce contexte, Nawaf Salam apparaît comme l’interlocuteur clé sur la scène diplomatique. Une réunion avec les ambassadeurs du groupe dit « des cinq » est annoncée, avec des thèmes qui reviennent de manière constante. Le soutien au gouvernement est mis en avant. Le contrôle exclusif des armes par l’État est cité comme un dossier central. Les élections législatives et leur tenue dans les délais figurent aussi dans l’agenda.
Surtout, la réforme financière est placée au cœur des échanges, à travers la loi sur l’écart financier et le chantier bancaire.
Cette articulation est importante. Elle montre que la sécurité, l’économie et l’aide extérieure sont désormais liées. La même journée peut parler de frappes au Sud et de textes financiers à Beyrouth. Ce n’est pas une coïncidence. C’est une conditionnalité. Les partenaires ne séparent plus les dossiers. Ils veulent des décisions simultanées.
La préparation d’une conférence internationale de soutien à l’armée libanaise s’inscrit dans la même logique. Le retour annoncé de Jean-Yves Le Drian et de Yazid bin Farhan s’inscrit dans un calendrier resserré. Une conférence en France, évoquée pour fin février, est présentée comme un horizon possible.
Or ce type de conférence n’a de sens que si les objectifs sont clairs. Il faut des besoins identifiés. Il faut aussi une crédibilité politique. Cela renvoie au débat interne sur la capacité de l’État à avancer sur la sécurité, mais aussi sur les réformes économiques.
La « deuxième phase » et la question du calendrier: pression extérieure, prudence intérieure
L’expression de « deuxième phase » revient dans les discussions autour du contrôle exclusif des armes. Elle est associée à une pression croissante. Pourtant, la faisabilité dépend de plusieurs contraintes. La première est matérielle. L’armée ne peut pas tout faire en même temps. Elle dépend aussi d’un soutien en équipements et en financement.
La seconde contrainte est politique. Toute accélération brutale crée un risque de choc interne. Toute hésitation prolongée crée un risque de perte de confiance des partenaires.
Dans ce contexte, des responsables du Hezbollah, tels que rapportés dans les informations du jour, posent des conditions préalables. Ils placent d’abord l’arrêt des attaques et le retrait israélien de points occupés. Ils mentionnent aussi la question des détenus. Ils mettent la reconstruction avant toute autre discussion. Ensuite, ils évoquent un dialogue national sur une stratégie de défense, avec un renforcement de l’armée.
Cette hiérarchie des priorités est un message. Elle ne porte pas seulement sur le fond. Elle porte sur le tempo. Elle refuse un « saut de phase » sans garanties.
Ainsi, la journée du 12 janvier 2026 donne l’image d’un pays pris entre deux calendriers. Il y a un calendrier de guerre, imposé par le terrain. Il y a un calendrier d’État, imposé par les réformes et la diplomatie. Et il y a un calendrier régional, qui domine tout le reste.
Le débat sur les dispositifs au Sud: mécanisme, coordination, et interrogation sur l’après-Finul
Un autre sujet traverse la séquence. Il s’agit du dispositif de suivi au Sud et de l’avenir des formats de coordination. Un débat est évoqué sur un « mécanisme » qui pourrait être supprimé, marginalisé, ou au contraire renforcé. Dans certaines lectures, l’idée d’une structure plus lourde apparaît, conçue comme une sorte de salle d’opérations alternative, dans un environnement où le rôle de la Finul est lui-même questionné.
Ce débat n’est pas technique. Un format redistribue le pouvoir. Il détermine qui siège. Il détermine aussi qui décide.
La question de la participation française apparaît comme un enjeu à part entière. Elle se greffe sur la relance du groupe des cinq. Elle se greffe aussi sur la conférence de soutien à l’armée.
En parallèle, des contacts avec des responsables onusiens sont évoqués. Ils renvoient à une inquiétude plus large sur l’avenir des arrangements au Sud, et sur la possibilité d’un dispositif alternatif, dans un contexte où Israël ne donne pas de signe clair de retrait de certains points.
L’ombre de l’Iran: pourquoi l’escalade au Liban est lue comme un épisode régional
Enfin, la journée est décrite sur fond de menaces autour de l’Iran. Des hypothèses de frappe contre l’Iran circulent. Des scénarios de confrontation plus large sont évoqués dans l’environnement régional. Dans ce cadre, l’intensification des frappes au Liban est lue comme une pièce d’un puzzle plus vaste.
Cette lecture change la perception du risque. Si l’environnement régional se dégrade, les acteurs anticipent des décisions plus dures. Ils anticipent aussi des actions préventives. Et ils anticipent que le Liban peut redevenir un théâtre d’extension.
Cette perspective explique le ballet diplomatique. Elle explique aussi la conditionnalité. Plus le risque régional augmente, plus les partenaires veulent verrouiller les paramètres libanais qu’ils jugent contrôlables: élections, réformes financières, soutien à l’armée, et trajectoire de contrôle des armes.
Elle explique enfin le langage de prudence dans les discours. Il ne s’agit pas seulement de calmer les esprits. Il s’agit de tenir un pays au milieu d’une tempête régionale.
Une société sous tension: peur, déplacement, et coût invisible
Au bout de la séquence, la réalité sociale est directe. Des familles quittent le Sud pour Beyrouth. D’autres hésitent à repartir vers leurs villages. Les routes deviennent un sujet. Les logements deviennent une urgence. Les services publics doivent absorber un choc, alors qu’ils sont déjà fragilisés.
Dans ce climat, chaque nouvelle alerte crée un effet de cascade. D’abord, la rumeur circule. Ensuite, la famille décide. Puis, le quartier se vide. Enfin, la ville d’accueil se charge.
Ce coût invisible n’apparaît pas toujours dans les bilans. Pourtant, il structure la journée. Il structure aussi le lendemain. Car le déplacement ne se résume pas à une nuit. Il a des conséquences sur le travail, sur l’école, et sur les dépenses. Il pèse enfin sur la cohésion, car l’angoisse favorise les replis et les colères.
Le 12 janvier 2026, l’escalade n’est donc pas seulement une série de frappes. Elle est un changement de carte. Elle est un changement de rythme. Elle est aussi un test pour l’État, pris entre protection immédiate, reconstruction annoncée et exigences d’un soutien extérieur de plus en plus conditionnel.



