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Le mois de Janvier est traditionnellement un mois de restrictions et de rigueur. Après le Père Noel qui passe allègrement vider vos poches en Décembre, l’inspecteur des finances s’invite chez vous et met la main avidement à votre porte-monnaie. Traditionnellement. Mais pas cette année.

Cette année, moi, libanaise ordinaire, fille aimante, femme peu soumise, mère intransigeante, entrepreneuse frileuse mais honnête, citoyenne jusque-là exemplaire à tous les points de vue j’ai décidé que je ne payerais pas. Pas une livre, pas une piastre, pas un fels…..Basta….Ça suffit.

Je ne payerai pas son dû à l’Etat. A cet Etat qui s’est moqué de moi et qui a abusé de ma crédulité et de ma soumission. Je ne payerais plus de la sueur de mon front les salaires de fonctionnaires fantômes, de sous- fifres inutiles, d’enseignants incompétents, de fumeurs de havane, buveurs de café et autres colleurs de timbres. Accessoirement je ne payerais plus les tabasseurs de mes enfants. Je ne payerais plus pour financer des hôpitaux inexistants ou pire inefficaces, inhumains et inadaptés. Je ne payerais plus pour financer des écoles délabrées, insalubres où le niveau d’enseignement est plus que douteux (mais qui placent leurs élèves sur les podiums tous les ans).Je ne payerais plus pour financer des travaux publics chétifs, des pellicules d’asphalte qui s’effritent aux premières pluies , des nids de poules qui logeraient des dinosaures ,des égoûts qui débordent et arrosent les laitues. Je ne payerais plus pour des lampes qui clignotent et des robinets qui crachouillent. Je ne payerais plus pour des barrages qui éreintent la nature, qui dépeuplent les forêts, qui effacent notre histoire et qui au bout du compte laissent la place belle aux citernes. Je ne payerais plus pour l’achat de blé ou de pommes de terre au prix fort selon des contrats douteux pendant que mon agriculteur meurt de faim parce que sa production pourrit dans ses champs faute de subventions ou de rachat par l’Etat. Je ne payerais plus pour regarder vieillir mes parents trop vite à force du souci de leurs vieux jours. Je ne payerais plus pour slalomer entre ces enfants jetés à la rue dans le froid et sous la pluie.

Je ne payerais pas son dû à l’Etat tant que l’Etat ne me rendra pas mon dû. Et cet argent qu’il lorgnera, cette somme à deux, trois, quatre ou plus chiffres qu’il pleurera, j’irais le donner ẚ Beit el Baraka, Beit Jdoudna , Sesobel, Arc en Ciel, les Restos du Cœur, Matbakh el Balad, Save Beirut Heritage et toutes ces autres associations, tous ces bénévoles qui font le boulot de l’Etat et qui le font mieux que lui avec plus de cœur et plus d’efficacité .Je le donnerais et jamais au grand jamais je ne le regretterais.

Et j’irais même plus loin. J’irais manifester sur toutes les places et devant toutes les ambassades. J’irais réclamer justice. J’irais demander des comptes. Je réclamerais des enquêtes, des inspections ẚ toutes les nations qui ont un jour doté, donné, prêté à l’Etat. Je leur demanderais de venir voir où est passé leur argent. De venir regarder dans quelle misère et déchéance nous sommes tombés malgré la pluie d’aides dont ils nous ont arrosés. De venir voir les usines de traitement des eaux usées, les centres de tris de déchets, les autoroutes nationales, les rues de villages, les dispensaires, les hôpitaux, les écoles  et les bibliothèques publics, les coopératives agricoles, les fermes modèles bio …..Tous ces projets qu’ils ont menés à bien. De venir les voir. Les chercher. Sur le terrain. Ou sur Google map.Je leur demanderais aussi de voir le niveau de vie des responsables de cet Etat. De le comparer à celui de leurs responsables à eux et à la situation locale. Je les supplierais de lever le secret bancaire et d’aller chercher dans leurs banques ou dans les paradis fiscaux. Car c’est là qu’ils trouveront leur argent. Et alors qu’ils le reprennent et le rendent à leurs citoyens qui manifestent dans les rues pour une vie plus digne ou alors à des pays dans le besoin en Afrique ou en Asie où les dirigeants se soucient de leur pays plus que de leurs poches.

Je ne payerais pas son dû à l’Etat. A cet Etat voleur, arnaqueur, suceur de sang et de vie. Et s’il s’écroule, s’il fait faillite, s’il dépose son bilan auprès des instances financières internationales par ma faute et celle de mes semblables, je ne le pleurerais pas. Car cet Etat- là peut mourir, aller au diable et emporter avec lui ses rejetons. La Nation, elle, se lèvera….Thawra…..

Dr Carine Chamoun Chammas

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